Archives pour la catégorie Histoire littéraire des femmes

Louise de Vilmorin, une vie, une oeuvre sur France Culture

Louise de Vilmorin – Sainte Unefois

Louise de Vilmorin, Sainte-Unefois, Editions Gallimard, 1934

Si ce roman fait date dans l’histoire de la littérature, c’est qu’il emprunte les chemins d’une nouvelle écriture, initiée par les surréalistes, une écriture inventive, qui ne se soucie pas de réalisme mais construit des personnages fantasques, proches des contes de fée et à rebrousse-poil de la psychologie traditionnelle des personnages dans les romans de l’époque. Si la trame narrative est assez conventionnelle, Grace retrouvant son cousin après des années de séparation, et vivant avec lui une nouvelle histoire d’amour, le traitement des situations lui, ne l’est pas.

Car elles sont souvent absurdes, et tout à fait étranges, défiant toute rationalité, proche du merveilleux des contes, et utilisant des images qui semblent générées par l’écriture automatique.

« Il n’y a pas de sujet mais c’est plein de perles » déclarera Max Jacob.

Si les événements s’enchaînent selon une causalité assez fantaisiste, que dire des motivations des personnages ?

Mais il y a parfois, dans le texte, des accents d’une grande sincérité.

« Mon corps et moi nous entendons mal, je ne pourrai jamais appartenir à personne. Il faudrait qu’on m’étouffe, qu’on force l’amour en moi et que je meure ».

L’héroïne me fait penser à ces dames de la haute société, qui n’ayant jamais rien à faire, se diluaient dans une forme d’oisiveté qui confinait à la folie. L’héroïne a toujours une attitude d’extrême fatigue, pâle et éthérée, indécise et capricieuse. Son cou est « fragile », son cri « plaintif » et le bonheur du moment lui tire des larmes. Sa liberté est de l’inconstance, rien ne tient, et surtout pas l’amour. Mais socialement, elle impose un modèle de femme en rupture avec son temps : mondaine et volage, elle va où ses inclinations la portent.

La drôlerie n’est pas absente et les jeux de mots, ainsi le serviteur qui annonce un « gonflé » au lieu d’un « soufflé ».

Une forme de poésie, un travail rigoureux sur la langue, font le charme de certains moments de lecture.

Mais que cette héroïne est lassante, elle dit de « belles choses », s’amuse de « jeux simples », mais se révèle complètement inconsistante. Elle n’a pas de mission, et ne tire pas les ficelles, condamnée à plaire :

« A qui m’offrirais-je, avec dans la main, quelque chose qui serre le cœur ? »

Louise de Vilmorin, ou du moins son œuvre, n’est pas complètement parvenue à la postérité, même si ses inventions formelles présentent de l’intérêt du point de vue de l’histoire littéraire.

Mais il me semble qu’aujourd’hui, elle a du mal à nous parler, du moins avec cette œuvre.

J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal avec ce livre que je n’ai pas du tout aimé malgré l’intérêt littéraire qu’il présente.

Mais il faut se faire son avis, et la lire !

Louise de Vilmorin (1902-1969)

Louise de Vilmorin (1902-1969)

Je possédais un de ses textes depuis longtemps (Sainte-Unefois), remettant toujours au lendemain l’occasion de le lire. Je me souvenais très vaguement d’une ancienne lecture « Une lettre dans un taxi » faite dans mes jeunes années. Est-ce dans l’air du temps, en tout cas, son œuvre et sa vie suscitent un intérêt renouvelé. Pour preuve cette biographie de Geneviève Haroche-Bouzinac qui a obtenu le « Grand Prix de la Biographie Littéraire de l’Académie française » cette année.

Amie de Cocteau, d’Orson Welles, mondaine et créative aussi, Louise de Vilmorin fut une figure importante du Tout-Paris de la première moitié du XXe siècle. On a parfois du mal à se représenter cette époque qui connut deux guerres mondiales, la folie de Hitler, la publication de Mein Kampf, mais aussi de « Le Malaise dans la civilisation » signant l’importance accrue de la psychanalyse, et l’œuvre majeure d’un grand philosophe, Henri Bergson, qui se déploie avec « La pensée et le mouvant ». Du côté des femmes, Colette et Rachilde publient et sont connues.

