Les femmes dans les romans : la voix de Yun-Xiang (Les témoins de la mariée de Didier van Cauwelaert

didier van cau

Une femme arrive de Shangai pour épouser un célèbre photographe. Les témoins du futur époux doivent l’accueillir à l’aéroport. Ils n’ont en main qu’une photographie en noir et blanc d’une fille qui est « l’incarnation parfaite de la banalité » : silhouette plate, cheveux raides et sourire sans charme. Ces témoins sont au nombre de quatre, Lucas bouddhiste paraplégique, militant, Jean-Claude, faible et amoureux éconduit, Marlène, galeriste malheureuse en amour et Bany enfant abandonné dans un vignoble à la naissance. Tous les quatre vont tomber sous le charme de cette femme venue d’Asie chargée, ni plus ni moins, de les faire accoucher d’eux-mêmes.

            Cette femme va bouleverser leur vie ! Elle est une accoucheuse d’âmes, ce qui n’est qu’une prolongation de sa fonction biologique première ! Mais elle est aussi une terrible séductrice, un être hybride, transformée et façonnée par la société de son temps.

            De la madone à la bimbo, il y a certes un pas, conséquent à franchir, mais aucune contradiction n’épargne nos sociétés consuméristes. Imaginez peut-être une créature « à mi chemin Jackie-Kennedy geishaentre Jackie Kennedy  et une geisha de Playboy relookée haute couture ». Hum, phantasme quand tu nous tiens… Entre la vierge et la putain, la femme pudique, maternelle et la femme charnelle, un brin perverse et infiniment désirable, l’image de la femme suit quotidiennement de grands écarts que toutes les femmes, malheureusement, ne sont pas capables d’exécuter au quotidien. Mais je vous le dis moi, c’est bien DOMMAGE ! D’ailleurs, le sport, la chirurgie esthétique et la haute couture peuvent vous y aider. Si vous n’y parvenez pas, avouez que c’est tout simplement que vous manquez d’un peu de VOLONTE !

            Il faut préciser aussi que si cette femme plaît aux hommes, elle chavire aussi le cœur (et le corps) des femmes. Au fond, cette femme est une guerrière des temps modernes, une guerrière qui veut l’amour et qui utilisera tous les moyens mis à sa disposition (passions communes, joie de vivre, forces toniques et besoin de protection)  pour réussir. Mais qui est Yun-Xiang ? Pourquoi a-t-elle quitté la Chine ? Esclave moderne ? Manipulatrice ?

            Mais je vous vois venir, vous allez me rappeler que je vous parlais d’une fiancée, d’une futur mariée, et que soudain, je vous embarque dans un discours incohérent sur la vierge, la putain, la bimbo et TUTTI QUANTI ! J’en vois même certains m’accuser de féminocentrisme !

            Pour le savoir, il va vous falloir lire ce savoureux petit livre (183 pages) qui je pense va beaucoup vous amuser. Pas de temps mort dans ce récit mené tambour battant par Didier van Cauwelaert, beaucoup d’humour, un savant mélange de clichés (juste ce qu’il faut) et d’ironie !

Les matins de Jenine – Susan Abulhawa

Les-matins-de-Jenine

A travers le destin d’Amal, la plus jeune fille de la famille Abulheja c’est toute l’histoire de la Palestine qui nous est contée, de 1948, date de la création de l’Etat d’Israël à 2002, après la Seconde Intifada à travers trois générations de Palestiniens.

« Privés de droits, de maison, de nation, tandis que le monde nous tournait le dos, ou acclamait les usurpateurs qui exultaient en proclamant la création d’un nouvel etat auquel ils avaient donné le nom d’Israël ».

            L’histoire d’Amal est d’abord celle d’une dépossession, celle de sa famille, des terres et des oliviers de leur village natal de Ein Hod en Palestine et de l’exil vers le camps de réfugiés de Jenine. La grande Histoire marquera la petite histoire, infléchira le destin de chaque membre de la famille. De la disparition d’ Ismaïl, frère aîné d’Amal, à la folie de sa mère, les vies sont brisées par les soubresauts de l’Histoire. La douleur et la colère conduiront Youssef, l’autre grand frère, à la haine et au désir de vengeance. Amal, tentera, elle, d’échapper au bruit et à la fureur des armes à travers l’exil.

            De solides amitiés se nouent toutefois entre Juifs et Musulmans, dont les liens indéfectibles continueront par-delà la mort. Les identités deviennent parfois plus floues, telle l’histoire de ce jeune Palestinien élevé par une famille juive dans le mystère de ses origines et qui ne se sentira jamais vraiment ni Israélien, ni Palestinien.

            « Ce sont les Palestiniens qui ont payé le prix de la Shoah «  s’écrie un des personnages. En effet, qui peut condamner l’espoir immense d’un peuple d’être à l’abri des errances politiques et des folies meurtrières des Etats ? Les Juifs de la diaspora furent de tout temps persécutés, à la merci de la cruauté des Etats, et de l’antisémitisme. Israël représenta l’espoir d’un refuge et de la protection d’un Etat. Mais fallait-il que ce soit au prix d’une autre injustice ? Ne pouvait-on faire autrement ? Telles sont, au fond, les questions qui parcourent ce livre… « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre »…

            Des voix des femmes palestiniennes s’élèvent pour témoigner non seulement de la dure condition des réfugiés, de la douleur des mères qui perdent leurs enfants dans les conflits armés, mais aussi de la place difficile et parfois étroite que la tradition arabe laisse aux femmes. Rouage essentiel de la résistance palestinienne, garante de la stabilité de la cellule familiale, la femme palestinienne n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur. Cela fait penser à l’histoire de Fadwa Touqan, poétesse palestinienne, née en 1917 a Naplouse qui dut se battre sa vie durant pour échapper à la « prison domestique ». Toutefois, pas de prise de positions féministes dans ce livre. Si Amal s‘émancipe, elle le doit autant à son père qui lui transmet la culture littéraire, qu’à sa mère.

Le silence recouvre la violence faite aux femmes ; si une jeune fille est victime d’inceste, elle doit se taire et cacher sa honte et sa souffrance : « Si les gens l’apprenaient, le scandale serait inévitable. Porter atteinte à la virginité d’une jeune fille avait de graves conséquences dans notre culture. » Pour la jeune fille bien sûr…

Dalia, la mère d’Amal, fut cruellement punie d’une escapade à cheval par une marque au fer rouge appliquée par son père, en public, dans la paume de sa main.

Les filles n’approchent pas les garçons, « Amal ne s’était jamais trouvé aussi près d’un être masculin à l’exception de Youssef, de Baba (le père) ou d’ammi Darwich ». Une coutume veut que la femme soit appelé « mère de tel fils … » Oum Youssef, pour la mère de Youssef.

Hommes et femmes vivent dans des univers séparés, tradition séculaire qui se perpétue mais que la guerre et l’exil, par la force des choses, fait lentement évoluer. Amal y gagne malgré tout son indépendance. L’arrachement se fait dans d tous les sens du terme…

Littérature et engagement ici ne sont qu’un seul projet. Au cœur des personnages, les conflits gagnent en intelligibilité ce qu’ils perdent en objectivité. On comprend mieux ce que peuvent vivre les Palestiniens, la tragédie de ce peuple…

Toutefois la traduction (ou le style) est parfois très malhabile et les fautes de style m’ont fait bondir plus d’une fois. Un avis, au final, assez mitigé. 

Susan Abulhawa

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Susan Abulhawa est née en 1967 en Palestine, de parents réfugiés de la guerre des Six-Jours. 


