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Kikou Yamata – La dame de beauté

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Kikou Yamata (1897-1975)  publia de nombreuses œuvres en France, côtoya des grands noms de la littérature et du monde des lettres – André Maurois, Anna de Noailles, Jean Cocteau et Paul Valéry qui préfaça un de ses poèmes- pour être à peu près oubliée aujourd’hui. Son père, japonais, était consul du Japon à Lyon, et sa mère française, ce qui lui assurait la connaissance des deux cultures dont elle devint la médiatrice au Japon comme en France.

Arrivé à Paris à 26 ans, elle devint vite la coqueluche des salons parisiens et fit découvrir le Japon à ses contemporains qui ne le connaissaient guère qu’à travers les romans de Pierre Loti. Ce fut avec le roman « Masako » qu’elle devint célèbre en 1925. Elle quitta Paris pour le Japon en 1939 mais revint après la guerre. Elle fut faite Chevalier de la Légion d’Honneur en 1957.

 

La dame de beauté fut publié en 1953 et réédité chez Stock en 1998.

Dans la préface à l’édition de 1953, sous forme de lettre à son éditeur, l’auteur indique que celui-ci a supprimé certains passages de « Masako » sous prétexte que cela aurait pu lui enlever « toutes les jeunes filles comme lectrices ». Censure discrète, « quelques mots » furent enlevés, mais qui en dit long sur la pudibonderie de l’époque, une jeune fille étant une femme non mariée, c’est-à-dire ignorant tout ( ?) ce qui touche aux passions du corps et à la sexualité. L’ignorance des jeunes filles devait leur garantir certainement une plus grande vertu. Enfin bref « La dame de beauté » qui fut publié 28 ans après « Masako » se montre tout aussi elliptique en ce qui concerne la sexualité féminine. Et je viens de lire récemment que Edna O’Brien, auteure irlandaise avait dû publier ses romans en dehors de l’Irlande pour ne pas choquer elle aussi, ses lecteurs. Comme quoi à d’autres temps, pas forcément d’autres mœurs.

 

Nobouko Hayashi, l’héroïne de ce roman, appartient  à la haute société japonaise à la veille de l’entrée en guerre du Japon dans la seconde guerre mondiale. Comme beaucoup d’hommes de son époque et de son milieu , son mari entretient un pied-à-terre à la capitale, où il vit avec sa maîtresse, une geisha. Tout le monde le sait mais personne ne l’évoque. Elle-même se garde bien d’aller rendre visite à son mari, de même qu’elle ne téléphone jamais en personne en cas d’urgence.

Nobouko est une femme fière mais seule et humiliée. La guerre déclarée, elle va être soumise à de nombreuses corvées censées montrer son patriotisme mais cela ne l’enthousiasme guère. Elle échappe tant bien que mal aux restrictions et couve son fils d’un amour exclusif et envahissant, reportant sur lui son immense besoin d’affection.

Kikou Yamata évoque les coutumes en vigueur à l’époque : on y apprend ainsi que les parents doivent présenter à leur fille des partis jusqu’à ce qu’elle se déclare en mesure d’en accepter un.

Une fois mariée , la jeune femme change de statut et coupe ses longues manches lorsqu’elle attend un premier enfant, le summum de l’érotisme consistant à frôler avec cette étoffe, tout en marchant, les jambes de son mari. Mais l’expérience de la sexualité est parfois un traumatisme, comme dans le cas de Nobouko, « un simple enjambement », une offense physique, ce qui n’aide guère à rapprocher mari et femme.

Il faut dire que la manière dont la mariée était apprêtée ne favorisait guère les ébats amoureux : elle était coiffée de coques hérissées d’écailles et vêtue d’un kimono somptueux dont la ceinture en tapisserie était œuvrée à l’ongle dans les ateliers de Kyoto, et sur lequel elle portait un lourd manteau de cour. La jeune femme était plutôt engoncée dans tous ses vêtements, ce qui devait augmenter encore un peu plus la maladresse du mari, qui ne devait guère être plus informé que sa dulcinée des attentes de sa compagne.

Le comportement des femmes était extrêmement codifié, et un livre « Le Haut savoir des femmes » rassemblait toutes les règles qu’une femme devait connaître pour être une bonne épouse. Ainsi une femme ne devait jamais se mettre en colère mais exprimer seulement sa désapprobation de manière indirecte sans jamais prendre de front son époux. Elle devait dire : « Je ne vous adresse pas de reproche mais… ». Enfin, la femme était là pour répondre au mieux aux désirs de son mari.

La force de ce roman est de montrer comment ce monde se fissure peu à peu et va bientôt s’écrouler avec la fin de la guerre.

Nobouko est une victime des conventions qui la ligote, de ce monde féodal qui craque de partout, sans dialogue possible avec son mari qui lui est un total étranger, et sans amour, l’amour impliquant, par le fait, un minimum de réciprocité.

