En route – Malvina Blanchecotte (1830-1897)

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Malvina Blanchecotte (1830-1897)

On est perdu : la route à l’infini s’allonge.

Les pas suivent les pas fatigués : on ne sait

Si l’on veille et l’on vit, ou si déjà l’on songe,

Un vent lugubre passe et trouble tout à fait.

La lune ouvre un œil blême et luit par intervalles :

De bien loin en bien loin percent des clartés pâles,

Tachetant les flancs noirs des maisons dans les bois.

Dans toute cette nuit et dans tout ce silence

L’esprit halluciné croit surprendre des voix

Qui des vieux souvenirs prennent la ressemblance…

(Les Militantes, 1875)

 

Résultat de recherche d'images pour "Malvina Blanchecotte"Est née le 30 novembre 1830 en milieu ouvrier. Par son origine, elle sera très sensible à l’injustice sociale mais tentera de s’en affranchir pour obtenir une pleine reconnaissance intellectuelle. Elle épouse Blanchecotte, teneur de livres et a un fils. Elle entre en relation avec Lamartine, puis Béranger, qui sont ses maîtres en poésie et fréquente le salon de Louise Colet. Elle lit beaucoup et travaille avec acharnement. Son premier recueil de poèmes « Rêves et réalités, Poésies, Par Mme B, ouvrière et poète » a un vrai succès; il est couronné par l’Académie française et Sainte-Beuve lui consacre un article. L’année suivante, il est réédité avec un poème d’hommage de Lamartine.

Elle devient professeur et court le cachet, soumise à une vie de semi-misère dont elle gardera une profonde amertume.

Elle connaîtra la consécration, rare pour une femme, de voir quelques-uns de ses poèmes publiés dans le Parnasse contemporain II et III (1871,1876). Son oeuvre est intéressante par la vigueur avec laquelle elle s’inscrit contre les clichés d’un sentimentalisme féminin, et par son sens de la formule. (

Photo : Lunch by the roadside / Pause dîner au bord de la route/ Creator(s) / créateur(s) : John Boyd/ Date(s) : June 23, 1917 / 23 juin 1917

Féminisme, le deuxième sexe (2) – La question de l’avortement aux Etats-unis, Festival Americia 2018

Dominique Chevalier : Leni Zumas, vous situez votre roman dans un futur quasi immédiat, où sont remis en cause, plus que gravement, d’une part l’avortement, et d’un autre côté, la procréation médicalement assistée.  Dans les années 70, c’était la lutte pour rendre l’avortement légal, est-ce que vous pouvez expliquer à un public français, qui ne comprend pas pourquoi la loi ayant été votée, du droit à l’avortement, pourquoi aux Etats-Unis, cette loi donne-t-elle l’impression d’être en permanence remise en cause ? En France, la loi qui a rendu l’avortement légal, a été voté en 1975, certes il y avait, et il y a toujours des opposants à l’avortement, mais personne sérieusement ne remet en cause la loi Veil. Expliquez comment ça fonctionne aux Etats-Unis, pourquoi du coup on a l’impression que c’est toujours remis en cause ? Le public français ne sait pas comment ça fonctionne aux Etats-Unis.

Il vise à donner les droits fondamentaux d’une personne, le droit à la propriété, le droit à la vie, à un simple embryon, un zygote, qui n’est composé que d’une seule cellule

Leni Zumas : Je faisais des recherches sur le traitement de la fertilité, c’est une problématique que j’avais rencontrée moi-même dans ma vie privée et j’ai découvert ce mouvement qui accordait le droit de , le statut de personne à l’embryon, j’ai vu ça sur des sites web, sur le New York Times, sur CNN, etc et ça m’a vraiment effrayée, et ce mouvement donnant le statut de personne, est aujourd’hui soutenu par le vice-président américain, Mike Pence,  et certains membres du congrès américain, et il vise à donner les droits fondamentaux d’une personne , le droit à la propriété, le droit à la vie,  à un simple embryon, un zygote, qui n’est composé que d’une seule cellule Qu’il soit l’équivalent et l’égal d’un citoyen à part entière, cela me dépasse complètement, je ne sais pas comment gérer ce genre d’informations. La peur et le choc que j’ai ressenti, en me disant que c’était horrible, me rappelle que le christianisme évangéliste qui existe aux Etats-Unis est très lié à cela. Il y a l’idée  que les croyances religieuses d’une ou de quelques personnes, permettent de décider pour les autres citoyens, donc ce ne sont pas seulement des critères évangélistes mais  une affaire d’hommes, les hommes ont décidé, ils disent « C’est moi qui décide, c’est moi qui gère le corps des femmes, les femmes ne sont qu’une propriété » et c’est une logique pernicieuse, une vraie honte.

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DC : Si un embryon a des droits, le supprimer, c’est forcément supprimer une vie, et c’est donc forcément, logiquement un meurtre, d’où mise ne cause de l’avortement bien entendu. Je voulais simplement faire un tout petit point d’explication. il se trouve que la loi qui donne la qualité de l’avortement aux Etats-Unis, n’est pas une loi qui a été votée par les deux chambres du congrès, c’est un arrêté de la Cour Suprême, c’est-à-dire une décision prise par les neuf juges de la Cour Suprême,. Il y a donc deux manières de faire des lois aux Etats-Unis, un système qui consiste à passer par les deux chambres de l’Assemblée, le Congrès et l’autre, puisque la Cour Suprême est la cour d’appel, lorsqu’une dispute sur un sujet quelconque vient à l’attention de la Cour Suprême des Etats-Unis, ils prennent une décision, un arrêté et cet arrêté a force de loi, sur laquelle elle s’est déterminée en 1973 et a été que, en effet, l’avortement était légal. Simplement lorsqu’un arrêté, a été pris par une cour suprême, cet arrêté peut quelque temps plus tard être remis en cause par un autre arrêté de la cour suprême, composé éventuellement de juges différents, de juges plus ou moins conservateurs, c’est ce qui s’est passé pour la peine de mort, il n’y avait pas de peine de mort aux Etats-Unis. Puis une autre cour suprême a décidé que ce n’était pas fédéral mais une affaire de chaque Etat, et du jour au lendemain 38 états ont rétabli la peine de mort, voilà, il y a des grands sujets comme ça, qui peuvent constamment être remis sur le tapis, parce qu’ils sont liés à des arrêtés de la cour suprême, d’où l’importance que prend la nomination d’un juge à la cour suprême, c’est une énorme affaire, nous retiendrons  parce qu’il y a un scandale en train de se mener en ce moment aux Etats-unis, par rapport à la nomination éventuelle d’un nouveau juge, on en parlera plus tard.je voudrais qu’on continue et demander à Jane, en particulier si elle peut rebondir sur ce qu’on était en train de dire sur la religion.