Élevée en partie
au Koweït, en Jordanie et dans la partie occupée de Jérusalem-Est, elle vit maintenant aux États-Unis. 


Les Matins de Jénine est son premier roman ; il a remporté le Best Book Award 2007 dans la catégorie Fiction historique. 

(source Pocket.fr)

          Très engagée dans la défense du peuple palestinien, Susan Abulhawa a publié  plusieurs articles dans la presse américaine — notamment dans le Daily New de New York, leChicago Tribune, le Christian Science Monitor ou encore le Philadelphia Inquirer . En 2001, elle a fondé l’ONG Playgrounds For Palestine qui a pour mission d’offrir des terrains de jeux aux enfants palestiniens vivant dans les territoires occupés par l’armée israélienne. Plusieurs aires de jeux ont ainsi été créées à Bethléem, Naplouse, Rafah, Khan Younis et Hébron.

 Au printemps 2002, Susan Abulhawa s’est rendu en Cisjordanie. Elle a tiré de son voyage un livre-document, Les Matins de Jénine (2003, éditions Buchet-Chastel 2008) qui, à travers l’histoire de trois générations d’une famille vivant dans un camp de réfugiés, témoigne de la tragédie qui a frappé les Palestiniens après 1948 (année de la création de l’Etat d’Israel). 

source « La République des Lettres, »

Elle a fait partie des écrivains et éditeurs des pays arabo-musulmans qui ont décidé de boycotter le Salon du livre de Paris en 2008, Selon elle, seuls les auteurs et la littérature hébraïque « pure », étaient mis à l’honneur alors que l’arabe est la deuxième langue officielle parlée et écrite à Jérusalem.

« Les organisateurs du Salon du Livre veulent-ils, à l’instar d’Israël, faire comme si la Palestine et les Palestiniens n’existaient pas ? […] À moins qu’ils soient simplement complices d’Israël pour débarrasser le monde de notre peuple, de notre mémoire, de notre culture et de notre histoire ? », s’interroge Susan Abulhawa.

Paroles de femmes : Sahar Khalifa

Sahar Khalifa portrait

As a female writer, I believe that I was able to really dig into different aspects of Palestinian society. Few men can do likewise, because when you look into a mirror you do not want to see how ugly you are. You do not want to see the dimension of things. Men are not used to taking a brave look at things that might hurt their soul. A woman on the other hand, is different. This is because of her education, and how she is raised as a marginal being and an outsider. She is accustomed to look at things not in a glorified manner, but in a more realistic one. However, this does not mean that all women writers see this reality. Several neglect their unprivileged role in society and ignore in the process all marginal people, because they think that they are leaders and have become part of the elite. A woman writer has to have feminist awareness not an ideology. Middle class people can afford to sit and write anything and produce beautiful pieces, but unfortunately this is not the reality of our society. 

En tant que femme qui écrit, je pense avoir été capable de creuser les différents aspects de la société palestinienne. Peu d’hommes ont pu faire la même chose, parce quand vous vous regardez dans un miroir, vous n’avez pas envie de voir combien vous êtes laid. Vous ne voulez pas voir la réalité des choses. Les hommes n’ont pas le courage de regarder en face les choses qui pourraient les blesser. Une femme est tout à fait différente. Cela est dû à son éducation, à la façon dont elle est marginalisée, considérée comme une outsider. Elle a l’habitude de voir les choses comme elles sont, dans leur trivialité. Cependant , cela ne veut pas dire que toutes les femmes écrivains voient cette réalité. Beaucoup ne tiennent pas compte de leur rôle mineur dans la société, et du coup ignorent les marginaux, parce qu’elles pensent qu’elle font partie de l’élite, de ceux qui décident. Une femme écrivain doit avoir une conscience féministe sans s’enfermer dans une idéologie. Les gens de la classe moyenne peuvent se permettre de s’assoir et  d’écrire tout ce qu’ils veulent et créer de belles choses, mais malheureusement ce n’est pas la réalité de notre société.

extrait d’une interview donnée The Star, Jordania, 1998 Interview

Rachel la poétesse – Triste chant

Rachel la poétesse

Triste chant:

« M’entends-tu, toi qui es
Si loin de moi, mon aimé?
M’entends-tu crier à haute voix,
Te souhaitant d’être heureux, te souhaitant près de moi?
Le monde est vaste, ses chemins variés,
Courtes rencontres, longs départs,
Hommes, aux pieds incertains, vous reportez toujours votre retour,
Pour retrouver le trésor que vous avez perdu.
Mon dernier jour approche
Dans les larmes de la séparation
Je t’attendrai jusqu’à ce que
La vie me quitte
Comme Rachel fit avec son bien-aimé. »

rachelRachel (Bluwstein) (1890 – 1931, naît a Vyatka, en Russie et a publié toute sa poésie sous seulement son prénom. Elle arive en Palestinel en 1909 avec sa soeur. Elles décident de rester toutes deux en Palestine comme pionnières sionistes et apprennent l’hébreu. Peu après elle décide d’aller étudier l’agronomie et le dessin en France . Elle retourne en Russie en 1913 pour fuir la première guerre mondiale et parce qu’elle ne peut retourner en Palestine. Elle y  contracte la tuberculose. En 1919, elle retourne en Palestine et  passe les dernières années de sa vie à Tel-Aviv où elle meurt à l’âge de quarante ans. (source Wikipédia)

Histoire et littérature

Israël

Palestine

 

Histoire de l'autre
1947-1949Création de l’Etat d’IsraëlInstauration d’un havre après 200 ans de persécutions et de génocide. 1947-1949La Nakba, la Catastrophe. Déracinement et exil. Expropriation de la terre. Les réfugiés sont parqués au Liban, en Jordanie et en Syrie.
Guerre entre Israël et cinq pays arabes (Liban, Syrie, Jordanie, Egypte, Irak)
Quatre mères de Shifra Horn

Ce roman nous conte la vie et les amours de quatre générations de femmes de la Palestine Ottomane à l’Israël d’aujourd’hui. Cette grande fresque révèle, avec en toile de fond les événements historiques qui ont jalonné cette période, l’autre visage, méconnu de Jerusalem.

quatre mères

 

La Promise d’Assouande Rula Jebreal

Editeur : AltalParution : 5 Septembre 2007

Dans les années 1920, Salua, une jeune chrétienne copte, vit l’exil d’Egypte à Jérusalem puis à Haïfa, où elle épouse un musulman. Le bonheur semble trouvé jusqu’en 1948, quand éclatent les conflits entre communautés juives et arabes et que sa famille est dispersée. En 1970, Salua, en procès pour récupérer sa maison de Haïfa, retrouve son fils en la personne d’un jeune avocat juif adopté par des Français.

L’auteure, Rula Jebreal, est une journaliste et écrivaine, née en Palestine.
En 1993, elle s’expatrie en Italie, où on lui confie la rédaction de sujets sur la condition féminine.

