La lune accrochée dans le ciel
Voit les humains tout petits.
Mais elle n’a pas de jambes
Pour courir derrière les voleurs,
Pas de bras pour serrer
L’enfant qui fait des cauchemars,
Pas de pieds pour danser.
Alors elle regarde, c’est tout.
Janine Teisson est une romancière française née en 1948 à Toulon. Elle écrit en littérature générale mais également à destination de la jeunesse. Elle vit dans le Sud de la France. Elle a publié à ce jour une trentaine de livres dont certains traduits en espagnol, portugais, allemand, italien, catalan, coréen et chinois.
Je suis d’assez près la sélection pour le prix des lecteurs du livre de poche et j’ai repéré quelques ouvrages qui me tenteraient bien. Les connaissez-vous ? Lequel me conseilleriez-vous ?
« Les débutantes » est un roman d’initiation, dans lequel quatre jeunes filles, Celia, Bree, Sally et April tentent de construire à la fois leur identité personnelle et leur avenir professionnel, sous l’égide de leurs aînées, certaines aujourd’hui disparues, d’autres références vivantes du féminisme, dont le nom aura marqué l’histoire politique et littéraire des femmes : Margareth Mitchell (1922), Sylvia Plath (1955), Gloria Steinem(1956) , mais aussi plus récemment Catharine A. MacKinnon (1968), juriste et militante féministe américaine.
English: American feminist Gloria Steinem at Brighton High School, Brighton, Colorado (Photo credit: Wikipedia)
L’entrée à Smith College marque pour ces jeunes filles le début d’une amitié mais aussi une initiation intellectuelle qui va changer leur regard et remettre en question les valeurs héritées de leur éducation : Naomi Wolf, Susan Faladi et Robin Morgan, auteures et activistes américaines vont accompagner une forme de conversion intellectuelle et les sensibiliser aux problèmes liés au sexisme et à l’identité et l’orientation sexuelle.
Cette immersion totale dans un univers presque exclusivement féminin pendant quatre ans de deux mille quatre cents femmes crée une symbiose et une synergie tout à fait particulières. L’une des jeunes filles raconte comment toutes les filles de sa résidence ont leurs règles exactement au même moment comme si le rythme impulsé à leur vie avait pour conséquence de mettre leurs corps au diapason en exacerbant leur féminité.
Que reste-t-il pourtant de cette expérience pour toutes celles qui à l’issue de leurs études se lancent dans la vie active ? Et pour nos quatre amies ? Rejoint-elle un folklore lié à la jeunesse et à la vie étudiante ou a-t-elle marqué suffisamment leur personnalité pour la modifier en profondeur et rendre leur amitié indestructible ?
C’est à la disparition de l’une d’entre elles que la réponse va être donnée.
Je me suis plongée dans ce livre comme dans un univers
extrêmement familier et proche parce qu’il correspond à mon univers mental et aussi parce qu’il reflète en partie mes propres découvertes des problématiques liées au féminin et à ses multiples représentations. Se construire une identité en tant que femme aujourd’hui suppose connaître son histoire et celle des femmes qui nous ont précédées. Combler les lacunes et les vides d’un silence imposé, établir des filiations « positives », retrouver une mémoire et aussi l’estime de soi me semble important. Tout cela constitue une véritable initiation en même temps qu’une conversion du regard. Je suis convaincue que, forte de soi-même, les relations que l’on peut avoir avec les autres ( hommes ou femmes) s’en trouvent enrichies.
Je remercie Nadael et Kathel d’avoir attiré mon attention sur ce livre.
Portrait of Edna St. Vincent Millay (1933-01-14) (Photo credit: Wikipedia)
« Ecoutez ça dit-elle. C’est tiré d’un essai de 1937 sur Millay (Edna St.Vincent Millay), écrit par ce type, John Crowe Ransom, et voilà comment il explique son manque de talent : »Une femmes vit pour l’amour… L’homme se distingue par L’intellect… Si je devais l’exprimer en un mot, je me vois toujours obligé de dire que c’est son manque d’intérêt intellectuel… qui fait défaut dans sa poésie pour le lecteur masculin… j’ai utilisé un symbole conventionnel, lequel, je l’espère, n’était pas désobligeant, lorsque j’ai exprimé ce manque qui la caractérise : lacune de masculinité. »
–Finalement, rien n’a vraiment changé depuis 1937, dit April.
–Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Bree .
–En fait quand une femme écrit un livre qui se rapporte de près ou de loin aux sentiments ou aux relations humaines, on l’estampille littérature pour filles ou roman féminin, pas vrai ? Mais regardez Updike ou Irving. Imaginez qu’ils aient été des femmes. Essayez seulement de l’imaginer. Quelqu’un aurait collé une couverture rose sur Rabbit at rest, et plouf, adieu au Pulitzer de mes fesses. »
à l’intérieur de soi comme une aube venue des profondeurs entoure d’esprit la lumière
Les mots de novembre annoncent l’espace hauteur achevée des parfums vécus l’odeur émaillée d’une vie qui avance avec dans la bouche matinale le goût d’une voix
Écoute le chuchotement du premier mot se tait à la source pour se désaltérer dans l’ombre et combler le vide
Dans ce grenier inépuisable enfin le cri pétrifie l’essentiel
(inédit Nov 2012)
Anne Marie Bernad née à Decazeville résidant à Rodez Mariée , mère de deux enfants, elle est membre de la Société des Lettres de l’Aveyron et a été trésorière pendant dix ans des Écrivains du Rouergue. Elle a été reçue au Théâtre d’Aurillac (Cantal) avec Claude Barrère pour un témoignage poétique,ainsi qu’à l’Institut Catholique de Toulouse. Elle a participé à la revue Loess et à la revue du Rouergue. Elle a été honorée du Prix Voronca en 1973 pour son œuvre Entre sable et argile, Subervie.
Pour ce dimanche en poésie, Martine présente : Jacqueline Persini Panorias
Nancy Mitford – Charivari – 1935 réédition Christian Bourgois Editeur, 2011 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne Damour. Poche 10/18 n° 4547
Nancy Mitford (1904-1973) est née à Londres mais a passé une grande partie de sa vie en France. Elle connaît le succès avec « La poursuite de l’amour » qui, publié en 1945, s’est vendu à plus de un million d’exemplaires. Son autre grand succès, « L’Amour dans un climat froid », paraît quatre ans plus tard.
Eugenia Malmains, héritière rebelle d’une riche famille aristocratique, milite pour le parti fasciste de l’Union Jackshirts. Elle est convoitée par deux dandys coureurs de dot passablement cyniques qui adhèrent au mouvement afin d’obtenir ses faveurs. D’autres personnages se mêlent au trio, une bourgeoise dont les prétentions artistiques sont aussi vaines que ridicules, une duchesse en mal d’amour, et une lady à qui le mariage malheureux inspire des réflexions désenchantées et beaucoup d’amertume. Duperies et faux-semblants n’empêchent pas tout ce beau monde de chercher un sens à sa vie…
Dans l’histoire littéraire, Nancy Mitford apparaît comme un auteur de comédie de mœurs légères, dont les personnages sont toujours des héritières fortunées, des coureurs de dots, ou des amants rivaux et qui se terminent invariablement dans d’impeccables happy-end. Superficielle, Nancy Mitford ?
Pas autant qu’il pourrait y paraître … Elle emprunte les conventions d’un genre pour mieux les détourner avec un humour parfois féroce et une ironie qui montre la vanité ou le ridicule des personnages. Il ne s’agit pas seulement de faire rire le lecteur ou de le distraire mais aussi de dénoncer les travers d’un milieu aristocratique, fortuné et futile, bien campé sur ses privilèges, et dont les engagements politiques ne visent qu’à conserver et défendre une position qui leur paraît menacée. Selon Nancy Mitford, on peut se moquer de tout et de tous. Rien ne doit être pris au sérieux. La Guerre viendra cependant démonter cette belle assurance. Toutefois, dans la veine des romans sentimentaux, Charivari est une étude de l’amour et du mariage à ceci près que la vision en est particulièrement désenchantée. Si histoire littéraire et histoire des femmes sont souvent liées (et ce qui fait la raison d’être de ce blog) c’est parce que le contexte social et politique influe profondément sur les thèmes et l’écriture. A l’époque de Nancy Mitford, les femmes de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie n’avaient pas d’autre alternative que le mariage ; leur propre réussite passait par celle de leur mari. Le mariage devait être sauvegardé, même si son équilibre apparent était seulement de façade. Les intrigues tournaient donc souvent autour de ce projet, de la chasse au mari, des embûches, des aléas et des vicissitudes du mariage. Une esthétique qui doit beaucoup à un certain réalisme.