L’avortement, un sujet toujours aussi brûlant aux Etats-unis

Vivian Gornick : Je voudrais intervenir sur le sujet de l’avortement qui est très très compliqué : le contexte dans lequel j’ai grandi, c’est celui du féminisme des années quarante, cinquante, qui avait une vision très philosophique, existentielle, des sujets, et a été une grande, grande inspiration pour moi, et pour leur combat pour les droits de la femme , et ce que j’ai vu et ce dont j’ai été témoin  et continue à être témoin c’est que parfois il y a une immense, immense force qui est mise en œuvre pour beaucoup d’activisme et très peu de progrès, au final les choses deviennent peu de chagrin, et s’essoufflent. Par exemple, pour la génération précédente, leur grand combat a été celui du droit de vote des femmes, et c’est vrai que toute leur pensée a été à un moment concentrée autour de cette question, et c’est la même chose en fait pour l’avortement, on pourrait presque aujourd’hui résumer le combat pour le droit des femmes à la lutte pour l’avortement parce que c’est sujet majeur, ça touche certainement à quelque chose d’assez primitif, et que, en fait, tout comme le droit de vote, l’avortement est considéré comme non naturel pour les femmes. Il existe donc, aux Etats unis en tout cas, une droite chrétienne très mobilisée sur ces questions, qui en exploite les ressorts émotionnels, ils ont des positions extrêmement fermes, et très étayées. Bien sûr il y a la question du système des courts de justice, de la Cour suprême, le fait que le système américain fait que cette menace est toujours un peu suspendue au-dessus de nos têtes. Ce problème ne pourrait être réglé que si le sentiment général de la société évolue, s’il y a un vrai changement dans la morale. Moi-même je suis surprise que ça reste un sujet toujours aussi brûlant, toute ma vie et jusqu’à ma mort cela risque de le rester, et donc effectivement tout comme Leni, je suis surprise que ce problème ne soit toujours pas réglé ; les arguments sont tellement ancrés des deux côtés que le système judiciaire ne les fera pas changer tant que les sociétés n’auront pas progressé sur la question.

 

Festival America 2018 – Féminisme, le deuxième sexe – Vivian Gornick, le féminisme radical et son origine

Litterama, les femmes en littérature, s’était donné pour mission de rendre compte le plus largement possible de la présence des femmes et des thématiques féministes ou autour des femmes de ce festival. Je remercie le service de presse de ce festival de m’en avoir donné l’opportunité. Ce festival a été, il faut encore le souligner, un écho au mouvement metoo et a accompli une petite révolution dans l’organisation et la conception des conférences autour de ces sujets. Le public, pas seulement féminin, y a été tout à fait sensible, et le nombre de visiteurs a encore augmenté cette année. Il y aura, à mon avis, un avant et un après dans ce domaine.

Née en 1935, Vivian Gornick,  icône féministe en Amérique, mais aussi journaliste,  et critique littéraire respectée, était présente lors de plusieurs conférences dont celle sur le féminisme. Voici donc une partie de son intervention, que j’ai retranscrit le plus fidèlement possible, qui explique l’origine du féminisme radical aux Etats-Unis, dans les années 60-70.

Dominique Chevalier : «  Nous avons la chance d’avoir parmi nous Viviane Gornick qui est véritablement une icône du féminisme, elle est à la fois journaliste, écrivain, professeure, critique littéraire, elle a été féministe radicale, et elle a écrit plusieurs essais sur 

le féminisme. C’est quelqu’un qui est véritablement une référence aux Etats-Unis, et je voulais lui demander, elle est décrite comme une féministe dans les années 60-70, ça voulait dire quoi, être féministe radicale dans les années 60-70 aux Etats-Unis ?

  • […]ce qui était considéré comme radical et sans doute pour la première fois c’est que la lutte pour le droit des femmes était vu comme une philosophie plus large, donc vraiment générale, qui en plus entrait dans le contexte d’une lutte, plus générale, pour les droits humains, ceux qui ne se limitaient pas à juste demander l’égalité des salaires, ou des choses comme ça, se considéraient ou étaient considérés comme radicaux.

« Les hommes de gauche, et les hommes noirs de ces mouvements, étaient sexistes et parfois encore plus sexistes que les autres » 

Sur l’origine du féminisme radical, moi, comme énormément de femmes de mon époque, on est issues du mouvement de la « new left », la nouvelle gauche, donc ces mouvements qui sont présents aux Etats-Unis mais aussi en Europe, partout dans le monde à partir des années soixante, soixante-huit, nous étions donc des sortes de fondatrices, de ce « new left » mais étant que femmes, ce qu’on a vu dans ces mouvements de gauche c’est que les hommes de gauche, et les hommes noirs de ces mouvements, étaient sexistes et parfois encore plus sexistes que les autres, et qu’on s’est vu être traitées, comme des servantes ou des enfants, on nous disait que ce n’était pas encore notre tour de parler, et donc ça a fait émerger une sorte de cri, très fort, pour demander l’égalité.

« On nous disait, arrêtez de créer de la division » 

Et donc et à chaque fois qu’on essayait de faire passer ces revendications, on nous disait qu’on créait de la division, et donc en fait c’est quelque chose qui remonte à très loin, c’est-à-dire même la révolution française, où quand les femmes ont commencé à dire, ah okay, très bien, il y a eu les droits de l’Homme mais que se passe-t-il pour les Vivian Gornickdroits de la femme, on leur a dit aussi à cette époque, arrêtez de créer de la division. Ca a été la même chose pour les suffragettes, qui étaient toutes membres des mouvements abolitionnistes, pour libérer les esclaves, et c’est en ça, un peu, que naît le féminisme radical, c’est un moment, une volonté pour s’exprimer, pour les femmes de mener leurs propres combats, puisqu’on leur demandait juste de prendre une position plus en recul, et que par exemple, on a offert le droit de vote aux hommes noirs, avant de l’offrir aux femmes.        © Mitchell Bach

« On ne sera plus gentilles ! » 

Et ces femmes ont affirmé, « ben non, il faut que ce soit tout le monde en même temps ou personne, et on ne reculera plus, et on ne sera plus gentilles et on ne voudra plus qu’on nous dise toujours , « ce n’est pas ton moment, ce n’est pas ton moment, ce n’est pas ton moment,  il y a des problématiques plus importantes, s’il te plaît, reste un petit peu en arrière », et ça c’est quelque chose que j’ai entendu pendant toute ma jeunesse, dans les mouvements féministes et , je pense qu’on ne peut plus attendre.

Dans La femme à part, Vivian Gornick traverse ses souvenirs, capturant l’essence de New York et de sa propre existence avec justesse.

