Le bonheur de la nuit – Hélène Bessette

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  Hélène Bessette – Le bonheur de la nuit – Editions L&o Scheer, 2006

Hélène Bessette, née en 1918 a été publiée pendant une vingtaine d’années et représenta un temps l’avant-garde de la littérature des années 60-70. Marguerite Duras déclara même : « La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c’est Hélène Bessette, personne d’autre en France. », Raymond Queneau à son tour la qualifia d’ « Un des auteurs les plus originaux de son temps . ».Pourtant qui connaît son nom aujourd’hui malgré l’excellent travail d’édition de Laure Limongi ?

Hélène Bessette cependant marqua son temps, et ses romans figurèrent plusieurs fois sur les  listes des prix Goncourt et Femina. Elle fonda le GRP, le Gang du Roman Poétique et dynamita les codes traditionnels du roman pour inventer une langue nouvelle, rapide, efficace, et pratique. Elle tranchait dans la phrase comme on tranche dans le vif.

Toutefois si les intellectuels du temps reconnurent son originalité et son talent, elle ne rencontra pas le grand public. Son style novateur eut tôt fait de déconcerter des lecteurs habitués à une narration plus classique. Ses romans ont des allures de poèmes :

Une grosse femme brune. Noiraude. Forte en postérieur. Ce qui fait onduler la jupette. Un peu plus loin. Derrière le jarret.

Forte en reins. Moulée dans un chandail.

Excitante et sexy.

Les phrases sont courtes, parfois composées d’un seul mot et donnent un rythme heurté au récit.

Les repères donnés par le roman réaliste ou psychologique n’ont plus vraiment cours ici  même si on retrouve des personnages relativement identifiables, et une progression – non-linéaire cependant- dans le récit.

  Le bonheur de la nuit, est le récit d’une crise, crise de couple, dans laquelle se jouent l’amour et la séduction, la séparation et les retrouvailles de Nata de Nathanaël cynique et veule et de son épouse, puis de sa maîtresse dans un espèce de cycle sans fin, qui sombre dans l’absurdité et la violence. Le couple est un enfermement où se jouent des relations de pouvoir, où les femmes se donnent pour de l’argent et où les hommes représentent un patriarcat violent et destructeur.

  Hélène Bessette, disons-le tout de suite, est un auteur qui pourra sembler difficile à certains. J’ai trouvé, pour ma part, de l’intérêt à la lire, même si  le récit s’essouffle vers la fin. Il a un côté expérimental qui m’a intriguée je dois le dire. Je crains cependant qu’elle ne soit jamais  populaire et qu’elle reste un auteur d’avant-garde louangé par les critiques mais ignorée par les lecteurs.

Théâtre : Pauline Sales

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Pauline Sales est née en 1969, comédienne et auteure, ses pièces sont éditées aux Solitaires Intempestifs et à l’Arche. Richard Brunel, Marie-Pierre Bésanger, Philippe Delaigue, Laurent Laffargue, Jean-Claude Berutti ont mis en scène ses pièces et prochainement, Lukas Hemleb proposera « Les arrangement » au Théâtre de Sartrouville les 6, 7,8 décembre 2012.  Dans ses pièces, les femmes sont tourmentées et insatisfaites, elles enfantent des monstres, ou rêvent de partir et de tout abandonner ! Exposées aux violences, victimes d’inceste, leur langue est la langue du corps, crue et brute, parfois brutale.

« J’aime l’idée de travailler la langue comme un poème, qu’elle soit mâchée. »

Sa renommée est internationale car plusieurs de ses pièces ont été traduites en anglais et en allemand et représentées à l’étranger.

Elle est l’auteur de De la salive comme oxygène mise en scène par Kheireddine Lardjam, une production du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, CDN, dans le cadre du festival Odyssées en Yvelines (2011) et de En travaux qui est sa première mise en scène.

« J’ai toujours l’impression que c’est l’acte même d’écrire qui me fait écrire, très concrètement. Entre ce que j’imagine au départ écrire et le résultat final, il y a toujours un énorme décalage. Après coup je me dis, ah, c’était ça que tu voulais écrire. » Le Matricule des Anges

 

Les arrangements :

« Une famille recomposée se retrouve le temps d’unweek-end autour du patriarche,ancien déporté et romancier célèbre. À l’ombre de cette figure tutélaire, chacun se sent forcément défaillant, développant un sentiment d’imposture dans sa propre vie. Face à lamort annoncée du chef de famille, femmes et enfants se débattent,
s’interrogent, s’arrangent, pour continuer à vivre avec cet héritage, pour s’en servir ou s’en débarrasser… Dans cette comédie grinçante, au verbe pointu, Pauline Sales met à nu cette machine broyeuse d’existences qu’est la famille. »

« J’aime bien les trous‚ les bosses‚ les artères bouchées‚ le scotch qui a circulé‚ les larmes ravalées. Je peux pas aimer ceux qui aiment les jeunes parce que je vais vieillir pauvre cloche et qu’un jour tu seras trop jeune pour moi‚ même avec tes rides et ton incontinence et tout le tsoin-tsoin. Tu as brûlé la plus belle histoire d’amour que je connaisse et je peux te dire que j’en connais et tu peux me croire. Tu as brûlé l’histoire d’amour qui fait que je suis là pour te rencontrer. » Dépannages

« Ils sont deux‚ la trentaine‚ ils se connaissent mal‚ ils viennent d’univers radicalement différents. C’est une femme‚ il est un homme. Elle est étrangère‚ il est français. Elle est sous ses ordres‚ il la dirige. Ils doivent finir de construire quelque chose ensemble‚ avec les aléas‚ les retards‚ les changements de plan‚ les dépassements de budgets‚ les blessures qu’implique toute construction.

Ils sont dans le bâtiment. C’est pas la même façon de regarder‚ de parler‚ de manger‚ de s’habiller. Et même s’ils doivent construire ensemble‚ séparément ils n’ont pas du tout la même vision de ce qui doit être. » En travaux

« Ne pleure pas. J’ai mal à la tête. Pas de larmes. Je m’en vais toute seule et te laisse là. J’accroche un papier avec notre adresse à la fermeture Eclair de ton anorak. N’importe qui te raccompagnera chez toi tout droit. C’est ce que tu veux ? Alors qu’est-ce que tu veux ? Moi je reste là. Je ne rentre pas. Je vais au Groenland. Tu me crois ou pas (…) » Groenland

Entretien avec Pauline Sales

Les Solitaires Intempestifs :La Bosse, 2000,Dépannage, 2002, Cake ! suivi de Il aurait suffi que tu sois mon frère, 2002,Le Groenland, 2003, L’Infusion, 2004, Désertion, 2005, Les Arrangements, 2008, Family Art, 2009 A l’ombre, 2010 ,De la salive comme oxygène, 2010

Lansman :La route

L’Arche Éditeur :Israël-Palestine, Portraits, 2009 Le Jeu d’histoires libres

Espace 34 : Caravanes

Les femmes mènent l’enquête : Jane Austen

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Jane Austen et les fantômes de Netley – Stephanie Barron – collection Labyrinthes, Editions du Masque 2007, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Christian

  Vignette Les femmes mènent lenquète« Stephanie Barron est née en 1963 en Nouvelle-Angleterre. Brillante étudiante de l’université de Stanford et diplômée de Princeton, elle se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Jane Austen et les fantômes de Netley est le septième épisode des aventures de Jane Austen, auteur pour laquelle elle a une passion, au point d’en avoir fait son héroïne. »

  Une belle étrangère, à la beauté saisissante et à la réputation sulfureuse, s’installe à Netley Lodge, près des ruines de l’Abbaye de Netley. A sa poursuite depuis le Portugal où il l’a connue et aimée, Harold Throwbridge laisse entendre que cette femme serait l’instigatrice d’un projet effroyable qui pourrait mettre en péril la couronne anglaise.

