Prix Nobel de littérature 2013 – Alice Munro

alice munroSource photo Wikipédia

Alice Munro , lauréate du Prix Nobel de Littérature ! Une excellente nouvelle,   pour la  qualité de cette nouvelliste mais aussi parce qu’elle figure en bonne place dans notre challenge « Lire avec Geneviève Brisac », cette dernière ayant contribué à faire connaître son oeuvre en France et lui consacrant un chapitre dans « La marche du cavalier ».

Alice Munro,  devient ainsi la treizième femme prix Nobel de littérature.

Alice Munro  reçoit plusieurs fois le Prix du Gouverneur général (Prix canadien prestigieux) pour La Danse des ombres heureuses en 1968, Who Do You Think You Are (1978), et The Progress of Love (1986).

En 2009, Alice Munro obtient le Prix international Man Booker.

Parmi ses œuvres, signalons , Les Lunes de Jupiter (1989), Secrets de polichinelle (1994), L’Amour d’une honnête femme (1998), Un peu, beaucoup, pas du tout (2001), Loin d’elle (2001), Fugitives (2004), ou encore Du côté de Castle Rock (2006).

Sylvie Germain – Petites scènes capitales

 

Syvie Germain Petites scènes capitales

Sylvie Germain – Petites scènes capitales, roman

Albin Michel, 2013

 Ce qui m’a d’abord intriguée dans ce livre, c’est son titre : Petites scènes capitales. Il y aurait donc des petites scènes, où quelque chose se joue, se montre, est offert au regard  et qui malgré leur apparente trivialité, ou banalité, seraient aussi fugitives qu’essentielles ?

Enfin, c’est ainsi que je l’ai entendu.. Cela m’a fait penser aussi à autre chose de capital et définitif, la « peine » dite capitale.

La vie de Lili se déroule au fil des pages. Née dans l’après-guerre, elle doit affronter le terrible mystère de la disparition de sa mère. Terrible, parce qu’elle n’est pas seulement absence, mais aussi écho, et que ses voix qu’elle entend, ne sont peut-être au fond  que les siennes. Il y a des mystères qui sont des abîmes parce qu’ils vous soumettent au vertige de l’interprétation. Vous ne saurez jamais les raisons qui poussent une mère à abandonner son enfant, vous ne pouvez qu’imaginer, vous pouvez TOUT imaginer. Et c’est cela le pire, cet espèce de vertige interprétatif.

Le mystère de la naissance en ouvre un autre plus lancinant encore, celui des origines : « Pourquoi suis-je là, pourquoi suis-je moi, en vie, telle que je suis, en cet instant ? Qu’est-ce que je fais là sur la terre ? A quoi bon ? Oui, à quoi bon exister ? A quoi bon moi ? »

Cette étrangeté qu’acquiert alors le monde est une nouvelle naissance, et fait partie de ses petites scènes capitales qui sont à la fois mort et renouveau.

La vie pourrait n’être qu’une simple comédie, et l’essentiel se loger ailleurs. Où est la vraie vie ? Ici-bas ou dans un au-delà ? Où loger le divin ? Les hommes regardent souvent en l’air et depuis si longtemps. Ils sondent le ciel et ses mystères. S’y côtoient science, religion et philosophie.

Sylvie Germain a une parfaite connaissance de la philosophie –elle a un doctorat – et le roman a une forte empreinte de toutes ces questions qui en parcourent l’histoire. La plus essentielle : « Avant, j’étais où ? Et comment j’étais ? »

Il y a quarante-neuf scènes capitales et bien sûr, la disparition de la mère de l’héroïne en est une parmi d’autres. Ce que je peux vous dire c’est qu’elles sont toutes, aussi tragiques qu’elles soient, le lieu d’une renaissance et d’une rédemption possible. Il y a quelque chose qui relève de la grâce (Simone Weil?). De la pesanteur vient peut-être aussi, chez Sylvie Germain, cette légèreté qui nous rend sensibles à la question du divin.

C’est la force et la faiblesse de ce roman : il se déroule comme une argumentation serrée, mais dont les fils parfois sont trop voyants.

J’ai découvert Sylvie Germain, avec « Le livre des nuits » que j’ai trouvé sublime, et qui était dans un parfait équilibre narratif. Ici , les questions philosophiques donnent à la fois une profondeur, et un intérêt mais aussi une certaine lourdeur au roman.

Je reste une inconditionnelle cependant. L’écriture de Sylvie Germain est d’une grande beauté, et l’émotion n’est jamais absente. Elle explore  une autre voie et un autre versant de l’écriture qui rend ses menées si captivantes.

Confessions d’un gang de filles – Joyce carol Oates

confessions d'un gang de filles

Confessions d’un gang de filles – Joyce Carol Oates,
janvier 2013, Stock format numérique.

coup-de-coeur Dans les années cinquante,
dans une petite ville de l’Etat de New-York, cinq lycéennes, victimes de
la violence des hommes, s’associent et fondent un gang de filles, le
premier des Etats-Unis, destiné à les protéger et à leur donner la chaleur
d’un foyer
que la plupart d’entre elles ne connaissent pas. Leurs
motivations sont complexes et parfois troubles : haine des hommes,
désir de vengeance, besoin d’une amitié
si forte qu’elle puisse pallier une
famille défaillante, voire inexistante ? Jusqu’où iront-elles, ces jeunes
filles ivres de ce pouvoir tout nouveau pour elles ? Comment feront-elles
pour ne pas trahir les valeurs qui sont à l’origine de leur révolte ?
Peut-on enfreindre la loi et rester juste ? La fin justifie-t-elle les
moyens ? Récit d’apprentissage, passage de l’enfance à l’adolescence,
description minutieuse de la violence et de la sauvagerie de l’adolescence, le
roman de Joyce Carol Oates est sombre et lumineux à la fois.

Ce sont d’abord Maddy et Legs qui scellent le pacte, le soir où Margaret Ann Sadovsky, surnommée Legs frappe au carreau de la fenêtre de la chambre de son amie et demande à celle-ci de la cacher.