Susan Abulhawa – Les matins de Jenine

Comme son père, et comme le père de son père, Hassan vit de la culture des olives dans le petit village palestinien d’Ein Hod. Mais en 1948, lors du conflit qui suit la création de l’Etat d’Israël, Ein Hod est détruit et ses habitants conduits vers un camp de réfugiés. Pour Hassan, cet exil s’accompagne de la douleur de voir l’ancestral cycle familial brisé à jamais. Son jeune fils Ismaïl a été enlevé par des Israéliens qui lui cacheront ses origines. L’aîné, Youssef, grandira dans la haine des juifs, prêt à toutes les extrémités. Quant à Amal, sa fille, elle tentera sa chance aux Etats-Unis, inconsolable cependant d’avoir fui les siens. La guerre les a séparés. Elle seule pourra les réunir…

. 5-10 juin 1967

Guerre des six jours

Egypte, Syrie et Jordanie attaquent Israël qui réplique et envahit le Sinaï, la Cisjordanie, Gaza, le plateau du Golan en l’espace de six jours

La conquête de territoires assure un accès aux lieux saints comme le Mur des Lamentations à Jérusalem Contre l’occupation, l’OLP (Organisation de libération de la Palestine » prône la lutte armée.
2 365 soldats israéliens meurent. La colonisation se poursuit et l’idée dun Grand Israël apparaît comme un moyen de protéger les frontières. 6-24 octobre 1973

Guerre du Kippour

Attaques des armées syriennes et égyptiennes.

Après le traité de paix avec l’Egypte, Israël restitue le Sinaï en 1982

L’occupation devient insupportable et le terrorisme est légitimé comme moyen de résister.
Nécessité d’un dialogue qui aboutit aux accords d’Oslo. Le 13 septembre 1993 est signée à Washington, la Déclaration de principe, qui prévoit l’autonomie de l’autorité palestinienne. 9 décembre 1987

Première Intifada

Invasion du Sud-Liban en 1982 . transfert de l’OLP à Tunis en 1987 et le massacre des réfugiés palestiniens à Sabra et Chatila par des milices alliées à Israël. La population des territoires se soulève contre l’Occupation. La guerre des pierres conduit aux négociations d’Oslo.

Révolte d’un peuple contre l’occupation militaire, la grande Intifada (secousse) est la conséquence du désespoir du peuple palestinien.Cela conduit les Nations Unies à reconnaître l’OLP.

 

1996 – élection du premier ministre

Alona Kimhi – Suzanne la pleureuse

« Suzanne Rabin pleurniche, larmoie, sanglote le plus clair de son temps, sans raison apparente. « Emotionnellement instable depuis la mort de son père, survenue lorsqu’elle était adolescente, elle a trente-trois ans, mais n’arrive toujours pas à quitter sa mère et leur petite vie dans la banlieue de Tel Aviv .

Le Troisième jour par Chochana Boukhobza

« Rachel, d’origine tunisienne, Elisheva la Polonaise, mais aussi Carlos, le juif marrane, Eytan, né en Israël, Katia, rescapée russe, ou encore Ahmed le Palestinien… c’est toute la richesse et la complexité du peuple israélien, sur fond d’Intifada, que Chochana Boukhobza, française née à Sfax (Tunisie) en 1959, nous dépeint abordant ou effleurant l’emprise du religieux, la folie des mères de militaires morts au combat, là les dissensions entre les générations, la peur des attentats, mais aussi l’appétit de vivre de tout un peuple. « »d’après l’Express

 
Pour les Israéliens, cette visite n’est qu’un prétexte, l’insurrection était préparée à l’avance. 28 décembre 2000

Seconde Intifada

A la suite de la visite d’ariel Sharon, le chef du Likoud (la droite israélienne) sur l’esplanade des Mosquées.

Cette visite est considérée comme une provocation sur un lien sacré pour les musulmans. C’est aussi une réponse à l’obstination d’Israël à ne pas remettre en cause la colonisation.
Ode à la joie de Shifra Horn (Fayard)Par une morose journée de janvier 2002, la jeune et belle anthropologue yaël maguid, au volant de sa voiture, se dirige vers l’université de jérusalem. elle s’arrête à un feu rouge, la radio diffuse l’ode à la joie, et par la vitre arrière du bus arrêté devant elle, une fillette de trois ans environ s’amuse à lui faire des signes de la main. yaël a le temps de jouer avec l’enfant quelques instants lorsque l’autobus explose. Obsédée par cette petite fille dont elle ne retrouve pas la trace parmi les victimes, elle part à sa recherche tout en essayant de se reconstruire. quête qui l’oblige à remettre en question son passé, ses rapports avec ses parents, son mari, son jeune fils, ses amies et ses professeurs. Coupe en profondeur de l’Israël de la seconde intifada. l’influence du conflit qui perdure, de la sensation de menace permanente sur la société et sur l’individu

 

Un printemps très chaud de Sahar Khalifa

Le camp palestinien de `Ayn el-Morjân et la colonie israélienne de Kiryat Sheiba sont séparés par une clôture métallique. De part et d’autre, deux enfants s’apprivoisent. Mais la clôture devient un mur entre deux communautés qui se haïssent ou, au mieux, s’ignorent. Ou pactisent. Tout est vu à travers le regard d’Ahmad, le jeune Palestinien, en proie aux problèmes de son âge, à sa timidité, à un amour naissant, aux conflits de générations, à la rivalité qui l’oppose tendrement à son grand frère Majid. Son univers bascule quand il s’introduit derrière la clôture : emprisonné, il passe de l’enfance à l’adolescence. Des illusions à une réalité d’autant plus dure et amère que, entre-temps, la seconde Intifada a éclaté, et que Majid, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, doit entrer dans la clandestinité, début d’un calvaire qui l’entraînera notamment jusque dans le quartier général assiégé de Yasser Arafat.

La prise de pouvoir par le Hamas inquiète. Tirs de roquettee sur le Sud, la bande de Gaza devient « entité » hostile ». En riposte aux attentats, la barrière de sécurité doit protéger la population civile israélienne des attentats et délimiter des frontières. Septembre-novembre  2008

Le Hamas prend le pouvoir à Gaza

Scission politique entre les territoires. Poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Fin de la construction du mur de sécurité par Israël

Le blocus israélien crée la misère. Les Palestiniens subissent une nouvelle humiliation : « Le mur de la honte ».
Opération Plomb durci : bombarde les installations du Hamas.Envoi de troupes dans la bande de Gaza que l’armée quitte le 21 janvier 2009 2008-2009

Fin de la trêve partielle qui a duré cinq mois

 

Les tirs de roquettes vers Israël reprennent en représailles.

Alona Kimhi

Alona-Kimhi

Alona Kimhi est née en 1966 en Ukraine. En 1972, alors qu’elle n’a que cinq ans,  sa famille émigre en Israël à Kyriat Bialik suite à l’hostilité du pouvoir russe envers la communauté juive. Elle a une adolescence difficile, Après son service militaire, elle fait des études de théâtre à l’académie Bet Zvi, Academy for performing Arts et entame une carrière de comédienne au théâtre et au cinéma. « Si elle dit ne pas avoir souffert de l’exil et de son traumatisme, elle confesse son dégoût des événements qui ont marqué l’histoire récente au Proche-Orient » source CNL

          . En 1993 elle commence à publier des pièces de théâtre puis se tourne définitivement vers la littérature, travail en solitaire qui convient mieux à sa personnalité.

En 1996 avec la publication de son premier recueil de nouvelles, Moi Anastasia, primé dès sa parution en Israël.

« Ces premiers textes annoncent l’originalité de l’œuvre de la future romancière. La touche particulière d’Alona Kimhi réside dans sa capacité à rendre le désespoir presque drôle. Suivront deux romans, Suzanne la pleureuse en 1999 et Lily la tigresse en 2004 qui lui apportent une consécration internationale. »

Moi, Anastasia, nouvelles, trad. par Rosie Pinhas-Delpuech, Gallimard, mars 2008

Lily la tigresse, roman, trad. par Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2007

Suzanne la pleureuse, roman, trad. par Rosie Pinhas-Delpuech, Gallimard 2003

Elle obtient le prestigieux prix Bernstein en Israël et le prix Wizo en France pour « Suzanne la pleureuse ».