   Si Louise de Vilmorin est aujourd’hui presque oubliée, elle est l’autrice d’une quinzaine de romans, de recueils de poèmes et d’une importante correspondance.

Son premier roman, Sainte-Unefois (1934) et les suivants, La Fin des Villavide (1937), Julietta et Madame de… (1951), adapté à l’écran par Max Ophüls  en 1953, Les Belles Amours (1954), La Lettre dans un taxi (1958), L’Heure maliciôse (1967), des poèmes aussi, révèlent une forme d’ingéniosité formelle.[1]

Elle fut une incroyable touche à tout, écrivit les dialogues de « Les amants », en 1958 , film qui fit scandale, mais aussi les premiers couplets de « Girouette » enregistrée par Colette Renard.

La légende a fait d’elle une femme élégante, capricieuse et dépensière attachée seulement à plaire dans un tourbillon de dîners, de fêtes, de voyages.

Mais cette agitation cachait peut-être une mélancolie profonde, une blessure qui ne guérissait pas, l’indifférence peut-être d’une mère qui ne l’avait pas suffisamment aimée.

« Celles qui ne veulent pas plaire ou ne craignenet pas de déplaire, elles me font peur, leur compagnie m’est dangereuse et je prends soin de les éviter ».

Martine Reid, dans sa préface de « Sainte-Unefois » ne manque pas de souligner l’inquiétude qui perce derrière l’apparente frivolité de l’écrivaine.

La vie de Louise de Vilmorin s’est éteinte à l’aube des grandes luttes féministes des années 70.

Sa liaison avec André Malraux, la fit entrer « en écriture » en 1934. Il avait su flairer «  un talent véritable, un style, un ton, une plume alerte qui n’est pas seulement capable de billets bien tournés. »[2] Elle le retrouvera à la fin de sa vie pour peu de temps car elle mourra deux ans plus tard.

Dans son poème à la lune, en 1939, alors que le monde sombrait dans une des plus grandes folies meurtrières du XXe siècle, elle écrit :

Prenant l’amour à son image,
La lune brise au fil de l’eau
Les amants pris au fil de l’âge
Et leur indique les roseaux.

Les roseaux hantés de suicide
Et le dessein de belle mort
Fixé aux profondeurs liquides
Où se perd le plongeur de sort.


[1] Dictionnaire Universel des Créatrices, Christiane BLOT-LABARRÈRE

[2] Martine Reid, préface de Sainte-Unefois, page 9

Maya Angelou – « Un feu d’invincible joie, qui anéantit l’adversité et embrase la combativité » Christiane Taubira

Publié pour la première fois en 1974, sous le titre « Gather Together in my Name », Les éditions Noir et Blanc réédite en 2020 ce texte autobiographique.

Romancière italienne : Matilda Serao ( 1856-1927)

De père napolitain et de mère grecque, elle fit ses études à Naples et entra à l’Ecole normale. Elle fut employée des télégraphes pendant trois ans, expérience qu’elle a relatée dans son roman  » Le Télégraphe d’Etat » (1885). Elle commença sa carrière littéraire avec des nouvelles et des croquis parus dans les journaux, dont Simple Vérité (1879). Ses premiers livres, Opale (1878), En Vérité (1879), Légendes Napolitaines et Cœur blessé lui valurent des critiques élogieuses. Elle s’installa alors à Rome où elle collabora à de nombreuses revues ; elle épousa en 1884 Eduardo Scarfoglio, avec lequel elle fonda Il Corriere di Roma, Il Corriere di Napoli et la revue Il Matino dont elle fut codirectrice. Séparée de son mari, elle fonda Il Giorno.