La fille, désormais sans sa mère, décédée, devient une femme à part, arpentant son monde et le nôtre. Dans les bus de Manhattan et les rues du West Side, elle explore l’amitié, la solitude, le féminisme, la vieillesse, le sexe, la littérature, la place des Noirs dans la société américaine… Un voyage aussi intime qu’universel.

 « En parlant d’elle, Vivian Gornick nous tend un miroir. Et nous bouleverse. » The New York Times

 

Festival America 2018, Christian Guay-Poliquin, John Vigna et  D.W. Wilson : « Une masculinité en crise »

A quels modèles se référer quand on est homme aujourd’hui pour se construire, existe-t-il une masculinité toxique dont il est nécessaire de se défaire, quels nouveaux modèles proposer, enfin quel sera l’homme de demain ?
Cette conférence a été passionnante, il faut le dire, je suis arrivée juste un petit peu en retard car de courir d’une conférence à l’autre, forcément on grappille quelques minutes de ci de là.
Tous les trois canadiens, leur réflexion et leur oeuvre est inévitablement liée aux grands espaces. Est-ce que l’endroit d’où l’on vient influe sur la relation à la féminité et à la masculinité ?
De fait, non, les femmes se les approprient tout aussi bien. Tous les trois sont unanimes sur ce point.

Christian Guay-Poliquin met en scène un huis-clos dans lequel deux hommes piégés par l’hiver lient leurs existences. Coupés du monde, ils sont soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village.  Oscillant entre méfiance, nécessité et entraide, ils tissent des liens complexes. Une majorité d’hommes sont rassemblés dans ce roman, mais cela est indépendant de la relation de genre, c’est seulement la relation entre les deux hommes qui comptent, sa complexité. L’écrivain semble s’être perdu dans cette conférence, puisque visiblement le sujet ne le concernait pas, ou du moins ne voulait-il pas se prêter au jeu. On avait l’impression qu’il avait été mis là par erreur. Une certaine résistance du québécois, qui va se défendre out au long de l’entretien d’avoir voulu penser le genre. pourtant, il a forcément envisagé cette relation virile, le rapport aux sentiments, à la pudeur, au langage, avec une certaine vision de la masculinité.

J’avais presque de la peine pour lui, tant il semblait en porte-à-faux, contrairement à ces deux collègues masculins. Du coup, je crois que son roman n’a pas été mis suffisamment en relief, il aurait été plus à l’aise sur un autre sujet. Nous sentions un écrivain sensible, intelligent avec tout ce charme de la langue québécoise.

Parce que la question était bien celle-là, quelle est cette idée de la masculinité qu’il faudrait déconstruire ? Elle est aujourd’hui en crise, il ne s’agit pas de l’exalter, ni l’idéologie du combat qu’elle véhicule mais plutôt faire la critique des dégâts qu’elle occasionne dans la société.

Pour John Vigna, dont « les personnages

« Pour moi, le paysage est féminin ». Les hommes ont été abjects depuis le début des temps, « Nous devons faire face à ces problèmes ». Les personnages de John Vigna sont en révolte avec le féminin,  en lutte contre leur propre part de féminin. La masculinité se retrouve sous le feu des critiques. « C’est une époque passionnante, parce qu’il y a une révolution dans le rapport entre le masculin et le féminin. Mais justement les communautés rurales dont on parle ici ont beaucoup de mal à accepter cette révolution, et l’évolution des relations entre les hommes et les femmes. »

« Il y a des fissures  dans la construction sociale de nos identités. cette perte de confiance, de solidité produit de très belles failles, où une parole plus profonde, plus sensible, peut émerger. »

Cette solidarité masculine est mise à l’épreuve, mais elle est aussi l’histoire de la tendresse qui existe entre ces hommes.

La présence de l’hiver est importante, car c’est un personnage fondamental de l’univers québécois. Il permet la ruse, une stratégie narrative pour coincer les deux hommes ensemble. Une grande place est accordée aux éléments. Le paysage représente les émotions des hommes qu’ils n’expriment pas, elle est leur miroir. (Christian Guay-Poliquin)

Il condamne l’espoir de toute évasion. Les personnages ont un lien très étroit à leur environnement qu’ils peuvent exploiter pour gagner leur vie. Ce n’est pas seulement beau, et prétexte à la contemplation, toute une économie du tourisme florissante repose sur ce paysage. Pour les autochtones, cela ne va pas de soi, le paysage peut être aussi une sorte de piège.

En tous cas, il hante tous les écrits canadiens.

John Vigna remarque que « l’environnement parisien a une influence sur ma façon de voir les choses » , et pas seulement son environnement canadien. Peut-être est-ce constitutif de sa façon de voir le monde.

« Les rocheuses canadiennes sont le cadre d’une grande partie de ma littérature, de mes souvenirs, et de ma carrière parce qu’elles sont présentes dans les deux livres. »

Les êtres sont perméables aux choses, il existe une sorte de porosité avec le paysage. Il s’agit de déformer puis de reformer le paysage.

Cette littérature est différente de la littérature américaine et du « nature writing ».

Quant à la forme, quelle est leur position ?

« J’ai commencé par écrire des romans. la nouvelle est plus compacte, et permet de renforcer mon écriture avant de retourner vers le roman. »

« Il y a une liberté que permet la nouvelle. Dans mon roman, j’essaie de supprimer tout ce qui semble inutile, dépouiller, aller à l’essentiel » (DW Wilson)

« Au début, j’ai écrit des poèmes. Puis j’ai ressenti la nécessité que l’histoire domine sur le texte. La poésie est devenue une dimension poétique. Ecrire, c’est surtout ne pas dire certaines choses. C’est l’ambiguïté essentielle de l’écriture. » (Christian Guay-Poliquin).

Merci messieurs, et …à bientôt !

En présence de :

dédicace de Brad Watson

Aux lecteurs français de Litterama. Merci.

Ecrire une femme dans la peau d’un homme – Festival America 2018, avec Omar El Akkad, Néhémy Pierre-Dahomey et Brad Watson

Un écrivain peut-il écrire un personnage féminin, sonder son être, sa chair et endosser son destin ? Quelle est sa légitimité pour évoquer un autre que lui, différent par son genre ? Peut-on parler d’une femme quand on est soi-même un homme ? La question pourrait être inversée en ce qui concerne les femmes qui écrivent, elles, dans la peau d’un homme. je me souviens ici du magnifique roman de Dulce Maria Cardoso, Le retour. .

Pour répondre à ces questions, trois écrivains étaient invités qui, chacun à sa manière, a endossé, le temps d’un livre, la destinée d’une femme.