Charivari est pour une large part autobiographiqueet suscita une énorme brouille familiale. En effet, le personnage d’Eugenia Malmains, jeune aristocrate fascinée par le fascisme allemand doit beaucoup à sa sœur Unity qui « partit s’installer à Munich en 1934 pour y apprendre l’allemand et satisfaire son désir de rencontrer Hitler » selon les informations données par la préface de Charlotte Mosley. Quant à sa sœur Diana, selon les mêmes sources, elle était follement amoureuse de Mosley, conservateur indépendant qui prônait un modèle de fascisme à la Mussolini. Nancy la dénonça en 1940 au Foreign Office et insista pour qu’elle soit emprisonnée. De même, elle s’opposa à sa libération en 1943. Leurs relations furent interrompues pendant quelques années puis reprirent sans que soient jamais évoquées les questions politiques. Nancy Mitford n’était cependant pas une démocrate comme l’explique Charlotte Mosley, mais « penchait avec nostalgie vers un passé disparu, où une aristocratie soucieuse du bien public vivait encore sur ses terres et où le pays était dirigé par « des hommes de bon sens et fortunés » – un point de vue élitiste qu’elle conserva tout au long de sa vie. En ce sens, Charivari est un roman extrêmement intéressant car il donne des informations à la fois sur l’époque et sur la tentative de l’auteur de comprendre un mouvement qui a déchiré l’Europe entière et le Monde.
Article remis à l’honneur dans le cadre du mois anglais et avec Lou ou Titine.
En 1791, le 31 mai Manon Roland est emprisonnée, à l’âge de 39 ans. La terreur, responsable de plus de 17 000 exécutions entre mars 1793 et 1794, va la broyer à son tour mais elle ne le sait pas encore. Le 8 novembre, elle n’est pas autorisée à lire le texte qu’elle a préparé pour sa défense et sera guillotinée le jour-même.
Elle s’est défendue pourtant, a écrit des lettres de protestation pour dénoncer l’arbitraire de sa détention. Ce qui n’a pour effet que de lui donner quelques heures de liberté avant d’être incarcérée à nouveau à Sainte-Pélagie et à la Conciergerie. Elle n’en ressortira que pour être exécutée.
Mais elle a la plume facile Manon, elle a toujours écrit beaucoup, d’abord comme journaliste au Courrier de Lyon mais aussi fervente épistolière avec son ami Sophie et des savants qu’elle a rencontrés, lors de ses voyages et avec lesquels elle entretient une longue et régulière correspondance.
Elle écrit pour défendre ses idées, a beaucoup lu les philosophes et sa plume est pour elle une arme de combat. Elle écrit parfois, masquée, sous couvert de son mari dont elle rédige quelques discours ou quelques lettres.
Dans la prison où elle est enfermée, elle « occupe une petite chambre dont elle paie le loyer. Elle achète une écritoire, du papier, des plumes »[1] et décide d’écrire l’histoire de sa vie. Peut-être pense-t-elle à la postérité et à l’image qu’elle laissera après sa mort. Elle tient à laisser son témoignage car croit-elle, elle se connaît mieux que personne.
Mais pour l’heure, elle écrit dans l’urgence, « fixe fébrilement sur le papier ses souvenirs des événements politiques récents ; elle raconte ses deux arrestations et sa vie en prison, et dresse le portrait des Girondins dont elle-même et son mari, amis de Brissot, partagent les vues. »
Fin août, elle commence ses mémoires qu’elle rédigera entre le 9 août et le début du mois d’octobre : « Je vais m’entretenir de moi pour mieux m’en distraire », écrit-elle en ouverture et signe ainsi la première autobiographie au féminin. Nourrie de ses lectures et de Rousseau notamment, elle tente d’être sincère et vraie et de s’examiner en conscience avec ses qualités et ses défauts.
