Ce qui reste de nos vies – Zeruya Shalev / Prix Femina étranger 2014

Ce qui reste de nos vies

Zeruya Shalev – Ce qui reste de nos vies du monde entier Gallimard – 2014 (2011 pour la version originale) Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Le livre de Zeruya Shalev, tout primé qu’il est, se mérite. J’ai failli l’abandonner plusieurs fois mais toujours quelque chose m’a retenu de renoncer tout à fait. Et la fin vaut vraiment la peine que l’on arrive jusqu’au bout, même suant, haletant et à bout de forces. Un pavé (416 pages) et un récit spiralaire qui avance tout en se répétant, parfois beaucoup. Pourtant ce livre est une œuvre, un bel objet littéraire, très bien écrit, donc très bien traduit et pétri d’intelligence autant que de sensibilité.
Que faire de « Ce qui reste de nos vies », quand il ne reste plus de temps, quand on est au seuil de la mort et que l’on a l’impression d’avoir tout raté, quand on est malheureux dans un couple à bout de souffle, ou quand on arrive à la cinquantaine avec pour (seul ?) horizon la ménopause ? Que faire, se résigner ou avancer quand même, trouver un nouveau souffle ?Un cheval, une bataille, pour ne pas mourir avant de mourir vraiment.
C’est toute la question posée par ce livre brillant à la narration parfois un peu relâchée mais qui traduit bien les hésitations et les atermoiements de ses personnages. Faut-il se résigner et se contenter de ce que l’on a, ou risquer le tout pour le tout, que la vie vaille encore la peine d’être vécue? Parfois on aimerait bien les pousser un peu ou agir à leur place tant on a l’impression de les voir faire du sur-place, mais ce serait trop tôt car chaque personnage a droit à son temps propre, qui est celui de la réflexion et la maturation nécessaire à la prise de décision.
Hemda est au seuil de la mort, et sa conscience part en lambeaux, elle vit à travers ses souvenirs que viennent interrompre un présent indistinct, et la visite de ses deux enfants Dina et Avner à L’hôpital de Jerusalem. Avner y rencontre une femme venue accompagner son amant mourant, et une fois disparue, se met à sa recherche, quant à Dina, quadragénaire insatisfaite, elle assiste à l’éloignement de sa fille adolescente et se met en tête d’adopter un enfant.

Zeruya Shalev analyse finement les relations qui existent entre parents et enfants, les non-dits, le ressentiment et la colère qui les animent parfois, autant que la tendresse et la douceur qui permettent d’avoir un foyer et de se construire. On comprend, on compatit, on s’élance, avec eux, vers une autre vie…

« Quel drôle d’âge, malaisé, soupire-t-elle, quarante-cinq ans, il fut un temps où les femmes mouraient à cet âge-là, elles terminaient d’élever les enfants et mouraient, délivraient le monde de la présence épineuse de celles qui étaient devenues stériles, enveloppe dont le charme s’était rompu. »

Laissé au coin d’une table…

john-manthal y a les livres qu’on a aimés, ceux qui nous ont déçus et ceux que l’on a laissés au coin d’une table. Ceux qui se sont refermés et qu’on n’ouvrira plus parce qu’il faut bien tourner la page. Les livres accompagnent nos vies et nos amours, nos défaites et nos trahisons. Parfois aussi notre solitude.
Dans nos vies tissées de mots, les livres renvoient à des moments singuliers : un livre offert, celui qu’un amoureux ou un ami vous a conseillé, le livre d’un cher disparu, l’odeur de son parfum sur la page, le bruit des larmes, la page qui gondole un peu d’avoir été mouillée. Parfois ils nous trahissent, nous leur avions insufflé tant d’espoirs qui ont été déçus. Nous avions voulu croire que la vie pouvait être comme dans les romans, aussi bien écrite, aussi passionnément relatée. Mais souvent il n’en est rien. La vie ne prend pas de raccourci ni ne fait d’effet de style. Et on ne peut faire de retour en arrière….
J’ai laissé les poèmes d’Anne Sexton au coin d’une table, ces poèmes tourmentés qui font l’éloge de l’infidélité, j’ai refermé le livre sans l’avoir terminé et je ne l’ouvrirai plus. Un auteur peut vous entraîner dans ses abysses sans que vous y preniez garde, Sylvia Plath et Anne Sexton sont quelques-unes des plus célèbres suicidées de la littérature ; les mots n’ont pas apaisé leurs souffrances et il faut prendre garde à ce qu’elles ne réveillent les vôtres.

