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Natasha Solomons – Jack Rosemblum rêve en anglais

 

 

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Natasha Solomons – Jack Rosemblum rêve en anglais – Le livre de poche – Calmann-Lévy 2011 pour la traduction française

Jack Rosemblum, sa femme et sa fille émigre dans les années trente en Angleterre ; ils fuient l’Allemagne pour échapper aux lois antisémites du régime nazi. Ils ont dû laisser derrière eux une partie de leur famille, et Sadie, l’épouse de Jack en éprouve un terrible chagrin qu’elle essaie, en vain, de partager avec son mari.

L’obsession de Jack est de devenir parfaitement anglais ; il transforme son prénom et oublie l’ancien monde qui était le sien. Pour parvenir à son but, il dresse une liste interminable de tout ce qu’il faut faire et dire pour être parfaitement anglais. Pour couronner le tout, il décide de monter son propre golf…Et c’est là que les ennuis commencent …

Ce livre est véritable coup de cœur ! Il est une réflexion toute en finesse sur la notion d’identité, l’importance de la Mémoire et  l’intégration ou l’assimilation au pays d’accueil quand on est un immigré, le racisme et l’antisémitisme que durent subir les juifs allemands.

« Il s’accordait avec ses voisins pour considérer que le rôle des Juifs était de ne pas faire de vagues. Lorsque personne ne fait attention à vous, vous devenez un simple banc posé dans un parc : utile en cas de besoin mais parfaitement intégré au paysage. L’assimilation, là était le secret. L’assimilation. […] Il en avait assez d’être différent ; il ne voulait pas finir tel le Juif errant. »

 

Un livre qui résonne étrangement aujourd’hui en France et en Europe à l’heure de la montée des nationalismes et de la xénophobie et alors que des néo-nazis entrent au parlement grec.

Jack Rosemblum est un personnage terriblement attachant. Dans le contexte historique des années 30, on comprend parfaitement ce besoin désespéré d’être comme tout le monde, d’être parfaitement assimilé au pays d’accueil qui correspond au traumatisme deslois antisémites que durent subir les Juifs allemands. Où trouver la sécurité quand de tout temps votre peuple a été persécuté et que le seul fait d’être Juif suffit à vous désigner à la vindicte populaire ? Quelle patrie peut être suffisamment intègre pour vous protéger dés lors qu’elle fait de vous l’un des siens ?

Des Français et des Allemands ont dénoncé et livré aux bourreaux des Juifs qui étaient tout aussi français ou allemands qu’eux.  Mais ce désir d’assimilation risque révéler ses limites et menacer l’identité de la famille Rosemblum. Car renier ses origines, n’est-ce pas aussi occulter une partie de soi et perdre son identité ? La mémoire est ce qui assure le continuum de ce qui est notre moi , à vouloir absolument être autre, à rechercher l’invisibilité, n’y a-t-il pas le danger de sombrer dans la schizophrénie ? Se cacher, n’est-ce pas aussi avoir peur ? « Il était fatigué d’être le Juif [… ] de service – un rôle à la fois solitaire et dangereux. »

D’ailleurs, les Juifs Français et Allemands pour un grand nombre d’entre eux étaient parfaitement assimilés depuis des générations, et qui plus est non-pratiquants ; ce qui n’a pas empêché la persécution.

Dans mon parcours de lecture actuel, ce livre a fait écho à l’histoire d’Israël.

 

 

D’ailleurs quand Sadie demande à Jack pourquoi ils ne partent pas en Israël dans ce jeune pays créé pour les Juifs, il répond qu’il est trop tard, qu’il faut être jeune et vigoureux pour bâtir un nouveau pays.

« Tu veux être comme tout le monde. Eh bien, allons en Israël, où tout le monde est comme nous ! » Sadie retourne l’argument.  Son chagrin est une marque de respect pour ceux qui ont disparu, et aussi le moyen de les garder encore en vie dans sa mémoire.

Peut-être y aura-t-il une autre voix à trouver, et qu’ils sont assez de deux pour inventer un nouveau chemin. A suivre…

Lisez ce livre qui est un petit bijou. La langue est impeccable ; c’est magnifiquement écrit et construit et l’auteure sait ménager suspense et rebondissements. On est complètement happé par le récit. L’émotion est également présente tout du long sans être envahissante car c’est un livre beau et pudique.

Petite poucette – Michel Serres

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C’est le titre d’abord qui m’a intrigué… Qui est cette Petite Poucette ? « […]Ces dernières décennies virent la victoire des femmes, plus travailleuses et sérieuses à l’école, à l’hôpital, dans l’entreprise… que les mâles dominants arrogants et faiblards. Voilà pourquoi ce livre titre : Petite Poucette »,  voilà la raison du féminin, mais Poucette ? pouce ? Petite poucette est cette jeune femme que vous voyez (ou dont vous êtes), j’en suis sûre, quotidiennement, pianoter à toute allure sur le clavier de son téléphone portable.

A plus de 80 ans, Michel Serres reste étonnament jeune, plus jeune même que bon nombre d’entre nous. Et je pense que cette jeunesse qui habite l’oeil bleu et pétillant de Michel Serres est due à sa capacité à penser les grands bouleversements, et notamment celui que nous vivons aujourd’hui avec les nouvelles technologies, de manière dynamique et positive. il n’est pas de ces vieux barbons qui, crispés sur leurs savoirs, n’en démordent pas.

          Ce basculement, selon lui, est aussi important que celui que nos sociétés occidentales ont vécu à la fin de l’Empire romain ou la Renaissance. Aucun changement ne se fait sans crise qui fait trembler les fondations de toute une société : finance, politique, école, Eglise, famille… Dans une société, complètement dépassée par le changement et qui n’arrive pas à suivre, Petite Poucette n’a pas le temps de larmoyer, il lui faut s’adapter et vite. Elle habite en ville la plupart du temps, et cela depuis les années 70,( la paysannerie a pratiquement disparu, aujourd’hui on ne compte plus qu’un pour cent d’agriculteurs) et ne part à la campagne que pour les vacances, histoire de respirer un peu. Cela ne l’empêche pas de se soucier de l’écologie, de faire le tri sélectif, et de se poser des questions sur le réchauffement climatique en mâchonnant une mèche de ses cheveux. 

          Elle n’est pas insolente en classe, ou à la fac, non, mais bavarde, bavarde. Elle n’écoute plus trop ses professeurs; de toute façon, 70 % de ce qu’ils ont appris est déjà obsolète, et sur ce qui reste, ils ne sont plus indispensables. Il suffit de pianoter sur son clavier et de se connecter sur internet pour trouver les réponses à de nombreuses questions. Le savoir devient beaucoup plus horizontal. Le professeur ne le détient plus exclusivement et par conséquent a perdu de son pouvoir : « Le savoir, accessible partout et immédiatement, n’a plus le même statut. » Il raconte dans une interview que cela ne l’inquiète pas outre mesure, étant donné qu’on ne transmet pas quelque chose mais soi.

Petite Poucette n’a pas beaucoup d’aide, il faut le dire, car les Institutions des pays dans lesquels elle vit, peinent à se transformer et à inventer de nouveaux modes d’organisation. A un journaliste, le philosophe prédit qu’un jour il n’y aura plus personne à la Grande Bibliothèque car maintenant tout est accessible par internet. Il ne s’agit pas de regretter un monde en train de disparaître mais d’en inventer un nouveau. Toute civilisation vit ses crises et ses mutations. C’est une réalité et il faut faire avec, ni progrès ni catastrophe mais autre monde.