Les limites en sont justement ses aspects didactiques qui alourdissent parfois le récit. On sent que Kikou Yamata fait ici la leçon, qu’elle commente à dessein. Le récit manque également de rythme, est parfois monotone. Il a plus valeur de document sur l’époque. Et c’est ce qui m’a particulièrement intéressé à sa lecture : le plaisir d’exhumer un vieux livre plein de poussière et un texte légèrement démodé.

Hermine Lecomte du Nouy – Amitié amoureuse

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Hermine Oudinot Le comte du Nouy (1854-1915), femme de lettres françaises, tint un salon couru où se pressèrent des jeunes gens en vogue tels que Marcel Prévost, Paul Bourget, Paul Hervieu…. Après Amitié amoureuse publié aux éditions Calmann Lévy en 1897, elle érira notamment « L’amour est mon péché », « Le doute plus fort que l’amour et « Mater Dolorasa »

 

Elle signa ses œuvres sous un pseudonyme « Paul Guérande »

 Hermine Lecomte du Nouy – Amitié amoureuse Calmann Lévy 1897

La quatrième de couverture signale que « derrière Philippe de Luzy et Denise Trémors se cachent Guy de Maupassant et Hermine Oudinot Lecomte du Nouy qui, de 1883 à la mort de l’auteur de Bel-Ami en  1893 auraient entretenu des rapports assez semblables à ceux du roman. »

 Le nom de Guy de Maupassant a été lié à Hermine (nommée « Madame X »), par une soi-disant correspondance. Mais il s’agirait en fait d’un canular.

En tout cas, le nom de Maupassant apparaît plusieurs fois dans ce roman épistolaire :

«  Ainsi procédait Guy de Maupassant ; il gardait un livre en projet, je dirais presque en espérance, pendant des mois, dans sa tête, et l’œuvre, tout à coup, se dressait faite et sortait de son esprit tout armée, comme Minerve ».

« Et puis, comme disait maupassant à des sots qui s’extasiaient d’apprendre qu’écrire est un enfantement pénible, souvent douloureux et demandaient :

Pourquoi écrivez-vous alors ?

Mon Dieu, murmura Maupassant, il vaut encore mieux faire ça que voler ! »

Il semblerait qu’à Etretat -Nimerck dans le roman – Hermine fût la voisine de Maupassant et qu’elle s’ennuyât un peu dans sa demeure car son mari, architecte, passait le plus clair de son temps en Roumanie. « C’était une blonde fine et douce qui avait de l’esprit et, comme le lui écrivit Maupassant, « le génie de l’amitié ». »

La carrière littéraire de Guy de Maupassant se limite à une décennie – de 1880 à 1890– avant qu’il ne sombre peu à peu dans la folie et ne meure à quarante-deux ans.  Ce qui correspond à la période citée ci-dessus de 1883 à 1893.

D’ailleurs il y a bien des ressemblances entre le personnage du livre et Maupassant, qui comme lui fit des études de droit. Mais je n’ai trouvé rien de plus sur les relations des deux écrivains.

La littérature voit la naissance des écoles réalistes et naturalistes qui vont influencer durablement Maupassant.

Amitié amoureuse est un roman épistolaire qui repose sur la correspondance entre deux trentenaires : Denise, jeune femme séparée de son mari, élevant seule sa fille et Philippe, homme nonchalant et célibataire, dont l’oisiveté semble être le caractère dominant. Leur correspondance dure cinq ans et traduit les différents mouvements qui les poussent ou les éloignent l’un de l’autre : amour, amitié, désir, jalousie.

Cette amitié passionnée est un amour platonique entre une jeune femme privée de toute vie sensuelle et un homme qui a toute liberté de satisfaire ses appétits dans ce domaine : d’ailleurs il ne se prive pas d’entretenir des « cocottes » et des artistes dont Yvette Guibert mentionnée dans le livre.

Une femme bien sûr doit veiller à sa réputation dans le monde et sauvegarder les apparences. Une liaison révélée au grand jour et c’en est fait de la considération portée à une femme. Les femmes les premières sont garantes de l‘ordre établi puisqu’elles « jettent la pierre à la pauvre amoureuse qui succombe dans les bras de l’amant. »

Le roman fourmille de considérations et d’observations sur la vie des femmes de la haute bourgeoisie et de la noblesse de l’époque et il n’est pas exempt de qualités littéraires. D’ailleurs il eut dans son temps un succès considérable.

La chasse au mari, les efforts constant donnés à la toilette font l’essentiel du quotidien des femmes dans ces milieux où l’on vit de ses rentes. Les femmes, dépendantes des hommes desquels vient en grande partie leur bien-être, font au moment de se marier, d’incessants calculs. Suzanne en est le vivant témoignage qui s’écrie : « […] c’est votre genre de connaître peu de monde, de choisir les gens qui vous plaisent, de fermer votre porte au nez des autres qui attendent derrière, mourant d’envie d’être introduits et faisant tout pour y arriver. Mais moi ? j’ai toujours été représentative…et puis, voudrais-je l’essayer, je ne saurais même pas vous inger. Il me faut la foule pour m’aider à jouir de ce que je possède ; j’aime qu’on me regarde dans la rue, j’aime l’hommage et la curiosité de tous. J’aurais voulu être reine ou grande artiste… »

Les représentations sur les femmes, « l’éternel féminin » sont parfaitement intégrées par ces dernières : « Nous ne valons, nous autres femmes, que par l’imprévu de nos sensations, lesquels nous savons mal analyser »observe Denise.