ann sexton love poems
Y a-t-il des lectures funestes et d’autres salutaires ?
J’ai terminé l’année avec « Mudwoman » de Joyce Carol Oates, emprunté chez mon médecin dans le cadre d’une opération de prêt de livre (vous prenez un livre et vous le ramenez quand vous l’avez terminé). J’aime profondément Joyce Carol Oates, et ses personnages brisés, résilients et fragiles, qui se battent pour exister et aimer. Ces personnages de papier sont un véritable manifeste pour la vie.
Je commencerai l’année en terminant un autre livre « Ce qui reste de nos vies » de Zeruya Shalev.
Et peut-être les fêtes familiales de cette fin d’années et les discussions passionnées autour de la politique, l’état de la Gauche, François Hollande, la crise et le libéralisme m’ont-elles donné envie de revenir à mes premières amours, l’économie politique et la philosophie politique. J’avais lu deux livres qui m’avaient beaucoup plu, « L’art d’ignorer les pauvres » de John Kenneth Galbraith et « Défier le récit des puissants » d’un de mes cinéastes préférés, Ken Loach. Je pense que la nouvelle année sera l’occasion de lire à nouveau dans ce domaine…

l'art d'ignorer les pauvres

2014 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 36 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 13 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Printemps Sigrid Undset

printemps

Printemps , 1914

 

Née en 1882, Sigrid Undset s’est consacrée très tôt à la littérature. Parallèlement à son travail de secrétaire, elle écrit. Auteure entre autres de Maternités, Jenny (qui fera scandale), de Vigdis la Farouche et de Kristin Lavransdatter, elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1928. Elle est morte à Lillehammer en 1949.

Rose Wegner, l’héroïne de ce roman, attend l’amour pour être révélée à elle-même, un amour qui serait la fusion de deux êtres autant que deux destins et qui ferait d’elle la possession, la chose, de l’homme qu’elle aimerait. Que faire alors si cet amour ne vient pas ? Se résigner, et rester seule, sans famille et sans soutien dans l’existence ? Ou se contenter d’une amitié amoureuse et de la construction d’un foyer ?

Dans ce roman, Sigrid Undset plante le cadre d’une modernité héritée de la révolution des transports et plus largement de la révolution industrielle-dans de grandes villes mornes et tristes- et d’une certaine révolution des mœurs, car le divorce est autorisé en Norvège, pays protestant. Une nouvelle figure féminine émerge, qui travaille pour assurer sa subsistance et celle de sa famille même si, une fois mariée, elle réintègre le plus souvent le foyer.

 Printemps est un roman ou curieusement la narration est plutôt du côté masculin même si le narrateur est extérieur à l’histoire et qu’il pénètre de manière égale les pensées des personnages. Les pensées et les actions de Rose ne prennent du relief qu’en fonction des pensées de Torkild, personnage masculin. Car ici , la femme ne prend toute sa mesure que dans son rapport au foyer et à la maternité. Elle n’existe pas réellement en dehors de sa « vocation naturelle » qui est d’enfanter et d’assurer la stabilité du foyer. Toute femme qui s’écarte de ce chemin sombre dans la déchéance (le personnage de la mère et de la sœur), tout comme celle qui n’obéit pas à ses devoirs d’épouse et de mère même si l’homme, infidèle, abandonne lui, le foyer (le père de Torkild).

J’ai apprécié ce roman bien construit, où les sujets de réflexion ne manquent pas, car Sigrid Undset, catholique et conservatrice, est aussi une fine analyste des sentiments humains. On y apprend aussi comment hommes et femmes vivaient à l’époque. J’ai trouvé en outre un écho au mouvement naturaliste en littérature, l’hérédité y est évoquée, les tares familiales ainsi que la vigueur, la santé du corps qui s’étiole dans ces emplois de bureau, loin de la vie au grand air.

 Sigrid Undset, on l’a bien compris, n’est pas féministe, elle pense que la femme ne s’épanouit pleinement que dans la maternité et elle ne fut pas très appréciée des féministes de son temps qui prônaient l’affranchissement de la tutelle de l’homme et du foyer, entraves à l’épanouissement de la femme en tant qu’individu. Sur le tard cependant, elle reconnut les bénéfices de ces mouvements sur la condition des femmes.

Il faut savoir qu’en 1840, les femmes célibataires sont mineures toute leur vie et peuvent si elles le souhaitent se placer sous l’autorité d’un tuteur ; les femmes mariées quant à elles passent de l’autorité de leur père à celle de leur mari. Puis, plus tard, la majorité sera abaissée à la vingt-cinquième année. Les femmes peuvent cependant travailler dans certains secteurs.