          Petite Poucette n’a plus d’idéologie, n’adhère plus au sacro-saint « Travail, Famille, Patrie ». Et bien tant mieux pour elle et pour les siens ! Au moins, on ne l’accusera pas d’être une sorcière et elle a peu de chance, dans l’Occident qui l’a vue naître, de mourir  lapidée (croisons les doigts tout de même, je n’ai pas tout à fait l’optimisme de Michel Serres) Ecoutons-le : « Sanguinaires, ces appartenances exigeaient que chacun fit sacrifice de sa vie : martyrs, suppliciés, femmes lapidées, hérétiques brûlés vifs, prétendues sorcières immolées sur des bûchers, voilà pour les églises et le droit; soldats inconnus alignés par milliers dans les cimetières militaires, sur lesquels parfois se penchent, avec compoction, quelques dignitaires, liste longue de noms sur les monuments aux morts – en 14-18 presque toute la paysannerie -, voilà pour la Patrie;camps d’extermination et goulags, voilà pour la théorie folle des « races » et la lutte des classes; quant à la famille, elle abrite la moitié des crimes, une femme mourant chaque jour des sévices du mari ou de l’amant. » On ne peut que lui donner raison, au fond… 

        A Petite Poucette, il faudra beaucoup lui pardonner, d’erreurs et de maladresses car elle est seule, seule dans un monde bruisant et murmurant, surpeuplé, où Dieu souvent s’est fait la malle, écoeuré sans doute des Hommes et de leur turpitudes.

Elle a des amis pourtant et pas seulement sur les réseaux sociaux, et ils sont « musulmans, sud-américains, chinois, elle les fréquente en classe et sur Facebook, chez elle, partout dans le vaste monde. »

Le virtuel n’est pas la menace qu’on croit, car les premiers êtres virtuels habitèrent les livres, Michel Serres dit et cela me fait beaucoup sourire que « Madame Bovary faisait l’amour virtuellement, et beaucoup mieux peut-être que la majorité de ses contemporains. » Il nous apprend aussi que les nouvelles technologies n’activent pas les mêmes zones du cerveau, qu’une nouvelle intelligence naîtra certainement car « le cerveau évolue physiquement. »

          Par les blogs, et par le monde, pour la première fois de l’histoire, « on peut entendre la voix de tous ». Virtuelle, bavarde, chahuteuse et démocratique la parole se libère. A nous de savoir nous adapter, comme le dit l’auteur, au monde que nous avons créé !

Bien sûr, on peut répondre beaucoup de choses, mais pour un moment, je me laisse emporter par cette joie de penser et de philosopher en route pour demain. Et comme Poucette est partageuse et que les Poucets sont des Poucettes comme les autres, ce monde elle veut bien le partager.

Chochana Boukhobza et Rula Jebreal

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Chochana Boukhobza, française. A vécu plusieurs années en Israël.

J’ai choisi de rapprocher ces deux auteures (Chochana Boukhobza et Rula Jebreal) car toutes deux vivent en dehors d’Israël, la France ou l’Italie. Toutes deux également prennent Jerusalem comme véritable personnage de leur roman, en des descriptions véritablement éblouissantes en ce qui concerne Rula Jebreal.

20% de la population Israélienne est Arabe (source France Inter, émission mai 2012)

Palestiniens de l’intérieur ou réfugiés de l’intérieur sont des Palestiniens détenteurs de la nationalité israélienne. Palestiniens ou Arabes en Israël . « Selon les principes fondamentaux de la démocratie israélienne, ces citoyens ont les mêmes droits que les autres Israéliens. Toutefois, des discriminations sont dénoncées contre ces populations, parfois soupçonnées par leurs concitoyens de soutenir la cause palestinienne aux dépens de l’existence de l’État d’Israël. La majorité des Arabes israéliens ne sont pas appelés à servir l’armée de défense israélienne »

Chochana Boukhobza (hébreu: שושנה בוקובזה  ), née le 2 mars 1959 à Sfax en Tunisie est un écrivain français. Elle a quitté la Tunisie pour Paris à l’âge de 4 ans, puis émigré en Israël à l’âge de 17 ans jusqu’à son retour à Paris à l’âge de 21 ans.1.

Elle a étudié les mathématiques en Israël.

Elle est l’auteur de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le prix Méditerranée en 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Femina en 1987. Elle a aussi écrit de nombreux scénarios. En 2005, elle a co-réalisé un documentaire « Un billet aller-retour » (Paris-Barcelone Films productions).

(source Wikipédia)

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Rula Jebreal

Elle est née en 1973 à Haïfa ; elle est à l’origine de nationalité israélienne (arabe), et a par la suite acquis la nationalité italienne6.

« Suite au suicide de sa mère, elle devient en 1978 élève du Dar al-Tifl ; en 1993, elle part en Italie poursuivre ses études, grâce à une bourse du gouvernement italien. Elle commence à travailler pour la presse en 1997, d’abord dans le domaine social, puis dans celui des affaires internationales, notamment sur le conflit israélo-palestinien. Elle a publié trois livres : les romans Miral et La Promise d’Assouan, et un ouvrages d’entretiens Divieto di soggiorno1concernant les immigrés en Italie.

Relativement au conflit israélo-palestinien, elle assume la position « deux peuples, deux Etats » avec une alliance israélo-palestinienne contre les extrémistes religieux; elle agit aussi pour la réalisation du droit à l’éducation des Palestiniennes. (source Wikipédia)

http://www.france24.com/fr/20100522-journalisme-italie-palestine-femmes-droits-humains

La promise d’Assouan – Rula Jebreal / Voyage en terre palestinienne

La promise d'Asouan Rula Jebreal

Ce livre raconte l’épopée familiale de Mazen Qupti, chrétien copte qui devra fuir avec sa femme et sa fille une Egypte en pleine ébullition pour s’installer dans le Jerusalem des années 20 avant de poursuivre jusqu’à Nazareth pour marier sa fille dont les épousailles ont été arrangées de longue date . Arrivés dans cette ville qui les éblouit, Salua, la fille de Mazen, va être confrontée à une série de drames qui va bouleverser sa vie et l’obliger à prendre son destin en main. Elle assistera à la création de l’Etat d’Israël et à l’effondrement du monde qui était le sien.

Dans la mémoire du père, Jerusalem et la Palestine sont les symboles de la liberté,chacun peut professer sa foi et vivre sa vie comme il l’entend sans être inquiété. Ville sainte de l’Islam, Terre promise des Juifs, Terre sainte pour les chrétiens, la ville apparaît comme le lieu de coexistence de toutes les différences et de toutes les cultures. L’auteure évoque la porte de Damas, par laquelle tous pénètrent avant de se séparer : « Les Chrétiens sont les premiers à tourner à droite vers la Basilique du Saint Sépulcre », puis les Musulman se dirigent plus loin pour monter vers l’Esplanade des Mosquées, pendant que les Juifs poursuivent en descendant vers le mur des lamentations. Jerusalem est « comme un grand livre blanc ouvert sur le monde, où chacun veut écrire quelque chose dans sa langue».

 Mais ce rêve va se briser brusquement : des tensions sont palpables entre la communauté musulmane et les Anglais ; des conflits larvés éclatent à la moindre provocation ou suspicion de part et d’autre. Une violence souterraine agite la ville derrière une apparence de fausse quiétude et de concorde toute relative entre les communautés.

La famille de Salua va en faire l’amère et tragique expérience et sera contrainte de quitter Jerusalem pour Haifa.

Pourtant, ce qui paraissait impossible ailleurs  se réalise ici dans cette ville au bord de la mer, à Wadi Nisnas quartier où vivent ensemble Juifs et Arabes. Et si les mariages entre les deux communautés sont rares, ils se produisent de temps à autre.

« Haïfa semblait pouvoir absorber tout ce qui était étranger, mélanger des gens différents… ». Le destin de Salua va se mêler étroitement à celui des deux autres communautés juives et arabes, des liens vont se tisser, des amours vont naître qui aideront à brouiller les frontières, des amitiés se faire et se défaire.

On trouve dans cette histoire encore une fois le thème de l’échange, du bébé palestinien et musulman qui va grandir dans une communauté juive. Mais je ne vous dévoilerai rien sur le nœud de l’intrigue.

La création de l’Etat d’Israël va bouleverser des vies jusqu’ici paisibles et l’histoire de la dépossession et de l’exil commence pour des milliers de Palestiniens. Les Arabes qui restent obtiendront la nationalité israélienne et c’est leur histoire que nous suivons ici, à travers les expropriations, les violences et les menaces dont ils vont faire l’objet.