Ses meilleurs romans, parmi une quarantaine de volumes, furent publié entre 1885 et 1900 : La Vertu de Checchina, (La virtù di Checchina, 1884), vie morne d’une femme qui n’ose pas vivre son amour adultère , Le Roman de la jeune fille,( Il romanzo della fanciulla), en partie autobiographique,  Le Ventre de Naple ( Il ventre di Napoli ),où on voit la solidarité des Napolitains, abandonnés par leur administration.

S’ensuivront des romans aux nombreux thèmes : la spéculation financière (Trenta per cento, 1889), le jeu (Au pays de cocagne, 1890), la solitude et les souffrances d’une danseuse du corps de ballet (Vie en détresse, traduit de La ballerina, 1899)

Elle est, comme beaucoup de femmes de son époque, pétrie de contradictions : elle est contre le divorce malgré les infidélités de son mari, et contre l’émancipation des femmes malgré le droit à travailler qu’elle leur reconnaît. Difficile de s’affranchir de siècles de traditions ! Elle fut antimilitariste, assez critique puis plus modérée envers Mussolini après l’attentat dont fut victime le siège de son journal Il Giorno.

«  Ce qui restera chez elle, ce sont les pages où elle s’inspire de l’angoisse des humbles et fait revivre avec passion les aspects multiples et changeants de la vie napolitaine. » B. Croce

Sources : A. Consiglio, Le più belle pagine di Matilda Serao, Milan, 1914, Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays – Bouquins Robert Laffont, 1992, Graziella Pagliano in Dictionnaire Universel des Créatrices, consulté le 15/07/2020

Dolores Prato 1892-1983, « Je suis née sous une petite table »/ L’été 2020 des romancières italiennes

« Je suis née sous une petite table », écrit Dolores Prato dont la naissance illégitime en 1892 à Rome de Maria Prato et d’un avocat de Calabre, marquera à jamais l’existence et aussi les lieux de la mémoire. Abandonnée par ses parents, elle fut recueillie par un oncle et une tante, membres d’une petite noblesse désargentée dans la ville de Treja, dans la région des Marches.

Elevée sans marque d’affection, esseulée et mélancolique, son oncle fut toutefois bienveillant et protecteur. Ce qu’elle ne reconnaîtra que bien plus tard dans son roman autobiographique  » .« Bas la place y’a personne », « Giù la piazza non c’è nessuno »

Elle laissera un récit « Brûlures », en 1967, de ses années de pensionnat pour religieuses au monastère de Santa Chiara puis intégra la faculté du magistère à Rome, en 1918, où elle rédigea sa thèse sur la  correspondance inédite de Prospero Viani et Pietro Fanfani. Une année plus tard, elle obtiendra son diplôme de professeur de littérature italienne. Elle enseigna de 1927 à 1928 en Toscane, et se rapprocha du parti communiste en la personne de Domenico Capocaccia.

Elle dut abandonner l’enseignement, car le régime fasciste en place l’empêcha de se présenter aux examens de titularisation.

En effet, Elle devient institutrice en 1927, sa formation s’appuie sur une pédagogie héritée de Montessori et Freinet, , et elle décourage les jeunes gens d’aller à la guerre pour le fascisme. D’autre part, elle revendique une généalogie juive.

Toutes ces raisons ont dû compter.

«Toujours j’ai vécu dans la lutte, jamais victorieuse, jamais vaincue, toujours résistante.» écrira-t-elle dans son roman autobiographique.

Ses amours sont malheureuses, elle n’aime pas le clergé mais tombe amoureuse de jésuites. ( Laurent Lombard, France Culture)

Elle arriva à Rome en 1930, et se mit à écrire pour la presse communiste (principalement Paese Sera)

En 1948, elle publia « Au pays des cloches » et en 1949 : Calycanthus. Qu’a-t-il à voir, lui ?

Elle entreprit alors « Bas la place y’a personne », « Giù la piazza non c’è nessuno » pendant plus de dix ans, récit autobiographique, dont une version tronquée sera publiée chez Einaudi grâce à Natalia Ginzburg en 1980. La version intégrale sera publiée chez Mondadori (presque 900 pages)

 En 1995 : Le Ore (Les heures), textes relatifs à son adolescence au couvent, et celui inachevé « Paroles » sera publié chez Adelphi et en 2000  Brûlures  chez Allia.