Au fil des ans, de nouvelles lois favorables aux femmes feront leur apparition. Les femmes divorcées ou veuves seront majeures sans condition d’âge. Les conditions socio-économiques du pays joueront fortement sur les problématiques féminines : l’exil, la pauvreté du pays, la baisse de la natalité.

Dans le roman , l’héroïne est secrétaire, une autre est journaliste. La littérature féminine avant Sigrid Undset, reflète les préoccupations et les valeurs de l’époque, comme ce fut le cas pendant l’époque victorienne en Angleterre, les intrigues se nouent essentiellement autour de la chasse au mari. (Les femmes écrivains de l’époque sont :Hanna Winsnes, Marie Wexelsen, et Anne Magdalene Thoresen).

Avec le mouvement féministe, de nouvelles préoccupations se font jour dans des romans et sous la plume d’auteures qui contestent la norme : Camilla Collet dont le roman « Les filles du Préfet » (1854) fera l’effet d’un coup de tonnerre. Il raconte l’initiation sentimentale de deux jeunes gens, ce qui a l’époque est regardé alors comme une faiblesse uniquement féminine.

D’autres écrivains suivront, emportées par la seconde vague du féminisme, Eldrid Lunden, Liv Køltzow, Cecilie Løveid et Tove Nielsen . Mais je n’ai trouvé aucun renseignement sur ces femmes sur internet et aucun de leurs ouvrages traduits en français. C’est bien dommage..

Article passionnant sur l’histoire des femmes de lettres norvégiennes

Enfin Milena Agus…

guardati-dalla-mia-fame-d422 Disponible en français fin janvier…
Un nouveau livre de Milena Agus est toujours un événement que j’attends avec impatience car elle est mon auteure préférée et je ne raterai pour rien au monde la sortie d’un de ces livres en français. Ce sera chose faite à partir du 30 janvier, un récit co-écrit avec Luciana Castellina. Un fait réel raconté à la fois par une journaliste et une romancière…
Voici ce qu’en dit l’éditeur…
« 1946. L’après-guerre prend, dans les Pouilles, des allures de guerre civile. Alors que les propriétaires terriens s’arc-boutent sur leurs privilèges, les ouvriers agricoles réclament justice. Fusillades, lynchages, incendies sont monnaie courante. Quatre sœurs ignorent tout de ces événements. Elles vivent dans un beau palais, sans cependant profiter ni des biens de la famille, ni de la vie, qui pour elles ne peut être que discrète et parcimonieuse. Leurs journées s’écoulent insipides sur les broderies, l’argenterie à faire polir, le linge à ranger. A l’extérieur, leur univers se limite au chemin parcouru entre l’église et la demeure familiale. Du monde qui les entoure, elles ne savent rien. Elles ignorent la menace qui plane : la pénurie, la faim qui tenaille les paysans, la colère qui gronde et qui risque de se déverser sur elles. Jusqu’au jour fatal où la foule des affamés se rue sur le portail du palais. Parmi les quatre sœurs lynchées, Luisa et Carolina périront sans que personne ne comprenne comment la violence a pu entrer de façon aussi fracassante dans ces vies rangées. C’est à partir de ces faits réellement advenus que deux textes ont été écrits, l’un par la romancière Milena Agus, l’autre par la journaliste et militante Luciana Castellina : un roman et un récit des événements historiques. Avec son approche singulière, Milena Agus, se place à l’intérieur de la famille et se penche sur la vie des demoiselles Porro, victimes ignares d’une émeute qui les dépasse. Avec son talent d’analyste, Luciana Castellina observe le déroulé des faits et relate les jacqueries dans un monde paysan exaspéré par des années de misère et d’injustice. Cela donne un livre fort, où deux voix différentes se répondent sur un même événement, dans deux approches complémentaires. »
Milena Agus vit et enseigne à Cagliari. Ses romans sont traduits dans le monde entier. Mal de pierres est en cours d’adaptation au cinéma par Nicole Garcia. Luciana Castellina, journaliste et parlementaire, figure de la gauche italienne, fondatrice du quotidien Il Manifesto, a publié La Découverte du monde (Actes Sud, 2013).

Baise m’encor, rebaise-moi et baise de Louise Labé

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Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise Labé

Poème découvert grâce à Anne du blog « Des mot et des notes »

Il faut lire et relire cette magnifique poétesse, une des plus belles plumes féminines…

Il y a de fortes polémiques autour de l’existence de cette poétesse du XVI e siècle.  Murielle Huchon notamment pense qu’elle est la création d’un groupe de poètes autour de Maurice Scève. Quant à moi je préfère croire que la belle Louise, qui décrit si bien les tourments de la passion féminine a bien existé !