En 2001, Le Prix du Premier Minsitre lui est attribué.

Kimhi a également écrit un livre pour enfants ‘Superbabe et le Cercle Enchanté’ (2001).

Elle se situe à la gauche du parti travailliste et est favorable à la paix,

« L’Occident est obsédé par l’islam. Cette obsession, cette crainte, par ricochet, alimente une certaine sympathie vis-à-vis d’Israël. Pourtant, la société palestinienne est elle aussi bien digne de compassion. La communauté internationale devrait davantage porter secours à la société palestinienne, en proie à une grande pauvreté, au chômage et au désespoir. C’est en aidant ces gens-là, en apaisant leur frustration qu’indirectement on contribuerait à favoriser la paix au Proche-Orient. », dit-elle dans son interview au Figaro.fr

Interview du Western Culturel

Interview au Figaro.fr en 2007

Suzanne la pleureuse – Alona Kimhi

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Alona Kimhi –Suzanne la pleureuse (1999) – Gallimard 2001 pour la traduction française. Traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech

  Suzanne pleure, son corps secoué de sanglots, traversé par une peine immense. Les émotions la débordent, la rendent « instable » depuis la mort de son père, inadaptée, accrochée à sa mère et à la routine d’une vie bien réglée dans laquelle il ne se passe rien. Son corps la dégoûte, elle se cache et devient transparente afin de se préserver de toute épaisseur. Elle pense que rien ne change vraiment, est apolitique et « flegmatique ». Ce qui ne l’empêche pas de sculpter une petite marionnette à l’effigie de Yasser Arafat.

Pourtant elle est traversée malgré elle par l’histoire, celle de son nom, Suzanne Rabin, qui n’est pas lié à la famille de Yitzhalk Rabin, assassiné par un extrêmiste religieux en 1995 mais qui par homonymie la rattache fortement à l’histoire de son pays.

Elle n’est pas la descendante directe de Suzanne, jeune femme de l’histoire biblique, qui surprise alors qu’elle prenait son bain, refusa les propositions lubriques de deux vieillards qui l’accusèrent d’adultère pour se venger et la firent condamner à mort.

Elle pleura toutes les larmes de son corps devant tant d’injustice. Le prophète Daniel fut certainement touché par ses larmes et s’attacha à prouver son innocence.

A priori rien ne la rattache non plus à cette Suzanne-là si ce n’est un portrait qui la représente et lui ressemble étrangement.

Comment sécher toutes ces larmes ? Naor, lointain cousin, qui s’installe chez elle et sa mère, y parviendra-t-il ? 

Il est beau, plein de ce « mystère masculin » potentiellment dangereux évoqué par la mère de Suzanne : « Ils ont de grandes forces de destruction. Et une forme d’impuissance enracinée. »

Suzanne raconte avec un humour décapant les divers bouleversements qui vont avoir lieu dans son existence sur fond d’élections du Premier Ministre israélien et de déprime nationale généralisée.

A l’encontre de Zeruya Yalev qui n’évoque jamais les questions politiques dans ses romans, Alona Kimhi n’esquive pas l’actualité brûlante et les paradoxes des israéliens.

coup-de-coeur

Ce livre est profond, drôle et touchant. Il raconte l’éveil d’une femme à son corps et à la vie. J’ai beaucoup aimé le style alerte et l’humour jubilatoire de l’auteure. Je vous le conseille vivement. Pour moi en tout cas, un véritable coup de cœur.

 

Opinion d’une femme sur les femmes – Fanny Raoul

Fanny-Raoul

Opinion d’une femme sur les femmes – Fanny Raoul – Texte présenté par Geneviève Fraisse- editions « Le passager clandestin » suivi de « Votez pour le Ken le plus sexy de la culture avec Radio France » par Marie Desplechin

vignette Les femmes et la PenséeEn 1801, une jeune Bretonne de 30 ans dont on ne sait aujourd’hui presque rien, s’adresse aux femmes de son temps pour les prendre à témoin des interdits, servitudes et violences qu’il leur faut encore affronter, aux lendemains de la Révolution.

Ce texte est extrêmement émouvant car c’est le cri et la révolte d’une femme qui nous parvient par-delà les siècles et prend à témoin la postérité. Une jeune femme qui  assure avec force, dans des élans visionnaires, qu’un jour les servitudes auxquelles sont assujetties les femmes et qui semblent si enracinées dans les traditions, cesseront. Peu nombreuses sont alors les femmes de lettres. A Constance Pipelet (Constance de Salm ) qui écrit des poèmes, le poète Ecouchard Lebrun (qui lui n’a pas eu les honneurs de la postérité) ordonne avec mépris : « Inspirez, mais n’écrivez pas ». La misogynie ambiante est assez virulente puisqu’un projet , défendu par son auteur Sylvain Maréchal, et intitulé « Projet portant défense d’apprendre à lire aux  femmes » a pu voir le jour et faire débat.

A travers ce texte, on sent toute la détermination, le courage, l’intelligence , la finesse mêlés à la souffrance et au désespoir de cette jeune femme.

Elle construit une argumentation rigoureuse où elle discute point par point les préjugés et les opinions de son temps, en essayant d’en montrer l’arbitraire et l’absurdité. L’asservissement des femmes  sert selon elle des fins politiques, les hommes ne souhaitant pas avoir des rivales en la personne de leurs compagnes. Elle le démontre avec force et en fait voir tous les ressorts.

Selon elle, les hommes et les femmes ayant une part égale dans les processus de la reproduction, « cette nécessité réciproque est donc le fondement de leur égalité naturelle », ils doivent avoir également la même part d’avantages dans la société et la même protection par la loi. Elle démonte l’argument selon lequel les femmes ne sont pas capables d’assumer des fonctions ou des charges politiques en expliquant que cet argument est absurde et ne peut valoir puisque, de toute façon, on ne leur a jamais laissé le loisir de prouver le talent dans ce domaine . Elles sont ignorantes, soit, c’est souvent le cas, mais c’est parce qu’on leur interdit l’accès à toute éducation. Ceux-là même qui devraient les défendre, qui possèdent toute la puissance de la raison, les philosophes, puisqu’ils s’appliquent à démontrer les erreurs et les préjugés des Hommes, ne font rien pour elles. (Poullain de la Barre, mais il était prêtre avant de se convertir au protestantisme- en 1673, fait paraître anonymement De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugez )

« Il est remarquable de voir des philosophes s’attendrir sur le sort d’individus dont un espace immense les sépare tandis qu’ils ne daignent pas s’apercevoir des maux de ceux qu’ils ont sous les yeux ; proclamer la liberté des nègres, et river la chaîne de leurs femmes est pourtant aussi injuste que celui de ces malheureux ».

Elle dénonce également, ce qui, à ses yeux, est plus grave encore : « A force de leur dire qu’elles étaient faites pour l’esclavage, on est parvenu à le leur faire croire et à éteindre conséquemment en elles toute énergie et tout sentiment d’élévation. »

Si l’on considère le sort fait aux femmes dans de nombreuses régions du monde, et les arguments développés pour le justifier, ce texte, deux cent ans après sa publication, garde toute son actualité.

Un beau texte très émouvant, un témoignage par-delà les siècle, qu’il faut lire absolument.