Manon n’est pas aussi radicale et engagée qu’Olympe de Gouges qui publie en 1791 la célèbre « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » et en appelle à l’égalité des sexes. Manon quand elle songe à l’éducation de sa fille, invoque « les devoirs de son sexe » et la nécessité d’être « femme de ménage, comme mère de famille ».[2]
Pourtant si Manon fut exécutée, ce fut non seulement pour son activisme politique mais aussi selon les pamphlets de l’époque, parce qu’elle outre passa les limites de son sexe en voulant s’instruire et participer aux grands débats d’idées. On peut lire dans la « feuille du salut public « publié le jour de son exécution « […]elle était mère, mais elle avait sacrifié la nature, en voulant s’élever au-dessus d’elle : le désir d’être savante la conduisit à l’oubli des vertus de son sexe, et cet oubli, toujours dangereux, finit par la faire périr sur l’échafaud. »
Le portrait que Manon dresse d’elle n’est pas sans complaisance :
« Ma figure n’avait rien de frappant qu’une grande fraîcheur, beaucoup de douceur et d’expression; à détailler chacun des traits, on peut se demander où donc en est la beauté? Aucun n’est régulier, tous plaisent. »
Elle commente avec une certaine autosatisfaction tout le chemin qu’elle a parcouru mais n’est pourtant pas dupe : « Je ne sais pas ce que je fusse devenue, si j’eusse été dans les mains de quelque habile instituteur ; il est probable que, fixée sur un objet unique ou principal, j’aurais pu porter loin un genre de connaissance ou acquérir un grand talent : […].
Elle se révèle aussi extrêmement touchante, derrière la façade un peu maniérée, de la petite fille sage, pieuse, réservée et tout occupée à l’étude. On sent touts les mouvements d’une femme en train de se faire, entière, exigeante et passionnée, au caractère inflexible et fière de ce qu’elle accomplit.
Il fallut de toute façon qu’elle fût exceptionnelle pour braver tant d’interdits et laisser son nom dans l’Histoire. Peut-être l’Histoire l’y a-t-elle aidée en lui offrant un rôle à sa mesure.
J’ai été très touchée, quant à moi, par la voix de cette femme, sa douceur et sa force inébranlable, que rien , ni personne ne put faire plier.
Je vais lire de ce pas l’article que lui a consacré Mona Ozouf dans les « mots des femmes ».
Roland (Manon) – née Jeanne-Marie Philipon. Femme politique et écrivain française (17 mars 1754-8 novembre 1793).
Fille d’un maître graveur, elle se révéla une enfant intelligente et même précoce et apprit très tôt à lire et à écrire. À huit ans, elle se passionna pour la lecture de la Vie des hommes illustres et Plutarque resta un de ses auteurs favoris. Sa passion pour cet écrivain perdura tout au long de sa vie — puis Bossuet, Massillon, et des auteurs de la même veine, Montesquieu, Voltaire. Après un passage d’une seule année au couvent, où elle excellait (il faut dire que l’instruction des femmes à l’époque y était assez rudimentaire), elle continua sa formation intellectuelle en lisant Rousseau et acquit une vaste culture.
création : XVIIIe siècle date , (Photo credit : wikipedia), Inconnu, École française
Sa mère mourut en 1775 et elle en éprouva un profond chagrin.
En 1780, elle épousa Jean-Marie Roland de La Platière, de vingt ans son aîné, qui fut inspecteur des manufactures à Amiens puis à Lyon. De cette union, elle eut une fille, Marie-Térèse Eudora, en 1781. Economiste reconnu, il fut nommé ministre de l’intérieur dans le cabinet Dumouriez en mars 1792, grâce aux relations de sa femme. Manon aida son mari dans divers projets éditoriaux.