Paroles de femmes : Colette

Colette

« Renaître n’a jamais été

au-dessus de mes forces. »

 Cité par Julia Kristeva , émission de France Culture

Le pur et l’impur – Colette

le-pur-et-l-impur

Parler d'homosexualitéLe pur et l’impur a été écrit par Colette à l’âge de 59 ans en 1932. Publié d’abord sous le titre « Ces plaisirs… ». Il possède une dimension autobiographique et la narratrice est bien Colette qui convoque les amis passés, de Marguerite Moreno à Francis Carco, en passant par Renée Vivien et Edouard de Max. Cette autobiographie est aussi une tentative de réflexion sur la jouissance féminine et masculine, sur l’homosexualité, à la manière d’un moraliste, puisqu’il s’agit ici de nommer le pur et l’impur, mais à la manière d’un moraliste qui déjouerait tous les pièges de la morale en vigueur à l’époque. D’ailleurs, le pur est moins ce qui est moralement adéquat que ce qui sonne à la manière d’un cristal, la poésie de la rencontre, des sensations et sentiments, une sorte d’au-delà de la morale, « un infini tellement pur », car les mots aussi acquièrent une résonance, un tremblement de glace…

Il est hors de propos d’analyser ce livre, les quelques minutes dont je dispose n’y suffiraient évidemment pas.

Ce livre se présente comme une série de rencontres de Colette avec des amis ou inconnus qu’elle interroge ou qu’elle incite à la confidence. La première partie est celle qui m’a le moins plu, elle raconte la rencontre d’une femme avec son jeune amant dans une fumerie d’opium, le plaisir qu’elle simule pour le conforter dans son assurance de jeune mâle et sa conversation avec un Don Juan qui ne connaît des femmes que la conquête. Il est le misogyne dans toute sa splendeur et sa stupidité. Il est un consommateur qui se plaint de ses conquêtes, de leur donner trop et de ne rien recevoir en échange.

Les deux mondes, ceux des hommes et des femmes sont d’une hétérogénéité qui ne permet pas vraiment la compréhension ; elle fonctionne à la manière d’une frontière qui ne peut être franchie que temporairement dans le feu de la passion. La femme peut offrir son « brave corps de femelle » en même temps que sa vocation de « servante ». Le masculin est ici supérieur au féminin. Peut-être Colette a-t-elle simplement intériorisé les relations entre les hommes et les femmes de son temps. D’ailleurs elle le répète, à la fin du livre, elle est femme de « combat » et non de raisonnement. Enfin, les femmes indépendantes, intelligentes sont « viriles » et représente un danger d’homosexualité pour les hommes, affirme Marguerite Moreno.

La supériorité des hommes tient à leur statut mais ce sont des êtres profondément faibles, « … entends-les crier sous l’effleurement d’une coccinelle et le passage d’une abeille… ». L’organisation sociale repose en fait sur un malentendu, ce sont les femmes les plus endurantes et les plus fortes. La seule bravoure des hommes est de type militaire, dit-elle. D’ailleurs « le lent mâle écarté », « tout message de femme »devient clair et foudroyant.

La seule manière d’échapper à ce monde d’hommes, à sa violence, est l’homosexualité féminine qui est presque maternelle, car les relations sont de « protectrice à protégée », enveloppante. Elle raconte une très belle histoire d’amour entre deux jeux jeunes femmes anglaises de la bonne société au XVIIe siècle qui fuirent et se réfugièrent dans un cottage à la campagne pour y vivre toute leur vie ensemble.

Pas besoin de singer les hommes, d’être leur égale car une femme « qui reste une femme, c’est un être complet ». Il ne lui manque rien.

L’homosexualité masculine montre selon elle « qu’un sexe peut supprimer , en l’oubliant, l’autre sexe. » alors que les femmes lesbiennes le seraient souvent par dépit seulement « préoccupées de l’homme, détractrices hargneuses et apocryphes de l’homme ». D’ailleurs, ces dames en veston ont parfois un mari qu’elle rejoignent, sont souvent bisexuelles et se passent difficilement des hommes. Peut-être le statut de la femme à l’époque la maintient-elle sous la dépendance des conjoints.

 J’ai pris beaucoup d’intérêt à la lecture de ce livre qui , selon Colette, était son meilleur livre. Il est un témoignage important sur son époque et certains passages m’ont vraiment emportée.