 En 2010, après sa mort, survenue en 1983,  : Sogni (Rêves) chez Quolibet et en 2018,  Verdier chargea son traducteur de la version intégrale de Bas la place y’a personne.

La vie et l’œuvre de Dolores Prato sont significatives de cette génération d’écrivaines, dont l’œuvre fut fortement marquée du sceau de la mémoire, de l’Histoire et de l’émancipation, à côté d’une écriture engagée face au fascisme, de journaliste.

Elle renouvela l’écriture de soi, dans une quête profonde de son identité, et des lieux de sa mémoire.

« Marcher sans halte possible, c’est ça la vie, sans savoir ce qu’il y aura de l’autre côté quand nous tournerons le coin … »

Des critiques élogieuses  ont eu lieu dans la presse française à la sortie de « Bas la place, y’a personne » et elle acquit une certaine renommée dans son pays.

Sources, éditions Verdier, journal Libération, émission France Culture

Arrêter la vie pour qu’elle ne s’échappe pas, Milena Agus

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-culture/milena-agus

J’écris tout le temps, oui tout le temps, j’ai un cahier dans mon sac, j’écris aux arrêts de bus, et surtout j’écris le matin, très tôt, parce que je me réveille très tôt, même à quatre heures du matin, et en fait je remets ensemble tous les morceaux que j’ai écrits. in France Culture

Annie Besant (1848-1933), écrivaine et libre-penseuse britannique

Annie Besant (1847-1933)

Quelle curieuse personnalité et quel tempérament que ceux d’Annie Besant, née Wood !

Orpheline de père, elle fut élevée dans un milieu  très mystique, dans lequel se mêlaient de manière très originale, les récits religieux irlandais et les histoires merveilleuses des contes de fée.  Cette manière non conventionnelle de pratiquer la spiritualité explique certainement pour une part sa façon très personnelle de concevoir la vie religieuse et aussi les luttes qu’elle engagea plus tard.

En 1855, sa mère, alors sans ressources à la mort de son mari,  l’envoya dans le Devon, « chez Ellen Marryat, sœur de l’officier de marine et romancier Frederick Marryat (1792–1848). Cette dernière, riche et célibatiaire[1], offrit à Annie l’éducation classique d’une jeune lady, mais aussi le goût de l’étude. »

Elle eut la chance de recevoir une solide éducation, et  fut une des premières femmes admises à la prestigieuse à la prestigieuse University College de Londres.

Mais tout d’abord, comme beaucoup de femmes à l’époque, elle fut mariée contre son gré à un pasteur anglican,  qu’elle quitta au bout de six ans  pour s’installer à Londres avec sa fille. Mère de deux enfants, un garçon et une fille, elle obtint une séparation légale et la garde de sa fille dans un premier temps.

Mais victime des lois injustes qui briment les épouses, elle perdra la garde en 1878. Les deux enfants retrouvèrent leur mère à leur majorité.

Mais, au fond, pourquoi ?  Car si son père gagna son procès , Mabel Besant-Scott le vit à peine les dix années suivantes puisqu’il l’avait placée en pension et elle ne revit pas sa mère que bien plus tard.

Annie Besant devint athée militante, se lia à Charles Voysey et aux libre-penseurs et eut une vie assez agitée au cours de laquelle elle fut couturière, garde-malade et journaliste. Sur le plan intellectuel , elle n’eut peur des contradictions, et ses engagements ne cessèrent de susciter la polémique , voire l’hostilité.

(sécularisme,monisme, positivisme, maçonnerie entre autres !)

C’est à université de Londres qu’elle rencontra des intellectuels philantropes socialisants de la Fabian Society (Why I am a Socialist, 1886).

Elle rencontra Charles Bradlough, libre penseur et journaliste anglais avec lequel elle provoqua le scandale en raison de la campagne qu’ils menèrent pour la limitation des naissances. Ils publièrent en 1877  The fruits of Philosophy de l’américain Charles Knowlton qui contenaient des illustrations d’organes génitaux ! Il n’en fallait pas plus pour la société pudibonde de l’époque, ils furent condamnés pour obscénité !