Virginia Woolf – L’histoire d’une vie

VV histoire d'une vie

Adeline Virginia Stephen est née le 25 janvier au Hyde Park Gate à Londres, troisième enfant de Julia et de Leslie Stephen après Vanessa née en 1879, Thoby né en 1880, et avant Adrian né en 1883. Sa mère avait deux fils d’un premier mariage, Gerald et George Duckworth, et son père une fille, Laura.

L’intérêt de la biographie d’Alexandra Masson est de relier de manière étroite la vie de Virginia Woolf à ses œuvres. En effet, son œuvre est largement autobiographique même si l’auteur prend garde à brouiller les pistes dans ses romans. Alexandra Masson montre comment le thème de l’enfance revient comme un paradis perdu. Des lieux deviennent mythiques comme St Ives, petit village où la famille Stephen se rendait chaque été jusqu’à la mort de la mère.

« La promenade au phare », « Les vagues », ou « La chambre de Jacob » reprennent des images ou des souvenirs de cet endroit.

Mais les membres de sa famille tiennent également une place importante. Son frère aîné, Thoby, est un personnage central dans son œuvre et inspire celui de « La chambre de Jacob », comme celui de « La promenade au phare ».

Des thèmes reviendront très souvent également, comme celui de l’eau, par qui tout commence et tout finit. Dans « Les vagues », on entend le bruit de la mer, « La promenade au phare » indique assez bien sa présence.

Sa mère, très tôt disparue à l’âge de 49 ans, lui manquera cruellement – d’ailleurs les troubles nerveux de Virginia Woolf commenceront peu après. Elle représentait le modèle de la femme victorienne, dévouée à son mari et à ses enfants, victime de la société patriarcale incarnée par son mari. En réaction peut-être à ce modèle, Virginia et sa sœur, chercheront à réaliser leurs aspirations personnelles, l’une par la peinture, l’autre par l’écriture. Sa sœur Vanessa, avec laquelle elle entretiendra toute sa vie des liens fusionnels empreints de rivalité, et à laquelle elle se comparera toujours, apparaît également dans son œuvre.

Se réaliser passe d’abord par avoir « une pièce à soi » et donc jouir d’une certaine indépendance financière. Ses premiers revenus lui viendront du journalisme. Non seulement l’écriture est une thérapie mais elle lui permet de gagner de l’argent.

Virginia Woolf a commencé comme critique littéraire dans « The Guardian » puis écrit un premier roman, « La traversée des apparences » auquel elle consacrera huit années de sa vie. Elle écrira ce livre dans la souffrance , « écrire est un enfer » dira-t-elle dans son journal. D’ailleurs  presque chaque livre sera suivi de périodes de dépression. Elle passe par des états qui alternent la plus grande exaltation avec le plus profond désespoir. Elle considèrera  chaque livre comme une thérapie.

Virginia Woolf est en fait méconnue ou mal connue. Il est assez significatif d’ailleurs qu’un film ait associé son nom à la folie et à la peur : « Qui a peur de Virginia Woolf ? ».

On a peu souligné le courage de cette femme qui se battit contre la maladie mentale sans l’aide de la médecine, à l’époque assez démunie dans le traitement des maladies mentales. Les œuvres de Freud ne sont pas encore assez connues et même si la Hogarth Press, maison d’édition fondée par Virginia Woolf et son mari, Léonard Woolf, publiera les œuvres du maître de la psychanalyse, Virginia refusera toujours d’entamer une thérapie, consciente que c’est aussi dans ce déséquilibre émotionnel qu’elle trouve une partie de sa créativité.

Vanessa et Virginia Woolf, même si elles ne vont pas à l’école, seuls les garçons ont ce droit, c’est le choix du père, bénéficient d’une instruction donnée par des précepteurs. Elles sont filles d’intellectuels cultivés et  acquièrent une culture que peu de femmes ont à leur époque. Jusqu’à l’âge de douze ans son père dirige le choix de ses lectures : Euripide, Sophocle, Platon, Jane Austen, Dickens, George Eliot entre autres. Toute sa vie, la lecture sera une de ses occupations privilégiées car elle l’apaise. Même quand elle écrira ses propres livres, elle suivra toujours un programme important de lectures. Proust est pour elle le modèle absolu, mais elle lit aussi Ibsen, Shakespeare, Tchekhov.

L’écriture selon elle, naît d’un choc affectif qui est à l’origine de sa vocation .L’écriture de son journal, qu’elle tiendra pendant près de trente ans lui permettra de noter tous ses sentiments au fur et à mesure de l’écriture de ses romans.

On a souvent l’image d’une femme dépressive et suicidaire alors qu’on trouve dans ses romans une sensualité, une jouissance devant la beauté de la nature ou l’intensité du moment qui la contredit totalement. Elle devait tout ressentir avec beaucoup d’intensité, la douleur comme le bonheur, en tout cas c’est ce qui ressort de la biographie d’Alexandra Masson. D’ailleurs, Mrs Dalloway , récit de la journée d’une femmes à Londres,  représente bien cette dualité, « le monde vu par la raison et par la folie » comme elle le note dans son journal.

Les traumatismes subis, la mort de sa mère lorsqu’elle avait 13 ans , puis de sa demi-sœur Stella deux ans après, suivi par celle de son frère Thoby  en 1906 aggravent son sentiment d’insécurité. Les viols dont elle fut victime de la part de ses demi-frères renforcèrent le traumatisme originel. Elle se réfugie dans l’écriture qui lui permet de survivre.

Pour mener son métier d’écrivain à bien malgré sa santé fragile, elle trouvera en Leonard Woolf un allié précieux, au moins jusqu’à un certain point. Ils se marieront et Leonard se consacrera totalement aux soins de son épouse jusqu’à régler son emploi du temps de manière draconienne. Un dévouement si total qu’il devient aussi une forme de tyrannie ! Mais chacun certainement y trouve son compte. Virginia apprécie certainement au début d’être ainsi totalement prise en charge car cela lui permet de se consacrer à l’écriture. Mais en contrepartie, son mari l’enfermera dans son rôle de malade.

En quelques années, à partir de 1919, elle publie plusieurs romans : « Nuit et jour », « La chambre de Jacob » et Mrs Dalloway en 1925. En parallèle, Virginia Woolf assume son amour pour les femmes avec la liaison passionnée qu’elle entretiendra avec Vita Sackville-West. Cette dernière lui inspirera le personnage d’Orlando qui paraît en 1928, précédé par « La promenade au phare » en 1927. Orlando pose la question du masculin et du féminin et de leur catégorisation. Virginia Woolf ne se considère pas comme une lesbienne, terme qu’elle abhorre, mais sent qu’elle est « mélangée ». Les amitiés féminines auront une grande importance dans sa vie, Katherine Mansfield, avec laquelle elle aura une relation plutôt mouvementée, ou Violet Dickinson qui la prit sous son aile après la mort de sa mère et lui permit « d’exprimer ses premières émotions littéraires ».

Virginia Woolf s’est construite en s’opposant au modèle de la femme victorienne, pour autant elle n’est pas une pionnière héroïque du mouvement féministe. Ethel Smith, autre grande amie, beaucoup plus âgée qu’elle, est très engagée dans ces mouvements. Virginia Woolf publie en1929, « Une chambre à soi », plaidoyer pour la liberté des femmes, suite à un séminaire auquel elle a participé à Cambridge sur les femmes et le roman. Elle y dénonce avec force l’injustice faire aux femmes sur le plan économique, social et politique. Très jeune, elle a apporté son aide aux suffragettes, elle a aussi donné des cours de littérature à des ouvrières

En 1931, elle publie «  Les Vagues », son roman le plus expérimental. Il  qui consiste en six monologues portés par Bernard, Susan, Rhoda, Neville, Jinny, et Louis. Percival, le septième personnage, ne parle jamais lui-même.