Paroles de femmes : Virginie Despentes

« Non, on ne décrit pas un auteur homme comme on le fait pour une femme. Personne n’a éprouvé le besoin d’écrire que Houellebecq était beau. S’il avait été une femme, et qu’autant d’hommes aient aimé ses livres, ils auraient écrit qu’il était beau. »

King Kong théorie

 

Les plaines de l’espoir Alexis Wright

les plaines de  l espoir

Ce livre retrace l’histoire de quatre générations de femmes aborigènes dont les vies furent inextricablement liées à l’histoire de la dépossession des terres des Aborigènes mais aussi de la politique d’assimilation qui fut menée à leur encontre, par les Blancs. Les femmes sont dans ces cas extrêmes les plus vulnérables puisqu’elles sont les premières à assurer la filiation. Il faut savoir que nombre de métissages en Australie furent le résultat de viols et d’enlèvements.

«Les enlèvements, les viols sont le grand problème de l’Australie. Ces métissages sur plusieurs générations ont produit des gens qui ne connaissent plus du tout leur identité», explique Marc de Gouvenain, son éditeur chez Actes Sud à un journaliste de Libération.

Ivy Koopundi Andrews est ainsi séparée de sa mère à l’âge de sept ans pour être placée dans une institution catholique. Elle devient l’esclave sexuelle d’Errol Jipp, le pasteur de la mission, et subira plus tard la violence extrême de son mari. Sa vie ne sera qu’une longue descente aux enfers dans un climat hallucinatoire. Femme, elle est doublement victime, des missionnaires puis ensuite des membres de la communauté Aborigène qui la rendent responsable des malheurs qui surviennent à St Dominique. Quel que soit le cadre, tout est affaire d’interprétation : des corbeaux qui se posent sur un arbre et restent plusieurs jours d’affilée, animal symbolique liée à la mort, une série de suicides, et voilà que l’on tient l’explication et du même coup la coupable.

Ivy trouvera-t-elle la paix ? En quelle lieu sera-t-elle réconciliée ? Sa fille puis sa petite fille, à la recherche de leurs racines noires se lanceront elles aussi dans la quête de leur identité volée.

Dans une Australie raciste dans cette première moitié du XXe siècle, impossible de contracter une union mixte. Les amours entre Noirs et Blancs sont condamnées à l’échec, les femmes abandonnées. Les femmes blanches ne sont pas en reste et défendent leur territoire et leur statut : « Quel culot elles ont ces noires, d’aller se pavaner, attifées comme des grues, sous le nez des nôtres ! »

Dans les couples Aborigènes, se prolonge la violence de la colonisation, les époux ne se sont pas choisis, ou plutôt ce sont les hommes qui choisissent : le pasteur et le futur époux. La femme est l’objet du contrat et n’a pas voix au chapitre.

Ainsi sont traitées parfois les femmes dans les cas les plus extrêmes : châtiée « à coups de badine et de sermons », disposant d’un peu d’eau et de nourriture, attachée par des cordes, le temps d’être matée, pour la nuit être attachée avec une chaîne pour chien.

Mais par ces femmes, aussi maltraitées soient-elles, se transmet parfois l’amour : « en secret, elle apprit aux enfants d’Elliot la joie de l’amour. Elle leur accorda le don de l’espoir. »

Il y a des portraits extraordinaires, ainsi cette danseuse du ventre, qui s’attache à faire surgir la beauté chez les patientes d’une institution psychiatrique auxquelles elles donne des cours, ou Bessie qui n’hésite pas à se départir des meilleures récoltes de son jardin, pour en faire pousser davantage la fois suivante afin de ne décevoir personne. Elle offre alors le fruit de ses récoltes à ceux, Noirs ou Blancs qui viennent lui demander.

Ces femmes n’hésitent pas non plus à se battre, comme des chiffonniers s’il le faut et à lutter pour faire entendre leurs voix.

Puissant récit, bouleversant témoignage, ce roman est portée par une des voix de femmes les plus puissantes de la communauté aborigène, Alexis Wright.Elle est née le 25 novembre 1950 à Cloncurry, Etat du Queensland . Elle publie Plains of Promise puis Carpentaria le 21 juin 2007. Elle a reçu le Miles Franklin Literary Award pour Carpentaria et quatre autres prix. Dans des entretiens qu’elle a accordés à la presse française, elle avoue ne pas parler le naanyi, la langue de ses ancêtres car elle n’était pas enseignée à l’école. cette langue est d’ailleurs en passe de disparaître. Elle raconte une enfance plutôt heureuse auprès de sa grand-mère qui lui racontait des histoires de la mythologie Aborigène de sa communauté. Mais elle n’en est pas moins ouverte à d’autres cultures , puisque elle-même a trois filles d’un mari Ukrainien !