Les femmes sont nonchalantes, nerveuses et capricieuses . Elles sont inconséquentes, ce qui faisait dire à Proudhon que « la femme est la désolation du juste ». Les femmes, au XIXe siècle sont encore conduites par une nature invisible et omniprésente.

Leur condition est parfois difficile et à sa fille qui s’exclame qu’elle veut les choses pour elle toute seule, Denise répond qu’il en est bien peu de ces choses-là, pour elles seules, dans la vie des femmes.

Mais ce qui est nouveau, ici, me semble-t-il c’est la façon de parler du désir sans plus d’ornements :

« e ne peux plus vous voir, vous entendre, vous coudoyer. J’ai des frissons, des des flux de sang au cœur à m’en évanouir quand vous me regardez, ma chair crie vers vous, affamée de vous, folle de votre chair. »

Enfin, malgré quelques longueurs sur ces 385 pages, j’ai trouvé ce roman passionnant, témoignage vivant d’une époque, du rapport d’une femme à l’écriture, portant les accents de la plus grande passion, et une belle maîtrise de la construction narrative à travers un genre qui n’est pas forcément le plus facile à exploiter. A lire pour les amateurs de littérature de ce XIXe siècle.

A signaler également que chaque chapitre est précédé de citations extraites de « de l’amour » de Stendhal sur lesquelles il y aurait aussi beaucoup à dire…

P 187, Page 55, page 127, page 135, page 148, P 181

Challenge La Belle Epoque (1879-1914)

Challenge Belle époque Bibliographie

Les femmes dans les écrits de Jane Bowles

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Les femmes borderline et désaxées de Jane Bowles

 


 

Qui était Jane Bowles ?

 

 

Jane Bowles était la femme de Paul Bowles avec lequel elle forma un couple assez atypique. En effet, tout en étant mariés, ils avaient des aventures homosexuelles chacun de leur côté.

 

Elle fit une chute de cheval lorsqu’elle était enfant  dont elle garda des séquelles sa vie durant et atteinte de tuberculose, séjourna à plusieurs reprises dans des sanatoriums.

 

C’est en 1938 qu’elle épousa Paul Bowles (célèbre auteur de « Un thé au Sahara »).

 

Ils voyagèrent beaucoup d’abord en Amérique centrale, à Ceylan, puis se fixèrent à Tanger.

 

Elle publia un unique roman, « Deux dames sérieuses » qui fut fraîchement reçu par la critique à cause des thèmes assez dérangeants pour l ‘époque.

 

Très instable psychologiquement, malade, en proie à des angoisses profondes, elle fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique.  Elle publia une pièce de théâtre « In the summer house » en 1954, et deux recueils de nouvelles « Plaisirs paisibles (1966) et « Other stories » en 1969. Une partie de ses lettres furent aussi publiées en 1985.

 

Elle fut l’amie de Tennessee Williams, Truman Capote et Carson McCullers qui les premiers reconnurent son talent.

 

Elle mourut en 1973.

 

De nombreuses femmes de lettres de cette première moitié du XXe siècle furent en proie à l’angoisse et à la maladie :Virginia Woolf (1882-1941 qui dut subir de fréquentes hospitalisations), Violette Leduc (1907-1972) qui souffrit de tendances maniaco-dépressives, Sylvia Plath (1932-1963) qui finit par se suicider ,et  Unica Zürn (1916-1970) qui souffrit de dépression nerveuse et de crise schyzophrénique….

 

Comme si cet état de déséquilibre nécessaire à la création, la perte momentanée d’assise, conjuguée à la difficulté d’exister en tant que femme et écrivain  conduisaient les personnalités les plus fragiles à la folie…

Ces femmes qui écrivent Elisabeth Seys / De Mme de Sévigné à Annie Ernaux

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« Un passionnant parcours littéraire et historique constitué de 12 portraits de femme écrivain.

La parole féminine a longtemps été maudite. Pour oser écrire « je », les femmes ont donc dû vaincre des obstacles intimement liés à leur condition dans la société.

À l’aube des temps modernes, les premières à prendre la parole furent Christine de Pizan, Marguerite de Navarre puis Mme de Sévigné, ouvrant l’espace où une écriture féminine sera possible. Plus tard, conscientes des problèmes de leurs contemporains, Mme Roland, Flora Tristan et même George Sand ont défini l’engagement au féminin à travers une écriture de l’action et de la revendication. À l’inverse, c’est non à la condition de la femme citoyenne mais à celle de la femme artiste que s’attachèrent Mme de Staël et Colette, qui toutes deux, à des époques différentes, eurent à souffrir des préjugés auxquels était confronté leur sexe… C’est contre ces préjugés que s’est insurgée très jeune Simone de Beauvoir : elle créa les conditions de possibilité d’une autre conception de la femme. Issues de cette nouvelle pensée, Marguerite Duras vit dans la féminité la transgression, Marguerite Yourcenar une simple qualité de l’être humain. Enfin, de nos jours, Annie Ernaux déplace la question de la féminité du terrain des disputes partisanes vers celui d’une sociologie capable de penser les femmes telles qu’en elles-mêmes : dans leur insaisissable originalité.