Car le premier mouvement est généreux, « créer une vraie communauté de sœurs de sang , avec des liens forgés dans la loyauté, la fidélité, la confiance, l’amour », et se protéger les unes, les autres. Voilà comment naît Foxfire et Legs en est le leader charismatique, forte et énergique , elle est le cœur de ce mouvement,
Maddy, quant à elle, est celle dotée du pouvoir des mots, échappant en partie à la violence : elle raconte la fulgurante ascension de ce mouvement et sa chute  annoncée. Elle écrit pour expliquer ce qui s’est passé.

« Nous sommes animées d’une vraie solidarité féminine. Nous ne singeons pas ces garçons contre lesquels Legs nous a mises en garde » explique Maddy. Bien différente des bandes de garçon existantes, qui n’ont pour objectif que la criminalité, ce gang de filles est la seule réponse possible à la violence qui s’exerce contre les femmes, à une époque où ces jeunes filles ne possèdent pas le langage pour en parler, et où les mouvements féministes n’ont pas encore ’ampleur qu’ils connaîtront après.

 J’aime beaucoup cette auteure et après le coup de cœur pour les « Chutes » que j’avais trouvé absolument sublime et étrange, « Confessions d’un gang de filles » est un livre qui m’a transportée dans l’univers de ces toutes jeunes adolescentes malmenées par la vie et déjà, malheureusement, par les hommes. Sortes de guerilleras intransigeantes, et sulfureuses, puissantes et vénéneuses, elles vivent sous la plume de Joyce Carol Oates avec autant de panache que de désespoir. J’ai été saisie par la force des personnages, par la puissance des évocations de cet écrivain qui ,dans son journal avoue parfois ne pas comprendre la violence qui les habite, elle qui se sent si sereine et si
calme.
challenge George

Adieu le cirque – Cheon Un-Yeong / Quand les fleurs de pêcher s’envolent comme des papillons…

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Adieu le cirque Cheon Un-yeong, traduit du coréen par Seon Yeong-a et Carine Devillon, Serge Safran  2013

 

Inho, jeune coréen qu’un accident a privé de sa voix, cherche une femme pour échapper à sa solitude. Une curieuse agence matrimoniale le met en relation avec la troublante Haehwa, jeune chinoise qui veut oublier un amour perdu. Sont-elles plus douces, plus patientes, plus dociles ces jeunes femmes que l’on va chercher si loin ?

Et ces jeunes coréens sont-ils plus prospères, plus à même de subvenir aux besoins d’un foyer ?

Tout semble s’annoncer sous les meilleurs auspices : la jeune femme semble s’épanouir et établit avec sa belle-mère des liens faits de confiance et de tendresse, le jeune homme est attentionné et disponible. On entend bien de fâcheuses histoires sur ces unions arrangées mais cela semble ne pas concerner nos deux tourtereaux !

Mais Yunho, le frère de Inho, est troublé lui aussi par la douce Haewa.

Le feu couve sous la cendre, un geste qui semblait tendre recèle sa part de violence, même la misère qu’on croyait vaincue se révèle plus têtue qu’on ne croyait, et finalement sous une parole douce gronde une imperceptible colère. Le drame, terrible, se tisse de fils de soie. …

« Peut-être la vie n’est-elle qu’un spectacle de cirque, au dur et doux parfum de nostalgie… »

Dans le roman alternent les voix de Haewa et Yunho, qui s’appellent, se cherchent, sans jamais vraiment se répondre. Ce roman est d’une poignante beauté et d’une terrible mélancolie. Il m’ a fallu quelques semaines pour me défaire de cette émotion qu’il a suscitée en moi. La violence entre les êtres est d’une certaine façon la conséquence d’une violence plus souterraine et profonde, une violence sociale et politique. Les personnages sont pris dans des rets dont ils ne peuvent se défaire. La langue est belle, et l’on peut saluer la co-traduction de Seon Yeon-a et Carine Devillon. On se laisser bercer par la beauté de ces images. Une syntaxe parfaitement maîtrisée et de très belles métaphores filées de mains d’écrivaine douée, très douée…

La nature a la beauté des estampes japonaises sous le pinceau-crayon de Cheon Un-Yeong. « Au moindre coup de vent, les fleurs épanouies des pêchers déployaient leurs ailes comme des papillons frappés d’étonnement. »

Un vrai coup de cœur pour moi.

Aux éditions Serge Safran, il y une fée nommée Clarisse, que je remercie. Si vous ne me croyez pas …

Prix du roman Fnac 2013 – Julie Bonnie Chambre 2

 

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Le mot de l’éditeur

« Travailler en maternité : du bonheur à l’état pur ? Pas tout à fait. Manque de temps, hiérarchie, commérages, discours hospitalier fragilisent Béatrice, auxiliaire de puériculture hypersensible, confrontée toute la journée à un tsunami d’émotions.
À mesure qu’elle ouvre les chambres sur telle patiente assignée à résidence, tel pédiatre acariâtre, tel déni de grossesse, telle femme en morceaux ou telle mère épanouie s’ouvrent les portes de sa mémoire. Et apparaît le théâtre fantôme de son existence passée : celle d’une danseuse nue s’épanouissant sur les routes dans la lumière des projecteurs et dans le regard des autres, au son de violons à la musique tenace. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo, Pierre le bleu et Pierre le rouge, tous les compagnons d’une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale. Une vie à fleur de peau, charnelle, qui résonne étrangement avec l’expérience singulière de chacune des femmes des chambres 2, 4 ou encore 7. Jusqu’à ce que Béatrice ne puisse plus se satisfaire d’un corps enfermé dans une blouse.
Un hommage poignant au corps des femmes, à l’enfantement, à la nudité, et qui orchestre avec virtuosité toute la gamme des émotions et initiations que nous impose la vie. »

UN roman qui est « fait » pour Litterama, par son thème sur le féminin et qui, c’est sûr, passionnera les lecteurs comme il a passionné le jury.

Prix décerné le 29 août 2013.

La garçonne de Victor Margueritte / Sulfureux ou avant-gardiste ?

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Le roman « La garçonne » fut très célèbre en son temps, best-seller des Années Folles, sulfureux et provocateur pour certains, moderne et avant-gardiste pour d’autres,  il déclencha autant d’intérêt que d’indignation et valut à Victor Margueritte (1896-1946) d’être radié de la Légion d’honneur.