Cela l’amena à fonder une ligue néo-malthusienne (1887) (Law of Population : Its Consequences, and its Bearing upon Huan Conduct and Morals, 1877).

Mais son engagement le plus marquant fut peut-être la thésophie, qui réconcilia en elle certainement des aspirations qui pouvaient apparaître opposées, et notamment son goût pour les interrogations métaphysiques et ses opinions républicaines. En 1889, elle se convertit à la doctrine d’Helena Blavatstky après la lecture de « La doctrine secrète ». En 1907, elle lui succèdera à la tête de la Société de théosophie.

Elle fut une grande oratrice populaire et assista aux manifestations du « Bloody Sunday » du 13 novembre 1887.

Activiste infatigable, elle effectua de très nombreux voyages en Inde, et créa, à Madras, en 1914 le journal New India, pour réveiller les consciences, participa à la fondation de L’Indian Home Rule League,  et présida à l’Indian National Congress.

Elle milita aux côtés de Ghandi, fut internée trois mois par les anglais en 1917. Elle tenta de créer un mouvement plus modéré sans succès.

Au final, elle participa à la vie intellectuelle de son temps, fut l’amie de Henry Hindman, William Morris, George Bernard Shaw.

Références : A.H Nethercot, The First Five Lives of Annie Besant, Londres 1961,  et The Last Four Lives of Annie Besant,Dictionnaire des Femmes Célèbres , Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont , Londres 1963, Martine Monacelli, Dictionnaire Universel des Créatrices,Des femmes Antoinette Fouque S.R. Balshi, Home Rule Movement, New Delhi, 1984, Notice Anne Besant, Le Maitron

Quelques oeuvres : On the Nature and Existence of God, 1875

Law of Population : Its Consequences, and Its Bearing upon Human Conduct and Morals, 1877

Why I Am a Socialist, 1886

Consultez l’excellente biographie du Maitron , ici

https://maitron.fr/spip.php?article75315, notice BESANT Annie [née WOOD Annie] par Muriel Pécastaing-Boissière (nouvelle version, janvier 2011), version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 5 août 2016..


[1] https://maitron.fr/spip.php?article75315

Angèle Dussaud Bory d’Arnex- Femme de lettres française (1849-1942)

Son portrait par Leon Comerre en 1887 au Musée d’Orsay

Angèle Bory D’arnex, née Angèle Berthe Venem (1849-1942), fut une femme de lettres française, épouse d’un riche banquier. Si elle signa ses articles « Mme Angèle Bory » dans le Revue des Deux Monde à laquelle elle collabora, elle[1] publia sous le pseudonyme de Jacques Vincent une dizaine de romans entre 1878 et 1901.

(Ame d’Artiste, Ce que femme veut, Un bonheur, etc).

Elle tint, avec son mari, un salon littéraire qui rassembla les célébrités littéraires de l’époque, parmi lesquelles Leconte de Lisle, Heredia, Henri de Régnier, Coppée, Camille Flammarion, Renée Vivien, et Edmon Rostand qui avait obtenu le succès avec Cyrano de Bergerac.

Ses œuvres sont disponibles sur le site de la BnF, mais elle est, aujourd’hui, tombée dans l’oubli, car à l’exception d’un prix, ses œuvres ne rencontrèrent pas véritablement le succès.

Elle a publié ses souvenirs de salonnière  dans : Un salon parisien d’avant-guerre, paru en 1929.

1888 Prix Montyon de l’Académie française
Vaillante : ce que femme veut


sources : Femmes de lettres au XIXe siècle : Autour de Louise Collet

Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays – Lucienne Mazenod – Ghislaine Schoeller

Un Texte Une Femme : « Pleins feux sur les autrices » !