On sent l’influence des romans gothiques : le brouillard qui enveloppe les ruines, les équipées nocturnes dans des souterrains angoissants, ou les scènes baignant au clair de lune, où l’on aperçoit des silhouettes fantomatiques, le décor est planté. Jane Austen est l’amie de Harold Throwbridge ; elle n’est pas insensible au charme de celui qu’on nomme le Gredin mais le désir d’une vie paisible, la réputation du personnage, propre à compromettre n’importe quelle jeune femme bien née, font naître bien des atermoiements. Des navires sont incendiés dans le port de Portsmouth, des prisonniers français s’évadent, il ne faut pas oublier la présence de l’ogre Napoléon dans le paysage politique de cette époque (l’action du roman se situe en 1808), l’atmosphère est explosive. Jane est chargée de surveiller Netley Lodge et son inquiétante propriétaire. Ce roman permet de brosser un arrière –plan historique qui éclaire les persécutions dont furent victimes les catholiques, déclarés Renégats par l’église anglicane.

 

Il y a bien sûr le plaisir de retrouver Jane Austen sous les traits de cette enquêtrice tout à fait atypique. Il ne faut pas oublier que la littérature de l’époque avec des auteurs tels que Charlotte Turner Smith, William Godwin, Charlotte Dacre, a donné naissance aux premiers romans à sensation qui deviendront des romans noirs quelque temps plus tard. L’intrigue est assez bien menée et ménage quelques savoureux rebondissements. La fin n’est pas du tout celle que l’on attendait et le suspense, même s’il est un peu long à s’installer, est garanti.

La condition des femmes de l’époque est finement évoquée et notamment celle de la femme auteur : « Vous devez savoir que j’aspire à une vie d’écrivain, et que les dames comme moi ne se marient jamais. Les préoccupations domestiques dévorent les journées sans laisser le moindre répit à l’utilisation de la plume. »

Une série que je suivrai, sans aucun doute…

En lecture commune avec  Nina

Les femmes mènent l’enquête : Kathryn Swinbrooke

     le temps des poisons

Vignette Les femmes mènent lenquèteJolie jeune femme brune aux yeux clairs,  Kathryn Swinbrooke est une femme décidée. Elle exerce la profession d’apothicaire et de médecin qu’elle a appris avec son père. Au Moyen-Age, les femmes médecins exerçaient leur pratique en dépit des guerres et des épidémies pour la simple raison que l’on avait besoin d’elles. (Kate Campbellton Hurd-Mead, a History of women in medicine) Elle a eu un passé difficile en raison de son mariage avec feu son premier mari Alexander Wyville qui était un homme violent et cruel. Du parti de Lancastre, pris dans la guerre des Deux-Roses, il a été tué dans une échauffourée. La série débute à la mort de celui-ci, lorsqu’elle se retrouve seule. Elle épouse en secondes noces Colum Murtagh, Irlandais, gardien des écuries royales de Kingsmead en la même ville. Très jeune, il a comploté contre Edouard IV, le roi d’Angleterre mais a échappé à la pendaison en acceptant de servir celui qu’il avait voulu tuer.

Sa nourrice, Thomasina est à la fois sa servante et sa confidente et tient une grande place dans sa vie. Simon Luberon, secrétaire de l’archevêque de Cantorbéry, grand clerc du conseil de la ville est amoureux d’elle et Wuff, jeune orphelin qu’elle a recueilli ne quitte jamais ses pensées. Il ne l’accompagne pas dans toutes ses enquêtes. Agnès est une jeune fille recueillie par son père lorsqu’elle était enfant et vit aussi avec elle.

Elle habite à Cantorbéry dans Ottemelle Lane et soigne ses patients dans sa propre maison mais débrouille à ses heures perdues des histoires criminelles. Elle éprouve rarement la peur, ne craint pas de sortir seule et est relativement indépendante bien que son deuxième mari lui serve souvent de garde du corps dans « Le temps des poisons ».

Chaucer, écrivain des contes de Cantorbéry est cité en exergue de chaque chapitre.

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Une illustration de l’édition de Richard Pynson en 1492.

Son créateur est Paul Doherty qui écrit cette série sous le pseudonyme de C.L. Grace. Né à Middlesbrough, dans le Yorkshire, il est l’auteur de plusieurs séries historico-policières. Il est professeur d’histoire médiévale.

J’ai lu le dernier tome, qui se déroule dans le comté de Kent en 1472. la ville de Walmer est le théâtre de négociations politiques en tre le roi d’Angleterre et le roi de France via les deux émissaires envoyés par ce dernier et Lord Henry, fidèle du roi d’Angleterre. Mais ce village est en même temps secoué par plusieurs affaires criminelles :  plusieurs empoisonnements ont été perpétrés et Katryn Swinbrooke, dépêchée sur les lieux en compagnie de son nouveau mari Colum, l’Irlandais, décide de mener l’enquête. Ces empoisonnements ont-ils un lien avec les manoeuvres politiques qui ont lieu dans la demeure de Lord Henry ? A vous de suivre les enquêtes de la belle anglaise.

Un rythme assez lent mais non dénué d’intérêt. On s’attache à Kathryn l’apothicaire.

Constance de salm – L’histoire d’une vie (1767-1845)

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Constance de Salm est née Constance-Marie de Théis, à Nantes, d’un juge-maître des eaux et forêts qui lui a fait donner une solide éducation. Devenir une femme de lettres nécessitait qu’une fille ait pu au moins apprendre à lire et à écrire, ce qui, en ces temps difficiles (pour les femmes) était relativement rare. En 1783, elle vient à Paris et fait publier ses premiers poèmes dans « Le journal général de France », puis dans « L’almanach des grâces ». Un de ses poèmes « Le bouton de rose » devient une romance à la mode ; « Bouton de rose/Tu seras plus heureux que moi /Car je te destine à ma Rose/Et ma Rose est ainsi que toi /Bouton de rose. » 

            Elle épouse en 1789 , M. Pipelet de Leury, fils d’un secrétaire du roi et chirurgien, elle vient vivre à Paris, reconnue par Marie-Joseph Chénier, comme « la Muse de la raison ». Insigne honneur s’il en est, le destin d’une femme n’était-il pas d’être la muse du seul créateur, l’homme ? Elle crée une tragédie Lyrique « Sapho »en 1794, sur une musique de Martini, qui connaîtra plus de cent représentations.