En 1787, le couple s’installa à Villefranche près de Lyon, puis dans une maison à la campagne, à Clos, dans le Beaujolais, qui appartint à la famille Roland. Ils soutinrent les idées révolutionnaires dans le journal « Le courrier de Lyon » dans lequel ils publièrent des articles régulièrement et écrivirent
Jean-Marie Roland de la Platière. (Photo credit: Wikipedia)
aussi pour le « Patriote français » de Brissot.
De retour à Paris en 1790, Manon Roland avait ouvert un salon rue Guéguénaud où se rencontraient Robespierre, Pétion, Desmoulins, Condorcet, Brissot et Buzot, qui fut vraisemblablement son amant, et de nombreux autres, sous le charme de cette femme intelligente et cultivée.
Elle fut l’égérie des Girondins, fervente républicaine, et influença fortement son mari.
Député de paris et chef des représentants qui vont former le parti girondin, Brissot appelle à la guerre et rompt avec Robespierre, comme ses amis Roland. Manon fait la connaissance de Buzot, avocat à Evreux.
Elle rédigea la lettre de Roland au roi le 10 juin 1792, insistant pour que l’on crée à Paris un camp de vingt mille fédérés.
Il fut renvoyé de son poste qu’il réintégra dès les débuts de la législative, le 10 août 1792.
Horrifiée par les massacres de Septembre, Manon Roland s’éloigna des Montagnards qui lui vouèrent dès lors une haine tenace qui ne cessera qu’avec sa mort. Elle se servit de son mari pour répandre des critiques sur Robespierre et progressiste et modérée, ne voulait pas l’exécution du roi et attaqua Danton de plus en plus violemment par la voix de Buzot. Il ne le lui
François Buzot (Photo credit: Wikipedia)
pardonna pas. Ce fut le commencement de ses déboires politiques : elle fut arrêtée le 1er juin 1793 à l’âge de 39 ans et incarcérée à l’Abbaye. Son mari réussit à s’enfuir et se cacha à Rouen.
Elle parvint à démontrer l’illégalité de cette mesure d’emprisonnement et fut relâchée pour être emprisonnée deux heures plus tard à Sainte-Pélagie puis à la Conciergerie.
Ce fut alors qu’elle se mit à rédiger, ses Mémoires particuliers, des Notices historiques et Mes dernières pensées.
« Amie de la liberté, dont la réflexion m’avait fait juger le prix, j’ai vu la révolution avec transport, persuadé que c’était l’époque du renversement de l’arbitraire que je hais », constate-t-elle amère.
Femme courageuse, elle se défendit elle-même lors de son procès, mais fut condamnée à mort le 8 novembre 1793 et exécutée le jour même, victime de l’une des périodes les plus sombres de la Révolution : La terreur est en marche et sera responsable de plus de 17 000 exécutions entre mars 1793 et août 1794. Son mari se suicida en apprenant sa mort. Quelques mois plus tard, François Buzot, qui était amoureux de Mme Roland, et que celle-ci aimait en retour, se donna la mort alors qu’il allait être arrêté.
Français : Formulaire rempli par la main de Fouquier-Tinville (mise à mort de Manon Roland et de Lamarche) (Photo credit: Wikipedia)
Elle se serait écriée, « O Liberté, que de crimes on commet en ton nom ».
En 1796, dépositaire de ses papiers, des amis de Mme Roland, publient une partie de ses mémoires sous le tire « Appel à l’impartiale postérité ». C’est le début de sa célébrité posthume. En 1888, sa petite-fille léguera l’ensemble de ses manuscrits et papiers à la Bibliothèque nationale.
Ses mémoires, et ses lettres ont été publiées de nombreuses fois.
Pour Stendhal, elle était la lectrice idéale de ses romans, et Sainte-Beuve fit d’elle un portrait élogieux. Martine Reid dit d’elle qu’elle fut « une sorte de Mme de Staël de l’époque révolutionnaire ».
Illustration des « lettres de Madame Roland » de claude Perroud. (Photo credit: Wikipedia)
Sources : Dictionnaires des femmes célèbres, Belfond, Enfance de Madame Roland, Préface de Martine Reid, chronologie établie dans la collection Folio.