Écrit en 1922, dans une société très imprégnée des valeurs morales héritées du catholicisme, et de manière plus générale de la culture judéo-chrétienne, les thèmes abordés par Victor Margueritte avaient de quoi enflammer l’opinion, et choquer cette France bien-pensante de l’après-guerre, qui avait renvoyé les femmes à leurs fourneaux, et les avait de nouveau assignées à leur fonction reproductrice. Il  fallait, n’est-ce pas, repeupler la France. Et où allait-on, je vous le demande, si on les laisser se perdre dans des amours saphiques improductives, ou dans une vie de dissipation et de dérèglement des mœurs, peu propices à un foyer bien ordonné.

Mais il y a bien plus grave, car il s’attaque à la haute bourgeoisie parisienne, sans morale, menant une vie de débauche, derrière la façade hypocrite de la civilité bourgeoise. Et si cela n’était pas assez, il dénonce « les profiteurs de guerre » qui se sont enrichis sur le dos des poilus.

On peu supposer qu’après avoir  chargé la barque, Victor Margueritte ne dut pas être vraiment surpris par la riposte de ceux qui, après tout, détenaient le pouvoir. Toutefois la censure produisit son effet, elle relança la curiosité pour cet ouvrage qui sentait le soufre, et les ventes s’envolèrent.

Pour tout dire, elles dépassent même la série des Claudine publiées par Colette.

La coiffure à la « garçonne » deviendra le symbole de la liberté, virilisation des femmes ou indifférenciation des sexes qui permet d’aborder également la bisexualité et le lesbianisme. Comme on le voit, Victor Margueritte fait feu de tout bois.  Il remet en cause l’ordre établi, les préjugés et le pouvoir, traditionnellement chasse gardée des hommes. On comprend l’ampleur de la riposte.

Monique Lerbier, son héroïne, est indépendante financièrement grâce à son métier de décoratrice et aime comme les garçons, c’est-à-dire,  librement, pour sa seule satisfaction sexuelle, sait s’abandonner à tous les plaisirs et tient à choisir librement son destin.

Victor Marguerite féministe ?

Selon Yannick Ripa, qui écrit une préface absolument passionnante à ce livre,  il ne fut guère aimé des féministes qui tenaient à la respectabilité pour faire accepter leur mouvement, et ne souhaitaient pas que le libertinage soit associé à leurs luttes et dénature leur image. Lutter pour l’égalité des droits ne voulait pas dire coucher avec n’importe qui, voire à plusieurs, ou remettre en cause la monogamie institutionnelle.

L’ouverture d’esprit de Victor Margueritte aura elle aussi ses limites et la morale sera finalement sauve. Le bonheur semble hétérosexuel, monogame et pour toujours. La chair est triste hélas, et point n’est besoin d’avoir lu tous les livres, pour en être complètement dégoûté. Les femmes ont besoin d’amour, qu’on se le tienne pour dit, et la maternité donne un sens à leur vie : sans enfants, quelle solitude !

Si ce roman a tant fait parler de lui, ce n’est pas pour son style, légèrement ampoulé mais pour sa portée iconoclaste, Victor Margueritt

French writers Paul (1860-1918) and Victor Mar...
French writers Paul (1860-1918) and Victor Margueritte (1866-1942) (Photo credit: Wikipedia)

e a fait vaciller sur leurs socles les vieilles idoles. Qu’il en soit encore aujourd’hui remercié !

« Monique Lerbier est heureuse : elle épousera bientôt l’homme qu’elle aime.Un soir, pourtant, elle le surprend en compagnie de sa maîtresse. Humiliée, elle se venge sur le premier venu, puis, au lieu de rentrer dans le rang comme ses parents le lui intiment, elle décide de prendre en main son destin et ses amours. Avec glourmandise, curieuse de tout, Monique va alors multiplier les expériences émancipatrices, avec des femmes comme avec des hommes qu’elle ravale au rang de simples reproducteurs ou de « belles machines à plaisir »

La part du feu – Hélène Gestern

la part du feu

Helen Gestern – La part du feu – Arlea Janvier 2013

C’est en découvrant par hasard , dans les papiers  de sa mère, le nom de Guillermo Zorgen, militant d’extrême gauche qui a défrayé la chronique judiciaire dans les années 70, à travers les lettres qu’il a adressées à une mystérieuse Sonia, que Laurence voit ses certitudes voler en éclats. Tout ce semblant d’équilibre,  gagné à force de volonté malgré un divorce et pas mal de solitude, menace de s’écrouler.

Qui est véritablement Guillermo et pourquoi sa mère Cécile détient-elle des lettres adressées à une inconnue ? Laurence va mener sa petite enquête et tenter de le découvrir.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit car les activistes et autres terroristes des années 70, malgré tout l’intérêt de l’Histoire récente, m’intéressent assez peu. Je suis allergique à la justification politique du recours à la violence et à cette incitation à casser du bourgeois. Les émotions risquent toujours de prendre le pas sur la raison et je manque alors de la distance nécessaire pour poursuivre sereinement la lecture. Ceci-dit, j’étais prévenue du sujet puisque j’avais lu des articles sur ce livre et cela faisait un moment que je voulais lire Hélène Gestern. A vrai dire, je voulais commencer par « Eux, sur la photo ». Mais nul doute que je le lirai bientôt.

Car, passées ces premières réserves, il faut bien avouer que l’auteure a su me captiver par son récit. L’enquête que mène son héroïne est véritablement palpitante, les pièces du puzzle se mettent en place peu à peu et on prend plaisir à deviner les liens qu’entretiennent les protagonistes de ce drame familial.

Je ne m’attendais pas à la fin et la surprise a ajouté au plaisir de la lecture.

D’autre part HG joue habilement des métaphores de la brûlure, du danger de la passion, et explore la symbolique du feu rédempteur et purificateur invoqué par des terroristes pyromanes.

Nous gardons les stigmates du passé par des cicatrices laissées par la flamme que nous avons approchée de trop près à l’instar de ce roman.