            Elle est la première femme à être admise en 1795 au Lycée des arts sur la recommandation de Sedaine. Il faut savoir que 9% des écrivains sont des femmes à la fin des années 17801. Et elles ont fort à faire pour être reconnues et s’imposer.

            Elle réagit à la querelle des femmes auteurs déclenchée par Ecouchard-Le Brun dans la Décade philosophique (en 1796-1797)  par une Epître aux femmes2 (1797) courageuse et passionnée (. Il faut savoir que ledit Ecouchard-lebrun dans son « Ode aux belles qui veulent devenir poètes » propose d’interdire aux femmes le droit de versifier.3)

Constance donne des lectures publiques de son Epître qui connaissent un certain retentissement. Les femmes auteurs livrent une bataille de tous les instants contre une dénonciation masculine vigoureuse mais aussi contre leurs consœurs qui telle Sophie Cottin,

clament à qui veulent bien les entendre que la littérature n’est pas une occupation sérieuse pour une femme.

            Constance de Salm écrit des poèmes et chants patriotiques, un drame en 1799, « Amitié et Imprudence », au Théâtre français qu’elle retire et détruit ensuite.

            Divorcée la même année, elle épouse en 1803 le comte de Salm-Reifferscheid-Dyck, élevé à la dignité de prince en 1816.  Elle reçoit alors dans un salon brillant, ouvert à de multiples sensibilités.

            Mais son combat ne s’arrête pas là et elle interpelle en 1810 dans une épître en vers sur les articles 324 et 339 du Code pénal (sur le meurtre de l’épouse par l’époux, et l’entretien d’une concubine au domicile conjugal).

Une édition en quatre volumes de ses écrits triés, classés et commentés par elle-même paraît en  1842.

« L’intérêt principal de son œuvre, dont l’écriture paraît aujourd’hui souvent datée, réside dans l’analyse lucide des enjeux et des conséquences de la Révolution française pour les femmes. Très sensible aux formes nouvelles de misogynie qui apparaissent alors et veulent en particulier interdire aux femmes l’accès à la culture, Constance de Salm cherche au contraire à faire bénéficier les femmes des Lumières de la raison. Elle affirme fermement leur droit à l’expression littéraire et politique, et leur appartenance à un espace culturel commun, en se réclamant d’un principe de solidarité entre femmes de façon pour son temps originale et novatrice »4


  4 Christine Planté et Maryam Sharif : « Femmes poètes du XIXe siècle Une anthologie »

Paroles de femmes : Stephanie Barron

Stephanie Barron

« En fin de compte, j’écris parce que je n’ai pas le choix. Je comprends la vie uniquement à travers les mots. Peut-être cela vient-il d’avoir beaucoup lu, ou peut-être de mon ADN. Je sais que je ne suis pas capable de dessiner autre chose qu’un bonhomme en bâton, incapable de chanter une simple note, mais les mots sont la façon dont est configuré mon cerveau. Quand j’écris, je m’échappe de ma propre existence comme un élan qui brame à l’automne, ou un saumon remontant le courant. »

Le site de Stéphanie Barron

Les femmes mènent l’enquête : Mma Ramotswe

Mma Ramotswe est une détective qui a ouvert à Gaborone, capitale du Bostwana, l’Agence N°1 des Dames Détectives.

Vignette Les femmes mènent lenquèteSon créateur : Alexander Mc Call Smith.L’idée lui est venue de créer ce personnage alors qu’il passait quelque temps au Bostwana. Lors d’une promenade à Mochudi, au nord de Gabone, il a rencontré une femme qui donnait un poulet aux gens avec lesquels il était. Elle a frappé son esprit et il s’est demandé quelle était l’histoire de sa vie. Il a eu envie alors d’écrire sur une femme qui lui ressemblerait : pleine de ressources, amusante et intelligente.

Brève biographie :

Orpheline, Precious Ramotswe ouvre son agence de détectives à 30 ans passée. Ayant perdu sa mère très tôt, elle a été élevée par une cousine de son père pendant ses huit premières années. Celle-ci s’est beaucoup occupé d’elle car elle voulait que Precious soit intelligente et reçoive une bonne éducation.

Precious a montré de nombreux talents dont le dessin car elle a gagné le premier Prix à l’âge de dix ans. Meurtrie par un mariage douloureux et la perte d’un enfant, Mma Ratmotswe se lance dans le métier de détective privée. Elle se veut la digne héritière d’Agatha Christie et possède une petite fourgonnette blanche qui lui sert à mener ses enquêtes. Elle a une secrétaire et assistante Mma Makutsi qui prendra de plus en plus d’importnce au fil des enquêtes.

Sa friandise préférée est le vers de mopane séché et sa boisson le thé rouge bien fort. JLB Matekoni est son soupirant et il la demande plusieurs fois en mariage. Parviendra-t-il à la convaincre ?

Elle est de corpulence assez forte car elle fait du 48 mais possède un charme certain. Elle débrouille les affaires les plus compliquées en un temps record grâce à son intuition et son esprit de déduction.

Mma Ramotswe détective : epuis que Mma Ramotswe a ouvert à Gaborone, capitale du Bostwana, l’Agence N° 1 des Dames Détectives, les escrocs en tout genre, les maris infidèles et les sorciers eux-mêmes n’ont qu’à bien se tenir ! Sous l’implacable soleil du Kalahari, Mma Ramotswe résout chaque affaire tambour battant, armée d’une tasse de thé rouge et d’un coeur grand comme l’Afrique.

 

Les larmes de la girafe : L’histoire : Mma Ramotswe est chargée d’une enquête par une américaine qui a perdu son fils. Celui ci est probablement mort, depuis 10 ans, mais celle-ci souhaite savoir ce qui est arrivé. Mma Ramotswe hésite avant de se lancer dans l’enquête, mais touchée par la tristesse de cette mère, elle accepte. En parallèle, Mma Ramotswe mène quelques autres enquêtes et prépare plus ou moins son mariage avec JLB Maketoni. Il faut choisir la maison qui sera la leur, penser à faire de la place à cette homme chez elle..

 

Vague à l’âme au Bostwana : Mma Ramotswe, unique femme détective du Botswana, a du souci à se faire. Les finances de l’Agence n° 1 des Dames Détectives et le moral de son fiancé, Mr. J.L.B. Matekoni, sont au plus bas. Sans compter cette enquête pour le moins délicate qu’elle doit mener loin de Gaborone dans la famille d’un membre du gouvernement ! Heureusement, la très efficace Mma Makutsi, secrétaire émérite de l’Agence et assistante détective, prend les choses en main. Promue directrice par intérim du garage de Mr. J.L.B. Matekoni, elle remet tout en ordre, dirige les apprentis à la baguette et trouve encore le temps de faire son travail de détective dans le milieu trouble et superficiel des concours de beauté. Au Botswana, lorsque les femmes s’en mêlent, tout finit par s’arranger.