  

Pierre-Dahomey Néhémy s’est glissé dans la peau de Belliqueuse Loussaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, qui tente avec d’autres une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Brad Watson, lui,  a prêté sa voix et son corps à Jane Chisholm venue au monde avec une malformation, en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Quant à Omar El Akkad, il donne vie à Sarah Chestnut  qui perd son père à l’âge de six ans et doit rejoindre avec sa famille un camp de réfugiés. Elle deviendra une impitoyable machine de guerre sous l’influence de son mentor.

Selon Pierre-Dahomey Néhémy, si légitimité il y a, elle est plutôt d’ordre esthétique, dans un travail artistique de la parole. Ce n’est pas mettre en scène des points de vue mais engager celui du narrateur qui n’est pas sexué. Il s’agit pour lui de chercher une complexité, une nuance. Les écrivains sont souvent invités à prendre la parole, mais cet exercice est très différent de celui d’écrire un roman. Dans l’exercice de l’écriture, l’écrivain fait ce qu’il veut, le personnage devient témoin d’une complexité et non le porte-parole d’un point de vue qui serait celui de l’auteur. Ainsi, lui même ne vit-il pas dans un Haïti qui serait carcéral car il voyage tout le temps, il répond juste d’une vérité de l’entertainement. « Je ne parle pas des femmes, en vérité », avoue-t-il.

Omar El Akkad, donne à Sarah Chestnut  la dimension d’une Antigone, au sein d’une tragédie qui sert à sous-tendre le récit. C’est un livre sur l’universalité de la vengeance, un livre « américain », sorti à l’époque de l’élection de Trump. Cependant, l’écrivain n’a pas voulu faire allusion au président,  l’action se situe dans un monde qui a vu la création d’un nouvel empire géopolitique où le niveau des mers a atteint un seuil catastrophique et permet de penser des guerres qui sont arrivées et qui arrivent encore très loin d’ici… pour les ramener à côté de chez nous, dans notre occident. La souffrance des gens qui vivent de l’autre côté de la planète n’est pas unique ou exotique. Elle nous concerne tous.

Est-elle portée ici par une femme parce que les femmes et les enfants sont les plus vulnérables face à la guerre ?

L’écrivain a la légitimité de s’éloigner de sa réalité. Par exemple, une femme mexicaine, aujourd’hui aurait beaucoup de mal à être entendue.

Miss Jane, au fond, est un portrait de l’Amérique, le Mississippi représente le côté déliquescent de la géographie, explique Brad Watson.

Cette légitimité existe pourvu qu’on soit respectueux et en accord avec soi-même.

« Je me suis posé de grandes questions avant d’entrer dans la peau de cette femme. C’est le livre qui va permettre cette entrée dans le personnage. »

C’est bien le sens du lieu, de la nature, comme les serpents, les marais qui vont donner leur place aux personnages et le rapport d’identification qu’ils permettent. « Ils font le lien entre les personnages et moi ».

Cela représente, pour l’héroïne, le lieu dont elle ne peut sortir, s’enfuir, pour incarner sa vie, son devenir. Pourtant, elle va être portée par quelque chose qui va être son moteur afin de lui permettre d’incarner sa vie, son devenir et ce moteur c’est la vie. Son destin épouse son territoire mais elle ne sera pas réduite au lieu d’où elle vient.

Quelle légitimité éthique pour Omar El Akkad  ?

Ce n’est pas un roman sur les USA, dit-il, confronté à ce type d’injustice, n’importe qui pourrait réagir de la même manière. Cette guerre civile, imaginée en 2075, rend le lointain plus proche.

« Jenny, c’est moi », pourrait dire Brad Watson,« Je n’imagine pas qu’on puisse genrer les sensations« . Les noms des animaux, en anglais, n’ont pas de genre. Quand on crée un personnage, on peut y faire entrer d’autres sortes d’aliénations, d’étrangeté. « It’s an attempt to understand, to empathize »

 

« Longtemps, les femmes ont été cantonnées au rôle de personnages secondaires. Heureusement, les choses ont bien changé. Aujourd’hui, les femmes marquent de leur empreinte la richesse et la diversité de la culture contemporaine. Mais il est encore utile de s’interroger sur la place des femmes dans le monde, ce qui a été acquis de haute lutte et ce qu’il reste à conquérir. Quelle est maintenant la place des femmes dans la fiction ? Écrit-on de la même manière un personnage féminin lorsqu’on est un homme ou une femme ? »

En présence de :

Les anges et tous les saints Julie Courtney Sullivan

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Les anges et tous les saints ( Saints for All Occasions)  – Julie Courtney Sullivan, 2017, Editions rue fromentin 2018, traduit de l’anglais (américain) par Sophie Troff (413 pages)

Je lis cette auteure depuis sa première édition en français, et ce magnifique roman, Les débutantes. Elle fait partie de mes affinités électives. Une forme de sororité. J’ai l’impression de comprendre ce qu’elle écrit, sa véritable profondeur, sa portée. J’ai l’impression qu’elle me rend meilleure.

L’épigraphe est de Margaret Atwood, « J’existe en deux endroits,

Ici et là ou tu es ((Corpse song)

C’était de bon augure.

Deux sœurs irlandaises de 17 et 21 ans, quittent leur Irlande natale, comme beaucoup d’irlandais souffrant de la misère, pour rejoindre Boston, Etats-Unis, où les attend Charlie le fiancé de Nora, la sœur aînée.

La vérité est-elle supportable, ou le secret permet-il d’épargner ceux que l’on aime ? Je me souviens de cette formule d’un de mes professeurs de philosophie, Mr Florenti, « Mentir c’est voler la vérité à quelqu’un ». Cela m’avait beaucoup impressionnée à l’époque. Cela me semblait si juste, si vrai !

Ce roman, encore une fois, décrit les ravages que provoquent les secrets de famille, et combien ils font souffrir ceux qui les détiennent.

Mais ici, ils sont du côté des femmes, en quelque sorte condamnées au secret car « l’époque dans laquelle naissait une femme déterminait ce qu’elle serait autorisée à devenir. »

On fait en cachette ce qui est interdit, on tait ce qui est défendu parce que c’est une question de survie sociale. Il fallait parfois payer un prix trop élevé pour avoir le courage de vivre librement et selon ses convictions.

Surtout dans la communauté catholique irlandaise où sont convoqués les saints pour chaque occasion de la vie, et où les règles et les principes tirés de la Bible valent comme seule morale possible. La transgression pouvait conduire à la mort (physique ou symbolique). Les hommes sont plutôt soumis à l’alcoolisme.

C’est aussi un roman sur une mère incapable d’exprimer ses émotions ou ses sentiments, pour laquelle le sacrifice est une valeur fondatrice. Les générations successives feront cependant le chemin qui reste à parcourir en matière d’émancipation.

Une autrice à découvrir si vous ne la connaissez pas encore.