Roman érotique : Alina Reyes « Le boucher »

alina reyes

« La chair du bœuf devant moi était bien la même que celle du ruminant dans son pré, sauf que le sang l’avait quittée, le fleuve qui porte et transporte si vite la vie, dont il ne restait ici que quelques gouttes comme des perles sur le papier blanc. Et le boucher qui me parlait de sexe toute la journée était fait de la même chair, mais chaude, et tour à tour molle et dure ; le boucher avait ses bons et ses bas morceaux, exigeants, avides de brûler leur vie, de se transformer en viande. Et de même étaient mes chairs, moi qui sentais le feu prendre entre mes jambes aux paroles du boucher. »

Bizarrement, c’est le livre de Martin Provost qui m’a fait penser à celui-là. Un livre érotique, au langage parfois très cru, où le sexe est d’une certaine sauvagerie, d’une grande puissance, et finement écrit aussi. La chair est triste hélas, mais parfois, parfois seulement. Il arrive aussi qu’elle parvienne à nous faire oublier pour quelques heures, quelques jours ou quelques mois le désespoir qui menace de nous faire la peau.

La jeune héroïne de ce roman souffre d’un terrible chagrin d’amour. Elle s’absorbe dans les courbes et les creux du corps. Un corps autonome d’où l’esprit est absent, un corps aveugle et plein, dans la vaine épaisseur de sa chair. Il n’y a pas d’amour dans ce roman entre les deux amants mais une tentative de captation obtuse, une attente fermée, sans ouverture.  En même temps qu’une jouissance forcenée.

La chair livrée à elle-même n’a pas d’autre horizon, elle forme une circularité tenace et exaltante tout en étant parfaitement désespérée, dans le sens où elle est totalement sans espoir.

Alina Reyes écrit véritablement bien et c’est à ne pas négliger dans un genre où il est très facile de se laisser enfermer. ( Alina Reyes est un pseudonyme tiré d’une nouvelle de Julio Cortázar, la Lointaine ou le journal d’Alina Reyes, l’histoire d’une femme qui part en quête de son double).

Doublement inspirée…

Masculin/féminin : une nouvelle définition – Bifteck de Martin Provost

bifteck

On retrouve dans ce livre, un univers merveilleux, une sorte de réalisme mêlé de fantastique qui fait penser au courant littéraire latino-américain initié par Gabriel García Marquez, le réalisme magique « genre qui insère des éléments magiques et des événements surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique et géographique avéré. » Ce courant littéraire a fait de nombreux émules et Carole Martinez et Véronique Ovaldé, en France, présentent dans leurs romans des caractéristiques similaires en les insérant dans un univers typiquement féminin. Martin Provost, à son tour, écrit un texte qui mêle à la fois les deux univers : il emprunte au réalisme magique des éléments réalistes puisqu’il s’agit de l’histoire d’une famille, les Plomeur, à Quimper, où l’on est boucher de père en fils. Le cadre historique est la Grande Guerre qui fait rage et dévore ses enfants mâles. André est donc le seul mâle à Quimper, capable de faire « chanter la chair » celle qui se pavane sur les étals de sa boucherie, mais aussi la chair esseulée des femmes. D’ailleurs « la force d’aimer du tout jeune étalon était telle qu’être aimée une seule fois suffisait pour que l’on eût l’impression d’être aimée pour toujours ».

Mais la Grande Guerre se termine et les maris reviennent, provoquant une certaine panique chez ces dames qui ont gardé de leurs ébats, un souvenir plus tangible que quelques soupirs… Les marmots ne cessent d’affluer devant la boucherie dans des paniers déposés nuitamment  et André en voit sa vie bouleversée.

« Preuve vivante que l’instinct maternel n’appartient pas qu’aux femmes, il jouait les deux rôles à la fois. En précurseur, il comprit que l’homme n’était pas seulement homme, et la femme pas seulement femme, mais bien sûr l’un et l’autre, comme la lune, solidaire du soleil, partage le même ciel. »

André fait donc l’expérience en lui-même d’une nouvelle dimension qui intègre masculinité et féminité, une façon d’être au monde qui rétablit l’unité originelle et une façon d’être aux autres qui rétablit une bienveillance profonde à l’égard des deux sexes : la guerre des sexes annoncée par Nietzsche a fait long feu.

Peu de distance chez ce père qui regroupe ses enfants « en un seul corps indissociable », aime les voir « se lover contre lui », aime les serrer à les étouffer.