  Les bons sentiments ou les causes justes ne font pas forcément de la bonne littérature, peut-être l’engagement nuit-il même parfois parce qu’il apporte une gravité de commande ou parce qu’il alourdit le récit de démonstrations inefficaces. Encore une fois je n’ai pas été complètement convaincu par ce récit même si je l’ai lu sans déplaisir. Les descriptions y sont très belles et l’amour que porte l’auteure à cette terre est palpable à chaque page. Une narration classique nous fait vivre les péripéties de l’héroïne, on prend fait et cause pour elle, on compatit à ses malheurs mais l’émotion est étrangement absente. Reste le voyage sur cette terre de Palestine infiniment précieux.

Le troisième jour – Chochana Boukhobza

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Folio n° 5 335, Denoël 2010

« Dieu a dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu et que les continents apparaissent. Et il en fut ainsi. Dieu nomma les continents terre et il nomma les eaux mers. Puis Dieu a dit : que la terre produise de l’herbe, des plantes portant semences et des arbres fruitiers. Il en fut ainsi et Dieu vit que tout cela était bon, ce fut le troisième jour. »La Genèse Ancien Testament

Ce livre est l’histoire de deux femmes, Elisheva, rescapée des camps de concentration, et Rachel, jeune femme de vingt-trois ans, sa fille spirituelle, liées toutes deux par un même amour de la musique. Elles  pratiquent leur art à New-York et reviennent à Jerusalem pour trois jours. Elles sont violoncellistes et le concert qu’elles vont donner risque bien d’être le dernier.

Elisheva a dû pour survivre jouer de la musique dans le camp de concentration où elle a été déportée avec sa famille. Le bourreau du camp, Hunker, a réussi à échapper à la justice pendant toutes ces années mais il semblerait qu’il vienne bientôt à Jerusalem se recueillir sur les lieux saints du christianisme. Elle va chercher à se venger… Quant à Rachel, elle va revoir l’homme qu’elle a tant aimé au risque de bouleverser sa vie…

Ce livre est rempli de musique mais aussi de bruit et de fureur. La fureur du passé, l’évocation des camps de la mort, des expériences menées sur les prisonniers, la douleur et la mort, mais aussi le vacarme du présent, l’Intifada (nous sommes dans les années 70), la haine entre Juifs Israéliens et Palestiniens, une tension palpable, et l’évocation de la guerre.

En Israël, les femmes n’y échappent pas; elles sont soldates et subissent le même type d’entraînement. Elles participent au conflit armé et prennent des risques.

La famille de Rachel a émigré d’Afrique du nord dans les années cinquante, son père, très religieux s’inscrit dans ces mouvements traditionalistes « qui répète(nt) à longueur d’années que Dieu aime son peuple, qu’Il a donné ce pays des deux côtés du fleuve Jourdain et qu’un jour le Messie se lèvera pour nous restituer notre héritage ». Le dialogue est difficile avec ce père érudit mais conservateur qui refuse de faire le ménage, craignant de « déchoir en épluchant des légumes ou en passant le balai. » qui estime que les garçons, « ce n’est pas pareil ».

Dialogue difficile avec cette Palestinienne qui « me regardait comme si j’étais transparente, comme si je n’étais rien. » raconte-t-elle, «  elle s’adressait à cette transparence pour écouler son raisin. J’avais oublié qu’en principe nous étions ennemies. Qu’il y a entre nous le manque de paix, les pneus brûlés des enfants de Gaza, les tirs de nos soldats à Hébron, à Jénine, à Ramallah, les jets de caillasses des adolescents masqués sur tout ce qui porte l’uniforme de Tsahal, sur toutes les voitures civiles ou militaires, des Israéliens. »

Dialogue difficile avec l’amour, l’amant qui refuse de la suivre dans ses concerts.

Difficile pour les Israéliens de bonne volonté qui voudraient trouver une solution de paix et qui sont pris entre la rancœur et violence mêlées des uns et des autres . Le mal est profond, il s’enracine dans la création même d’Israël et dans les antagonismes religieux. Et à la fin du livre, on ne voit vraiment pas comment cette situation pourrait évoluer favorablement.

Partir comme Rachel ?

Comment concilier destin individuel et collectif ? Au nom de quelle folie collective a-t-on laissé des gens partir dans les camps de concentration ? Au nom de quoi aujourd’hui tant de violences et de crimes se perpètrent encore ?

« Tu es une individualiste, tu n’as pas le sens de la communauté, tu ne sais pas te plier aux règles, tu ne sais pas faire passer le groupe et les intérêts du groupe avant ta petite personne. » reproche son frère à Rachel. Mais l’art n’est-il pas la tentative de rejoindre la communion universelle à partir de sa propre singularité ?

Quelques extraits :

« La jalousie des femmes d’Israël c’est quelque chose. »

«  Le mariage est la hantise des femmes de la région, qu’elles soient arabes ou juives. Les Arabes sont mariées par leurs parents, presque contraintes. Les Israéliennes ont beau être libres, décrocher des galons à l’armée et occuper dans le civil des postes influents, elles ne pensent qu’à convaincre leur amant d’officialiser leur liaison. »

Et l’une et l’autre se jugeaient en silence, l’une qui se disait : malheureuse, t’es prisonnière de ton connard de mari et de ta foutue tradition, l’autre qui ruminait, espèce de sale pute à moitié nue, Juive de malheur, ta vue m’offense les yeux et souille mon âme. »

Les femmes dans les romans : la voix de Yun-Xiang (Les témoins de la mariée de Didier van Cauwelaert

didier van cau

Une femme arrive de Shangai pour épouser un célèbre photographe. Les témoins du futur époux doivent l’accueillir à l’aéroport. Ils n’ont en main qu’une photographie en noir et blanc d’une fille qui est « l’incarnation parfaite de la banalité » : silhouette plate, cheveux raides et sourire sans charme. Ces témoins sont au nombre de quatre, Lucas bouddhiste paraplégique, militant, Jean-Claude, faible et amoureux éconduit, Marlène, galeriste malheureuse en amour et Bany enfant abandonné dans un vignoble à la naissance. Tous les quatre vont tomber sous le charme de cette femme venue d’Asie chargée, ni plus ni moins, de les faire accoucher d’eux-mêmes.

            Cette femme va bouleverser leur vie ! Elle est une accoucheuse d’âmes, ce qui n’est qu’une prolongation de sa fonction biologique première ! Mais elle est aussi une terrible séductrice, un être hybride, transformée et façonnée par la société de son temps.

            De la madone à la bimbo, il y a certes un pas, conséquent à franchir, mais aucune contradiction n’épargne nos sociétés consuméristes. Imaginez peut-être une créature « à mi chemin Jackie-Kennedy geishaentre Jackie Kennedy  et une geisha de Playboy relookée haute couture ». Hum, phantasme quand tu nous tiens… Entre la vierge et la putain, la femme pudique, maternelle et la femme charnelle, un brin perverse et infiniment désirable, l’image de la femme suit quotidiennement de grands écarts que toutes les femmes, malheureusement, ne sont pas capables d’exécuter au quotidien. Mais je vous le dis moi, c’est bien DOMMAGE ! D’ailleurs, le sport, la chirurgie esthétique et la haute couture peuvent vous y aider. Si vous n’y parvenez pas, avouez que c’est tout simplement que vous manquez d’un peu de VOLONTE !

            Il faut préciser aussi que si cette femme plaît aux hommes, elle chavire aussi le cœur (et le corps) des femmes. Au fond, cette femme est une guerrière des temps modernes, une guerrière qui veut l’amour et qui utilisera tous les moyens mis à sa disposition (passions communes, joie de vivre, forces toniques et besoin de protection)  pour réussir. Mais qui est Yun-Xiang ? Pourquoi a-t-elle quitté la Chine ? Esclave moderne ? Manipulatrice ?

            Mais je vous vois venir, vous allez me rappeler que je vous parlais d’une fiancée, d’une futur mariée, et que soudain, je vous embarque dans un discours incohérent sur la vierge, la putain, la bimbo et TUTTI QUANTI ! J’en vois même certains m’accuser de féminocentrisme !