Romans de femmes du XVIIIe siècle

Présentation de l’éditeur

« Le siècle des Lumières a été porté à sa plus haute expression par des femmes de génie dont quelques-unes ont été réunies dans ce volume.

Contrairement à la poésie et au théâtre, le roman, à l’âge classique, ne connaît pas de règles fixes. D’où un foisonnement sans précédent de récits en tout genre : romans épistolaires, pseudo-mémoires, romans d’aventure, romans sentimentaux. Les auteurs femmes y prennent une part importante et affirment clairement leur différence en revendiquant, pour la première fois peut-être, le droit au bonheur, à une vie sentimentale, à une sexualité qui leur soient propres. Elles instruisent, avec plus de force et d’humour que les hommes le procès des conventions sociales, des interdits, des tabous ; elles cultivent une langue plus libre en se montrant moins respectueuses des normes traditionnelles que leurs confrères masculins. Ce volume réunit treize textes représentatifs couvrant tout le siècle des Lumières et la période révolutionnaire et qui n’avaient guère été réédités.

Biographie de l’auteur

Ce volume a été préparé par Raymond Trousson, professeur à l’université libre de Bruxelles et spécialiste réputé du siècle des Lumières. On lui doit une histoire de la libre pensée au XVIIIe siècle, de nombreux livres sur le mythe de Prométhée, Rousseau, Mme de Charrière, ainsi que l’édition dans  » Bouquins « des Romans libertins du XVIIIe siècle. »

Dessinées – Visages de femmes, poèmes d’amour

J’ai vraiment un attachement particulier aux Editions Bruno Doucey dont je suis en train de lire « Comme résonne la vie »d’Hélène Dorion, Mais voilà, je ne sais pas parler de poésie même si je l’aime. Souvent les mots me manquent, aussi je passe sous silence les recueils que je lis. Ce qui est un tort ! Donc je laisse l’éditrice parler de ce recueil qui célèbre les femmes mais aussi l’amicale complicité entre elles et lui, entre elles et eux.

L’auteur : Zaü

En librairie le 18 octobre 2018

Le mot de l’éditrice : Qu’elles fassent du vélo, dansent, se promènent, s’habillent ou se déshabillent, qu’elles lisent, pensent, observent, pleurent ou rient, toutes les femmes captées par le regard aimant de Zaü sont terriblement vivantes. À l’encre de Chine, à la mine de plomb, à l’acrylique, au pastel gras ou sec… peu importe la technique empruntée, le grand illustrateur les a croquées tout au long de sa vie, pour lui-même, sans rien perdre de la fulgurante beauté de ces rencontres. Dans Dessinées – Visages de femmes, poèmes d’amour, il nous ouvre son carnet intime. Pour servir d’écrin à ces instantanés de femmes, il fallait de grandes voix de la poésie contemporaine, parmi lesquelles Maram al-Masri, Tanella Boni, Ananda Devi, Hélène Dorion, Bruno Doucey, Abdellatif Laâbi, James Noël, Ernest Pépin… Mots et images d’amour tressés déplacent les frontières de l’intime pour que nous ne vivions jamais exilés de la beauté. Un pur bonheur.

Des textes de :

Maram al-Masri, Lucien Becker, Gioconda Belli, Tanella Boni, Ananda Devi, Habiba Djahnine, Hélène Dorion, Bruno Doucey, Abdellatif Laâbi, Alexandrine Lao, Aurélia Lassaque, Rita Mestokosho, Ketty Nivyabandi, James Noël, Ernest Pépin, Pierre Seghers, Pierre Vavasseur…

Collection : Passage des arts 

Pages : 144

Festival America 2018 – Heather O’Neill – Les enfants de cœur

Les enfants de coeur par O'Neill

Heather O’Neill – Les enfants de cœur (The Lonely Hearts Hotel ), traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier, 480 pages, éditions du Seuil, Paris, 2018

Ce récit est un conte noir et cruel qui se déroule pendant la Grande Dépression qui jeta hors de leurs foyers des hommes, des femmes et des enfants, sur les routes, sous les ponts, et dans les orphelinats.

Deux de ces enfants se rencontrent dans un orphelinat, et tombent amoureux l’un de l’autre. Amour vite réprimé sous la férule des sœurs. Les brimades, les coups, les punitions injustes, et même les abus sexuels rythment la vie des deux enfants, Rose et Pierrot, qui trouvent malgré tout dans la force de leur imaginaire, et le pouvoir de création qui est en eux, les ressources pour résister, grandir et enfin partir de ce lieu de …perdition. Ils sont deux êtres solaires qui attirent et possèdent une aura qui a le pouvoir de captiver ceux qui les rencontrent.

Mais l’abandon laisse des blessures immenses et des failles dans lesquelles vont s’engouffrer les misères du temps : la prostitution, la drogue, le crime, règnent en maître dans Montréal dévasté et vont soumettre les enfants devenus adolescents à la tentation d’une vie facile.

« Ce n’était pas une bonne chose que de posséder une imagination pour une fille vivant à Montréal au début du XXe siècle. De l’intelligence, voilà ce qu’il lui aurait fallu ».

Pourtant Rose n’en manque pas, une forme d’ambition en tout cas, le désir d’échapper à la misère et de réaliser ses rêves.

Mais « Le corps d’une jeune fille est le lieu le plus dangereux du monde, car c’est là que la violence risque le plus de s’exercer. », Rose aura-t-elle suffisamment de chance pour y échapper ?

Ce conte est aussi un manifeste féministe :

« C’est parce qu’on est des filles. On est censées avoir seulement des émotions. On n’est même pas censées avoir des pensées. Et c’est très bien d’éprouver de la tristesse, du bonheur, de la colère et de l’amour – mais ce ne sont que des humeurs. Les émotions ne peuvent rien accomplir. Une émotion, ce n’est qu’une réaction. On ne veut pas simplement avoir des réactions, dans cette existence. Il faut accomplir aussi des actions. »

Il analyse finement la condition des femmes en ce début de siècle, et les multiples entraves dont Rose doit se libérer :

« On lui avait appris que les femmes devaient se montrer impassibles et qu’il était inconvenant pour elles d’exprimer leurs émotions en public. Avoir ouvertement des émotions, c’était comme être une prostituée debout à la fenêtre, la poitrine exposée à tous les vents. Mais elle s’en fichait. »

Elle a le pouvoir de croire en ses propres capacités. Elle prend conscience de son pouvoir et du pouvoir des autres femmes :

« Tout ce qui avait été écrit par une femme avait été écrit par toutes les femmes parce que toutes en bénéficiaient. Si une femme était un génie, c’était la preuve que c’était possible pour toutes les autres. »

Mais tout ne se paye-t-il pas, surtout quand on est une femme ?