Les personnages brûlent et se consument dans les affres de la passion, jouent avec le feu, côtoyant et appelant parfois la mort dans un mépris total du danger.

Alors forcément, à force d’ardeur, et de talent, Hélène Gestern nous fait brûler aussi.

Un bon roman à lire en cet été finissant ; garanti ignifugé, pas de risque qu’il vous brûle les doigts, vous ne le lâcherez pas.

Livre voyageur de Philisine Cave. Merci ! Lire son article :

La part du feu – Hélène Gestern *****

La fréquentation des à-pics de Catherine Charrier / Peut-on apprivoiser le vertige ?

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La fréquentation des à-pics, Catherine Charrier, mai 2013, éditions Kero

Comment se décident les grands changements de notre existence ? A partir de quel moment le chemin qui se fait en nous inconsciemment trouve-t-il son aboutissement ?

Catherine Charrier raconte avec beaucoup de justesse ce mouvement de bascule par lequel nous orientons plus ou moins consciemment nos existences. Elle décrit avec beaucoup de finesse ces états de conscience, d’une extrême acuité, par lesquels tout changement s’opère en nous.

Un jour, soudain, nous savons que plus rien ne sera comme avant.

Elle explore ces moments de vertige, ces à-pics que toute femme est amenée à connaître dans son existence, à travers des nouvelles de longueurs assez inégales mais qui forment un ensemble plutôt cohérent : la découverte d’un secret familial, la compréhension d’un lien dont on se sent exclu, l’expérience de la mort d’un proche, sont des expériences universelles qui sont cruciales dans la vie d’un individu.

                Notre conscience subit alors une sorte de dilatation qui nous permet d’appréhender une réalité qui nous est étrangère et dont l’expérience ouvre les champs inexplorés de notre sensibilité en la modifiant radicalement. Nous ne pourrons plus faire comme si nous ne l’avions pas vécue.

L’auteure conduit ces récits d’une langue sèche et précise, au détriment parfois de l’émotion car se tenant dans une distance qui a le défaut d’une certaine neutralité. Dans certaines de ses nouvelles, elle a sur ses personnages le regard d’un entomologiste.

                Toutefois, un véritable projet d’écriture est à l’œuvre au sein de ces récits : livrer des expériences significatives de la vie des femmes, prises entre des schémas traditionnels qui les conditionnent malgré elles et un désir profond de s’en affranchir. La quête infinie de la liberté…

Une auteure à suivre …

Je remercie les éditions Kero pour l’envoi de ce livre

Et presque en même temps que Clara : Moi, Clara et les mots

Deadline d’Adina Rosetti

Deadline d'Adina Rosetti

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Adina Rosetti Deadline – 2010 Adina Rosetti – 2013 Mercure de France, traduit du roumain par Fanny Chartres – 404 pages

Peut-on mourir d’un excès de travail ? Voilà la question qui agite la petite communauté des familiers, collègues et amis de Miruna Tomescu, domiciliée à Bucarest, qui vient de s’éteindre, seule, sur son canapé, les bras chargés de dossiers, à l’âge de vingt-neuf ans.

Dans la cour de son immeuble, tonton Zaim, un vieil homme qui vit dans le local à poubelles a peut-être son idée sur la question, ou Augustin, son chef, qui lui a refusé sa demande de congés, ou encore Dora, son amie de faculté qui a reçu d’étranges mails de sa part. Adam, un jeune blogueur décide d’enquêter sur cette mort mystérieuse. La Toile s’enflamme, les débats font rage et les blogueurs s’organisent…

J ’avais découvert avec bonheur lors du salon du livre de Paris 2013 les romancières roumaines et je poursuis ma découverte de cette littérature à la fois riche et originale.

Car ce roman est vraiment très original, par sa construction, son thème, son style. Adina Rosetti écrit vraiment très bien et elle est aussi admirablement traduite par Fanny Chartres. Elle élabore une œuvre à l’identité forte et singulière, dans un roman choral où un certain réalisme le dispute au fantastique dans une langue très travaillée.

Que devient la Roumanie après la dictature de Ceauᶊescu ? Comment a-t-elle abordé l’ère capitaliste ? De quel prix paye-t-elle sa liberté ? Voilà, au fond, la question que pose ce roman qui, je vous rassure, n’a rien de nostalgique. Mais ce capitalisme international, dont le modèle est donné par les grandes multinationales, est-il adapté ou souhaitable sur le sol roumain ? Ne va-t-on pas remplacer une dictature par une autre ? Ces questions soulevées pendant le salon par des grandes voix roumaines comme celles d’Adana Blandiana, ou de Gabriela Adamesteanu sont reprises par la jeune génération qui n’a pas ou peu vécu la dictature. C’est l’ère de l’individualisme et de la consommation, des réseaux et de l’internet. La question des femmes se pose en filigrane : qu’ont-elles gagné à la disparition de l’ancien monde, celui des coutumes et des traditions ?

« […] y’a que la carrière qui intéresse les filles de nos jours et voilà comment qu’elles finissent, seules chez elles, avec leur chat, sans personne qui peut appeler un médecin quand elles sont malades, elles arrivent à trente ans et des poussières, sans enfants, sans homme, sans rien, à quoi qu’elle leur sert la carrière, je vous le demande moi ? »

Quand une œuvre est traversée par les questions qui hantent une société, qu’elle pose les problèmes avec autant de pertinence, et qu’elle est à la fois une œuvre littéraire, alors on a un chef-d’œuvre. Adina Rosetti est une des jeunes romancières les plus douées de sa génération. Rédactrice au magazine « Elle » roumain, elle a fait sensation avec ce premier roman très moderne.

Un roman aussi où on parle beaucoup de la blogosphère et des blogomaniaques dans lesquels on peut reconnaître aussi ses propres travers.

Colette de Jouvenel, « fille de… » : Impasse de l’Ecritoire

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j'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiont

Voyager , dans son propre pays ou ailleurs, c’est aller à la rencontre des autres, provoquer le destin ou laisser celui des autres croiser le nôtre et le modifier.