Proposant une lecture à la fois historique et littéraire de l’œuvre autobiographique de ces douze femmes, l’auteur interroge le lien entre condition et écriture féminine. Son analyse précise et sensible nous fait revivre leur époque, découvrir des textes parfois méconnus et appréhender d’un œil neuf le parcours de ces brillantes femmes de lettres. » Présentation de l’éditeur reproduction avec l’accord de l’éditeur

Présentation de l’auteur

Agrégée, docteur ès Lettres, Élisabeth Seys enseigne dans des établissements de la région parisienne. Elle poursuit dans le même temps un travail de recherche portant essentiellement sur l’écriture moderne et le statut des femmes.

D’autres sujets d’étude de l’auteur :

Violette Leduc et Jean Genet:

poétiques du désastre                (ANRT. Atelier national de reproduction des thèses, 2005 – 523 pages)

Violette Le Duc au jour le jour

Marguerite Yourcenar – L’hisoire d’une vie

Marguerite-Yourcenar

J’ai toujours été très intriguée par cette autrice. Dans ses livres, il y a peu de personnages féminins ou alors ce sont des personnages secondaires. Je sais peu de choses d’elle : à quels combats a-t-elle pris part, quelles causes a-t-elle soutenues ? J’ai donc voulu me pencher davantage sur son histoire et son œuvre que j’ai lue en partie. Ce qui m’aidera à modifier aussi les clichés que je peux conserver encore sur sa personnalité et son œuvre.

Marguerite de Crayencour dont le nom de plume sera Yourcenar, est née le 8 juin 1903 à Bruxelles d’un père français et d’une mère belge qu’elle perd quelques jours après sa naissance. Elle sera donc élevée par son père. Elle passe son enfance dans le château de famille du Mont-Noir, puis voyagera avec son père en France et en Belgique. Elle reçoit l’enseignement de professeurs particuliers et passe donc une enfance et une adolescence atypiques par rapport aux autres élèves de sa génération. Elle est pétrie de culture classique et humaniste –latin et grec et apprend l’italien et l’anglais.

Son père l’encourage à étudier mais aussi à devenir écrivain.

Elle commencera à publier des poèmes, dans un recueil intitulé « Le jardin des chimères », en 1921. Elle ne passe que la première partie de son baccalauréat latin-grec et voyage beaucoup en Europe. Elle semble avoir une jeunesse dorée, à l’abri des contraintes et bénéficier d’une grande liberté pour une femme de son temps. Son père semble avoir été très proche d’elle. Mais il meurt en 1929.*

Elle publie alors son premier roman « Alexis ou le traité du vain combat » qui sera remarqué par la critique. Ce roman épistolaire raconte l’histoire d’un jeune musicien de vingt-quatre ans qui décrit à son épouse le combat « vain » qu’il mène contre ses inclinations profondes qui le poussent vers l’amour des hommes. L’homosexualité n’est pourtant pas avouée, il faut la lire entre les lignes du récit.

Elle séjournera quelque temps en Grèce où elle découvrira l’œuvre du poète Constantin Cavafis qu’elle traduira. Elle en fera une présentation critique suivie d’une traduction de ses poèmes qui sera publiée chez Gallimard en 1958.

Suivront plusieurs romans, « Denier du rêve » en 1934, évoque l’an XI du fascisme de la Rome antique et les milieux antifascistes,  « Feux » en 1936 est un recueil de nouvelles proche de la poésie et rend hommage à la passion et au désir à travers des personnages légendaires tels que Sappho ou Antigone.

En 1937, elle se rend à Londres pour rencontrer Virginia Woolf puis traduit « Les vagues »  en français. Cette même année, elle fait la connaissance de Grace Frick, une américaine de son âge qui deviendra sa compagne et sa traductrice.

Elle publie ses « Nouvelles orientales » en 1938, recueil qui rassemble plusieurs nouvelles dont celle intitulée « Comment Wang-Fô fut sauvé ». « Le coup de grâce », est publié en 1939, et évoque encore une fois le destin d’un jeune homme tourmenté par son homosexualité. Ce thème revient fréquemment dans son œuvre mais souvent par le biais de l’homosexualité masculine qui n’est que suggérée.

En 1939 , lorsque la seconde guerre mondiale est déclaré, Marguerite décide de rejoindre sa compagne Grace aux Etats-Unis. Désormais sans ressources, elle doit prendre un poste de professeur.