 

La vie comme elle va : Tout va pour le mieux au bureau de l’Agence N°1 des Dames Détectives. Certes, les clients ne se bousculent pas, mais rien d’alarmant à cela. Pendant que Mma Makutsi savoure sa récente promotion en qualité d’assistante-détective, Mma Ramotswe profite de ce répit pour méditer sur l’avenir de son pays. Seule ombre au tableau : J.L.B. Matekoni, son fiancé, tarde à formuler sa demande en mariage… Mais voici que les affaires reprennent en la personne de Mma Holonga. Cette grande dame de Gaborone cherche mari, comment savoir toutefois si ses soupirants en veulent à son coeur ou à son argent ? 

Les mots perdus du Kalahari :Les soucis s’accumulent à Gaborone pour Mma Ramotswe, l’unique femme détective du Botswana. Elle doit faire face à ses nouvelles responsabilités familiales et à la concurrence de la très clinquante Agence de Détectives Satisfaction Garantie ! Mais l’énergique et sage Mma en a vu d’autres et ne compte pas se laisser impressionner… 

En charmante compagnie :Une atmosphère inhabituelle plane sur l’Agence N°1 des Dames Détectives et le Tlokweng Road Speedy Motors, désormais réunis en une seule échoppe, depuis que Mma Ramotswe a perdu sa joliesse légendaire. Pourtant, les affaires marchent bien. L’agence jouit d’une grande réputation, à tel point que Mma songe à embaucher. Certes, les déboires sentimentaux de Mma Makutsi préoccupent les habitants de Zebra Drive. Le scandale provoqué par le départ tonitruant du jeune apprenti Charlie, qui vient de claquer la porte du garage au bras d’une riche rombière, a secoué tout le monde. Mais c’est autre chose qui tourmente Mma : un fantôme surgi du passé arpente depuis quelques jours les rues de Gaborone. 

1 cobra, 2 souliers et beaucoup d’ennuis 

Le bon mari de Zebra Drive : Femme mariée au plus doux des hommes, mère de famille comblée et célèbre propriétaire de la seule agence de détectives du Botswana, Mma Precious Ramotswe avait tout pour être heureuse. Jusqu’à ce que Mma Botumile, « la femme la plus déplaisante du Botswana », pousse la porte de l’Agence pour une affaire de mari volage… Voilà que soudain son mari, Mr J.L.B. Matekoni, décide de s’improviser enquêteur tandis que Mma Makutsi, récemment fiancée, semble préférer le shopping à son travail. Voudrait-elle quitter son poste d’assistante-détective ? C’est alors qu’un nouveau client se présente : des morts étranges sont survenues à l’hôpital de Mochudi, toujours un vendredi, dans le même lit, à la même heure… Voilà de quoi faire oublier à Mma Ramotswe les petits soucis du quotidien 

 

Miracle à Speedy motors : Tandis que des pluies diluviennes s’abattent sur Gaborone, Precious Ramotswe, la propriétaire de la plus célèbre agence de détectives du Botswana, a l’impression que le ciel lui tombe sur la tête : jamais elle n’a eu autant de soucis ! Entre son associée, l’irascible Mma Makutsi, en proie à la folie des grandeurs, l’étrange conduite de Mr J.L.B. Matekoni, son adorable époux, et les lettres de menaces anonymes qui arrivent quotidiennement à l’agence, elle en perdrait presque sa légendaire sérénité. Et la nouvelle enquête pour retrouver la famille d’une étrange cliente ne lui simplifie pas la vie. Mais Mma Ramotswe n’est pas du genre à attendre un miracle. Avec une bonne dose de sagesse, une générosité inépuisable et des litres de thé rouge, la voilà prête à affronter la tourmente ! 

Vérités et feuilles de thé :Célèbre dans tout le Botswana, l’Agence N°1 des Dames Détectives de Mma Ramotswe reçoit la visite du célèbre « Monsieur Football », le président de la meilleure équipe du pays, persuadé qu’un traître gravite dans son entourage ! Entre ses obligations familiales, les problèmes de coeur de son assistante Mma Makutsi et les mystères du ballon rond, Mma n’est pas au bout de ses peines.

Un safari tout confort : Précieuse Mma Ramotswe, au coeur aussi grand que le Kahalari ! Qu’elle soit face à un homme trompé, à la vieille tante tyrannique du fiancé de Mma Makutsi ou à la recherche d’un guide de safari dans le delta de l’Okavango, la dame détective la plus célèbre du Bostwana résout les problèmes de tous, armée de sa sagesse et de sa détermination légendaires.

Le mariage avait lieu un samedi : Résoudre des énigmes n’a jamais effrayé Mma Ramotswe, créatrice de l’Agence N°1 des Dames Détectives de Gaborone. Tandis que son assistante Mma Makutsi défend la cause des femmes du Botswana tout en préparant son mariage, Precious, armée de sa détermination coutumière, mène l’enquête sur un étrange carnage de bétail et les apparitions fantomatiques de sa regrettée camionnette !

La voix d’Hannah Musgrave – Russel Banks

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Qui est Hannah Musgrave, ce personnage qu’endosse Russel Banks ? Et quels risques peut-elle faire courir à son auteur ? Celui de sombrer sur le versant féminin de sa bisexualité psychique ? Ou cette manière de brouiller les genres, de parler au féminin, n’est-il qu’une tentative vouée à l’échec ? Hannah Musgrave n’est-elle qu’une femme fantasmée par un auteur dont la place d’homme dans la société ne lui permet pas de savoir ce qu’une femme peut vivre avec les contraintes de son sexe ? Mais à ce moment-là, me diriez-vous, aucun auteur ne pourrait se mettre à la place de l’Autre, quel qu’il soit. La littérature n’est-elle pas justement le lieu d’une liberté et d’une expérimentation possible que ne permet pas toujours la réalité ?

Hannah Musgrave dit-elle quelque chose qu’elle n’aurait pu dire sans Russel Banks ?

Ma réponse serait oui. La façon qu’a cet auteur d’explorer la féminité, si tant est que ce mot ait encore un sens, est tout à fait originale et nous allons voir pourquoi.

  

Lorsque nous rencontrons Hannah, elle a presque 60 ans, elle est « vieille et desséchée, une coquille vide en tant que femme ». C’est-à-dire qu’en tant que femme, elle n’existe plus, ce qui ne l’empêche pas d’exister autrement : elle dirige une ferme, a des employées et un certain esprit d’organisation et d’initiative. Elle serait donc une femme plus une autre personne qui ne serait pas femme. Qui donc ?

Mais si nous continuons d’explorer le féminin de cette femme, que trouvons-nous en elle ?