En 1937, « Les Années », suivi de « Trois Guinées » en 1938, prennent un tour plus politique et polémique, en traitant dans un style très différent de la place de l’écrivain dans la société. Virginia pousse toujours dans des directions différentes ses recherches formelles. Auparavant, Flush, en 1933, ne déroge pas à la règle,  car le style en est très différent, l’auteur s’amuse et esquisse une biographie fictive de la poétesse Elizabeth Barrett Browning vue par son cocker.

En 1939, elle entreprend une biographie « Une esquisse du passé » qui réveille des souvenirs douloureux et la fait sombrer à nouveau dans la dépression.

En 1940, elle publie une biographie de Roger Fry, biographie de son ami peintre, ancien amant de sa sœur. Mais la guerre gronde et fait ses premiers ravages et Virginia Woolf ne se sent plus le cœur à écrire. Comment l’art pourrait-il gagner face à la guerre, quelle pourrait être la force de l’écriture face à la barbarie ? L’auteur perd pied et de laisse envahir par le désespoir, en 1941, le 20 janvier,  elle envoie « Entre les actes » à son éditeur et le 28, elle se suicide en se jetant dans la rivière de l’Ouse, les poches de son manteau lestées de pierres. L’eau est par ce quoi tout commence et tout finit. Une grande romancière disparaît, laissant une œuvre considérable et d’une grande diversité.

La biographie d’Alexandra Masson est passionnante à tous les points, et tente de faire comprendre avec beaucoup de finesse et d’intelligence qui fut Virginia Woolf. A lire absolument pour comprendre la grande romancière.

Mrs Dalloway – Virginia Woolf

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Virginia Woolf est née en 1882 à Londres au sein d’une famille bourgeoise et cultivée ; son père était  critique littéraire et ami de Henry James, Tennyson et GeorgeEliot ; et fonda le « Dictionary of National biography ».

Elle devint un écrivain célèbre et publia de nombreux livres, romans et essais. Peu après le décès de sa mère, débuta une longue suite de dépressions qui la conduisit au suicide en 1941.

Elle révolutionna la théorie du roman dans « Mrs Dalloway ».

Ce livre pourrait n’être au premier abord que le récit de la journée d’une femme, Clarissa  Dalloway, qui prépare une réception. Un matin, elle décide d’aller acheter des fleurs…

Clarissa est la femme de Richard Dalloway, membre du parlement. Elle a 52 ans, est encore assez belle et se souvient des jours passés au fil de sa promenade.

Elle appartient à la bourgeoisie anglaise et doit tenir son rang : elle reçoit les personnalités utiles à la carrière de son mari comme toute bonne épouse « victorienne ». Mais elle est à la charnière de deux mondes à travers sa fille Elizabeth qui, éduquée, pourra choisir une de ces nombreuses professions qui sont désormais accessibles aux femmes. Sous une apparence futile, cette femme possède une faille, une insatisfaction profonde qui la mine malgré son amour de la beauté et de la vie.

Big Ben sonne les heures, rappelle le temps qui passe et la fragilité de toute chose.

Clarissa descend Bond Street et nous lisons le contenu de ses pensées et celles de chacun des inconnus qu’elle croise. Chaque personnage est relié aux autres dans d’invisibles correspondances.

Virginia Woolf bouscule ici les conventions du roman réaliste, et fait disparaître l’intrigue classique car il n’y a pas d’histoire proprement dite.  Elle s’attache à l’essentiel qui est invisible et ne garde que les éléments strictement indispensables.  Les personnages font écho les uns aux autres et servent de fil conducteur au récit, offrent un ordre intelligible : on apprend que Clarissa a aimé un homme « Peter Walsh « , et l’auteur nous livre un peu plus loin les pensées de ce même Peter qui font écho à celles de Clarissa. Le dénouement de Mrs Dalloway est si vague qu’il laisse place à toutes les interprétations possibles. Pourtant on perçoit bien à travers le personnage de Septimus, jeune homme traumatisé par la guerre et qui songe au suicide, la fragilité de Clarissa.  L’intrigue devient alors « un mouvement organique en quelque sorte, qui progresse presque inconsciemment, qui n’est pas sorti d’une idée préconçue, qui a gardé toute la complexité et l’imprévisibilité des faits humains. » 

Virginia Woolf était une fervente admiratrice de Proust et on retrouve dans son roman la palette impressionniste : « Mais même après la disparition des choses, la nuit en reste pleine ; vidées de leurs fenêtres, elles existent avec plus de poids, exprimant ce que la franche lumière du jour, ne parvient pas à transmettre – la confusion et l’incertitude des choses regroupées là dans l’obscurité. »

L ‘obscurité des profondeurs, il s’agit bien de cela, de cet aspect de nous-mêmes que nous ne connaissons pas, notre inconscient, qui ne laisse filtrer que des images autorisées et éparses.

Clarissa n’est pas sereine malgré des apparences assez lisses, elle subit l’assaut « d’un monstre tapi dans les profondeurs ». Lorsqu’on connaît la vie de l’auteur, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec ses longs moments de dépression, les hallucinations dont elles souffrit. Elle les dépeint longuement dans le personnage de Septimus. Elle raille l’incapacité des médecins qui ne prescrivent que de faux remèdes, impuissants qu’ils sont à soulager la souffrance de leurs malades qu’ils abandonnent à eux-mêmes.

Mais elle livre aussi son émerveillement devant la beauté des choses, leur profusion et leur scintillement.

Un très beau roman, à l’écriture poétique et parfois douloureuse, mélancolique et prophétique à la fois. Une écriture d’une densité, d’une maîtrise exceptionnelle dans une construction d’une grande rigueur. A lire absolument.

Le roman psychologique de Virginia Woolf de Floris Delattre, p 220 Librairie philosophique J. Vrin

Olive Kitteridge – Elizabeth Strout

Olive-Kitteridge

Elizabeth Strout est née en 1956 à Portland, dans le Maine. Après des études de droit, elle s’installe à New-York et publie des nouvelles dans différentes revues littéraires. Elle met sept ans à rédiger son premier roman, Amy et Isabelle (Plon, 2000 ; réed Ecriture, 2012). En 2009, elle reçoit le prix Pulitzer pour Olive Kitteridge, publié dans 26 pays.

Olive Kitteridge est l’héroïne de cette histoire à la narration éclatée qui se déroule sur une période de trente ans. Parfois au second ou à l’arrière-plan, elle est dans la vie de ses concitoyens, habitants de Crosby, une petite ville côtière du Maine cette femme très autoritaire, professeur de mathématiques, ou cette autre généreuse et chaleureuse qui n’hésite pas à  donner son temps et son attention. Elle est indispensable à son mari mais le rend-elle heureux ? Mère possessive, elle manque pourtant de douceur et de tendresse. Christopher, son fils, se tait le plus souvent. Elle apparaît au fil du récit comme une personnalité très complexe, aux multiples facettes. Femme de caractère, qui ne revient jamais sur ce qu’elle a fait, ne demande jamais pardon, lui reproche son mari et ne doute jamais d’elle-même, Olive affronte une solitude intérieure qui la tourmente. On voit le personnage évoluer tout au long du récit constitué de treize nouvelles qui chacune se focalise sur un ou plusieurs personnages de l’environnement immédiat d’Olive.