            Pour le savoir, il va vous falloir lire ce savoureux petit livre (183 pages) qui je pense va beaucoup vous amuser. Pas de temps mort dans ce récit mené tambour battant par Didier van Cauwelaert, beaucoup d’humour, un savant mélange de clichés (juste ce qu’il faut) et d’ironie !

Les matins de Jenine – Susan Abulhawa

Les-matins-de-Jenine

A travers le destin d’Amal, la plus jeune fille de la famille Abulheja c’est toute l’histoire de la Palestine qui nous est contée, de 1948, date de la création de l’Etat d’Israël à 2002, après la Seconde Intifada à travers trois générations de Palestiniens.

« Privés de droits, de maison, de nation, tandis que le monde nous tournait le dos, ou acclamait les usurpateurs qui exultaient en proclamant la création d’un nouvel etat auquel ils avaient donné le nom d’Israël ».

            L’histoire d’Amal est d’abord celle d’une dépossession, celle de sa famille, des terres et des oliviers de leur village natal de Ein Hod en Palestine et de l’exil vers le camps de réfugiés de Jenine. La grande Histoire marquera la petite histoire, infléchira le destin de chaque membre de la famille. De la disparition d’ Ismaïl, frère aîné d’Amal, à la folie de sa mère, les vies sont brisées par les soubresauts de l’Histoire. La douleur et la colère conduiront Youssef, l’autre grand frère, à la haine et au désir de vengeance. Amal, tentera, elle, d’échapper au bruit et à la fureur des armes à travers l’exil.

            De solides amitiés se nouent toutefois entre Juifs et Musulmans, dont les liens indéfectibles continueront par-delà la mort. Les identités deviennent parfois plus floues, telle l’histoire de ce jeune Palestinien élevé par une famille juive dans le mystère de ses origines et qui ne se sentira jamais vraiment ni Israélien, ni Palestinien.

            « Ce sont les Palestiniens qui ont payé le prix de la Shoah «  s’écrie un des personnages. En effet, qui peut condamner l’espoir immense d’un peuple d’être à l’abri des errances politiques et des folies meurtrières des Etats ? Les Juifs de la diaspora furent de tout temps persécutés, à la merci de la cruauté des Etats, et de l’antisémitisme. Israël représenta l’espoir d’un refuge et de la protection d’un Etat. Mais fallait-il que ce soit au prix d’une autre injustice ? Ne pouvait-on faire autrement ? Telles sont, au fond, les questions qui parcourent ce livre… « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre »…

            Des voix des femmes palestiniennes s’élèvent pour témoigner non seulement de la dure condition des réfugiés, de la douleur des mères qui perdent leurs enfants dans les conflits armés, mais aussi de la place difficile et parfois étroite que la tradition arabe laisse aux femmes. Rouage essentiel de la résistance palestinienne, garante de la stabilité de la cellule familiale, la femme palestinienne n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur. Cela fait penser à l’histoire de Fadwa Touqan, poétesse palestinienne, née en 1917 a Naplouse qui dut se battre sa vie durant pour échapper à la « prison domestique ». Toutefois, pas de prise de positions féministes dans ce livre. Si Amal s‘émancipe, elle le doit autant à son père qui lui transmet la culture littéraire, qu’à sa mère.

Le silence recouvre la violence faite aux femmes ; si une jeune fille est victime d’inceste, elle doit se taire et cacher sa honte et sa souffrance : « Si les gens l’apprenaient, le scandale serait inévitable. Porter atteinte à la virginité d’une jeune fille avait de graves conséquences dans notre culture. » Pour la jeune fille bien sûr…

Dalia, la mère d’Amal, fut cruellement punie d’une escapade à cheval par une marque au fer rouge appliquée par son père, en public, dans la paume de sa main.

Les filles n’approchent pas les garçons, « Amal ne s’était jamais trouvé aussi près d’un être masculin à l’exception de Youssef, de Baba (le père) ou d’ammi Darwich ». Une coutume veut que la femme soit appelé « mère de tel fils … » Oum Youssef, pour la mère de Youssef.

Hommes et femmes vivent dans des univers séparés, tradition séculaire qui se perpétue mais que la guerre et l’exil, par la force des choses, fait lentement évoluer. Amal y gagne malgré tout son indépendance. L’arrachement se fait dans d tous les sens du terme…

Littérature et engagement ici ne sont qu’un seul projet. Au cœur des personnages, les conflits gagnent en intelligibilité ce qu’ils perdent en objectivité. On comprend mieux ce que peuvent vivre les Palestiniens, la tragédie de ce peuple…

Toutefois la traduction (ou le style) est parfois très malhabile et les fautes de style m’ont fait bondir plus d’une fois. Un avis, au final, assez mitigé. 

Susan Abulhawa

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Susan Abulhawa est née en 1967 en Palestine, de parents réfugiés de la guerre des Six-Jours. 


Élevée en partie
au Koweït, en Jordanie et dans la partie occupée de Jérusalem-Est, elle vit maintenant aux États-Unis. 


Les Matins de Jénine est son premier roman ; il a remporté le Best Book Award 2007 dans la catégorie Fiction historique. 

(source Pocket.fr)

          Très engagée dans la défense du peuple palestinien, Susan Abulhawa a publié  plusieurs articles dans la presse américaine — notamment dans le Daily New de New York, leChicago Tribune, le Christian Science Monitor ou encore le Philadelphia Inquirer . En 2001, elle a fondé l’ONG Playgrounds For Palestine qui a pour mission d’offrir des terrains de jeux aux enfants palestiniens vivant dans les territoires occupés par l’armée israélienne. Plusieurs aires de jeux ont ainsi été créées à Bethléem, Naplouse, Rafah, Khan Younis et Hébron.

 Au printemps 2002, Susan Abulhawa s’est rendu en Cisjordanie. Elle a tiré de son voyage un livre-document, Les Matins de Jénine (2003, éditions Buchet-Chastel 2008) qui, à travers l’histoire de trois générations d’une famille vivant dans un camp de réfugiés, témoigne de la tragédie qui a frappé les Palestiniens après 1948 (année de la création de l’Etat d’Israel). 

source « La République des Lettres, »

Elle a fait partie des écrivains et éditeurs des pays arabo-musulmans qui ont décidé de boycotter le Salon du livre de Paris en 2008, Selon elle, seuls les auteurs et la littérature hébraïque « pure », étaient mis à l’honneur alors que l’arabe est la deuxième langue officielle parlée et écrite à Jérusalem.

« Les organisateurs du Salon du Livre veulent-ils, à l’instar d’Israël, faire comme si la Palestine et les Palestiniens n’existaient pas ? […] À moins qu’ils soient simplement complices d’Israël pour débarrasser le monde de notre peuple, de notre mémoire, de notre culture et de notre histoire ? », s’interroge Susan Abulhawa.

Paroles de femmes : Sahar Khalifa

Sahar Khalifa portrait

As a female writer, I believe that I was able to really dig into different aspects of Palestinian society. Few men can do likewise, because when you look into a mirror you do not want to see how ugly you are. You do not want to see the dimension of things. Men are not used to taking a brave look at things that might hurt their soul. A woman on the other hand, is different. This is because of her education, and how she is raised as a marginal being and an outsider. She is accustomed to look at things not in a glorified manner, but in a more realistic one. However, this does not mean that all women writers see this reality. Several neglect their unprivileged role in society and ignore in the process all marginal people, because they think that they are leaders and have become part of the elite. A woman writer has to have feminist awareness not an ideology. Middle class people can afford to sit and write anything and produce beautiful pieces, but unfortunately this is not the reality of our society. 