C’est en allant à Curemonte, qui est un très beau village corrézien perché sur une colline, dont toutes les maisons sont soigneusement conservées, ses vielles pierres luisant sous le soleil, que j’ai fait la connaissance de Colette de Jouvenel par le biais d’une exposition sous la halle aux grains retraçant une fois encore la vie de la « Grande » Colette, sa mère, mais évoquant également la sienne, et notamment les quelques années qu’elle passa dans ce village pendant l’Occupation et l’intense atcivité de résistante qu’elle y déploya. Son visage, étrangement émouvant sur les photographies, la solitude qu’on peut lire sur ses traits et une espèce de mélancolie a attisé ma curiosité et j’ai cherché à en savoir un peu plus. 2013 étant le centenaire de sa naissance, une exposition lui avait été consacrée jusqu’au 15 juillet.

Mais il a fallu que j’aille visiter les « jardins » de Colette, l’écrivain, à Varetz, pour trouver plus d’informations sur sa fille, grâce au livre notamment de François Soustre, « Colette de Jouvenel en Corrèze ».  Ce parc est situé à côté de Castel-Novel, propriété qui domine la commune de Varetz et fut la demeure paternelle où Colette de Jouvenel passa son enfance confiée aux bons soins d’une nourrice anglaise. Je me suis également procuré « Lettres à sa fille » publiées sous la direction de Anne de Jouvenel, nièce de Colette de Jouvenel, afin d’éclairer ces relations mère-fille si compliquées. Les différencier déjà est difficile puisque l’écrivain Colette a prénommé sa fille Colette. Seule la fille issue de l’union de l’écrivain Colette et  de Henri de Jouvenel s’appelle en droit Colette de Jouvenel. L’écrivain se nomme Gabrielle Sidonie Colette et Colette n’est pas un prénom mais un nom de famille qu’elle utilisera comme nom de plume. Même de manière posthume, la fille de l’écrivain aura beaucoup de mal à avoir une place d’autant plus que sa mère utilisait aussi le même patronyme ! Afin de les différencier j’utiliserai toujours Colette de Jouvenel pour parler de la fille de l’écrivain puisque c’est son véritable patronyme.

A vrai dire, le visage de l’écrivain s’est progressivement effacé, pour laisser place à celui de Colette de Jouvenel dont le destin tourmenté, m’a en quelque sorte happée grâce au talent de François Soustre.

Elle est fille unique de Colette et de l’homme politique Henry de Jouvenel, tout deux fort occupés à leur carrière sinon à leurs amours. « Quelle fichue situation d’être la fille de deux quelqu’un, elle a un sacré besoin de s’appeler Durand, ma fille. » écrivait Colette, l’écrivain, à une amie.

Colette de Jouvenel tint peut-être de sa mère son goût pour l’écriture car elle publia quelques articles dans la presse parisienne au lendemain de la Seconde guerre mondiale, composa des contes, des chansons, et tint un journal dont François Soustre donne quelques extraits avec l’autorisation de Anne de Jouvenel. Peut-être un jour sera-t-il publié et pourrons-nous le lire.

Née en 1913, Colette de Jouvenel a un an lorsque la première guerre éclate et ses parents n’ont guère le temps de s’occuper d’elle : son père va rejoindre le front et sa mère contribue à la rédaction du « Matin », elle est confiée alors  à la garde d’une nurse anglaise, Miss Draper jusqu’en 1922.

« Miss Draper, pudeur,hygiène et châtiment, aima loyalement et profondément « le petit fille », matant un peu trop son penchant latin à la tendresse fougueuse. », écrit-elle.

Elle va à l’école de Varetz avec les autres enfants de la commune avant de devenir pensionnaire à l’internat de Saint-Germain en Laye. Elle y fait l’apprentissage d’une terrible solitude : « C’est au lycée de Saint-Germain que je commençai à voir que je n’appartenais pas aux miens. Au bout de quelques mois, je commençai à rêver de pouvoir être à d’autres. A des parents comme ceux dont mes compagnes étaient dotés. S’ils devaient venir le jeudi ou le samedi, ils venaient, ceux des autres ». Elle retrouve les siens pour de brefs séjours à Castel-Novel ou à Rozven en Bretagne.

Puis elle va étudier Outre-Manche dans la petite ville de Clifton, près de Bristol avant d’être inscrite dans un établissement du VIe arrondissement à Paris où elle prendra des cours de sténographie et de secrétariat.

« On ne sut jamais que la peinture m’eut rendue heureuse, sinon géniale. Je n’en savais rien non plus, je n’indiquais aucune préférence, bien que je me sois honorablement tirée de quelques essais au Lycée de Versailles où je profitai, pendant les deux mois qui précédèrent mon expulsion de l’établissement, des leçons d’un charmant avec lavallière à pois et chapeau à larges bords. »

          Les résultats de Colette de Jouvenel sont désastreux et elle est expulsée de deux établissements privés, avant d’être orientée, en désespoir de cause, vers l’apprentissage de la couture. Son père se remarie avec Germaine Louis-Dreyfus et si Colette de Jouvenel ne sympathise pas avec sa belle-mère, elle s’entendra très bien en revanche avec sa fille Arlette qui épousera plus tard son demi-frère Renaud. Et sa mère convole également en justes noces quant à elle avec Maurice Goudeket.

Pour ne pas être en reste peut-être, en 1935, Colette de Jouvenel épouse Denis Dausse, docteur en médecine, pour divorcer peu de temps après. Ses parents la soutiennent mais son père meurt quelques mois plus tard, ce qui l’affecte profondément.

Elle devient assistante de réalisation et travaille auprès de Solange Bussi pour le tournage de La Vagabonde en 1931, puis avec Marc Allégret pour Le Lac aux dames en 1934 et avec Max Ophuls pour Divine en 1936.

Elle abandonne la réalisation pour exécuter des travaux de traduction avant finalement de bifurquer vers la décoration. Mais la guerre éclate et Colette de Jouvenel se réfugie en Corrèze à Curemonte, qu’elle appellera sa « Toscane limousine » dans le château familial acheté en 1912.