Mary Wesley – Les raisons du cœur , 1990 Mary Wesley, 2010 pour la traduction française. Traduit de l’anglais par Michèle Albaret
C’est dans l’atmosphère des vacances, au printemps 1926, que débute ce roman. L’Hôtel Marjolaine résonne des cris et des rires d’une joyeuse colonie anglaise. Seule Flora, dix ans, ne semble pas participer à la fête. Elle attend ses parents, solitaire et désœuvrée, lorsqu’elle rencontre Cosmo sur la plage, puis Hubert qui la sauvera de la noyade, et enfin Félix, beau et sûr de lui, qui la prendra dans ses bras pour la faire valser. Dès lors, ces trois hommes seront au cœur de sa vie…
On entre tout doucement dans ce roman et il m’a bien fallu une cinquantaine de pages pour être happée par ce récit et ne plus avoir envie de le lâcher. Peut-on aimer plusieurs hommes à la fois ? Comment organiser alors une telle vie amoureuse ? De nombreux romans, et non des moindres, ont traité de ce sujet et ont répondu chacun à leur manière à cette question. Celle de Mary Wesley n’est ni plus originale, ni forcément plus juste mais sa force tient au personnage de Flora et à sa rébellion. Elle tient à décider elle-même de sa vie amoureuse et ne supporte pas d’être le jouet des désirsmasculins. Car ils sont prêts à la partager, sans lui demander son avis ! Ignorante des choses de l’amour, la jeune fille découvre les premiers émois, puis la sexualité en s’affranchissant des tabousde son milieu et de son temps.
Dans la société anglaise des années trente, les femmes sont surtout des épouses ou des mères. Les romans sentimentaux écrits par des femmes sont révélateurs des aspirations, des paradoxes et des impasses d’une époque.
Je remets à l’honneur cet article de mon ancien blog, en ayant relu tous les passages que j’avais beaucoup aimés.
Mary Wesley est née en 1912 et décédée en 2002. Elle a écrit une dizaine de best-sellers en moins de 20 ans, dont « La Pelouse de Camomille », « Rose Sainte-Nitouche », « La resquilleuse », tous traduits chez Flammarion. C’est après la mort de son second mari que veuve et pauvre, elle se mit à écrire. Elle publia son premier roman « Souffler n’est pas jouer » en 1983, alors qu’elle avait déjà 71 ans. Certains l’ont décrite, raconte un journaliste de « Jane Austen plus sexy », ce qu’elle trouvait ridicule.
Elle n’eut de cesse de moquer les travers des anglais de la bonne société, de dénoncer l’hypocrisie bourgeoise, et la rigidité des mœurs victoriennes qui négligeaient les aspirations et les sentiments de l’individu au profit d’une moralité de façade, uniquement faite des codes de la bienséance et jouissant de privilèges de classe qu’ils ne remettaient jamais en question . Si souvent, les premières victimes en étaient les femmes, les hommes n’étaient pas moins prisonniers de leur éducation.
C’est pendant la guerre, alors qu’elle était au service de décodage, qu’elle rencontra son second mari, journaliste. Elle vécut alors en Italie et en Allemagne avant de revenir en Angleterre. Cette période lui permit de s’affranchir du joug de la morale conformiste et bourgeoise dans laquelle elle fut élevée et la marqua durablement.
Dans le cadre du mois anglais et avec Lou ou Titine.
« Maram al Masri fait le portrait de femmes victimes de violences, en France et dans le monde. Chaque texte est inspiré par une histoire vraie, une femme réelle et rencontrée. Ces poèmes – d’une écriture directe et simple – sont d’une grande émotion. Ils disent avec beaucoup de tendresse, la douleur mais aussi la dignité, la volonté de résister et de vivre libre, la joie et l’humour aussi, parfois, ainsi que le rire et la fantaisie. »éditeur le Temps des cerises ».