« Recevez chaque jour un texte écrit par une femme, qui parle des femmes ! De la romancière à la salonnière, de la physicienne à la journaliste, redécouvrez la condition féminine dans tous ses états. »

Voici la présentation de cette merveilleuse application créée par Sarah Sauquet, et Dominique Sauquet, Fondatrice d’It’s Sauquet.com, Directrice technique des applications.

Chaque jour donc, vous pouvez découvrir un article et un extrait d’une oeuvre écrite par une autrice dont l’oeuvre est dans le domaine public.

Je me suis abonnée à cette application dont le coût est extrêmement modique et j’ai pu découvrir ou re-découvrir les textes d’Edith Wharton, Madeleine Pelletier, Aline de Valette.

Chaque texte est resitué dans l’oeuvre, l’oeuvre dans son contexte, et dans l’Histoire, accompagné d’une notice biographique. Leur particularité est d’évoquer tous les sujets qui ont un lien avec les femmes, ainsi Madeleine Brès, première femme docteure en médecine évoque l’allaitement et l’intérêt du biberon, ou Madeleine Pelletier, première femme diplômée en psychiatrie, le célibat, le manque de liberté accordé aux jeunes filles, ou les agences d’avortement.

Un vrai coup de cœur !

La guerre des Scarlett

Nous avons pu lire dans la presse ou écouter à la radio différentes chroniques ou des brèves relatant les conflits qui opposent les deux maisons d'éditions Gallmeister et Gallimard pour la réédition du texte (la première édition date de 1939) tombé cette année dans le domaine public mais  publié à l'origine par Gallimard, et la polémique qui n'a cessé d'enfler suite au retrait - pour "contextualisation" du film "Autant en emporte le vent." - réalisé par Victor Fleming - d'une plate-forme de streaming.

Gallmeister réédite le texte, événement salué par la critique, en plusieurs volumes dans une nouvelle traduction portée par Josette Chicheportiche qui a dû travailler pendant une année afin de revisiter l’oeuvre et la façon jugée scandaleuse d’évoquer les rapports raciaux dans le sud des Etats-Unis.

Le passionnant dossier de presse fourni par Gallmeister explique les choix de traduction dans son rapport au texte original. Là où le traducteur historique avait élidé tous les « r », Josette Chicheportiche choisit de coller au plus près du roman de l’autrice..

Gallimard pour sa part conserve la traduction originale de Pierre-François Caillé (1907- 1979) mais la fait suivre, dans sa collection Folio, d’une édition augmentée où figure la correspondance du traducteur avec Margaret Mitchell.

Dans les exemples fournis par l’éditeur, « Scarlet was not beautiful » traduit dans la première édition : « Scarlett n’était pas d’une beauté classique », devient tout simplement « Scarlett n’était pas belle ».

La réédition de Gallimard et celle de Gallmeister

Je déplore, quant à moi, que « Voyage au bout de la nuit » parfaitement nauséabond, ne soit pas, lui aussi, recontextualisé. C’est ma première réaction.. Je trouve vraiment intéressant que l’oeuvre soit retraduite, cela permet de gommer les outrances, et le défaut de perspective mais on ne pourra pas oublier le contexte de l’époque qui est celui de l’esclavage.

Je comprends également que des stéréotypes raciaux véhiculés à travers des œuvres patrimoniales dont l’audience est très large, contribuent à les véhiculer et à les enraciner dans l’inconscient collectif. Il ne faut pas oublier qu’ils sont tellement prégnants qu’un homme et son fils ont été tués alors qu’ils faisaient simplement du jogging. Et cela, c’est proprement insupportable. On ne pourra pas dire qu’ils ont été emportés par le vent, si ce n’est celui, sifflant, d’une balle.

Fières de lettres – Une chronique de Gallica sur Libération

Quel magnifique titre de chronique, j’aurais aimé l’avoir trouvé ! Il dit tout et plus encore !