Elle a l’air d’une femme banale, Olive, pourtant son fils la fuit. Le dialogue ne se noue pas et les relations vont être difficiles toute leur vie durant. On en apprendra la raison seulement à la fin du roman. Au cœur de cette personnalité apparemment solide, au caractère bien trempé, bougonne au grand cœur, se cache une faille, une blessure que l’on devine sans jamais être capable de la nommer. Elle juge vite, condamne sans appel, est capable de sautes d’humeur imprévisibles. Au fond qui est Olive Kitteridge ? Peut-on d’ailleurs connaître quelqu’un, ou ne nous trouvons-nous pas toujours au fond face à un mystère ? Il nous est déjà arrivé de croire connaître quelqu’un et puis d’être surpris, voire déçu par ses actes ou ses paroles. Que savons-nous des motivations profondes, de l’intériorité d’Olive à part ce qu’elle en dit ? Et ce qu’elle en dit est parfois contredit par les autres. On le sait, on a tendance a s’auto justifier et il nous est difficile de reconnaître nos erreurs.

C’est la force de cette construction narrative, le personnage a perdu de son unité, Eizabeth Strout nous fait douter : femme de tête, femme de caractère ou tout simplement femme égocentrique et brutale ? Le roman est une quête constante qui nous tient en haleine même si apparemment il ne se passe rien, dans le sens où ce n’est pas un roman où se succèdent les actions…

C’est un roman vraiment très intéressant mais qui ne m’a pas captivée, ne m’a pas émue. Peut-être cette sorte de « diffraction » qui, à force de nous faire perdre Olive dans les yeux de tous ses autres, finit par atténuer l’intérêt qu’on avait pour le personnage. Et puis elle se remet rarement en question, est un peu monolithique, ce qui alourdit le récit. Des impressions en demi-teintes donc. 

Sally Salminem – Finlande – (1906-1976)

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Née à Vaasa en 1906 (Finlande), Sally Salminem était la huitième enfant d’une famille nombreuse.  Fille d’un fermier suédois, orpheline très tôt,  elle fut obligée de travailler pour gagner sa vie. Elle travailla dans une épicerie, puis comme domestique à Stockholm, où elle émigra. Elle prit des cours par correspondance et lut beaucoup dans ses moments de loisir. Elle fut en grande partie autodidacte.

En 1930, elle émigra avec sa soeur aux Etats-unis, à New-york. C’est là qu’elle écrivit son premier roman, en 1937,  qui fut publié la même année. Ce livre eut un succès international et fit le tour du monde. Il fut traduit dans plus de vingt langues. Elle publia onze romans mais ne renoua pas avec le succès de « Katrina ». Dans ses romans, elle dépeint la vie des communautés pauuvres de Finlande et la vie des émigrants.

Entre autres :

– Printemps (1938)

– Sables mouvants (1941)

– Prince Efflam (1953)

Elle a reçu deux grands prix littéraires en Finlande et au Danemark.

Avec son mari, le peintre Johannes Dünrop, elle retourna vivre au Danemark où elle mourut en 1976.

Parce que Johan le marin avait les yeux bleus, du charme et la parole facile, Katrina l’a suivi jusqu’à son lointain village de Finlande. Chez elle, elle était fille de riches fermiers, heureuse et préservée : elle découvre qu’il lui faudra vivre dans une misérable chaumière, travailler dur dans des conditions moyenâgeuses, ne compter que sur elle-même puisque Johan a repris la mer et que, de toute façon, c’est un grand enfant… Viennent trois fils difficiles, une petite fille qui meurt en bas âge, des épreuves de tout genre, le veuvage. Fière et forte, Katrina fait front. Et lorsque enfin elle ferme les yeux pour rejoindre à jamais Johan, elle ne regrette rien. Elle a été pleinement femme et mère, elle a réussi sa vie. « 

Sally-Salminem  Salminem-Sally-1

Sources :

La description ci-dessus provient en partie de l’article de Wikipedia Sally Salminen, sous la licence CC-BY-SAdont la liste complète des contributeurs se trouve ici.

Dictionnaire des femmes célèbres – Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont

http://nordicwomensliterature.net/writer/salminen-sally

Suis-je snob? Virginia Woolf

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Suis-je snob ?- La valeur du rire-La nièce d’un comte – Brummel le Beau – La robe neuve – Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile- La mort du paillon – Qu’offrir à un snob ? de Walter Benjamin.

« Suis-je snob ? » se demande Virginia Woolf dans un des essais rassemblés par les éditions Payot et Rivages, sortes de conversations entre elle et un interlocuteur invisible. Suis-je snob, c’est au fond se poser la question d’une esthétique de l’existence, se demander quel gouffre habite cette distance entre soi et les autres, entre soi et soi, entre son monde intérieur et celui qu’on représente ?

Le snobisme tel que l’entendait Virginia Woolf, désignait alors la fascination pour la noblesse de sang, les titres, les châteaux… S’il fascine Virginia Woolf, explique Maxime Rovere, dans son introduction, c’est qu’il « offre l’image d’une position assurée dans le monde. ». En effet, il est particulièrement difficile pour chacun d’entre nous de nous assurer de notre propre valeur ou d’échapper à l’inquiétude d’être soi. Nous ne savons jamais vraiment qui nous sommes et nous quémandons souvent la reconnaissance dans le regard de l’autre. Soumis à d’infinies variations, menacés par la ruine du corps et de l’esprit, le moi ne possède pas d’identité stable. Or l’aristocrate « tient sa valeur et sa légitimité sociale d’une naissance acquise une fois pour toutes. ».

            A travers ce qui n’aurait pu être qu’un texte léger, l’auteur aborde ce désir au cœur de tout Homme d’être reconnu, accepté et aimé par les autres. La question du statut social , de la reconnaissance qu’apportent les diplômes, la naissance, le milieu et l’argent, ne serait pas si cruciale si elle ne faisait écho à une inquiétude fondamentale qui répond à la difficulté d’être soi.

            En lisant Virginia Woolf, j’ai souvent été frappée par le fait qu’elle s’excuse souvent, même si c’est sous forme de boutade, de n’avoir pas fait d’études, d’être ignorante.

            Ce que j’aime particulièrement dans ces essais, c’est cette façon qu’elle a de penser et de raconter en même temps, une pensée narrative qui intègre l’esthétique du récit et la rigueur de la pensée. Une pensés qui se forme en racontant, et que Léa Gauthier a su parfaitement expliquer dans son introduction à la lecture de « Trois guinées ».

Mais comment joue l’irradiation du snob ? Comment sa seule fréquentation peut-elle nous communiquer une part de son assurance ? Si le moi peu peser – « Dieu du ciel ! Encore moi ! », s’écrie Virginia Woolf- il peut également nous fasciner et être le sujet de nos observations.

L’aristocrate est « plus libre, plus naturelle, plus excentrique » que nous. C’est ce manque d’assurance personnelle qui conduit à la chercher chez les autres. Et Virginia de conclure :

«  N’importe quel groupe de gens, s’ils sont bien habillés, s’ils brillent en société et si je ne les connais pas, feront l’affaire. »

Tout cela dit avec humour, d’abord rire de soi, même si « l’humour nous a-t-on enseigné, est inaccessible aux femmes. »

L’humour suppose une lucidité, un regard acéré sur les autres et sur soi-même.