A quarante-huit ans, elle connaîtra le succès public avec « Mémoires d’Hadrien », qui est la reconstitution à la première personne du destin de l’empereur romain Hadrien. Elle revient faire de fréquents séjours en France mais demeure la plupart du temps avec Grace Frick dans l’île des Monts-Déserts. Avec sa compagne, elle est très engagée dans les mouvements écologistes et la lutte pour les droits civiques. En 1964, elle publie une traduction des Negro Spirituals « Fleuve profond, sombre rivière ».

Elle travaille alors à grand roman « L’œuvre au noir », qui obtient le prix Femina en 1968.

Elle devient un écrivain important du XXe siècle avec une œuvre singulière. Le public français la connaît mieux, elle multiplie les interviews et publie les volumes de sa trilogie familiale, « Le labyrinthe du monde » qui comporte « Souvenirs pieux » (1974) et Archives du Nord (1977), le troisième volume restera inachevé « Quoi, l’éternité » et sera posthume.

Elle est la première femme reçue à l’Académie française le 22 janvier 1981 . Grace Frick est morte en 1979 des suites d’une longue maladie et Marguerite Yourcenar voyage en Afrique et en Asie. La mort la surprendra à son tour dans l’île des Monts-Déserts, le 17 décembre 1987.

Présentation critique de Constantin Cavafy suivie d’une traduction des Poèmes par M. Yourcenar et Constantin Dimaras, Paris, Gallimard, 1958 (réédition dans la collection poésie/Gallimard en 1978 et 1994)

Soeurs Chocolat – Catherine Velle

Soeurs-chocolat-

  j'aime coup de coeurj'aime coup de coeur

Sœurs Chocolat- Catherine Velle Editions Anne Carrière, 2007

Ne vous imaginez surtout pas deux plantureuses gourmandes, bruissantes d’étoffes, tenant un de ces fameux salon où l’on servait ce breuvage délicieux ,non l’ambiance est plus austère, monacale dirais-je.

 

Communauté au cœur de la France, l’abbaye de Saint-Julien du Vaste-Monde 

Honore la tradition du chocolat en recevant la Cabosse d’or. 

Or, pour pouvoir continuer à le produire, les Sœurs doivent se rendre en 

Colombie  pour recevoir la part de fèves qui leur est réservée.

Oublieuses du danger, n’écoutant que leur courage, bravant anacondas, piranhas, et

Les araignées venimeuses, en pleine forêt amazonienne, ou sous un nom d’emprunt,

Anne et Jasmine, les deux sœurs prêtes à tout pour sauver leur communauté,

Trouvent encore la force d’ affronter les bandits qui en veulent à leur cabosse !

Délicieux, futile et revigorant… On ne s’ennuie pas une seconde tant les aventures rocambolesques des soeurs se succèdent à un rythme effréné. Une belle réflexion toutefois en filigrane sur ce qui conduit à l’engagement monastique.

lecture commune avec Hélène Choco

Printemps de Sigrid Undset

printemps

Née en  1882, Sigrid Undset s’est consacrée très tôt à la littérature. Parallèlement à son travail de secrétaire, elle écrit. Auteure entre autres de Maternités, Jenny (qui fera scandale), de Vigdis la Farouche et de Kristin Lavransdatter, elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1928. Elle est morte à Lillehammer en 1949.

 

Rose Wegner, l’héroïne de ce roman, attend l’amour pour être révélée à elle-même, un amour qui serait la fusion de deux êtres autant que deux destins et qui ferait d’elle la possession, la chose, de l’homme qu’elle aimerait. Que faire alors si cet amour ne vient pas ? Se résigner, et rester seule, sans famille et sans soutien dans l’existence ? Ou se contenter d’une amitié amoureuse et de la construction d’un foyer ?

Dans ce roman, Sigrid Undset plante le cadre d’une modernité héritée de la révolution des transports et plus largement de la révolution industrielle-dans de grandes villes mornes et tristes- et d’une certaine révolution des mœurs, car le divorce est autorisé en Norvège, pays protestant. Une nouvelle figure féminine émerge, qui travaille pour assurer sa subsistance et celle de sa famille même si, une fois mariée, elle réintègre le plus souvent le foyer.

 

Printemps est un roman ou curieusement la narration est plutôt du côté masculin même si le narrateur est extérieur à l’histoire et qu’il pénètre de manière égale les pensées des personnages. Les pensées et les actions de Rose ne prennent du relief qu’en fonction des pensées de Torkild, personnage masculin. Car ici , la femme ne prend toute sa mesure que dans son rapport au foyer et à la maternité. Elle n’existe pas réellement en dehors de sa « vocation naturelle » qui est d’enfanter et d’assurer la stabilité du foyer. Toute femme qui s’écarte de ce chemin sombre dans la déchéance (le personnage de la mère et de la sœur), tout comme celle qui n’obéit pas à ses devoirs d’épouse et de mère même si l’homme, infidèle, abandonne lui, le foyer (le père de Torkild).