Elle se rapproche des antifascistes du coin, les Videau, couple d’instituteurs, et Berthe Vayssié qui tient le café-bar-épicerie du village. Colette de Jouvenel commence par mettre en place un circuit de ravitaillement efficace puis participe de plus en plus à des activités de résistance. Elle accueille sa mère qui a fui sa Seine-et-Oise et se révèle une invitée irritable, qui tourne sur elle-même et accable ses proches de récriminations. Pour finir elle tombe malade et Colette de Jouvenel s’occupe d’elle avec dévouement. Mais après quelques mois elle décide de revenir en région parisienne tant elle s’ennuie dans ce petit coin de province.

Les retrouvailles, encore une fois, n’ont pas eu lieu.  Colette de Jouvenel pense à fonder une revue mais son projet sera refusé par Vichy, les valeurs issues de la « Révolution nationale » n’entrant dans son plan éditorial.  Elle se met au service de l’OSE  (Organisation de secours aux Enfants) par l’intermédiaire de sa belle-sœur ; il s’agit de mettre à l’abri des enfants dont les parents ont été arrêtés ou déportés. En 1943, elle fréquente André Malraux, et Josette Clotis, sa compagne, Emmanuel Berl et sa femme Mireille, chanteuse qui ne peut plus travailler étant juive. Si elle n’appartient officiellement à aucun mouvement de résistance, elle est en charge de missions précises dans les rangs de l’opposition active au STO.

Colette de Jouvenel vit deux histoires amoureuses d’abord avec Simy Wertheim, puis Jocelyne Alatini un peu plus tard qui lui permettent de trouver un peu de joie dans cette période sombre et agitée. Mais la guerre se termine et Colette de Jouvenel aimerait écrire. Depuis quelque temps elle tient un  journal où elle note ses impressions.

Elle lui confie: « Si je me relis, je m’attendris presque : pauvre de moi qui tente à trente et un ans d’apprendre à penser, à la manière d’un devoir de philosophie d’adolescent, parce que personne ne t’a appris à penser. Mais aussi, c’est que je ne peux exprimer librement ma pensée, pour n’avoir pas accepté les contraintes qui m’eussent été nécessaires pour y parvenir – écrire chaque jour, dompter style et pensée. »

A la fin de la guerre, elle est nommée présidente du Comité social et sanitaire, il s’agit de remettre de l’ordre dans les différents établissement publics qui composent l’administration. Mais écrire ?

En novembre 1944, elle publie son premier article dans « Femmes françaises » sous le titre « Travail urgent : travail social ». Louis Aragon lui-même souhaite avoir un de ses articles…  Elle est pressentie par Juliette Jonvaux qui dirige Fraternité, journal d’extrême-gauche pour rejoindre le comité de rédaction du journal. Elle couvre le retour des déportés et des prisonniers de guerre, s’insurge, se révolte contre le manque d’organisation des secours aux déportés, qui doivent en plus de leurs souffrances attendre et attendre encore… Elle se rend en Allemagne et publie un article « Eté allemand » qui aura un certain écho.

Très sensible aux problématiques liées au rôle des femmes dans le monde du travail, elle utilise sa plume pour défendre l’égalité des sexes et « la promotion des femmes aux postes à haute responsabilité » car ni « le ravaudage des chaussettes, ni les collections de couturiers, ni même le soin des enfants ne suffiront à remplir leur vie tout à fait. »  C’est son article « L’Abeille citoyen » publié dans Vogue qui va reprendre ces idées et  provoquer bien des remous . Elle rendra compte par la suite des débats du tout premier Congrès international des femmes qui se réunit à Paris, à la Mutualité, du 25 novembre au 1er décembre 1945.

Mais ses prises de position radicales agacent passablement sa mère qui lui fait quelques remontrances : « Maurice me dit que Fraternité est un journal impossible. Je ne le saurai donc que par ouï-dire si tu n’y rentres pas ». Elle abandonne donc le journalisme et à la mort de sa mère en 1954, découvre que le testament de cette dernière la désavantage considérablement.

« En ce jour de 1954, il y eut en moi beaucoup de la femme trompée depuis toujours. Sans doute n’avais-je que trop rarement eu le sentiment avec ma mère de vivre le grand amour. Lorsque d’elle à moi, il y eut grand amour, ce fut de loin. L’éprouva-t-elle ? de loin, avec l’écart d’âge qui nous séparait ?  Elle m’aima de loin, au temps où je ne savais pas répondre à cet amour. »

Elle parvint à recouvrer son droit moral sur l’œuvre de sa mère et à compter de 1977, elle se consacra à la réédition de ses œuvres et se réfugia Impasse de l’Ecritoire, à Beaumont-du-Gâtinais en Seine-et-Marne quand elle n’était pas à Paris.

Elle meurt en 1981 des suites d’un cancer et confie sa correspondance à sa nièce Anne de Jouvenel en lui demandant de la publier le plus tard possible.

Colette de Jouvenel eut un lien très fort à l’écriture et c’est à cet égard qu’elle m’a intéressée, lien tissé de mots en creux, des mots tus, des mots manqués, des mots d’une mère écrivain et des mots secrets de son journal qui ne sera peut-être jamais publié.

Le récit de François Soustre est passionnant et il faut le lire  si, par hasard, vous avez croisé ce visage d’une grave beauté et ce regard empreint de mélancolie. Vous découvrirez l’histoire d’une vie …J’espère vous avoir donné envie d’aller plus avant dans cette aventure. Dans quelque temps peut-être ouvrirez-vous ce livre d’un doigt impatient et retrouverez-vous un peu des émotions qui m’ont agitée à sa lecture.

Les mères de Samantha Hayes

les mères de samantha hayes

Les mères de Samantha Hayes – 2013 Le Cherche-midi 2013 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Florianne Vidal Collection Thrillers

Vignette Les femmes mènent lenquèteRien de mieux qu’un bon polar pour commencer l’été ! Et celui-là est un des meilleurs que j’ai lus ces derniers temps !

Les mères : cruelles, aimantes, passionnées ou attentives, indifférentes ou maltraitantes sont les véritables héroïnes de ce roman psychologique particulièrement retors et efficace.