L’admiration naît de la verticalité des relations humaines dans une société où « nous sommes cloisonnés, séparés, coupés les uns des autres. » Comment l’écrivain peut-il connaître les autres ? Est-il condamné à « ne pouvoir décrire intelligemment que les personnes de son niveau social ? » . Virginia Woolf fait remarquer que ces grands que nous suivons depuis le début, nous ne les connaissons pas, car « les grands de ce monde n’ont presque pas écrit et jamais sur eux-mêmes ». Le dandy est celui qui sacrifie le mieux au monde des apparences, au détriment souvent de son intelligence, car ce mode de vie est le seul « qui pouvait le placer dans une lumière éclatante, et lui permettre de se distinguer du troupeau ordinaire des hommes. »

Mais cette fascination ne vient-elle pas d’une faille intérieure qui nous rend faibles et incertains ? Une nouvelle robe peut nous conduire à douter de nous-mêmes, puis-je être sûre «  de la pitié et de l’amour et ne pas être renversée en une seconde lorsque j’entre dans une salle pleine de monde ? ». La pauvreté qui nous met à l’écart du bon goût est un sérieux handicap. L’habit ne fait pas le moine, dit-on. Difficile d’acquérir cette aisance que possède celui qui maîtrise les codes.

Mais pour finir, nous ferons tous comme ce papillon, condamné à disparaître dans l’indifférence du Monde.

Le plus ancien poème féminin connu

Cité par Michel Duquenne dans « Grandes dames des lettres ». La civilisation sumérienne était patriarcale, mais explique-t-il, les femmes y avaient encore leurs propres cultes, et le poème qui suit fut écrit par une prêtresse de la déesse de l’amour et de la guerre Inanna. Ce poème est écrit pour les épousailles rituelles qui étaient renouvelées chaque année pour assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles. Celui-ci a été écrit  pour le roi Shu-Sin. Cité pour la première fois par Samuel Noah Kramer dans son ouvrage « L’Histoire commence à Sumer »

On apprend encore qu’elle était princesse, fille du roi Sargon, prêtresse de la sainte cité du pays de Sumer, Ur, dans laquelle le Dieu Lune Nanna Sin est le régent.

Des recherches récentes, reprises par Eric Dussert, on apprend qu’elle était une princesse mésopotamienne de la ville d’Ur, Enheduanna, prêtresse d’un culte oublié et poétesse sumérienne. On lui attribue les cinq cent soixante vers, subsistant sur des tablettes, de trois hymnes  à la déesse de la guerre et de l’amour Inanna, ainsi que quarante-deux poèmes retrouvés sur des tablettes à Ur et Nippur. Elle devançait Sappho (VIIe_VIe siècleav.J.-C.) et Hypathie (IVe siècle).(2)

Dans ses écrits, elle raconte son exil et la perte de  son poste de grande prêtresse après la mort de son père, le roi Sargon.

Mis à jour le 08/05/2023

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Statue de femme sumérienne

Poème d’amour au roi Shu-Sin

Époux, cher à mon cœur,
grande est ta beauté, douce comme le miel,
Lion, cher à mon cœur,
grande est ta beauté, douce comme le miel.

Tu m’as captivée, laisse-moi demeurer tremblante devant toi;
Époux, je voudrais être conduite par toi dans la chambre.
Tu m’as captivée, laisse-moi demeurer tremblante devant toi:
Lion, je voudrais être conduite par toi dans la chambre.

Époux, laisse-moi te caresser:
ma caresse amoureuse est plus suave que le miel.

Dans la chambre, remplie de miel,
laisse-nous jouir de ton éclatante beauté
Lion, laisse-moi te caresser:
ma caresse est plus suave que le miel.

Époux, tu as pris avec moi ton plaisir:
dis-le à ma mère, et elle t’offrira des friandises;
à mon père, et il te comblera de cadeaux.

Ton âme, je sais comment égayer ton âme:
Époux, dors dans notre maison jusqu’à l’aube.
Ton cœur, je sais comment réjouir ton cœur:
Lion, dormons dans notre maison jusqu’à l’aube.
Toi, puisque tu m’aimes,
donne-moi, je t’en prie, tes caresses.
Mon seigneur dieu, mon seigneur protecteur,
Mon Shu-Sin qui réjouit le cœur d’Enlil,
Donne-moi, je t’en prie, tes caresses.

Ta place douce comme le miel,
je t’en prie pose ta main sur elle,
pose ta main sur elle,
referme en coupe ta main sur elle comme un manteau Gishban,

inannaCette déesse fut appelée Inanna chez les Sumériens,ou « la bien-aimée d’Anou », déesse de l’amour physique et de la guerre.  Elle eut de nombreux autres noms chez des civilisations de la même époque. Il semblerait qu’elle a eu comme descendance Aphrodite en Grèce et Vénus à Rome.

(2) page 14 – Cachées par la forêt, Eric Dussert, Editions de La Table Ronde, Paris 2018.

Laissez-moi – Marcelle Sauvageot

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Marcelle Sauvageot – Laissez-moi, Libretto, Editions Phébus, 2004. Première édition 1933

« Premier livre écrit par une femme qui ne soit pas de soumission … Livre de Tristesse noble ; livre de dignité ! Admirable ! » s’est écrié Clara Malraux à sa lecture.

Marcelle Sauvageot signe ici une œuvre bouleversante où se font écho le chagrin d’amour et la maladie dans une écriture de l’intime à la fois simple et déchirante.

De son amour disparu et qui la laisse plus seule encore face à la maladie, l’auteure sonde les splendeurs comme les faux-semblants dans une analyse à la fois profonde et cruelle.

A travers la radiographie à laquelle elle soumet le sentiment amoureux, les illusions dont il se nourrit apparaissent au fil de la narration, ainsi qu’une critique subtile des relations entre les hommes et les femmes de l’époque.

            « Si on te parle d’une femme, tu coupes la parole pour dire : »Elle est jolie ? », se moque-t-elle, pour remarquer plus loin que la dissymétrie des relations hommes/femmes prend toute sa mesure dans le fait qu’un homme attend de l’amour d’une femme qu’il soit « sans droits et sans exigences ». De ces femmes dont l’unique préoccupation est leur mari, elle se démarque totalement car elle a d’autres aspirations.

Elle n’est pas dupe : « J’essayais de garder un petit appui en dehors de vous, afin de pouvoir m’y accrocher le jour où vous ne m’aimeriez plus. »

            Elle note plus loin : « L’homme est : tout semble avoir été mis à sa disposition ». On attend de la femme un amour fait de soumission et c’est ce qui rend ce sentiment plus douloureux encore, parce qu’impossible pour une femme éduquée, intelligente et éprise de liberté.

Alors dans un ultime adieu fait à la fois de sauvagerie et de détresse, Marcelle Sauvageot pourra-t-elle s’écrier :

« Mais laissez-moi : vous ne pouvez plus être avec moi. Laissez-moi souffrir, laissez-moi guérir, laissez-moi seule. […]. Ne me demandez pas de vous regarder par-dessus l’épaule et ne m’accompagnez pas de loin. Laissez-moi ».

Il s’agit ici d’un très beau livre, qui à travers l’écriture de soi, esquisse le portrait d’une femme infiniment touchante, rendu plus émouvant encore à cause du destin terrible qui a été le sien. L’écriture est belle et le mouvement du récit  vous emporte sur le fil d’une émotion contenue par la maîtrise de la narration qui ne sombre jamais dans le mélodrame.

Elsa Zylberstein a joué ce texte aux Bouffes du Nord,  premier « one woman show »,Commentaire,  Dans un noir complet, ai-je lu, un bruit de train s’est fait entendre, et la comédienne, tout de noir vétu, les cheveux tirés en arrière, a offert ce texte aux spectateurs. Elle a écrit la très belle préface pour cette nouvelle édition.