 

J’ai apprécié ce roman bien construit, où les sujets de réflexion ne manquent pas, car Sigrid Undset, catholique et conservatrice, est aussi une fine analyste des sentiments humains. On y apprend aussi comment hommes et femmes vivaient à l’époque. J’ai trouvé en outre un écho au mouvement naturaliste en littérature, l’hérédité y est évoquée, les tares familiales ainsi que la vigueur, la santé du corps qui s’étiole dans ces emplois de bureau, loin de la vie au grand air.

 

Sigrid Undset, on l’a bien compris, n’est pas féministe, elle pense que la femme ne s’épanouit pleinement que dans la maternité et elle ne fut pas très appréciée des féministes de son temps qui prônaient l’affranchissement de la tutelle de l’homme et du foyer, entraves à l’épanouissement de la femme en tant qu’individu. Sur le tard cependant, elle reconnut les bénéfices de ces mouvements sur la condition des femmes.

 

Il faut savoir qu’en 1840, les femmes célibataires sont mineures toute leur vie et peuvent si elles le souhaitent se placer sous l’autorité d’un tuteur ; les femmes mariées quant à elles passent de l’autorité de leur père à celle de leur mari. Puis, plus tard, la majorité sera abaissée à la vingt-cinquième année. Les femmes peuvent cependant travailler dans certains secteurs.

Au fil des ans, de nouvelles lois favorables aux femmes feront leur apparition. Les femmes divorcées ou veuves seront majeures sans condition d’âge. Les conditions socio-économiques du pays joueront fortement sur les problématiques féminines : l’exil, la pauvreté du pays, la baisse de la natalité.

 Dans le roman , l’héroïne est secrétaire, une autre est journaliste. La littérature féminine avant Sigrid Undset, reflète les préoccupations et les valeurs de l’époque, comme ce fut le cas pendant l’époque victorienne en Angleterre, les intrigues se nouent essentiellement autour de la chasse au mari. (Les femmes écrivains de l’époque sont :Hanna Winsnes, Marie Wexelsen, et Anne Magdalene Thoresen).

English: Sigrid Undset, Nobel laureate in Lite...
English: Sigrid Undset, Nobel laureate in Literature 1928

Avec le mouvement féministe, de nouvelles préoccupations se font jour dans des romans et sous la plume d’auteures qui contestent la norme : Camilla Collet dont le roman « Les filles du Préfet » (1854) fera l’effet d’un coup de tonnerre. Il raconte l’initiation sentimentale de deux jeunes gens, ce qui a l’époque est regardé alors comme une faiblesse uniquement féminine.

D’autres écrivains suivront, emportées par la seconde vague du féminisme, Eldrid Lunden, Liv Køltzow, Cecilie Løveid et Tove Nielsen . Mais je n’ai trouvé aucun renseignement sur ces femmes sur internet et aucun de leurs ouvrages traduits en français. C’est bien dommage..

 

Artemisia – Alexandra Lapierre

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Alexandra Lapierre – Artemisia – Robert Laffont 1998 – Poche

Après avoir fait des études de lettres à la Sorbonne (elle a travaillé sur la femme fatale dans la littérature du XIXe siècle) – Alexandra Lapierre s’est consacrée à l’évocation des destins de grandes figures oubliées par l’Histoire.

Pendant cinq ans, elle a cheminé sur les traces d’Artemisia et d’Orazio Gentileschi à travers le monde.

  J‘avais eu très envie de lire ce roman historique après avoir vu l’exposition sur Artemisia à Paris. Les femmes peintres eurent autant de mal à s’imposer sur la scène artistique que les écrivaines.

  Le destin d’Artemisia au sein de l’Italie du XVIIe siècle est exceptionnel car elle fut l’une des premières à réussir à pratiquer son art, la peinture, et à en vivre librement, délivré de la tutelle des hommes de sa famille.

Mais si elle put devenir peintre, dans cette société patriarcale, elle le dut à son père Orazio Gentileschi, disciple du Caravage qui devint son maître et lui apprit tout ce qu’il savait de la peinture. Il fut aussi un adversaire redoutable qu’elle s’efforcera sa vie durant de dépasser.

Le livre d’Alexandra Lapierre est aussi l’histoire de cette relation orageuse entre un père et sa fille. Un père prisonnier des mœurs et des théories de son époque dans lesquelles les femmes sont perçues comme des tentatrices, des traîtresses, qu’il faut surveiller de près et tenir cloîtrées. Cette attitude de défiance et ce mépris qui imprégnait toute la culture judéo-chrétienne empoisonna les relations du père et de la fille et les empêcha peut-être de se laisser aller à la tendresse et à l’admiration qu’ils auraient pu éprouver dans le secret de leur cœur.

            Pourtant fait extraordinaire à cette époque où la faute d’une fille (même si elle était la victime) rejaillissait sur l’honneur de son père, Orazio prit la défense de sa fille qui avait subi le viol d’un de ses plus proches amis mais il la rejeta également le jour où elle se maria pour ne plus la voir pendant de longues années. On s’imagine ce qu’Artemisia dut souffrir, l’amour et la haine qui durent déchirer son cœur, la rage nécessaire qu’elle dut lui insuffler pour la propulser vers la gloire.