Il est aussi un récit sur le pouvoir de l’art, du théâtre et du cirque face à un monde désenchanté.

Il faut lire ce roman échevelé, fantaisiste et parfois absurde, pour le savoir.

Heather O’Neill est née et vit à Montréal. Après La Ballade de Baby, finaliste du Orange Prize for Fiction, The Girl Who Was Saturday Night et le recueil de nouvelles Daydreams of Angels, à paraître aux éditions du Seuil, Les Enfants de cœur est son troisième roman.

america   chez Plaisirs à cultiver

Le cœur des femmes – Festival America 2018 avec la participation de Britt Bennett, Jean Hegland et Gabriel Tallent

Avec la participation de Brit Bennett, Jean Hegland et Gabriel Tallent

Quels sentiments agitent le cœur des femmes ? Qu’est-ce qui les fait se mouvoir, changer, lutter ? Comment devient-on une femme puissante ?

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Brit Bennet  explore les thématiques de la place des femmes, de l’avortement, de la solitude, de l’abandon et du désir de maternité dans son roman « Le cœur battant de nos mères ». La narration est menée par un chœur, comme au sein de la tragédie, mais un chœur de mères. L’auteure avoue s’intéresser depuis longtemps au rôle des femmes au sein des Eglises, souvent cantonnées aux basses œuvres et rarement mises en avant. Elle a donc décidé de leur donner la parole, de les faire sortir de cet anonymat.

Nadia et Aubrey, les deux protagonistes de l’histoire vivent sans leur mère et se sentent trahies, abandonnées. Leur réponse va consister, par ricochet, à se mettre à distance de la maternité, par peur de devenir sa propre mère et de connaître la même fin tragique ou à conjurer le sort, devenir une mère autre. Deux alternatives que les deux personnages vont devoir choisir.

Le fait d’être membre d’une communauté religieuse va avoir une incidence sur leur vie de jeune femme en devenir. L’Eglise a été un refuge pour elles deux, elles y ont trouvé un soutien. Toutefois cette communauté fermée, et bienveillante va devenir une force de répression, une force maléfique qui va aussi les juger.

Nadia va s’en échapper pour aller étudier à l’université, elle devient une version alternative de la vie de l’autre, alors qu’Aubrey va choisir de rester dans le cocon qui a pour elle un effet rassurant et protecteur.

Le chœur de mères exprime aussi la frustration par rapport à toutes les épreuves qu’elles ont été amenées à vivre dans leur condition de femmes. Elles projettent inévitablement leurs souffrances passées sur la jeune génération.

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Jean Hegland choisit de placer ses protagonistes dans un lieu bien différent (dans la forêt). Nell et Eva sont sœurs et vivent, à dix-huit ans, dans une maison éloignée au plus profond de la forêt que leurs parents, un tantinet excentriques, ont choisi par goût de la solitude. Ils meurent et elles se retrouvent bientôt sans ressources. Elles ne peuvent plus rien acheter, et manquent bientôt de tout. L’électricité est coupée et elles n’ont progressivement plus aucun contact avec l’extérieur. Nell raconte cette histoire dans un carnet. Etre au cœur de la forêt pourrait bien leur apprendre à connaître leur propre cœur, comme si les deux pouvaient battre à l’unisson.

On ressent  l’atmosphère intemporelle des contes, la forêt est un personnage complexe : forêt sombre où l’on trouve des loups,  des plantes venimeuses, des animaux sauvages, dangereuse mais également lieu magnifique et protecteur, plein de ressources.

Nell va l’apprivoiser et évoluer avec le temps. Elles ont grandi avec l’idée qu’il fallait se méfier de cette forêt et la craignent. Cette relation avec le milieu naturel va se transformer pour devenir de plus en plus profonde. Les deux sœurs, l’une passionnée de danse et l’autre de lecture ont la volonté de se protéger mutuellement. Toutefois l’une devient plus protectrice et prend de l’ascendant. L’auteure, fille unique, a tenté, à travers  cette histoire, d’imaginer une sœur possible.

Elles sont aussi dans le conflit, dans l’opposition : il s’agissait de faire évoluer cette relation amour/conflit. Dans le même temps, la forêt devient protectrice, les plus dangereux étant les hommes. Elles doivent abandonner la vision qu’elles avaient de la forêt et renoncer aussi à leurs ambitions respectives afin de dépasser leurs difficultés.

Gabriel Tallent (My absolute darling) plante son scalpel encore plus profondément dans le cœur des femmes. Il dit avoir mis huit ans à écrire ce livre. Julia-Turtle a quatorze ans. Elle vit avec son père dans une maison isolée, il lui enseigne la chasse, les armes et abuse sexuellement d’elle. Alors qu’il part pour quelques jours, elle va tente de se défaire de son emprise.Résultat de recherche d'images pour "My absolute darling"

« J’avais une ambition folle. J’avais très peur. J’avais écrit un livre avec de grandes idées dont Turtle faisait partie et je me suis dit qu’elle méritait un livre entier. »

Gabriel Tallent tente de mettre à jour la complexité émotionnelle, ce qui est terriblement difficile car la société tente souvent de simplifier les conflits émotionnels, d’exclure l’ambivalence, la vérité de ce que les personnes vivent. Il fallait sonder le cœur de cette toute jeune fille, exprimer la dimension de la honte et la cerner.

Trois auteur(e)s, trois tentatives de mettre à nu les ressort les plus intimes, d’écouter les pulsations de nos cœurs, qui nous font avancer et nous transformer afin de survivre et exister.

Je vais encore l’écrire et puis le dire…

autres

Jvignette les grandes héroïnese vais encore le dire et puis l’écrire ici. Je ne sais pas comment l’écrire assez fort, pour que tout le monde le lise, se le dise.

Je lis les journaux, les blogs et JE NE COMPRENDS PAS.

Je ne comprends pas pourquoi parfois il y a si peu d’auteures, autrices, romancières.

J’ouvre le magazine qui présente le festival America, un éditeur que je ne nommerai pas, parle des Voix de l’Amérique, il y a peut-être quatre ou cinq auteurs, mais une seule femme.

Je regarde les photos, je veux dire les grandes photos, que des hommes. Et pourtant les organisateurs du Festival sont ceux qui laissent le plus de place aux auteures, qui traitent le mieux des problématiques liées au genre. Vraiment, on ne peut que les féliciter pour la qualité de leur travail, l’engagement dont font preuve les bénévoles et  le soin extrême apporté à ce festival où les femmes sont bien présentes.

Pourtant, pourtant, ça résiste ! Rien à faire ! Que faudrait-il faire pour que cela change VRAIMENT ?