Que penser de ce mélange des rôles, de ce père qui ignore toute distance (les psychologues et psychanalystes ne mettent-ils pas en avant la distance nécessaire au père qui représente la règle et la loi, confondant peut-être un fait culturel avec une réalité biologique.) D’ailleurs dans la nature, il y a de nombreux pères qui s’occupent longtemps de leurs petits. « Il existe également dans la nature, des pères qui portent les petits, et les mettent au monde, par exemple l’hippocampe. La mère s’éclipse dès la ponte des œufs, que le père recueille, comme cela arrive parfois dans certaines familles humaines…Chez les oiseaux, le partage des tâches (couvaison, nourriture) est très souvent, sinon presque toujours, assumé à égalité entre le mâle et la femelle. »

Les éléments magiques ou fantastiques apparaissent alors : les bambins sont au nombre de 7, sans mère qui plus est, et André endosse alors la figure de l’Immaculée Conception. Les sept petits poucets sont remplacés  ici par sept bambins bercés par André, comprenant déjà que « l’amour d’un père a plusieurs visages ». Mais la ressemblance entre certains bambins et leurs mères risque d’être compromettante et la vie de cette famille monoparentale est à nouveau bouleversée. Il leur faut fuir…

J’ai bien aimé ce conte, cette fable sur ce père nouvelle mouture, ses relations avec ses enfants même si sur la fin le récit s’essouffle un peu. La fin est une assez belle métaphore sur la mort et le plaisir mais elle n’est pas totalement convaincante. Ce récit est souvent plus profond qu’il n’y paraît, redéfinit les rôles du père et de la mère, puisque ce sont les mères ici qui laissent leurs enfants, plutôt qu’elles ne les abandonnent, à la garde et à l’amour du père. Ce père mobilisant en lui toutes les ressources de ce qu’on appelle la féminité pour éduquer et aimer ses enfants. Il montre que ce que l’on appelle féminité n’a pas vraiment de sens, c’est autre chose, un élan dans chaque être qu’on développe plus ou moins selon l’environnement social et culturel (cf les papas-poules).

D’acier – Silvia Avallone : Magistral !

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Silvia Avallone D’acier – Liana Levi Piccolo 2011 (2010 pour la version originale), traduit de l’italien par Françoise Brun.

Il y a des livres à côté desquels il ne faut pas passer… « D’acier » est de ceux-là parce qu’il sait traduire les mutations d’une société en crise, et celles qui traversent l’existence avec un talent et une énergie remarquables.

Dans ce livre, il y a d’abord une respiration , la respiration d’une énorme usine, qui crache sa fumée noire, et dont les rugissements de l’acier en fusion, les soubresauts des engins rythment la vie de ceux qui travaillent en son sein. Une ville et un quartier ont poussé près de l’aciérie, au bord de la plage, et des barres d’immeubles abritent la vie des ouvriers. Leurs enfants passent les journées à la plage, souvent sans surveillance. Des trafics se font près des cabines de plage, les corps à moitié nus des adolescent se livrent au regard et excitent la convoitise.

L’Usine comme une bête monstrueuse cache dans ses entrailles des centaines de chats faméliques et tue parfois ses enfants, les accidents du travail ne sont pas rares, et des vies agonisent sous les pelleteuses. Un rail de coke permet de supporter ce travail épuisant et l’haleine torride de la bête. Mais la bête se cabre ; ce sont ses derniers moments, la crise de l’acier pousse les dirigeants à délocaliser et les licenciements s’abattent sur les gens comme de la mauvaise grêle. Tout un univers en déshérence, des êtres en perdition dans une société capitaliste qui fait naufrage et emporte tout avec elle.

Anna et Francesca, 14 ans, sont les reines de ce monde en perdition. Elles promènent leur beauté insolente sous les yeux des garçons, unies par une amitié qui semble indestructible mais qui bientôt va vaciller sous les premiers émois de l’adolescence. Chacune va devoir choisir son chemin, ses amours et la vie qui va avec.

Francesca est la plus fragile, en proie à ses démons qui la poussent vers la violence et le danger.

Le monde des hommes que décrit Silvia Avallone, jeune auteure de 25 ans au moment de la publication de ce livre, est violent et souvent destructeur. Violence aveugle qui s’abat sur des femmes souvent faibles et parfois complices. Elle n’épargne personne et sait parfaitement décrire l’autre violence, plus feutrée, de la soumission à l’inacceptable de la part de femmes incapables de protéger et d’écouter les signaux de détresse de leurs enfants. Pourtant elle ne juge pas. Elle décrit avec beaucoup de subtilité un système dont les rouages broient tout ceux qui opposeraient une résistance. Elle montre l’espoir toujours absurde qui fait office d’amour, l’espoir comme une petite pilule de Valium. On espère toujours que cela va s’améliorer, que l’autre va changer ou qu’on va trouver la force de partir.