Chaque première semaine du mois, l’équipe de Gallica, dans une chronique intitulée « Fières de lettres » va mettre en avant une femme de lettres oubliée. Son oeuvre sera téléchargeable gratuitement. Ce mois-ci, il s’agit de Sabine de Marie- Amélie Chartroule de Montifaud, dite Marc de Montifaud (1849-1912). J’en ai lu quelques extraits, et elle semble fleurer bon tous les préjugés de l’époque, notamment à l’égard de l’Afrique du Nord. De nos jours, où l’on fustige « Gone with the wind » pour ses relents de racisme, je ne sais pas encore si l’oeuvre de Marc de Montifaud pourrait réussir l’examen.

Il faut savoir pourtant que Les Courtisanes de l’Antiquité. Marie Magdeleine, son premier ouvrage, lui vaudra de bonnes critiques de Zola.

Ce qui la rend sympathique peut-être est son impertinence ! Elle écrit des contes ou nouvelles érotiques et pour faire ses recherches à la Bibliothèque Nationale, se travestit en homme.

Cette femme étonnante fut même emprisonnée pour avoir écrit un livre contre les religieuses.

Elle était passionnée par l’art mais fut réticente à aimer les impressionnistes. Elle fut en tout cas une sacrée effrontée et une femme libre !

Petit - photo Marc de Montifaud.png
Pierre Petit (1831-1909) — scanned photography

Le texte disponible sur Gallica

 

éditions de l'arbre vengeur

Le repos du guerrier – Christiane Rochefort. Le roman qui fit scandale !

Le Repos du guerrier
Le premier roman de l’autrice qui fit scandale.

Le repos du guerrier, est le premier roman de Christiane Rochefort en 1958. Il fit scandale par sa liberté de ton et de mœurs. En effet, l’héroïne découvre le plaisir sexuel avec son amant Renaud, qu’elle a sauvé du suicide en entrant par erreur dans sa chambre. D’ailleurs, c’est peut-être cela qui fait de cette oeuvre, à l’époque, une proposition romanesque originale. Le langage est cru, et Christiane Rochefort bat en brèche un territoire traditionnellement masculin.

L’autre aspect du roman, est le contrepied permanent à la morale bourgeoise de l’époque : Renaud est cynique et ne fait rien, il profite de l’argent d’une femme et se présente comme l’antithèse du gendre idéal. Les rôles de genre, l’homme soutien de famille, la femme qui tient le ménage, sont complètement dynamités.

Pourtant cette femme est « le repos du guerrier », « Toi tu es le repos du guerrier, du guerrier lâche, de l’embusqué ; Notre-Dame des Déserteurs, aie pitié de moi. Je veux dormir-mourir, et pour ça une femme c’est le meilleur système ». Le seul pouvoir qu’elle détient, est son inlassable patience et son amour. Le repos du guerrier est-il alors un roman féministe ? Ou n’est-il que l’histoire d’une femme, qui une fois encore, se sacrifie, jusqu’à mettre sa vie en danger pour suivre la folie éthylique de son amant ? Son amour ne serait-il pas une sorte de rédemption, de chemin de croix ? A vrai dire, l’héroïne ne ressent jamais aucune culpabilité, et surtout elle choisit de suivre son amant. Rien ne l’y oblige et même, à l’inverse, tout le lui interdit.

En 1971, Christiane Rochefort contribue d’ailleurs à créer le mouvement féministe « Choisir la cause des femmes » et toute son œuvre sera marquée par son ton irrévérencieux, son style cru, causant le scandale parce qu’elle traitera de sujets non conformistes.

« Je n’aime pas les femmes qui ne résistent pas …quand je vois des signes de résistance, je suis très contente… j’aime la littérature de révolte. » Monique Crochet, « Entretien avec Christiane Rochefort, » French Review 3 (1981): 428-37.

Renaud ne part pas vraiment guerroyer, si ce n’est contre ses démons. Son arme est la bouteille qu’il manie plus souvent que le balai.

Non, lui fait la tournée des bars. Nietzsche ne fait-il pas dire à Zarathoustra : « L’homme doit être élevé pour la guerre et la femme pour le délassement du guerrier : tout le reste est folie » 

Christiane Rochefort dynamite ce modèle. Chez elle, la femme est forte, rebelle, et elle fait ce qu’elle veut. Définitivement.