En tant que femme qui écrit, je pense avoir été capable de creuser les différents aspects de la société palestinienne. Peu d’hommes ont pu faire la même chose, parce quand vous vous regardez dans un miroir, vous n’avez pas envie de voir combien vous êtes laid. Vous ne voulez pas voir la réalité des choses. Les hommes n’ont pas le courage de regarder en face les choses qui pourraient les blesser. Une femme est tout à fait différente. Cela est dû à son éducation, à la façon dont elle est marginalisée, considérée comme une outsider. Elle a l’habitude de voir les choses comme elles sont, dans leur trivialité. Cependant , cela ne veut pas dire que toutes les femmes écrivains voient cette réalité. Beaucoup ne tiennent pas compte de leur rôle mineur dans la société, et du coup ignorent les marginaux, parce qu’elles pensent qu’elle font partie de l’élite, de ceux qui décident. Une femme écrivain doit avoir une conscience féministe sans s’enfermer dans une idéologie. Les gens de la classe moyenne peuvent se permettre de s’assoir et  d’écrire tout ce qu’ils veulent et créer de belles choses, mais malheureusement ce n’est pas la réalité de notre société.

extrait d’une interview donnée The Star, Jordania, 1998 Interview

Rachel la poétesse – Triste chant

Rachel la poétesse

Triste chant:

« M’entends-tu, toi qui es
Si loin de moi, mon aimé?
M’entends-tu crier à haute voix,
Te souhaitant d’être heureux, te souhaitant près de moi?
Le monde est vaste, ses chemins variés,
Courtes rencontres, longs départs,
Hommes, aux pieds incertains, vous reportez toujours votre retour,
Pour retrouver le trésor que vous avez perdu.
Mon dernier jour approche
Dans les larmes de la séparation
Je t’attendrai jusqu’à ce que
La vie me quitte
Comme Rachel fit avec son bien-aimé. »

rachelRachel (Bluwstein) (1890 – 1931, naît a Vyatka, en Russie et a publié toute sa poésie sous seulement son prénom. Elle arive en Palestinel en 1909 avec sa soeur. Elles décident de rester toutes deux en Palestine comme pionnières sionistes et apprennent l’hébreu. Peu après elle décide d’aller étudier l’agronomie et le dessin en France . Elle retourne en Russie en 1913 pour fuir la première guerre mondiale et parce qu’elle ne peut retourner en Palestine. Elle y  contracte la tuberculose. En 1919, elle retourne en Palestine et  passe les dernières années de sa vie à Tel-Aviv où elle meurt à l’âge de quarante ans. (source Wikipédia)

Histoire et littérature

Israël

Palestine

 

Histoire de l'autre
1947-1949Création de l’Etat d’IsraëlInstauration d’un havre après 200 ans de persécutions et de génocide. 1947-1949La Nakba, la Catastrophe. Déracinement et exil. Expropriation de la terre. Les réfugiés sont parqués au Liban, en Jordanie et en Syrie.
Guerre entre Israël et cinq pays arabes (Liban, Syrie, Jordanie, Egypte, Irak)
Quatre mères de Shifra Horn

Ce roman nous conte la vie et les amours de quatre générations de femmes de la Palestine Ottomane à l’Israël d’aujourd’hui. Cette grande fresque révèle, avec en toile de fond les événements historiques qui ont jalonné cette période, l’autre visage, méconnu de Jerusalem.

quatre mères

 

La Promise d’Assouande Rula Jebreal

Editeur : AltalParution : 5 Septembre 2007

Dans les années 1920, Salua, une jeune chrétienne copte, vit l’exil d’Egypte à Jérusalem puis à Haïfa, où elle épouse un musulman. Le bonheur semble trouvé jusqu’en 1948, quand éclatent les conflits entre communautés juives et arabes et que sa famille est dispersée. En 1970, Salua, en procès pour récupérer sa maison de Haïfa, retrouve son fils en la personne d’un jeune avocat juif adopté par des Français.

L’auteure, Rula Jebreal, est une journaliste et écrivaine, née en Palestine.
En 1993, elle s’expatrie en Italie, où on lui confie la rédaction de sujets sur la condition féminine.

Susan Abulhawa – Les matins de Jenine

Comme son père, et comme le père de son père, Hassan vit de la culture des olives dans le petit village palestinien d’Ein Hod. Mais en 1948, lors du conflit qui suit la création de l’Etat d’Israël, Ein Hod est détruit et ses habitants conduits vers un camp de réfugiés. Pour Hassan, cet exil s’accompagne de la douleur de voir l’ancestral cycle familial brisé à jamais. Son jeune fils Ismaïl a été enlevé par des Israéliens qui lui cacheront ses origines. L’aîné, Youssef, grandira dans la haine des juifs, prêt à toutes les extrémités. Quant à Amal, sa fille, elle tentera sa chance aux Etats-Unis, inconsolable cependant d’avoir fui les siens. La guerre les a séparés. Elle seule pourra les réunir…

. 5-10 juin 1967

Guerre des six jours

Egypte, Syrie et Jordanie attaquent Israël qui réplique et envahit le Sinaï, la Cisjordanie, Gaza, le plateau du Golan en l’espace de six jours

La conquête de territoires assure un accès aux lieux saints comme le Mur des Lamentations à Jérusalem Contre l’occupation, l’OLP (Organisation de libération de la Palestine » prône la lutte armée.
2 365 soldats israéliens meurent. La colonisation se poursuit et l’idée dun Grand Israël apparaît comme un moyen de protéger les frontières. 6-24 octobre 1973

Guerre du Kippour

Attaques des armées syriennes et égyptiennes.

Après le traité de paix avec l’Egypte, Israël restitue le Sinaï en 1982

L’occupation devient insupportable et le terrorisme est légitimé comme moyen de résister.
Nécessité d’un dialogue qui aboutit aux accords d’Oslo. Le 13 septembre 1993 est signée à Washington, la Déclaration de principe, qui prévoit l’autonomie de l’autorité palestinienne. 9 décembre 1987

Première Intifada

Invasion du Sud-Liban en 1982 . transfert de l’OLP à Tunis en 1987 et le massacre des réfugiés palestiniens à Sabra et Chatila par des milices alliées à Israël. La population des territoires se soulève contre l’Occupation. La guerre des pierres conduit aux négociations d’Oslo.

Révolte d’un peuple contre l’occupation militaire, la grande Intifada (secousse) est la conséquence du désespoir du peuple palestinien.Cela conduit les Nations Unies à reconnaître l’OLP.

 

1996 – élection du premier ministre

Alona Kimhi – Suzanne la pleureuse

« Suzanne Rabin pleurniche, larmoie, sanglote le plus clair de son temps, sans raison apparente. « Emotionnellement instable depuis la mort de son père, survenue lorsqu’elle était adolescente, elle a trente-trois ans, mais n’arrive toujours pas à quitter sa mère et leur petite vie dans la banlieue de Tel Aviv .

Le Troisième jour par Chochana Boukhobza

« Rachel, d’origine tunisienne, Elisheva la Polonaise, mais aussi Carlos, le juif marrane, Eytan, né en Israël, Katia, rescapée russe, ou encore Ahmed le Palestinien… c’est toute la richesse et la complexité du peuple israélien, sur fond d’Intifada, que Chochana Boukhobza, française née à Sfax (Tunisie) en 1959, nous dépeint abordant ou effleurant l’emprise du religieux, la folie des mères de militaires morts au combat, là les dissensions entre les générations, la peur des attentats, mais aussi l’appétit de vivre de tout un peuple. « »d’après l’Express

 
Pour les Israéliens, cette visite n’est qu’un prétexte, l’insurrection était préparée à l’avance. 28 décembre 2000

Seconde Intifada

A la suite de la visite d’ariel Sharon, le chef du Likoud (la droite israélienne) sur l’esplanade des Mosquées.