Attention, derrière le mythe de la mère aimante et dévouée se cache une réalité bien différente. On ne naît pas mère, on le devient, pourrait être l’avertissement donné par ce roman noir. Les inspecteurs Lorraine Fisher et Adam Scott le savent bien, habitués aux méandres de l’âme humaine. Unis pour le meilleur et pour le pire, enquêtent sur un meurtre particulièrement sordide : une femme sur le point d’accoucher a été sauvagement assassinée, et son bébé n’a pas survécu à une césarienne particulièrement macabre.

Vous habitez Birmingham ? Votre ventre s’arrondit déjà ? Fermez bien votre porte et vos fenêtres et ne vous fiez à personne car les apparences sont trompeuses. Qui peut être l’auteur de meurtres aussi barbares ? Votre voisin de palier ? le plombier qui vient réparer une fuite alors que vous n’avez appelé personne ? Ce collègue à l’apparente bonhommie ? vous n’en saurez rien car le mystère sera savamment entretenu. Samantha Hayes ferre le lecteur avec un art consommé de l’intrigue. Elle s’amuse à semer des fausses pistes jusqu’au dénouement qui opère un retournement assez inattendu.

Claudia, enceinte, rayonne. Enfin, elle va être mère. Belle-mère de deux intrépides jumeaux, elle attend impatiemment la petite fille qui sera bien à elle. Son mari, James, officier à bord d’un sous-marin, par pour de trop longues missions. Ils décident alors de recruter une nounou qui pourra aider Claudia quand le bébé sera là. Zoé semble être la perle rare mais son comportement est parfois bien étrange…

« Lorraine trouvait que le temps passait trop vite. Ces jeunes femmes n’en étaient qu’au début. Elles avaient devant elles des nuits et des nuits sans sommeil, de couches-culottes par milliers, sans parler de cette culpabilité, cette impression de ne pas être à la hauteur. »

« Je connais ce regard : c’est celui d’une femme vide, obsédée par le désir, le besoin de donner la vie. Le regard d’une mère frustrée. »

« Je lève les yeux et j’imagine son jeune corps gonflé d’une nouvelle vie – une vie engendrée par la haine et la peur. Elle ne sera jamais capable d’aimer son bébé. Elle ne s’aime déjà pas elle-même. »

J’ai beaucoup aimé ce thriller particulièrement bien construit qui aborde le thème de la maternité sous tous ses aspects. Etre ou ne pas l’être, telle sera la question. La frustration pour celles qui n’y parviennent pas provoque de dangereux déséquilibres. N’est pas mère qui veut mais n’est pas mère non plus qui peut…

Les enquêteurs échappent aux modèles du genre : en pleine crise de couple, leur vie privée empiète souvent sur leur vie professionnelle, au détriment de quelques indices qu’ils laisseront malheureusement échapper. Je n’ai jamais lu Gillian Flynn, ni Mo Hayder, mais Samantha Hayes me semble très bien se débrouiller toute seule car j’ai eu beaucoup de mal à lâcher ce roman !

Je remercie les éditions du cherche-midi pour l’envoi de ce roman.

Itinéraire d’une blogueuse n°11- Les vacances ! Et un petit programme de lectures !

john-mantha

Nous allons tourner un peu au ralenti ces prochaines semaines et prendre un peu de vacances. je reviendrai à l’occasion de quelques connexions Wi-Fi mais par contre pas de pauses pour mes lectures.

Au programme :

     

L’héritier – Roselyne Durand-Ruel ou la transmutation des valeurs

L'héritier

Roselyne Durand-Ruel  présente dans « L’Héritier » une saga familiale chinoise, qui balaie l’histoire de la Chine des années 70 à aujourd’hui. Liu Sin-Ming est le seul fils d’un couple d’intellectuels, « rééduqués » dans les laogai ( goulag maoïste), victimes d’un collectivisme forcené et d’une idéologie sans pitié. Hong Kong, l‘opulente, est par contraste, son antithèse. Y règnent un capitalisme décomplexé, et une liberté d’entreprendre qui attirent de nombreux étrangers dont quelques français qui témoignent de la difficulté de créer une entreprise en France :

« Il faut être cinglé ou inconscient pour monter sa boîte en France. Surtout pour quelqu’un comme moi qui n’a travaillé qu’en Asie. L’entrepreneur est responsable de tout, libre de rien et suspecté en permanence par l’administration. On comprend pourquoi les jeunes rêvent de devenir fonctionnaires. Ni soucis, ni stress, la garantie de l’emploi et une pléthore de vacances. »

Le ton est donné comme vous l’aurez compris: Ce roman est un roman d’initiation, l’initiation d’un jeune homme contraint à fuir son pays pour trouver un peu de liberté et pouvoir épanouir ses talents. Son père le prépare pendant de longues années à devenir champion de natation sans dévoiler l’objectif final et même si le fils n’est pas fan de la discipline, en bon chinois il obéit à son père. Ce moment m’a fait penser au film « Welcome » dans lequel un jeune homme veut franchir la Manche à la nage pour rejoindre l’Angleterre. Ce mode de locomotion assez original deviendrait presque à la mode en littérature et au cinéma ! Sin Ming va tenter à son tour une aventure dans laquelle de nombreux chinois, candidats à l’exil, ont péri avant lui. Il franchit courageusement « le rideau de bambou » à la nage.

Va commencer pour lui l’apprentissage d’une sorte d’inversion de toutes ses valeurs, du collectivisme à l’individualisme et de l’obéissance confucéenne à l’exercice de l’esprit critique.

Peut-on toutefois oublier totalement l’éducation que l’on a reçue ? Héritier des traditions de son pays, où »la face », sorte d’honneur viril, tient une grande place, où le fils devient l’héritier et le garant de la continuation de la famille,  Sin Ming se trouve confronté à des choix cornéliens, pris dans des dilemmes que sa double culture ne lui permet pas de résoudre. Et c’est peut-être là tout l’intérêt de ce livre. Quelle est notre marge de liberté, quel poids ont les valeurs héritées, comment tracer sa propre route ?