 

J’ai été bouleversée tout au long de ce récit magnifique. Pour une femme qui réussissait à sortir de l’ombre, combien d’autres dont les talents, l’intelligence furent impitoyablement étouffés . Les écrits portent la mémoire collective, car il est juste de ne pas oublier ce qui fut.

D’autant plus que d’autres femmes se cachent dans les plis obscurs de la mémoire, notamment cette Plautilla Bricci, femme architecte, bâtisseuse d’église dans les Etats Pontificaux au temps de Caravage.

Alexandra Lapierre a appris l’italien et le latin , étudié la paléographie pour se lancer sur la trace de la fille et du père, dans chaque rue qu’ils avaient pu hanter jadis mais aussi dans les Archives secrètes du Vatican, et tant d’autres archives, registres qu’elle a parcourus à la recherche de documents les concernant et parmi des milliers de prénom : actes de baptêmes, reconnaissances de dettes, contrats de mariage, donations, testaments, procès qui ont conservé le souvenir de leur existence. Une belle histoire d’amour entre l’auteure et ses personnages.

Les femmes et le théâtre

              Il y a peu de femmes auteures référencées (à part Yasmina Reza) dans le théâtre contemporain, c’est le constat fait par trois amies passionnées de littérature, Véronique Olmi (romancière et dramaturge), Michèle Fitoussi (journaliste, éditorialiste à ELLE et romancière), et Anne Rotenberg (directrice littéraire et artistique du Festival de la correspondance de Grignan). Elles ont donc donné naissance à un nouveau festival , le Festival Le Paris des Femmes dont Véronique Olmi est la directrice artistique.

            Le projet du festival  a été de constituer un laboratoire d’écriture au sein duquel neuf auteures devraient écrire une pièce de trente minutes sur le thème imposé « Guerres et paix ». Trois metteurs en scène se sont greffés sur ce projet,  dont un homme et une scénographe (Mâkhi Xenakis), des acteurs bien sûr hommes et femmes.

Véronique Olmi précise : « Ce n’est pas un festival de revendication, ni un festival féministe…. Il est né pour restituer une place occultée aux femmes qui écrivent. »

 

* Les neuf auteures du Paris des Femmes :

Le binôme Geneviève Brisac et Alice Butaud
Irina Dalle
Michèle Fitoussi
Carine Lacroix
Camille Laurens
Murielle Magellan
Amanda Sthers
Carole Thibaut

Le public pourra découvrir les pièces les 6, 7 et 8 janvier 2012 au Théâtre des Mathurins à Paris.

Les fruits d’or de Nathalie Sarraute ou la parole silencieuse

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Nathalie Sarraute – Les fruits d’or  Editions Gallimard, 1963. Collection Folio n°390

On assiste à l’encensement par la critique d’un livre « Les fruits d’or », puis à son oubli progressif, voire au mépris qu’il suscite.

Dans ce livre la narration traditionnelle n’a plus cours, le nouveau roman rompt avec la psychologie des personnages, avec le fil du narrateur qui introduisait une certaine continuité dans le récit. Le narrateur omniscient qui connaissait toutes les pensées des personnages, ainsi que tout ce qui pouvait advenir a disparu du nouveau roman. C’est au lecteur de construire le sens à partir des éléments qui lui sont donnés. Il s’agit de capter la sous-conversation qui court sous le récit, les événements ténus qui pour être indicibles n’en ont pas moins une force que le roman classique négligeait totalement. « C’est de cette parole silencieuse – le prédialogue- captée à l’état naissant, toujours précaire et menacée, arrachée de force au silence, à la nuit, au non mesurable temps de nos grands fonds intérieurs, que l’auteur fera la matière première de leur œuvre. »1

Ce qu’il advient par la critique d’un roman, est le résultat d’un jeu subtil de forces.  La littérature apparaît ainsi comme « un lieu sacré, fermé, où seul un humble apprentissage, l’étude patiente des maîtres peut donner le droit à quelques rares élus de pénétrer ».  Ce sont des rapports invisibles de pouvoir et de domination qui se jouent ici. La culture est la chasse gardée d’une certaine élite qui seule décide qui pourra rejoindre son club très sélect et très fermé. Plus la lecture en est difficile, plus l’œuvre  gagne en authenticité. Les arguments d’autorité sont les seuls qui vaillent.  On ne vous demande pas ce que vous sentez ou ce que réellement vous en pensez : il faut aimer car c’est aimable. Ainsi en ont décidé ceux qui savent et qui détiennent la vérité. Cette critique n’émet pas une opinion qui pourrait par son statut même être contredite par une autre opinion. La vérité s’impose à tous et ne peut être contestée que par quelques fous qui aiment se vautrer dans le stupre et l’erreur. La vérité n’est pas démocratique car elle n’est pas donnée d’emblée à tous.