Une femme qui se conduit « comme le font les femmes depuis des temps immémoriaux […], une de ces épouses et mères qui , endeuillées, marchent dans les décombres et dans la désolation laissés par des hommes et de jeunes garçons qui n’ont cessé de s’entretuer ».

Hannah a un père et une mère grâce auxquels elle est devenue qui elle est : une mère qui « divisait les gens entre les chanceux et les malchanceux » et un père pour qui existent « les sur-privilégiés et les déshérités » et qui se bat pour l’égalité des droits. Mais aucun d’eux ne met en cause la société blanche et capitaliste dans laquelle il est né. Ce sont des gens de la bourgeoisie aisée américaine, le père est un intellectuel qui a réussi, médecin, il écrit des livres qui lui assurent une renommée internationale. Il incite Hannah à réfléchir et a des discussions avec elle qu’il n’a pas avec sa propre femme. Il est plus proche de sa fille que de sa femme. Hannah se révoltera, embrassera la cause révolutionnaire jusqu’à entrer dans la clandestinité. Activiste et poseuse de bombe, elle évolue dans un univers presque uniquement masculin. Elle renonce à la vie confortable de la bourgeoisie américaine. Elle a appris à convertir son ennui et son désespoir en motif de lutte. D’autres voies s’offrent à elle car elle naît à une époque où s’engagent les premières grandes luttes féministes. Si sa mère n’en a pas vraiment bénéficié, Hannah, elle, a pu faire des études.

Elle devient mère pourtant, à son tour, mais dit-elle, « je n’avais pas une nature de mère. Contrairement à la plupart des femmes, je ne suis pas née programmée avec des instincts et des compétences de mère ». Il semblerait toutefois que les compétences soient plus de l’ordre de la culture que de la nature car elles supposent un savoir-faire. La maternité n’est pas une expérience heureuse, Hannah se sent « Dépersonnalisée. Chosifiée ».

Elle a bien des compétences mais « il est des choses pour lesquelles j’ai une aptitude naturelle, des talents qui me semblent m’avoir été conférés par mon ADN –pour les maths, la mécanique, la pensée linéaire, les classifications, etc.- des trucs du cerveau droit qu’on attribue d’habitude au sexe masculin[…].

 

Elle a plusieurs identités entre lesquelles elle se perd, et il y a fort à parier que son auteur s’y perd un peu aussi. Qu’est-ce qui relève de la nature et de la culture ? Qu’est-ce qui relève de l’inné et de l’acquis ? On connaît aujourd’hui la plasticité du cerveau, il y a parfois plus de différences entre deux hommes qu’entre un homme et une femme. On sait également qu’un comportement acquis peut modifier le cerveau et qu’il est aussi le témoin de la culture d’un individu. Et qu’une nouvelle éducation, d’autres habitudes modifieront le cerveau dans l’autre sens.

 

Alors Hannah Musgrave bien sûr, ne serait pas la même sans son auteur, elle dit autant de lui qu’il dit d’elle. Il crée une femme au masculin qui revendique cette part d’elle-même mais la sent comme étrangère . Son éducation lui a assené qu’une femme est faite pour être mère, qu’elle a un instinct et des aptitudes pour cela , et non pour les mathématiques ou la mécanique. Elle se sent coupable de ne pas être comme on lui dit qu’elle doit être et se sent écartelée, déchirée entre de multiples identités, dans une sorte de schizophrénie. Comment mieux animer la part masculine d’une femme quand on est soi-même un homme ? Et d’ailleurs pourquoi dans la pensée, la féminité serait-elle toujours associée à la nature et à la passivité et la masculinité à la culture et à l’activité ? Toute une façon de concevoir la pensée, la psychanalyse, enfin bref une façon de penser le monde à revoir.

Moi – Sabina Berman / Vivre autiste, vivre heureux ?

Moi

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Sabina Berman – Moi , traduit de l’Espagnol (Mexique) par Claude Bleton , éditions du Seuil Mars 2011

  Après des études de psychologie à l’université nationale autonome du Mexique, Sabina Berman entre dans la compagnie d’Héctor Azar et publie sa première pièce de théâtre en 1976. Elle est aussi l’auteure d’un recueil de poèmes, d’un roman et d’une autre pièce, Entre Villa y una mujer desnuda, qu’elle a adaptée au cinéma en 1996

Moi est un récit attachant, celui de Karen Nieto, une petite fille autiste, sauvée de la solitude par l’arrivée de sa tante Isabelle qui, après la mort de sa mère, va s’occuper d’elle et lui donner l’attention et l’amour dont la fillette a cruellement manqué.

 Dotée de capacités extraordinaire, une mémoire et une appréhension de l’espace exceptionnelles, Karen, en grandissant, va faire de la pêche au thon, et de leur élevage la passion de son existence. Plus douée pour communiquer avec les animaux qu’avec les Hommes, elle remet en cause la civilisation occidentale, très influencée par le cartésianisme, qui a fait du « je pense, donc je suis » un postulat aux conséquences dramatiques, puisqu’il a mis la pensée au-dessus de la sensibilité, et relégué les animaux non-pensants au statut d’êtres inférieurs : « Les arbres, la mer, les poissons dans la mer, le soleil, la lune, ou une énorme montagne : non, tout cela n’existe que sur un mode d’existence secondaire, mineur. Par conséquent, tout cela mérite d’être marchandise ou nourriture ou paysage des humains, ou rien d’autre. »

            Vous serez tentés de me demander ce que fait la pêche au thon dans cette fable écologiste. Je ne peux pas vous le dévoiler au risque d’éventer un aspect important de l’intrigue. Car c’est d’un véritable récit initiatique qu’il s’agit ici, un long cheminement vers la conscience et la liberté accompli par une jeune femme dont le handicap sera aussi l’accès privilégié à une réalité que les humains « standards » n’aperçoivent pas toujours. Une façon de reprendre l’éternelle question : qui est le fou et qui est le sage ? Ou le fou n’est-il pas plus sage que ce que l’on croit ?  Le fait d’être différent oblige à changer de perspective, à adopter un point de vue autre sur la réalité, à faire ce fameux « pas de côté » qui permet de penser ou plutôt ici de sentir les choses autrement. Peut-être, au fond, la pensée est-elle parfois un handicap parce qu’elle tronque toute une partie du Monde qui nous entoure.

« Pour être heureux, il suffit de laisser agir les sens et de se passer de Descartes. Avec les sens et sans les mots. Il suffit d’être avec le corps tout entier dans la réalité.

Et pour être encore plus heureux, il faut s’ouvrir à la réalité comme si la réalité était ce qu’on pense.