Ce livre a reçu le prix des découvreurs 2010-2011 et le prix PoésYvelines 2011
Cette très belle critique : « Une voix, nue, humaine, libre et souveraine, s’est levée : une voix de femme. […] Le vers est bref, clair, sobre, pour dire l’émotion contenue, la langue est celle d’un quotidien économe de mots, et c’est justement, de cette économie et de cette pudeur retenue que naissent la justesse des images et la puissance du poème. Ces intimes blessures béantes, Maram al-Masri les recouvre avec délicatesse d’un voile de tendresse et les soigne d’une caresse d’amour, car, même dans le manque et la douleur, c’est bien l’amour que dit la poète. […] Sapho, oui, plutôt qu’Ishtar ou Shéhérazade, auxquelles elle se réfère pourtant, ou plus exactement une Louise Labé de la modernité, renouant avec le lyrisme incandescent de la poète de l’Antiquité et, comme elles deux, nous rappelant que la poésie est féminine. »
Alain-Jacques LACOT, De Blessures en caresses, Le Magazine littéraire, juillet-août 2011 Lire tout l’article
Le bleu est une couleur chaude – Julie Maroh Glénat – 2010
Angoulême 2011 – Prix du public
Cette très jolie bande-dessinée raconte l’histoire d’amour entre deux adolescentes, dont une découvre son homosexualité à travers le sentiment qu’elle éprouve pour une autre jeune femme.
Sentiment de culpabilité, écart par rapport à la « norme », sentiment d’appartenir à une minorité, difficulté d’assumer son homosexualité tout en se protégeant de la violence des autres, de ceux qui n’acceptent pas cet amour, autant de thématiques abordées par cette BD.
Un graphisme élégant et subtil, des couleurs du bleu au gris qui nimbent cet album d’une très grande douceur, apportent un éclairage tendre et mélancolique à ce récit dont l’intrigue se déroule en France à la mort de Clémentine, l’une des deux jeunes femmes. Emma, sa compagne, accomplit les dernières volontés de son amie et se rend au domicile de ses parents pour récupérer son journal intime dans lequel elle évoque l’histoire de sa relation avec Emma, et la prise de conscience de sa « différence ».
Ce qui pour moi crée la beauté dans cet art est le dialogue entre le texte et l’image pour un même « moment » narratif, la manière dont il joue avec la complémentarité ou la redondance, ou encore les décalages, les contradictions qu’il instaure parfois entre les deux médias. J’ai trouvé le trait très expressif, il permet de lire les sentiments, les émotionsdes deux jeunes femmes, et les différents cadrages rythment bien la page, en donnant aux sujets un certain mystère (profils, visages tronqués ou vers les bords du cadre).
L’émotion aussi est au rendez-vous. On comprend la difficulté d’être et les multiples embûches du quotidien quand l’homosexualité assumée rencontre le mépris, les quolibets, l’exclusion alors que le seul enjeu est l’amour pour un Autre que soi. Culpabilité d’éprouver douceur, tendresse qui scinde le sujet en deux et le met dans une position intolérable.
« Je dis simplement que ce qui m’intéresse avant tout c’est que moi, celles/ceux que j’aime, et tous les autres, cessions d’être:
– insulté-e-s
– rejeté-e-s
– tabassé-e-s
– violé-e-s
– assassiné-e-s
Dans la rue, à l’école, au travail, en famille, en vacances, chez eux. En raison de nos différences. » s’insurge Julie Maroh sur son blog (que je vous invite à découvrir si vous ne l’avez pas déjà fait).
C’est vrai que le fond me fait délaisser les questions de forme ou d’expression, les quelques très rares maladresses sur le texte qui valent aussi par leur signification, un récit haletant, tenu, une certaine spontanéité et une urgence.
Palme d’Or (Photo credit: Wikipedia)
Abdelatif Kechiche l’a adaptée pour le cinéma en 2013 sous le titre La Vie d’Adèle, film qui a reçu la Palme d’or au Festival de Cannes 2013. je ne l’ai pas vu, je n’en parlerai donc pas.
Il est très intéressant de lire sur son blog l’article où elle livre ses sentiments notamment sur les scènes érotiques et l’adaptation du réalisateur.