 

Portraits de femmes Quelle place pour les femmes en littérature partie 2

Laura Kasischke évoque son dernier roman, Eden Springs et notamment cette figure du charismatique Benjamin Purnell, gourou d’une secte, Eden Springs, qui promettait la vie éternelle à ses adeptes, mais surtout aux belles jeunes filles.

« C’est l’histoire d’un gourou dont le but est de coucher avec le plus de femmes possibles. Il est charismatique, il est beau et les femmes l’aiment.  Est-ce qu’il est né prédateur ? Ou est-ce qu’il es question juste d’opportunité ? » Le déclin de sa doctrine est due à son vieillissement, mais sa violence a inversement empiré avec le temps. Il fascinait les gens. C’est cette fascination qui lui a permis de devenir un prédateur.

Cette question de la violence exercée sur les femmes, véhiculée par les constructions sociales liées à la domination, se pose dans les heures rouges de Leni Zumas, par l’assujettissement des femmes à des lois qui les contraignent fortement : l’avortement est devenu illégal, et on ne peut plus adopter.

« Elle est l’écho de ma propre douleur, de ma propre angoisse, avec mes problèmes de fertilité », explique Leni. Les femmes doivent se définir par rapport à la maternité, par leurs fonctions reproductrices.  « Je devenais obsédée par cette problématique », avoue-t-elle.Quand elle lisait des romans, ils parlaient toujours du mariage et de la maternité. Alors est-ce interne, ou la société qui nous impose cela ?

Pour Wendy Guerra, « On prend le rôle des parents, et c’est  le raffinement de ce travail qui nous pousse à devenir meilleur. Aujourd’hui ma mère est en moi. »

Laura Kasischke explique qu’elle a beaucoup évolué dans ses représentations. la violence n’est pas que d’un côté. Il ya le mystère irréductible d’une femme qui susciterait cette violence. Car les femmes exercent égalment un pouvoir sur les hommes. ils utilisent leur pouvoir physique mais les femmes c’est différent. Dans son premier roman, la femme était une victime absolue. C’était son ressenti de l’époque mais avec le temps, elle a mis en place tout un éventail de rôles féminins qui incluait aussi la femme tyrannique.

Mais elle s’est constituée par l’identification à des figures féminines, notamment Sylvia Plath.

« Sylvia Plath m’observait. Est-ce qu’elle aurait approuvé ce que j’écrivais ? »

De la femme victime absolue, comme Sylvia Plath, d’autres figures ont émergé qui symbolisaient la joie de vivre. Un changement de perspective s’est opéré. Plus nuancée.

« Ma vison des femmes en littérature a évolué avec les écrivains qui m’ont servi de modèles ».

D’ailleurs, pendant très longtemps zelle n’a lu que des auteures.

« Je n’ai pas lu un seul auteur avant d’être assez âgée. Aujourd’hui je suis moins sexiste. et donc tout ce que j’ai appris en littérature vient de ces auteures. »

« Les femmes étaient toujours très très fortes, et les hommes souvent coupables d’une certaine faiblesse. »

Leni Zuma remarque qu’avec « Me too », la parole s’est libérée. Pourtant, on assiste à un retour du religieux, de la morale, dont les victimes sont les femmes. Régression ? On doit être très vigilants aujourd’hui. Aux Etats-Unis d’Amérique, les chrétiens évangélistes sont très puissants politiquement.. Beaucoup d’américains aiment bien raconter que l’Amérique est un pays laïque mais ce n’est pas tout à fait exact.  Dans certains états, il n’y a qu’une ou deux cliniques disponibles qui pratiquent les interruptions de grossesse, ce qui est une façon pragmatique et détournée de les limiter. Et ce sont les femmes les plus vulnérables économiquement qui sont les plus touchées.

Comment se conformer aux exigences d’autrui ? Le système est dominé par le mâle blanc patriarcal auquel même les femmes écrivains se plieraient. On intériorise un mini-système. Leni admet ne pas avoir lu beaucoup d’écrivaines. Elle écrivait, comme quelques autres, pour des auteurs comme Philp Roth. Elle cherchait l’approbation de ce type de personnes. « Parfois, le compliment que je reçois, c’est que j’écris comme un homme. ».

Une femme qui écrit, c’est comme si elle vomissait ses émotions sur une page.

Alors, on ne peut pas le nier, cela a un impact sur une écrivaine.

 

 

 

 

Portraits de femmes, quelle place pour les femmes dans la fiction ?

samedi 22 septembre 2018 de 11h30 à 13h00
« Longtemps, les femmes ont été cantonnées au rôle de personnages secondaires. Heureusement, les choses ont bien changé. Aujourd’hui, les femmes marquent de leur empreinte la richesse et la diversité de la culture contemporaine. Mais il est encore utile de s’interroger sur la place des femmes dans le monde, ce qui a été acquis de haute lutte et ce qu’il reste à conquérir. Quelle est maintenant la place des femmes dans la fiction ? Écrit-on de la même manière un personnage féminin lorsqu’on est un homme ou une femme ? »
Dans son roman, « Poser nue à la Havane », Wendy Guerra, évoque Anaïs Nin, figure emblématique pour les intellectuelles cubaines dont sa mère faisait partie. Elle est morte jeune et ce livre est un parcours pour la retrouver.
Anaïs Nin parlait sans filtre, et elle était ce qui ressemblait le plus à une intellectuelle à l’époque.
« Il faut imaginer cette époque dans un régime macho-léniniste, où les hommes barbus dominaient dans les assemblées ». Anaïs Nin devient cubaine dans une réincarnation apocryphe.
 » Nous sommes en 1922. Anaïs Nin part à Cuba sur les traces d’un père absent et fantasmé, à la découverte de la famille paternelle. Dans son journal, peu d’allusions à cette période. De sa plume riche en images saisissantes, Wendy Guerra imagine ce qu’Anaïs a pu ressentir en arrivant sur l’île et superpose ainsi ses pensées apocryphes aux confessions réelles de la jeune Anaïs Nin, restituant ainsi la voix d’une âme à la recherche de son identité. « 
Quelle place pour les femmes à Cuba ? Dans un système communiste qui revendique la force, la camaraderie entre hommes, et la lutte virile ? Wendy Guerra n’a pas vraiment répondu à la question et c’était un peu frustrant. Elle pose pourtant le besoin de s’identifier à d’autres femmes pour pouvoir s’assurer de son identité. Une femme occidentale qui revendique sa liberté.
« j’ai ma propre colonne vertébrale, dit-elle, et je vole des histoires à mes contemporaines ».
Laura Kasischke évoque ses personnages, ils sont tous féminins, ce sont des jeunes filles, des mères de famille. Elle donne la parole aux femmes.
« J’écris avec le matériau que j’ai. Je suis une femme, une mère, j’ai eu des relations conflictuelles avec ma mère. J’écris de là où je viens. » Elle avoue écrire à partir de son expérience, même si elle aimerait un jour écrire avec le point de vue d’un homme.
« Mais je ne sais pas si j’en serai capable, je ne saurai pas par où commencer », avoue-t-elle.
Dans le roman dystopique de Leni Zumas, « Les herbes rouges », quatre voix s’entremêlent,  toutes des femmes. Rebondissant sur les propos de Wendy Guerra, qui affirmait qu’il ne faut jamais demander son âge à une femme, Leni s’insurge contre cette culture de la honte qu’on nous impose, qui oblige à cacher son âge, son poids, etc. Quant au fait que ses personnages soient tous des femmes, relevé par la critique, elle répond que personne ne se serait avisé de dire à Hemingway que ses personnes étaient tous des hommes, ou qu’il y en avait trop.
Le roman met en scène un monde post-apocalyptique dans lequel tout est remis à zéro, pour autant les vieux réflexes ne sont pas morts et resurgissent. La violence s’exerce à nouveau sur les femmes. la même violence sexuelle, la même vulnérabilité. Elle s’est inspirée du personnage féminin secondaire de « la route » de Mac Carthy. La misogynie est parfaitement intériorisée, remarque-t-elle, et c’est elle qui détruit les femmes.
A suivre…