Cette visite est considérée comme une provocation sur un lien sacré pour les musulmans. C’est aussi une réponse à l’obstination d’Israël à ne pas remettre en cause la colonisation.
Ode à la joie de Shifra Horn (Fayard)Par une morose journée de janvier 2002, la jeune et belle anthropologue yaël maguid, au volant de sa voiture, se dirige vers l’université de jérusalem. elle s’arrête à un feu rouge, la radio diffuse l’ode à la joie, et par la vitre arrière du bus arrêté devant elle, une fillette de trois ans environ s’amuse à lui faire des signes de la main. yaël a le temps de jouer avec l’enfant quelques instants lorsque l’autobus explose. Obsédée par cette petite fille dont elle ne retrouve pas la trace parmi les victimes, elle part à sa recherche tout en essayant de se reconstruire. quête qui l’oblige à remettre en question son passé, ses rapports avec ses parents, son mari, son jeune fils, ses amies et ses professeurs. Coupe en profondeur de l’Israël de la seconde intifada. l’influence du conflit qui perdure, de la sensation de menace permanente sur la société et sur l’individu

 

Un printemps très chaud de Sahar Khalifa

Le camp palestinien de `Ayn el-Morjân et la colonie israélienne de Kiryat Sheiba sont séparés par une clôture métallique. De part et d’autre, deux enfants s’apprivoisent. Mais la clôture devient un mur entre deux communautés qui se haïssent ou, au mieux, s’ignorent. Ou pactisent. Tout est vu à travers le regard d’Ahmad, le jeune Palestinien, en proie aux problèmes de son âge, à sa timidité, à un amour naissant, aux conflits de générations, à la rivalité qui l’oppose tendrement à son grand frère Majid. Son univers bascule quand il s’introduit derrière la clôture : emprisonné, il passe de l’enfance à l’adolescence. Des illusions à une réalité d’autant plus dure et amère que, entre-temps, la seconde Intifada a éclaté, et que Majid, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, doit entrer dans la clandestinité, début d’un calvaire qui l’entraînera notamment jusque dans le quartier général assiégé de Yasser Arafat.

La prise de pouvoir par le Hamas inquiète. Tirs de roquettee sur le Sud, la bande de Gaza devient « entité » hostile ». En riposte aux attentats, la barrière de sécurité doit protéger la population civile israélienne des attentats et délimiter des frontières. Septembre-novembre  2008

Le Hamas prend le pouvoir à Gaza

Scission politique entre les territoires. Poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Fin de la construction du mur de sécurité par Israël

Le blocus israélien crée la misère. Les Palestiniens subissent une nouvelle humiliation : « Le mur de la honte ».
Opération Plomb durci : bombarde les installations du Hamas.Envoi de troupes dans la bande de Gaza que l’armée quitte le 21 janvier 2009 2008-2009

Fin de la trêve partielle qui a duré cinq mois

 

Les tirs de roquettes vers Israël reprennent en représailles.

Alona Kimhi

Alona-Kimhi

Alona Kimhi est née en 1966 en Ukraine. En 1972, alors qu’elle n’a que cinq ans,  sa famille émigre en Israël à Kyriat Bialik suite à l’hostilité du pouvoir russe envers la communauté juive. Elle a une adolescence difficile, Après son service militaire, elle fait des études de théâtre à l’académie Bet Zvi, Academy for performing Arts et entame une carrière de comédienne au théâtre et au cinéma. « Si elle dit ne pas avoir souffert de l’exil et de son traumatisme, elle confesse son dégoût des événements qui ont marqué l’histoire récente au Proche-Orient » source CNL

          . En 1993 elle commence à publier des pièces de théâtre puis se tourne définitivement vers la littérature, travail en solitaire qui convient mieux à sa personnalité.

En 1996 avec la publication de son premier recueil de nouvelles, Moi Anastasia, primé dès sa parution en Israël.

« Ces premiers textes annoncent l’originalité de l’œuvre de la future romancière. La touche particulière d’Alona Kimhi réside dans sa capacité à rendre le désespoir presque drôle. Suivront deux romans, Suzanne la pleureuse en 1999 et Lily la tigresse en 2004 qui lui apportent une consécration internationale. »

Moi, Anastasia, nouvelles, trad. par Rosie Pinhas-Delpuech, Gallimard, mars 2008

Lily la tigresse, roman, trad. par Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2007

Suzanne la pleureuse, roman, trad. par Rosie Pinhas-Delpuech, Gallimard 2003

Elle obtient le prestigieux prix Bernstein en Israël et le prix Wizo en France pour « Suzanne la pleureuse ».

En 2001, Le Prix du Premier Minsitre lui est attribué.

Kimhi a également écrit un livre pour enfants ‘Superbabe et le Cercle Enchanté’ (2001).

Elle se situe à la gauche du parti travailliste et est favorable à la paix,

« L’Occident est obsédé par l’islam. Cette obsession, cette crainte, par ricochet, alimente une certaine sympathie vis-à-vis d’Israël. Pourtant, la société palestinienne est elle aussi bien digne de compassion. La communauté internationale devrait davantage porter secours à la société palestinienne, en proie à une grande pauvreté, au chômage et au désespoir. C’est en aidant ces gens-là, en apaisant leur frustration qu’indirectement on contribuerait à favoriser la paix au Proche-Orient. », dit-elle dans son interview au Figaro.fr

Interview du Western Culturel

Interview au Figaro.fr en 2007

Suzanne la pleureuse – Alona Kimhi

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Alona Kimhi –Suzanne la pleureuse (1999) – Gallimard 2001 pour la traduction française. Traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech

  Suzanne pleure, son corps secoué de sanglots, traversé par une peine immense. Les émotions la débordent, la rendent « instable » depuis la mort de son père, inadaptée, accrochée à sa mère et à la routine d’une vie bien réglée dans laquelle il ne se passe rien. Son corps la dégoûte, elle se cache et devient transparente afin de se préserver de toute épaisseur. Elle pense que rien ne change vraiment, est apolitique et « flegmatique ». Ce qui ne l’empêche pas de sculpter une petite marionnette à l’effigie de Yasser Arafat.

Pourtant elle est traversée malgré elle par l’histoire, celle de son nom, Suzanne Rabin, qui n’est pas lié à la famille de Yitzhalk Rabin, assassiné par un extrêmiste religieux en 1995 mais qui par homonymie la rattache fortement à l’histoire de son pays.

Elle n’est pas la descendante directe de Suzanne, jeune femme de l’histoire biblique, qui surprise alors qu’elle prenait son bain, refusa les propositions lubriques de deux vieillards qui l’accusèrent d’adultère pour se venger et la firent condamner à mort.

Elle pleura toutes les larmes de son corps devant tant d’injustice. Le prophète Daniel fut certainement touché par ses larmes et s’attacha à prouver son innocence.

A priori rien ne la rattache non plus à cette Suzanne-là si ce n’est un portrait qui la représente et lui ressemble étrangement.

Comment sécher toutes ces larmes ? Naor, lointain cousin, qui s’installe chez elle et sa mère, y parviendra-t-il ? 

Il est beau, plein de ce « mystère masculin » potentiellment dangereux évoqué par la mère de Suzanne : « Ils ont de grandes forces de destruction. Et une forme d’impuissance enracinée. »

Suzanne raconte avec un humour décapant les divers bouleversements qui vont avoir lieu dans son existence sur fond d’élections du Premier Ministre israélien et de déprime nationale généralisée.

A l’encontre de Zeruya Yalev qui n’évoque jamais les questions politiques dans ses romans, Alona Kimhi n’esquive pas l’actualité brûlante et les paradoxes des israéliens.

coup-de-coeur

Ce livre est profond, drôle et touchant. Il raconte l’éveil d’une femme à son corps et à la vie. J’ai beaucoup aimé le style alerte et l’humour jubilatoire de l’auteure. Je vous le conseille vivement. Pour moi en tout cas, un véritable coup de cœur.

 

Opinion d’une femme sur les femmes – Fanny Raoul

Fanny-Raoul

Opinion d’une femme sur les femmes – Fanny Raoul – Texte présenté par Geneviève Fraisse- editions « Le passager clandestin » suivi de « Votez pour le Ken le plus sexy de la culture avec Radio France » par Marie Desplechin

vignette Les femmes et la PenséeEn 1801, une jeune Bretonne de 30 ans dont on ne sait aujourd’hui presque rien, s’adresse aux femmes de son temps pour les prendre à témoin des interdits, servitudes et violences qu’il leur faut encore affronter, aux lendemains de la Révolution.

Ce texte est extrêmement émouvant car c’est le cri et la révolte d’une femme qui nous parvient par-delà les siècles et prend à témoin la postérité. Une jeune femme qui  assure avec force, dans des élans visionnaires, qu’un jour les servitudes auxquelles sont assujetties les femmes et qui semblent si enracinées dans les traditions, cesseront. Peu nombreuses sont alors les femmes de lettres. A Constance Pipelet (Constance de Salm ) qui écrit des poèmes, le poète Ecouchard Lebrun (qui lui n’a pas eu les honneurs de la postérité) ordonne avec mépris : « Inspirez, mais n’écrivez pas ». La misogynie ambiante est assez virulente puisqu’un projet , défendu par son auteur Sylvain Maréchal, et intitulé « Projet portant défense d’apprendre à lire aux  femmes » a pu voir le jour et faire débat.