Penser avec les nageoires de ce barracuda qui monte en diagonale en laissant derrière lui un sillage de bulles. »

2/19 Festival America  

Argentine =) Eugenia AlmeidaElsa Osorio –  Lucía Puenzo –  Canada =) Naomi Fontaine –  Lucie LachapelleCatherine MavrikakisDianne WarrenCuba =)  Karla SuárezEtats-Unis =)  Jennifer Egan –  Louise Erdrich –  Nicole Krauss –  Rebecca Makkai –  Toni MorrisonJulie Otsuka –  Karen Russell –  Janet Skeslien Charles –  Vendela Vida –   Mexique =) Sabina Herman –  Pérou =) Grecia Cáceres 

                         L’avis de   Jostein     et de   Fabienne   (Communauté Littérature au féminin)

  festival amerrica

Paroles de femmes : Sabina Berman

Sabina Berman

¿Escribes para no aburrirte?

Escribo porque me fascina la arquitectura del lenguaje. Me fascina usar lo que ya existe en el lenguaje y construir cosas. Es el oficio con el que me gano la vida y con el cual, a veces, justifico que estoy viva.

Tu écris pour ne pas t’ennuyer ?

J’écris parce que l’architecture du langage me fascine. Cela me fascine d’utiliser des éléments existants du langage pour construire d’autres choses. C’est le métier avec lequel je gagne ma vie et avec lequel, parfois, j’atteste que je suis vivante.

Entrevista a Sabina Berman de Susana Alicia Rosas

Après des études de psychologie à l’Université BNationale Autonome du Mexique, Sabina Berman entre dans la compagnie d’ Héctor Aza et publie sa première pièce de théâtreen 1976,   El jardín de las delicias o El suplicio del placer.

En 1986, elle publie Poemas de agua, puis en 1988 un recueil de poèmes lesbiens, Lunas.

Son roman La Bobe paraît en 1990. Elle écrit la pièce Entre Villa y una mujer desnuda (1993), qu’elle adapte elle-même au cinéma en 1996, après son film El árbol de la música (1994). Sa pièce Molière (théâtre mexicaine) est traduite en français en 2005.

Sabina Berman a vécu avec le metteur en scène Abraham Oceransky et aussi avec Lynn Fainchtein. 5source Wikipédia)

Le ciel de bay City – Catherine Mavrikakis / Entre le ciel et l’enfer …

Sous le ciel de bay Cityj'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiont

Catherine Mavrikakis – Le ciel de Bay City – Sabine.Wiespieser Editeur 2009

  Catherine Mavrikakis est née à Chicago en 1961, d’un père grec et d’une mère française. Elle enseigne la littérature à l’Université de Montréal. Ses livres précédents, romans et essais, ont été publiés au Québec.

En 1979, elle choisit Montréal, où elle fait des études de littérature et une dépression, qui la conduira à de longues années de psychanalyse.

Ses recherches tentent de penser l’imaginaire de l’aveu, de la souffrance à nommer dans le récit contemporain (Christine Angot, Chloé Delaume, Guillaume Dustan, Anne-Marie Alonzo). Elle s’intéresse aussi au processus créateur dans la théorie psychanalytique et dans le discours tenu par les écrivains. Elle est participante de longue date au festival littéraire international Metropolis bleu.

Le ciel de Bay City est un ciel plutôt menaçant, violet qui vire au noir, chargé de pollution, de souvenirs de guerre et de traumatismes.

« Au-dessus de nos têtes, les cadavres planent, les esprits voltigent et mêlent leurs corps éthérés, souffrants, hargneux aux gaz toxiques et chauds des usines essoufflées du Michigan ».  L’œil rivé aux nuées, dans cette ville du Michigan où elle est née, Amy, petite fille de juifs polonais, tente de trouver une place et de vivre malgré le secret familial qui entoure  la mort de ses grands-parents et son ascendance juive.

D’ailleurs, sa mère recueillie et adoptée pendant la guerre par de bons catholiques normands tente à tout prix d’oublier le passé, laissant sa fille démunie et livrée à ses obsessions.

Des quatre éléments , l’air et le feu sont les plus puissants, ils embrasent ce roman d’un souffle et d’une écriture puissante qui sonde la mémoire et le traumatisme inter-générationnel. Que nous faut-il porter de nos ancêtres ? Quelle part de leur histoire est vraiment la nôtre ? Sommes-nous à jamais maudits ? Telles sont les questions qui hantent ce récit. Le feu anéantit, brûle autant qu’il sanctifie, des bûchers funéraires de Bénarès où l’âme quitte le corps pour accomplir ses migrations aux fours crématoires d’Auschwitz de sinistre mémoire où tant de juifs furent assassinés et dépouillés de toute humanité.

Entre le ciel et l’enfer, Amy a bien du mal à respirer de son souffle maladif d’asthmatique, toujours au bord de l’asphyxie, en proie au vent qui « s’engouffre d’est en ouest, du nord au sud, en hurlant, en hululant son chagrin ». Le ciel de l’Amérique est « multicolore, mais il ne porte que les couleurs d’une peine ». Peuplé par des vagues d’immigrants venus d’Europe et d’ailleurs, « loin de la Seconde Guerre mondiale et de ses charniers ouverts sous le firmament paisible »,fuyant la misère et l’horreur et portant avec  eux leur exil et leur chagrin, les Etats-Unis d’Amérique sont devenus le pays d’Amy et de sa fille : « les vents des Grands Lacs ont soufflé sur mes cheveux dès ma naissance et les ont emmêlés à jamais » avoue-t-elle.

Toutes les menaces de fin du monde habitent ce ciel méphistophélique, bombe atomique d’Hiroshima , avions kamikazes du onze septembre,  la folie des hommes, et ce secret terrible…

Amy parviendra-t-elle à savoir la vérité sur sa famille ? Au bout du compte, lorsque « l’hymen céleste s’est déchiré et les entrailles de Dieu ont enfin crevé. Cela pue. »

Peut-être existe-t-il d’autres chemins initiatiques, où l’eau des fleuve attire à eux les ciels furieux et permettent aux hommes d’apaiser leurs souffrances… Peut-être après le feu, l’air et l’eau, la terre permet-elle aux hommes de s’enraciner, de trouver un foyer et de cesser d’errer ? Peut-être, après tout, ne sommes-nous pas condamnés à l’apocalypse …

 

Vous le saurez en lisant l’écriture somptueuse de Catherine Mavrikakis, qui sans conteste est une grande dame de la littérature francophone. Son livre est un véritable objet littéraire, extrêmement bien écrit, d’une plume qui cisèle et qui fait chanter la langue ! Ce n’est pas un page-turner, il est parfois lent, se mérite, mais vous emporte au-delà et au-dedans de vous même. Un grand et beau voyage.

 

Depuis 2000, elle a publié cinq romans : Deuils cannibales et mélancoliques (Trois, 2000), Ça va aller (Léméac, 2002), Fleurs de crachat (Leméac, 2005), Le ciel de Bay City, (Héliotrope, 2008, Sabine Wespieser, 2009), Les derniers jours de Smokey Nelson ( Héliotrope, 2011) et une pièce de théâtre Omaha Beach (Héliotrope, 2008). Elle a écrit un essai-fiction sur la maternité avec Martine Delvaux: Ventriloquies (Leméac, 2003) et rédigé un essai: Condamner à mort. Les meurtres et la loi à l’écran (PUM, 2005). En 2010, elle fait paraître L’éternité en accéléré (Éditions Héliotrope)  où elle a condensé les entrées de son blogue.