Paroles de femmes : Auður Ava Ólafsdóttir

Credit photo : éditions Zulma

« L’idée de l’écrivain s’accordait au masculin [années 60]. il n’y avait pas de place pour une femme et justement on ne pouvait pas la publier parce qu’elle écrivait différemment des hommes. Elle était trop originale. Et je me disais que si le monde avait été différent et la société, on aurait peut-être eu un prix Nobel femme. » Entretien vidéo Libriairie Mollat, à propos de Miss Islande.

La femme du mois : Charlotte Perkins Gilman

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Charlotte Perkins Gilman est connue surtout pour son roman sur la folie, The Yellow Wallpaper (Le papier peint jaune ou La séquestrée), qui « raconte l’histoire d’une jeune mère séquestrée dans une maison de campagne, qui, en l’absence de toute activité intellectuelle, devient peu à peu folle »[1] et dont j’ai fait un compte rendu ici.

Elle fut aussi l’une des principales sociologues de la fin de l’époque victorienne. Née à Hartford, dans le Connecticut, le 3 juillet 1860, elle était la petite nièce de Harriet Beecher Stowe, l’autrice de « La case de l’oncle Tom.

Son père est parti peu après sa naissance et cet abandon est l’une des causes du malheur qui va régner dans sa famille. A l’âge de 24 ans, elle épouse un artiste de sa région, Charles Walter Stetson, et  après la naissance de sa fille, sombre peu à peu dans la dépression. Le neurologue qu’elle consulte alors lui prescrit un régime draconien qui consiste à ne rien faire ou presque : il lui interdit d’écrire, et réduit drastiquement son temps de lecture. de quoi conduire vers la folie.

Sa vie lui étant insupportable, elle quitte son mari et ses enfants et se réfugie en Californie, où les symptômes de son mal finissent par disparaître. Plus tard, elle divorce de son mari et fait venir sa fille auprès d’elle.

Obligée de gagner sa vie, elle donne des conférences, et se joint au mouvement féministe naissant.
Sa renommée débute avec le succès retentissant de son essai « Women and Economics », paru en 1898, qui « elle dénonce l’exploitation systématique des femmes et affirme l’importance d’une autonomie économique comme préalable à leur liberté personnelle »[2].

Elle publie au cours de sa carrière, 6 essais et 4 romans, dont « Herland » qui assure sa postérité en tant qu’utopie féministe et socialiste, essayant de penser et de décrire un monde sans hommes, dont les seules règles seraient écrites par des femmes, et où les ressources seraient équitablement partagées.

En 1935, atteinte d’un cancer, Perkins rédige sa biographie, « The living of Charlotte Perkins Gilman » et abrège ses souffrances par une overdose de chloroforme. Elle fait en sorte que sa fille hérite de ses droits d’auteur.

[1]Dictionnaire des créatrices

[2] idem

Appareil critique de l’édition Robert Laffont

Photo credit : Frances « Fannie » Benjamin Johnston, vers 1900,  wikipedia

les conférences de l’Université permanente – Une année de littérature écrite par les femmes.

Une programme Universite permanente 2019-2010

Tous les mardis soirs, L’Université permanente  propose des conférences en collaboration avec la Maison Elsa Triolet – Aragon

l’Espace Niemeyer, Place du Colonel Fabien, 6 avenue Mathurin Moreau (métro : arrêt Colonel Fabien)

10 DÉCEMBRE 2019 : Violette Leduc
Avec : René de Ceccatyécrivain

14 JANVIER 2020 Mme de La Fayette et les femmes de la littérature baroque
Avec : Marine Roussillonmaîtresse de conférences de Littérature française université Artois

11 FÉVRIER 2020 : Marguerite Yourcenar
Avec : Josyane Savigneaujournaliste littéraire, auteure

10 MARS 2020  et 14 AVRIL 2020 : non communiqué.

12 MAI 2020 : George Sand
Avec : Judith Lyon-CaenMaîtresse de conférence à l’EHESS, directrice adjointe du CRH, spécialiste des usages sociaux de la littérature dans la France du XIXe siècle