A travers ce texte, on sent toute la détermination, le courage, l’intelligence , la finesse mêlés à la souffrance et au désespoir de cette jeune femme.

Elle construit une argumentation rigoureuse où elle discute point par point les préjugés et les opinions de son temps, en essayant d’en montrer l’arbitraire et l’absurdité. L’asservissement des femmes  sert selon elle des fins politiques, les hommes ne souhaitant pas avoir des rivales en la personne de leurs compagnes. Elle le démontre avec force et en fait voir tous les ressorts.

Selon elle, les hommes et les femmes ayant une part égale dans les processus de la reproduction, « cette nécessité réciproque est donc le fondement de leur égalité naturelle », ils doivent avoir également la même part d’avantages dans la société et la même protection par la loi. Elle démonte l’argument selon lequel les femmes ne sont pas capables d’assumer des fonctions ou des charges politiques en expliquant que cet argument est absurde et ne peut valoir puisque, de toute façon, on ne leur a jamais laissé le loisir de prouver le talent dans ce domaine . Elles sont ignorantes, soit, c’est souvent le cas, mais c’est parce qu’on leur interdit l’accès à toute éducation. Ceux-là même qui devraient les défendre, qui possèdent toute la puissance de la raison, les philosophes, puisqu’ils s’appliquent à démontrer les erreurs et les préjugés des Hommes, ne font rien pour elles. (Poullain de la Barre, mais il était prêtre avant de se convertir au protestantisme- en 1673, fait paraître anonymement De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugez )

« Il est remarquable de voir des philosophes s’attendrir sur le sort d’individus dont un espace immense les sépare tandis qu’ils ne daignent pas s’apercevoir des maux de ceux qu’ils ont sous les yeux ; proclamer la liberté des nègres, et river la chaîne de leurs femmes est pourtant aussi injuste que celui de ces malheureux ».

Elle dénonce également, ce qui, à ses yeux, est plus grave encore : « A force de leur dire qu’elles étaient faites pour l’esclavage, on est parvenu à le leur faire croire et à éteindre conséquemment en elles toute énergie et tout sentiment d’élévation. »

Si l’on considère le sort fait aux femmes dans de nombreuses régions du monde, et les arguments développés pour le justifier, ce texte, deux cent ans après sa publication, garde toute son actualité.

Un beau texte très émouvant, un témoignage par-delà les siècle, qu’il faut lire absolument.

Virginia Woolf – L’histoire d’une vie

VV histoire d'une vie

Adeline Virginia Stephen est née le 25 janvier au Hyde Park Gate à Londres, troisième enfant de Julia et de Leslie Stephen après Vanessa née en 1879, Thoby né en 1880, et avant Adrian né en 1883. Sa mère avait deux fils d’un premier mariage, Gerald et George Duckworth, et son père une fille, Laura.

L’intérêt de la biographie d’Alexandra Masson est de relier de manière étroite la vie de Virginia Woolf à ses œuvres. En effet, son œuvre est largement autobiographique même si l’auteur prend garde à brouiller les pistes dans ses romans. Alexandra Masson montre comment le thème de l’enfance revient comme un paradis perdu. Des lieux deviennent mythiques comme St Ives, petit village où la famille Stephen se rendait chaque été jusqu’à la mort de la mère.

« La promenade au phare », « Les vagues », ou « La chambre de Jacob » reprennent des images ou des souvenirs de cet endroit.

Mais les membres de sa famille tiennent également une place importante. Son frère aîné, Thoby, est un personnage central dans son œuvre et inspire celui de « La chambre de Jacob », comme celui de « La promenade au phare ».

Des thèmes reviendront très souvent également, comme celui de l’eau, par qui tout commence et tout finit. Dans « Les vagues », on entend le bruit de la mer, « La promenade au phare » indique assez bien sa présence.

Sa mère, très tôt disparue à l’âge de 49 ans, lui manquera cruellement – d’ailleurs les troubles nerveux de Virginia Woolf commenceront peu après. Elle représentait le modèle de la femme victorienne, dévouée à son mari et à ses enfants, victime de la société patriarcale incarnée par son mari. En réaction peut-être à ce modèle, Virginia et sa sœur, chercheront à réaliser leurs aspirations personnelles, l’une par la peinture, l’autre par l’écriture. Sa sœur Vanessa, avec laquelle elle entretiendra toute sa vie des liens fusionnels empreints de rivalité, et à laquelle elle se comparera toujours, apparaît également dans son œuvre.

Se réaliser passe d’abord par avoir « une pièce à soi » et donc jouir d’une certaine indépendance financière. Ses premiers revenus lui viendront du journalisme. Non seulement l’écriture est une thérapie mais elle lui permet de gagner de l’argent.

Virginia Woolf a commencé comme critique littéraire dans « The Guardian » puis écrit un premier roman, « La traversée des apparences » auquel elle consacrera huit années de sa vie. Elle écrira ce livre dans la souffrance , « écrire est un enfer » dira-t-elle dans son journal. D’ailleurs  presque chaque livre sera suivi de périodes de dépression. Elle passe par des états qui alternent la plus grande exaltation avec le plus profond désespoir. Elle considèrera  chaque livre comme une thérapie.

Virginia Woolf est en fait méconnue ou mal connue. Il est assez significatif d’ailleurs qu’un film ait associé son nom à la folie et à la peur : « Qui a peur de Virginia Woolf ? ».

On a peu souligné le courage de cette femme qui se battit contre la maladie mentale sans l’aide de la médecine, à l’époque assez démunie dans le traitement des maladies mentales. Les œuvres de Freud ne sont pas encore assez connues et même si la Hogarth Press, maison d’édition fondée par Virginia Woolf et son mari, Léonard Woolf, publiera les œuvres du maître de la psychanalyse, Virginia refusera toujours d’entamer une thérapie, consciente que c’est aussi dans ce déséquilibre émotionnel qu’elle trouve une partie de sa créativité.

Vanessa et Virginia Woolf, même si elles ne vont pas à l’école, seuls les garçons ont ce droit, c’est le choix du père, bénéficient d’une instruction donnée par des précepteurs. Elles sont filles d’intellectuels cultivés et  acquièrent une culture que peu de femmes ont à leur époque. Jusqu’à l’âge de douze ans son père dirige le choix de ses lectures : Euripide, Sophocle, Platon, Jane Austen, Dickens, George Eliot entre autres. Toute sa vie, la lecture sera une de ses occupations privilégiées car elle l’apaise. Même quand elle écrira ses propres livres, elle suivra toujours un programme important de lectures. Proust est pour elle le modèle absolu, mais elle lit aussi Ibsen, Shakespeare, Tchekhov.

L’écriture selon elle, naît d’un choc affectif qui est à l’origine de sa vocation .L’écriture de son journal, qu’elle tiendra pendant près de trente ans lui permettra de noter tous ses sentiments au fur et à mesure de l’écriture de ses romans.

On a souvent l’image d’une femme dépressive et suicidaire alors qu’on trouve dans ses romans une sensualité, une jouissance devant la beauté de la nature ou l’intensité du moment qui la contredit totalement. Elle devait tout ressentir avec beaucoup d’intensité, la douleur comme le bonheur, en tout cas c’est ce qui ressort de la biographie d’Alexandra Masson. D’ailleurs, Mrs Dalloway , récit de la journée d’une femmes à Londres,  représente bien cette dualité, « le monde vu par la raison et par la folie » comme elle le note dans son journal.

Les traumatismes subis, la mort de sa mère lorsqu’elle avait 13 ans , puis de sa demi-sœur Stella deux ans après, suivi par celle de son frère Thoby  en 1906 aggravent son sentiment d’insécurité. Les viols dont elle fut victime de la part de ses demi-frères renforcèrent le traumatisme originel. Elle se réfugie dans l’écriture qui lui permet de survivre.