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74 invités, 19 femmes… Ce n’est qu’un hasard, bien sûr…

Peu nombreuses, elles seront moins médiatisées à part, bien sûr, Toni Morrison qui, malgré son Prix Nobel, reste assez mal connue du grand public.

Je vais donc toutes les lire et parler d’elles ! J’étalerai ces lectures sur plusieurs mois

Paroles de femmes : Toni Morrison

Toni Morrison

« Lorsque j’ai composé mon premier roman, L’OEil le plus bleu [elle avait alors 39 ans et élevait seule ses deux garçons], je m’étais inscrite à un atelier d’écriture. J’ai alors eu envie d’écrire autour d’une anecdote qui m’a profondément marquée. J’avais 12 ou 13 ans. Nous débattions, avec une copine, de l’existence de Dieu. J’affirmais qu’il existait, elle soutenait le contraire. Parce que, m’avait-elle expliqué, cela faisait deux ans qu’elle le suppliait de lui accorder des yeux bleus, et rien ne s’était produit. Je me souviens avoir pensé qu’elle aurait été grotesque avec des yeux bleus et, dans le même temps, m’être aperçue combien elle était belle avec ses yeux étirés, ses pommettes hautes, son nez aquilin. Pour la première fois, j’accédais à cette dimension de la beauté unique, celle que chacun possède tel qu’il est. J’ai eu envie de comprendre et raconter pourquoi elle n’était pas en mesure de la voir.[…]

          Je me documente énormément pour chacun de mes livres, afin de développer une compréhension de la réalité qui ait de multiples facettes, pas seulement celle qui m’arrange. J’ai par exemple commis une erreur dans mon premier livre avec le personnage de Maureen Peal, la petite blonde aux chaussettes impeccables. J’en ai fait le genre de fille que l’on adore détester, vous savez ? [Elle rit.] Je n’ai pas essayé de comprendre combien elle devait être effrayée d’être enviée. Je trouve toujours intéressant de regarder les choses à l’envers, pas seulement comme on vous dit qu’elles doivent être. Lorsque j’ai écrit Beloved, les femmes se battaient pour qu’on leur reconnaisse le droit de ne pas avoir d’enfants en ayant accès à la contraception et à l’avortement. À l’époque de l’esclavage, c’était le contraire. La liberté de Sethe, mon personnage, consistait à vouloir assumer la responsabilité de son enfant jusqu’à lui ôter la vie, pour lui épargner l’asservissement auquel il était promis. »

Extrait de Interview par psychologies.com

Toni Morrison, de son vrai nom Chloe Anthony Wofford, née le 18 février 1931  dans l’Ohio aux Etats-Unis. Elle est romancière,  professeur de littérature et éditrice, lauréate du Prix Pulitzer en 1988, et du prix Nobel de littérature en 1993. Première femme noire à avoir été distinguée par ce prix prestigieux, elle porte la voix et l’histoire des afro-américains. C’est son roman « Beloved » qui l’a fait connaître en France. Aux Etats-Unis deux romans on assuré sa notoriété : Sula en 1973 et Song of Solomon en 1977. Son dernier livre « Home » est publié aux éditions Bourgois sous la forme d’une confession de Frank Money, un homme noir traumatisé par les violences dont il a été témoin pendant la guerre de Corée. Il décide alors avec sa soeur de retourner dans le village de leur enfance où ils ont tous les deux beaucoup souffert.

Premières années – Marie d’Agoult / Vivre et écrire au XIXe siècle

Marie d'Agoult

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Marie d’Agoult(1805-1876)- Premières années – Folio collection Femmes de lettres 2009

La critique littéraire a opéré des coupes sombres dans la littérature féminine des siècles passés quant elle ne l’a pas carrément passée sous silence. Les écrits de femmes furent longtemps considérées comme des œuvres mineures.
Qu’en est-il du  XIXe siècle ? Quel nom d’écrivaine retient-on de cette période hormis Georges Sand ? Et pourtant il y en eut d’autres, dont Marie d’Agoult, qui dut surtout sa célébrité à une longue liaison avec le compositeur Franz Liszt mais qui écrivit pourtant plusieurs essais historiques et politiques, un roman, ainsi que des poèmes,  proverbes et nouvelles.

 

L’édition présentée ici a été établie et présentée par Martine Reid à partir d’une œuvre plus vaste « Mes souvenirs » publié en 1977 par Calmann-Lévy après la mort de l’auteure. Martine Reid a repris le texte de cette édition, du chapitre II au chapitre XVII. Quelques coupures ont été effectués dans l’ensemble pour une raison de calibrage du volume.

Ce petit livre est intéressant à bien des égards : outre qu’il offre l’histoire de soi par le biais de l’autobiographie, il fait de nombreuses références à l’histoire du temps.
Marie d’Agoult non seulement donne de précieuses informations sur la France de la Restauration, et sur la mentalité de ses contemporains mais entreprend une critique sans complaisance de ses multiples travers en même temps qu’elle souligne ses paradoxes.

Elle écrit dans une langue élégante mais vivante, croque à merveille les situations, campe les personnages en quelques phrases et anime son récit de descriptions vivantes et de portraits dont on sent la justesse psychologique.

Elle évoque d’abord ses premières années d’une enfance choyée avant son départ pour le couvent.
Du mariage qui suivit quelques années plus tard, on sait qu’il fut
désastreux et qu’après la mort de sa fille Louise, elle vécut une
profonde dépression.

Sa rencontre avec Liszt fut un tournant décisif dans son existence : elle quitta tout, ignora les codes de conduite de la bonne société et ses préjugés nobiliaires, et vécut une vie de femme libre.

Elle décrit le milieu conservateur qui fut celui de sa famille, sa morale souvent rigide et hypocrite, plus soucieuse du qu’en-dira-t-on que de véritable intégrité morale, où les femmes sont soumises au père puis au frère aîné. Toutefois cette aisance lui permit d’être éduquée :
« Ma mère et ma bonne allemande […]me faisaient lire des contes de Grimm, réciter des fables de Gellert ou des monologues de Schiller. »

Elle put suivre son père à la chasse et à la pêche, éprouver l’ivresse due à l’activité physique et à la vie au grand air.

Elle étudie lors de leçons « sans pédantisme , sans réprimandes, abrégées dès que se trahissait dans mon attitude la moindre fatigue ,[…] exemptes  de ces surexcitations de l’amour-propre qui , dans les rivalités des pensions et des lycées mêlent si tristement la jalousie à l’ambition d’exceller ».