F..comme Festival

 

Festival America 2018 : de Margaret Atwood à Brad Watson, une belle journée.

Le festival America se déploie sur plusieurs lieux, au cœur de Vincennes, et les conversations-conférences ont fait salle comble. Un public nombreux, des intervenants de qualité et des modérateurs talentueux ont fait de cette deuxième journée une réussite.

Margaret Atwood a su charmer son auditoire, même à distance, et a questionné son statut d’icône pour le subvertir, elle se veut davantage iconoclaste, dans ce temps particulier, « bizarre » dit-elle, inédit depuis les années 30, où tout semble sur le point de verser et de se renverser.

Margaret Atwood

Peut-être plus qu’une icône, l’écrivaine se sent-elle responsable. Elle a un pouvoir de parole que n’a pas le simple citoyen, toujours sous la menace d’un licenciement. Elle est chargée de dire ce que les autres ne peuvent pas dire même si cela ne dispense pas le citoyen d’agir.

Elle participe à « After me too », une plateforme qui vise à donner la parole à celles qui en ont besoin.

Plutôt citoyenne que militante, très active sur twiter, elle s’engage pour des causes qu’elle estime importantes. En tant qu’auteure, on la sollicite pour associer son noms à certaines actions et s’exprimer à leur sujet ; elle accepte volontiers tant qu’il s’agit de lutter pour l’environnement, le droit des femmes et le statut des artistes toujours menacé sous les dictatures.

Elle parle, à travers cet écran géant, et tout le monde l’écoute, presque religieusement. Elle est la pythie, l’oracle, et les événements politiques récents aux Etats-Unis font écho à son oeuvre et lui donnent une force nouvelle. Cette écoute prodigieuse est à elle seule un événement.

La situation des femmes, souligne-t-elle, est un bon indicateur de la vie démocratique. Tous les régimes totalitaires cherchent à les contrôler, et mettent en place des politiques particulières qui visent à les assujettir.  Ce qui n’enlève aucunement aux femmes leur part d’ombre, d’ailleurs pourquoi seraient-elles parfaites ? Elles n’ont pas à mériter leur liberté.

Margaret Atwood revient sur la situation des auteurs canadiens dans les années 70, très différente de celle d’aujourd’hui. Il n’était pas question à l’époque de devenir célèbre, c’était plus une vocation qu’une profession. Tout était à faire, les auteurs de sa génération ont mis beaucoup d’énergie à monter des maisons d’édition, des associations, des cercles de lecture. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes auteurs veulent en faire un métier parce que l’exemple du succès de certains de leurs aînés ou même de leurs contemporains leur montre que c’est possible. Mais, et c’est le revers de la médaille, il ne sera pas au rendez-vous pour tout le monde.

Margaret Atwood est malicieuse, elle a le regard qui pétille et ce sourire indulgent que donne la sagesse du grand âge. « Pas de panique, ça va s’arrêter un jour » dit-elle en parlant du succès qui récompense son oeuvre, et puis « J’ai la faculté d’écrire en avion. Il y a un WI-FI, mais je fais semblant que je ne suis pas au courant. » Alors, bien sûr, il y a la fatigue des dédicaces, mais comment s’en plaindre, comment refuser la rencontre à des gens qui attendent parfois pendant des heures ?

Aujourd’hui, reprend-elle, on assiste à un moment intéressant sur la scène littéraire, car beaucoup de jeunes regardent vers l’avenir, et le pense à travers la dystopie dont elle a été la précurseure. Ils regardent vers demain et sont plein d’énergie. Peut-être malgré ce sourire, y a-t-il chez elle un peu de nostalgie.

Elle accepte donc ce rôle de mentor et reçoit de nombreux livres. Elle écrit sur twitter à propos de ceux qu’elle aime, et met le lien vers la maison d’édition ou le site.

A propose des séries qui sont réalisées à partir de son oeuvre, elle reconnaît que ce format d’adapte bien à ses romans car il ne demande pas de narratif long. Justement elle  écrit des chapitres courts. En ce qui concerne l’adaptation de la Servante écarlate, elle a eu un statut de consultante qui lui a permis d’annoter le scénario, sans lui donner  de véritable pouvoir.

Elle finit par redéfinir ce qu’est la littérature spéculative. Outre le fait, elle l’a déjà dit ailleurs, que son oeuvre est toujours basée sur des faits ayant déjà existé, parfois au sein de micro-sociétés, la science-fiction parle de choses qui n’existent pas, tels les robots et les planètes. Ce qui n’est pas le cas de ses livres.

Elle a raison, la littérature spéculative permet de penser un monde déjà-là, celui dans lequel nous nous mouvons.

Mais pour autant est-elle pessimiste ? Non, dit-elle, écrire un livre c’est être optimiste, c’est proposer un futur meilleur.

« Je suis une grande optimiste. je vais réussir à terminer mon livre, à l’éditer et à trouver un lecteur qui le comprendra. »

« Je participe à la bibliothèque du futur, en Norvège, un manuscrit tenu secret est déposé, et ne sera connu que dans cent ans. »

Ce n’est pas être optimiste ça ? Penser qu’il y aura encore des êtres humains pour le lire…

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On se plaît à penser que Margaret Atwood ne disparaîtra pas, car cela semble tout bonnement impossible à ceux qui ont commencé à lire son oeuvre. Peut-être avons-nous tous été sensible, dans la salle, à la force de cette assurance, en dépit de sa fragilité de vieille dame. Elle est de celles qui demeurent…