Pour mener son métier d’écrivain à bien malgré sa santé fragile, elle trouvera en Leonard Woolf un allié précieux, au moins jusqu’à un certain point. Ils se marieront et Leonard se consacrera totalement aux soins de son épouse jusqu’à régler son emploi du temps de manière draconienne. Un dévouement si total qu’il devient aussi une forme de tyrannie ! Mais chacun certainement y trouve son compte. Virginia apprécie certainement au début d’être ainsi totalement prise en charge car cela lui permet de se consacrer à l’écriture. Mais en contrepartie, son mari l’enfermera dans son rôle de malade.

En quelques années, à partir de 1919, elle publie plusieurs romans : « Nuit et jour », « La chambre de Jacob » et Mrs Dalloway en 1925. En parallèle, Virginia Woolf assume son amour pour les femmes avec la liaison passionnée qu’elle entretiendra avec Vita Sackville-West. Cette dernière lui inspirera le personnage d’Orlando qui paraît en 1928, précédé par « La promenade au phare » en 1927. Orlando pose la question du masculin et du féminin et de leur catégorisation. Virginia Woolf ne se considère pas comme une lesbienne, terme qu’elle abhorre, mais sent qu’elle est « mélangée ». Les amitiés féminines auront une grande importance dans sa vie, Katherine Mansfield, avec laquelle elle aura une relation plutôt mouvementée, ou Violet Dickinson qui la prit sous son aile après la mort de sa mère et lui permit « d’exprimer ses premières émotions littéraires ».

Virginia Woolf s’est construite en s’opposant au modèle de la femme victorienne, pour autant elle n’est pas une pionnière héroïque du mouvement féministe. Ethel Smith, autre grande amie, beaucoup plus âgée qu’elle, est très engagée dans ces mouvements. Virginia Woolf publie en1929, « Une chambre à soi », plaidoyer pour la liberté des femmes, suite à un séminaire auquel elle a participé à Cambridge sur les femmes et le roman. Elle y dénonce avec force l’injustice faire aux femmes sur le plan économique, social et politique. Très jeune, elle a apporté son aide aux suffragettes, elle a aussi donné des cours de littérature à des ouvrières

En 1931, elle publie «  Les Vagues », son roman le plus expérimental. Il  qui consiste en six monologues portés par Bernard, Susan, Rhoda, Neville, Jinny, et Louis. Percival, le septième personnage, ne parle jamais lui-même.

En 1937, « Les Années », suivi de « Trois Guinées » en 1938, prennent un tour plus politique et polémique, en traitant dans un style très différent de la place de l’écrivain dans la société. Virginia pousse toujours dans des directions différentes ses recherches formelles. Auparavant, Flush, en 1933, ne déroge pas à la règle,  car le style en est très différent, l’auteur s’amuse et esquisse une biographie fictive de la poétesse Elizabeth Barrett Browning vue par son cocker.

En 1939, elle entreprend une biographie « Une esquisse du passé » qui réveille des souvenirs douloureux et la fait sombrer à nouveau dans la dépression.

En 1940, elle publie une biographie de Roger Fry, biographie de son ami peintre, ancien amant de sa sœur. Mais la guerre gronde et fait ses premiers ravages et Virginia Woolf ne se sent plus le cœur à écrire. Comment l’art pourrait-il gagner face à la guerre, quelle pourrait être la force de l’écriture face à la barbarie ? L’auteur perd pied et de laisse envahir par le désespoir, en 1941, le 20 janvier,  elle envoie « Entre les actes » à son éditeur et le 28, elle se suicide en se jetant dans la rivière de l’Ouse, les poches de son manteau lestées de pierres. L’eau est par ce quoi tout commence et tout finit. Une grande romancière disparaît, laissant une œuvre considérable et d’une grande diversité.

La biographie d’Alexandra Masson est passionnante à tous les points, et tente de faire comprendre avec beaucoup de finesse et d’intelligence qui fut Virginia Woolf. A lire absolument pour comprendre la grande romancière.

Mrs Dalloway – Virginia Woolf

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Virginia Woolf est née en 1882 à Londres au sein d’une famille bourgeoise et cultivée ; son père était  critique littéraire et ami de Henry James, Tennyson et GeorgeEliot ; et fonda le « Dictionary of National biography ».

Elle devint un écrivain célèbre et publia de nombreux livres, romans et essais. Peu après le décès de sa mère, débuta une longue suite de dépressions qui la conduisit au suicide en 1941.

Elle révolutionna la théorie du roman dans « Mrs Dalloway ».

Ce livre pourrait n’être au premier abord que le récit de la journée d’une femme, Clarissa  Dalloway, qui prépare une réception. Un matin, elle décide d’aller acheter des fleurs…

Clarissa est la femme de Richard Dalloway, membre du parlement. Elle a 52 ans, est encore assez belle et se souvient des jours passés au fil de sa promenade.

Elle appartient à la bourgeoisie anglaise et doit tenir son rang : elle reçoit les personnalités utiles à la carrière de son mari comme toute bonne épouse « victorienne ». Mais elle est à la charnière de deux mondes à travers sa fille Elizabeth qui, éduquée, pourra choisir une de ces nombreuses professions qui sont désormais accessibles aux femmes. Sous une apparence futile, cette femme possède une faille, une insatisfaction profonde qui la mine malgré son amour de la beauté et de la vie.

Big Ben sonne les heures, rappelle le temps qui passe et la fragilité de toute chose.

Clarissa descend Bond Street et nous lisons le contenu de ses pensées et celles de chacun des inconnus qu’elle croise. Chaque personnage est relié aux autres dans d’invisibles correspondances.

Virginia Woolf bouscule ici les conventions du roman réaliste, et fait disparaître l’intrigue classique car il n’y a pas d’histoire proprement dite.  Elle s’attache à l’essentiel qui est invisible et ne garde que les éléments strictement indispensables.  Les personnages font écho les uns aux autres et servent de fil conducteur au récit, offrent un ordre intelligible : on apprend que Clarissa a aimé un homme « Peter Walsh « , et l’auteur nous livre un peu plus loin les pensées de ce même Peter qui font écho à celles de Clarissa. Le dénouement de Mrs Dalloway est si vague qu’il laisse place à toutes les interprétations possibles. Pourtant on perçoit bien à travers le personnage de Septimus, jeune homme traumatisé par la guerre et qui songe au suicide, la fragilité de Clarissa.  L’intrigue devient alors « un mouvement organique en quelque sorte, qui progresse presque inconsciemment, qui n’est pas sorti d’une idée préconçue, qui a gardé toute la complexité et l’imprévisibilité des faits humains. » 

Virginia Woolf était une fervente admiratrice de Proust et on retrouve dans son roman la palette impressionniste : « Mais même après la disparition des choses, la nuit en reste pleine ; vidées de leurs fenêtres, elles existent avec plus de poids, exprimant ce que la franche lumière du jour, ne parvient pas à transmettre – la confusion et l’incertitude des choses regroupées là dans l’obscurité. »

L ‘obscurité des profondeurs, il s’agit bien de cela, de cet aspect de nous-mêmes que nous ne connaissons pas, notre inconscient, qui ne laisse filtrer que des images autorisées et éparses.

Clarissa n’est pas sereine malgré des apparences assez lisses, elle subit l’assaut « d’un monstre tapi dans les profondeurs ». Lorsqu’on connaît la vie de l’auteur, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec ses longs moments de dépression, les hallucinations dont elles souffrit. Elle les dépeint longuement dans le personnage de Septimus. Elle raille l’incapacité des médecins qui ne prescrivent que de faux remèdes, impuissants qu’ils sont à soulager la souffrance de leurs malades qu’ils abandonnent à eux-mêmes.

Mais elle livre aussi son émerveillement devant la beauté des choses, leur profusion et leur scintillement.

Un très beau roman, à l’écriture poétique et parfois douloureuse, mélancolique et prophétique à la fois. Une écriture d’une densité, d’une maîtrise exceptionnelle dans une construction d’une grande rigueur. A lire absolument.

Le roman psychologique de Virginia Woolf de Floris Delattre, p 220 Librairie philosophique J. Vrin