Le frère est « un père plus jeune, comme un guide, comme un appui  dans le monde que je ne connaissais pas. »

Sous la tutelle du père puis du frère, puis de l’époux, Marie de Flavigny suit les coutumes de son temps, qu’elle rejettera plus tard pour vivre ses amours avec Liszt. Le discours des jeunes années est à bien des égards un discours de soumission. Elle se réfugie au couvent dans un mysticisme profond.
Elle raconte aussi quelle était l’instruction des jeunes filles dans la maison d’éducation la plus renommée de France.
Ces jeunes filles savaient à peine l’orthographe mais « Il était entendu qu’une demoiselle bien élevée, lorsqu’elle entrait dans le monde, devait avoir appris avec ou sans goût, avec ou sans dispositions naturelles la danse, le dessin, la musique, et cela dans la prévision d’un mari qui, peut-être, il est vrai, n’aimerait ni les arts ni les bals, et qui, au lendemain du mariage, ferait fermer le piano, jeter là les crayons, finir les danses, mais qui, possiblement aussi, en serait amateur. »

Il y a dans ce récit des « Premières années » un accent de profonde révolte qui le rend particulièrement attachant et émouvant. Parole longtemps oubliée d’une femme qui marqua son temps, et posa avec d’autres, les fondations du féminisme.

Marie d'Agoult (1843), portrait by Henri Lehma...
Marie d’Agoult (1843), portrait by Henri Lehmann (1814 – 1882) (Photo credit: Wikipedia)

Paroles de femmes – Catherine Mavrikakis

catherine

« Comment écrivez-vous?

N’importe où : dans mon lit, sur la table de cuisine, dans la voiture (je ne conduis pas…), en voyage, chez moi, chez les autres. N’importe quand : dès que j’ai vingt minutes. N’importe comment : avec une plume, dans un carnet, avec un crayon, sur une feuille qui traîne dans mon sac ou encore directement sur mon ordinateur. L’idéal se serait d’avoir un rituel très tôt le matin, à mon bureau, devant mon clavier. J’y arrive parfois, mais la plupart du temps, je dois voler les mots au passage.

Pourquoi écrivez-vous?

Je ne sais pas. Je dis toujours que cela ne durera pas, que je n’en aurai pas envie plus tard. Pour l’instant, j’écris de façon très égoïste. Pour me faire signe. Pour voir si je suis là. Je frappe à ma propre porte et tant mieux si je me dérange.   »

extrait d’une interview passionnante à lire dans Catherine Mavrikakis en six questions – L’EXPRESS

Hypathie – Femme philosophe

hypathie

vignette Les femmes et la PenséeHypathie est née à Alexandrie. Elle étudiait les mathématiques et la philosophie. On pense qu’elle a peut-être dirigé l’école néo-platonicienne d’Alexandrie.

Elle dispense des cours de philosophie au service de l’État, dans les années 390.

Nicéphore, au chapitre 16 de son XIVe livre, raconte qu’elle fut admise à l’école de Platon pour y succéder à Plotin. Selon Damascios, elle expliqua « Platon ou Aristote ou tout autre philosophe ». Elle était admirée de tous pour son savoir, sa pudeur et sa décence. « Mais le fait qu’elle fût souvent en compagnie d’Oreste, préfet d’Alexandrie, inspira contre elle une cabale auprès du clergé de Cyrille, évêque d’Alexandrie, qui empêcha la réconciliation de Cyrille avec le préfet ».

Elle fut lapidée par des chrétiens.

Rapporté par Gilles Ménage, Henri de Valois cite dans son Histoire ecclésiastique de Socrate , au chapitre 15 du VIIe livre, les mots de Socrate :

« Il y avait à Alexandrie une femme du noms d’Hypatie, qui était la fille du philosophe Théon. Elle était parvenue à une telle érudition qu’elle surpassait de très loin tous les philosphes de son temps, et qu’elle fut admise à l’école de Platon pour succéder à Plotin, et exposer aux auditeurs les disciplines de la philosophie. Ceux qui étaient épris de philosphie affluaient de toutes parts pour l’entendre. Outre la confiance et l’autorité quelle s’était acquises par son érudition, elle comparut quelquefois devant les juges en montrant une grande modestie. Elle n’éprouvait aucune honte à se montrer fréquemment au milieu des hommes. »

Gilles Ménage – Histoire des femmes philosphes éditions Arléa en janvier 2006.

Un été sans les hommes – Siri Hustvedt

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Chaque mois, nous commémorons la disparition d’Hubert Nyssen en publiant un article sur un des livres publiés par Actes Sud (grâce à l’initiative de Denis.du blog « le bonheur de lire »).

  Un été sans les hommes de Siri Hustvedt, Actes Sud 2011, traduit de l’américain par Christine Le Bœuf.

              Mia, poétesse de son état, a sombré temporairement dans la folie. Une psychose l’a terrassée pendant de longs mois, suite à la découverte de la liaison de son mari avec une femme plus jeune qu’elle. De cet effondrement, elle va se relever lentement le temps d’un été. En effet, elle décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui habite désormais dans une maison de retraite du Minnesota, entourée de ses amies veuves et octogénaires. Elle va animer par ailleurs un groupe de poésie avec sept jeunes adolescentes dont le groupe sera la proie de rivalités et de la confusion des sentiments . Mia en profite pour faire le point sur sa vie dans un récit où elle dénonce la société patriarcale qui impose encore et toujours des relations de soumission aux femmes et leur confère une invisibilité sociale qu’elles n’aperçoivent même plus tellement elles l’ont intériorisée.

La narratrice va entreprendre une renaissance, une reconstruction, au sein d’un groupe de femmes de plusieurs générations, dont le réseau de relations au maillage serré  lui permet de réinventer la vie quotidienne. Dans un spectre très large de générations qui va du nourrisson à de vieilles dames octogénaires , le récit explore les différentes façons dont les femmes construisent leur identité. Les plus âgées  profitent d’une liberté chèrement acquise à la mort de leur mari, et les plus jeunes sont en quête de la reconnaissance de leurs pairs.

La narratrice rappelle que pour les grecs, les femmes étaient des hommes invertis, alors qu’au XVIIIe siècle hommes et femmes étaient perçus sur le mode d’une différence radicale : ils n’avaient plus rien de commun. Hommes et femmes sont différents par certains aspects ; leurs expériences divergent à travers des rôles sociaux qui vont déterminer une partie de leur personnalité; mais quel niveau de différence fait la différence ?  Les différences de genre, bien sûr, mais pas seulement… Chacun doit trouver une réponse qui lui est personnelle : suivre la voie qui lui est tracée ou en inventer une autre.

Le récit est mené à la façon d’une comédie avec de nombreuses allusions cinématographiques aux films américains. Des dessins émaillent le livre qui assurent une causticité joyeuse et intriguent le lecteur. Mia l’interpelle fréquemment car il est le témoin du bon déroulement de l’histoire.

Je me suis laissée prendre par ce récit, cette « lecture de soi » d’une femme confrontée au passage du temps. J’ai suivi le fil de ses  méditations , me les suis appropriées au rythme de la page, en ai fait mes propres interrogations dans une lecture bienheureuse.