Ce roman de presque cinq cent pages se lit avec plaisir. Il sait doser les différents ingrédients qui font une bonne histoire : l’amour, le danger, la réussite et l‘argent. Il propose une certaine vision de la Chine d’aujourd’hui mais surtout celle de l’auteure qui l’air de rien, passe au crible toute une série de valeurs fondatrices d’une civilisation, ainsi que la délicate question de l’articulation entre bonheur individuel et intérêt collectif.  Je ne me suis pas retrouvée dans cette ode au libéralisme, et bon nombre d’assertions m’ont considérablement agacées.  D’autre part, la facture en est vraiment très classique, trop classique, et la construction irréprochable n’empêche pas un sentiment de déjà-lu. Toutefois ses qualités en font un bon pavé pour l’été !

Au final, les quelques femmes qui traversent ce roman, sont des femmes énergiques, loin de l’image de la femme soumise. Elles ont beaucoup de mal toutefois à trouver le bonheur, enchaînées pour une part à la tradition, ou victime d’une idéalisation de l’amour à l’occidentale qui ne correspond pas toujours à la réalité.

« Entre une existence de princesse à Hong Kong et un r^le de soubrette en chef chez mon paternel, y a pas photos », s’était-elle dit avec pragmatisme. D’ordinaire les hommes prennent sans rien donner. »

« – La passion, peut-être. L’amour ? Est-ce que j’ose y croire ? Quant à toi tu devrais lire des romans russes ou français.

–         Pour être frustrée de n’avoir jamais éprouvé le grand frisson ?

–         Non, pour apprendre à rêver !

–         Mais ma vie est toute tracée !

–         Dommage ! Le Prince Charmant ne hante pas les petites filles de l’Ouest par hasard. Elles s’identifient aux héroïnes de la littérature. Une sorte de formation à l’esprit romanesque qui n’existe pas dans cette partie du monde. »

Un roman est cité cmme roman d’apprentissage de Sin Ming, il s’agit d’une ode à l’individualisme radical : La Source vive est un roman de l’écrivain américaine Ayn Rand publié en 1943 sous le titre The Fountainhead. Ce sera Description de l'image  Ayn Rand Portrait.png.son premier grand succès, adapté par la suite au cinéma par King Vidor en 1949 (voir Le Rebelle).

Le récit décrit la vie d’un architecte individualiste dans le New-York des années 1920, qui refuse les compromissions et dont la liberté fascine ou inquiète les personnages qui le croisent. (Source Wikipédia)

 

PPRF copie

Au clair de la nuit de Janine Teisson

enfance

La lune accrochée dans le ciel
Voit les humains tout petits.
Mais elle n’a pas de jambes
Pour courir derrière les voleurs,
Pas de bras pour serrer
L’enfant qui fait des cauchemars,
Pas de pieds pour danser.
Alors elle regarde, c’est tout.

Poème extrait de Au clair de la nuit, Motus, 2009

Sur le thème « Enfance » en écho avec Martine

car comme chaque dimanche poetisons-Martine

Janine Teisson est une romancière française née en 1948 à Toulon. Elle écrit en littérature générale mais également à destination de la jeunesse. Elle vit dans le Sud de la France. Elle a publié à ce jour une trentaine de livres dont certains traduits en espagnol, portugais, allemand, italien, catalan, coréen et chinois.

Itinéraire d’une blogueuse n°10 – Prix des lecteurs du livre de poche

Je suis d’assez près la sélection pour le prix des lecteurs du livre de poche et j’ai repéré quelques ouvrages qui me tenteraient bien. Les connaissez-vous ? Lequel me conseilleriez-vous ?

 

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Les débutantes – J.Courtney Sullivan

à lire debutantes courtney sullivan

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« Les débutantes » est un roman d’initiation, dans lequel quatre jeunes filles, Celia, Bree, Sally et April tentent de construire à la fois leur identité personnelle et leur avenir professionnel, sous l’égide de leurs aînées, certaines aujourd’hui disparues, d’autres références vivantes du féminisme, dont le nom aura marqué l’histoire politique et littéraire des femmes : Margareth Mitchell (1922), Sylvia Plath (1955), Gloria Steinem(1956) , mais aussi plus récemment Catharine
A. MacKinnon (1968), juriste et militante féministe américaine.

English: American feminist Gloria Steinem at B...
English: American feminist Gloria Steinem at Brighton High School, Brighton, Colorado (Photo credit: Wikipedia)

 L’entrée à Smith College marque pour ces jeunes filles le début d’une amitié mais aussi une initiation intellectuelle qui va changer leur regard et remettre en question les valeurs héritées de leur éducation : Naomi Wolf, Susan Faladi et Robin Morgan, auteures et activistes américaines vont accompagner une forme de conversion intellectuelle et les sensibiliser aux problèmes liés au sexisme et à l’identité et l’orientation sexuelle.

Cette immersion totale dans un univers presque exclusivement féminin pendant quatre ans de deux mille quatre cents femmes crée une symbiose et une synergie tout à fait particulières. L’une des jeunes filles raconte comment toutes les filles de sa résidence ont leurs règles exactement au même moment comme si le rythme impulsé à leur vie avait pour conséquence de mettre leurs corps au diapason en exacerbant leur féminité.

Que reste-t-il pourtant de cette expérience pour toutes celles qui à l’issue de leurs études se lancent dans la vie active ? Et pour nos quatre amies ? Rejoint-elle un folklore lié à la jeunesse et à la vie étudiante ou a-t-elle marqué suffisamment leur personnalité pour la modifier en profondeur et rendre leur amitié indestructible ?

C’est à la disparition de l’une d’entre elles que la réponse va être donnée.

Je me suis plongée dans ce livre comme dans un univers
extrêmement familier et proche parce qu’il correspond à mon univers mental et aussi parce qu’il reflète en partie mes propres découvertes des problématiques liées au féminin et à ses multiples représentations. Se construire une identité en tant que femme aujourd’hui suppose connaître son histoire et celle des femmes qui nous ont précédées. Combler les lacunes et les vides d’un silence imposé, établir des filiations « positives », retrouver une mémoire et aussi l’estime de soi me semble  important. Tout cela constitue une véritable initiation en même temps qu’une conversion du regard. Je suis convaincue que, forte de soi-même, les relations que l’on peut avoir avec les autres ( hommes ou femmes) s’en trouvent enrichies.

Je remercie  Nadael et Kathel d’avoir attiré mon attention sur ce livre.