Dans une lettre du 12 juillet 1931 à Ethel Smyth, Virginia avouait que son livre était fondamentalement illisible. Peut-être parce qu’il rompait avec les canons esthétiques de l’époque et demandait au lecteur une conversion intérieure de son propre regard, un effort pour lire autrement.
Ce roman de Virginia Woolf est un roman « expérimental ». Il fut considéré comme une œuvre d’avant-garde à côté de l’Ulysse de Joyce. Ce roman est d’une grande maîtrise et d’une réelle virtuositésur le plan du récit et de la langue. Par sa construction tout d’abord et par sa « charge » poétique. C’est d’ailleurs comme cela que je l’ai lu, comme j’aurais pu le faire d’un recueil de poèmes, en goûtant certains très beaux passages, la beauté des métaphores, le rythme des phrases, et le délaissant de temps à l’autre pour aller lire autre chose.
Je n’ai pas pu le lire comme j’aurais lu un roman. La narration est trop distendue pour que la tension propre à la narration me donne envie de continuer sans m’interrompre.
Virginia Woolf voulait rompre avec le roman victorien ou édouardien et inventer une autre forme, créer une sorte de poème dramatique. Et j’avoue que j’aime beaucoup parfois les idées et les révolution dans les idées, les essais, même s’ils n’aboutissent pas. Et la préface m’a énormément intéressée qui explique les visées woolfiennes.
Les sept personnages tiennent toute la structure du récit par les liens qu’ils entretiennent entre eux et si les lieux varient : d’abord le bord de mer, puis les pensionnats, le, Londres et Hampton court, ils existent parce qu’ils sont le creuset dans lequel se forment leur devenir. Le lien amoureux est pour moi très fort dans le récit et il est ce qui en constitue la trame à défaut vraiment d’événements. Percival, Bernard qui a un réel talent de conteur (« Mais moi si je me trouve en compagnie avec d’autres, les mots font tout de suite des ronds de fumée – regardez comme les phrases aussitôt s’échappent en volutes de mes lèvres »), Neville homosexuel qui « inspire la poésie », Louis le poète, Susan, qui se réalise comme mère et épouse un fermier mais qui au fond a raté sa vie, Jinny séduisante et libre ,« espiègle et fluide et capricieuse », et Rhoda mystérieuse, « la nymphe toujours ruisselante de la fontaine » dont on sait peu de choses, si ce n’est qu’elle est la maîtresse de Louis, tous ses personnages aiment : Neville aime Percival, celui-ci aime Susan mais cette dernière aime Bernard.
Mais c’est une lecture très personnelle.
Leurs vies sont évoquées en neuf chapitres qui correspondent à neuf âges successifs, de l’enfance à la vieillesse, se déroulant comme la course du soleil dans le ciel en une journée. Les voix surgissent et se retirent comme des vagues, et il faut une certaine attention pour ne pas manquer le changement de personnages, tout comme nous devons être attentif à chaque vague qui survient avec force.
Livre aussi de sensations: « Ces flèches de sensations lumineuses » qu’excelle à décrire Virginia Woolf dans une langue magnifique, nous permettent de comprendre qui nous sommes, non pas des être ayant une identité stable, « quand nous raisonnons et lançons ces affirmations fausses : « je suis ceci ; je suis cela ». Alors la parole est fausse. Mais des êtres multiples, composés de « mille facettes », mouvants et insaisissables comme ces vagues.
Une lecture exigeante et belle.
Je pense qu’il faudra que je revienne à ce livre pour mieux le comprendre. Peut-être au fond que je n’ai rien compris du tout.
Et lu aussi dans le cadre du mois anglais et avec Titine, Denis et bien d’autres… (je mettrai les liens au fur et à mesure de mes lectures.
L’auteure aborde les thèmes de l’identité et de la transmission familiale.
« Avec humour et ironie, elle évoque les retrouvailles impossibles entre Elise et son père, dont les relations étaient rompues depuis sept ans. En route pour Marrakech, Elise, partie pour le rejoindre au volant d’une vieille R5, va vivre un véritable road trip. Bilan lucide et féroce d’une relation filiale chaotique mais néanmoins essentielle, ce roman sans concessions révèle un grand talent « de romancière. »