Ce roman est magistral, brillant, le ton incisif, le rythme trépidant, la langue parfois un peu familière mais au service de la construction sans défaut d’un récit qui vous tient en haleine jusqu’au bout.

A la bien-aimée de Renée Vivien

Renee-Vivien

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon parc et mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma palme,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages et mer.

Et vous êtes ma cloche du sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

Renée Vivien (1877 – 1909)
A l’heure des mains jointes, 1906

Renée Vivien est le pseudonyme de Pauline Mary Tarn, américaine par sa mère  et  britannique par son père.  Elle voyagea beaucoup à travers le monde délivrée des soucis matériels par l’héritage qu’elle reçut de son père..

Elle eut une longue liaison avec la richissime baronne Hélène de Zuylen, pourtant mariée et mère de deux fils.

Alors qu’elle était toujours avec Zuylen, elle entama une liaison clandestine et passionnée avec Kérimé Turkhan Pacha, l’épouse d’un diplomate turc. Cependant ces deux relations aboutirent chacune à une séparation dont Renée Vivien ne se remit pas. Elle sombra dans l’alcool et la drogue et sa santé se détériora progressivement.

 Les critiques ne furent pas tendres avec elle tant il est vrai que l’idéologie de l’époque excluait les homosexuels dont l’orientation sexuelle était considérée comme une maladie mentale. Elle fut traitée de femme perverse et libertine. Son état empira au fil des mois, elle refusa de se nourrir, fit une tentative de suicide et mourut vraisemblablement d’une pneumonie compliquée par l’alcoolisme.

 
Colette dans Le pur et l’impur , paru en 1932 retraça cette fin de vie si difficile.

 

L’Antarctique – Claire Keegan

antarctique

Les femmes irlandaises des nouvelles de Claire Keegan semblent souvent courber l’échine, ployant sous le joug de la tradition et des hommes. Leur destin est tout tracé : «  élever correctement leurs fils, nourrir les poulets, couper le persil, tolérer le vacarme du match du dimanche ».

Dans la nouvelle « Les hommes et les femmes », une fillette demande à sa mère : « Pourquoi ils font rien eux ? » La mère répond « Ce sont des hommes », comme si cela expliquait tout.

Les révoltes sont souvent silencieuses, une telle apprend à conduire en douce, telle autre coupe la magnifique chevelure de sa sœur qui la traite comme sa bonne et les femmes ont assez de force en elles pour renoncer , s’il le faut, à leurs illusions.

            C’est risqué aussi parfois, très, comme dans cette première nouvelle où une femme prend pour amant un homme rencontré dans un bar (Antarctique). Mais la liberté et la passion sont à ce prix si l’on veut un jour lutter contre la peur du vide.

En effet, les personnages de Claire Keegan ne sont pas (seulement ) les victimes d’un patriarcat qui laisse la part belle aux hommes. Elles ne sont pas seulement alourdies par les grossesses, abîmées par les lessives, ou torturées par le désespoir.  Leur lutte est âpre et elles sont terriblement vivantes. Elles ne sont pas seulement des femmes qui attendent l’amour, mais elles vivent aussi pour elles-mêmes, tant pis si parfois il faut renoncer à l’amour. Car « le jour où on découvre qu’on a gâché dix ans de sa vie n’est pas une partie de plaisir. »

       Claire Keegan n’est jamais dans un manichéisme simpliste. Des femmes sombrent aussi dans la folie et nombre d’hommes ne sont pas plus à l’aise qu’elles dans le rôle qu’on veut leur faire endosser. Ce qu’elle montre, c’est le fonctionnement d’un système qui peut rendre aussi les femmes perverses dans leur quête éperdue de séduction..

             En tout cas, c’est de cette manière que j’ai lu ces nouvelles, au style toujours ciselé, alerte et très bien rythmé.

Prix Goncourt 2014 : Lydie Salvayre

pas-pleurer

Une moisson de prix dont les femmes ne sont pas absentes cette année, avec le plus prestigieux d’entre eux et celui où il y a eu le moins de femmes jusqu’à présent :

« Deux voix entrelacées.
Celle, révoltée, de Georges Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l’Église catholique contre les « mauvais pauvres ». Son pamphlet, Les Grands Cimetières sous la lune, fera bientôt scandale.
Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui, soixante-quinze ans après les événements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours radieux de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, jours que l’adolescente qu’elle était vécut avec candeur et allégresse dans son village de haute Catalogne.
Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent, comme enchantées par l’art romanesque de Lydie Salvayre, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, portées par une prose tantôt impeccable,tantôt joyeusement malmenée. » Source de l’éditeur Seuil