C’est tellement rassurant… Il suffit de suivre le chemin tracé, se couler dans le moule, se laisser guider. Pour accéder à ces œuvres, « il fallait se plier à une étiquette sévère, s’incliner très bas, jusqu’à terre, mais qu’à cela ne tienne, ils se sont prosternés… ».

C’est rare dit Nathalie Sarraute, de trouver quelqu’un qui ose avoir son propre goût, qui renonce au confort que donne l’appartenance à un groupe dominant pour rejoindre la contestation, la rébellion et encourir l’opprobre. 

« Voyez-vous, cela n’arrive presque  jamais de trouver quelqu’un qui ose avoir son propre goût et le dire comme vous…quelqu’un qui aborde une œuvre en toute pureté, sans idée préconçue…je crois que personne ici…Vous les avez entendus…ne s’intéresse à l’œuvre elle-même…A quoi bon, avec eux, discuter…Pas un mot n’est sincère… ».

Cela prouve peut-être qu’il n’y a pas de valeur absolue dans l’art.  Le goût esthétique possède les critères de son temps, de la société dans laquelle il s’applique. Il ne peut déterminer un Beau absolu, si tant est qu’une œuvre veuille être belle.

  « Les goûts changent. Il y a à certains moments certains besoins. Et après on veut autre chose. Comment voulez-vous empêcher les gens de suivre la mode, ici comme en tout ? Qui se trompe ? Qu’en restera-t-il ? »

Que penser de ce livre ? L’œuvre de Nathalie Sarraute dépasse largement les cadres du Nouveau Roman même si elle en a éprouvé les techniques et fixé les règles dans « Tropismes », son œuvre majeure.

Prend-on plaisir à lire ce livre ? Oui, sans conteste, on se laisse happer par cette histoire sans histoire. On éprouve surtout un plaisir intellectuel car c’est l’argumentation qui séduit, sa virtuosité. Les enchaînements chronologiques sont en fait des enchaînements logiques. Il ne faut pas chercher l’émotion car la rupture est telle que le lecteur ne peut se laisser guider par ses émotions. Le nouveau roman a fait feu de tout bois et n’a pas trouvé la postérité. Pourtant l’œuvre de Nathalie Sarraute mérite largement d’être redécouverte.

De ce mouvement, on dira peut-être comme ce personnage :

« Vous avez l’air de ne pas l’aimer… Moi, je l’ai toujours soutenu. J’ai peut-être eu tort. Bien sûr, ce n’est pas parfait,  on peut y trouver des faiblesses, mais je crois, pour ma part, que c’est un livre de valeur. Eh bien, vous-même, peut-être, dans quelques années, vous reviendrez là-dessus, vous vous direz que vous vous étiez montré trop intransigeant. »

1 – Jacques Lassalle –Nathalie Sarraute ou l’obscur commencement

Hanna Arendt critique de Nathalie Sarraute

Ibsen – Une maison de poupée ou l’homme qui aiimait les femmes

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Une maison de poupée est un drame en trois actes écrit par Henrik Ibsen dans la collection Théâtre de poche du Livre de poche en 1990 pour l’introduction et la traduction de Marc Auchet, professeur au département d’études nordiques de l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV. Il est l’auteur également d’études sur la civilisation et la littérature danoises des XIX et XXe siècles.

Elle fut pour la première fois publiée en 1879 à 8000 exemplaires et suscita de vives et nombreuses polémiques.

 

Nora est une femme-objet, un charmant petit « étourneau » selon son mari qui  lui parle à la troisième personne comme si elle était absente, une poupée dit-elle ; avec laquelle on s’amuse.

Nora par amour pour son ami, afin de le sauver de la mort, contracte une lourde dette et commet un faux en écriture. Krogstad qui est son débiteur, devient celui par qui le chantage arrive. Nora attend de son mari une grandeur d’âme égale à la sienne, hélas…

 

C’est avec ce texte qu’Ibsen acquit une renommée internationale. Lors de sa sortie l’opinion fit de lui  un défenseur de la femme et du féminisme, ce qui n’était peut-être pas tout à fait son intention. Il voulait, dit Marc Auchet, faire une « peinture de caractères », et œuvrer pour une cause qui concernait l’être humain en général, son affranchissement des codes sociaux en vigueur par l’affirmation d’un individu, d’une personnalité qui s’exprime librement.

Portrait of a younger Henrik Ibsen, one of the...
(Photo credit: Wikipedia)

Toutefois dans cette pièce, Ibsen exprime bien son indignation face à la femme-objet, poupée avec laquelle on joue, « pour laquelle tu voulais redoubler d’attention ; puisqu’elle était si fragile et si vulnérable » dit Nora. La jeune femme veut réfléchir par elle –même, « pour essayer d’y voir clair ». Elle veut désormais sortir du rôle que la tradition et une société matérialiste lui ont assigné. Les lois sont écrites par des hommes et la conduite des femmes est jugée selon des critères masculins : la femme n’a nulle place dans ce qui lui est édicté. La morale qu’Ibsen prête aux femmes « généreuse, spontanée et subjective » opposée à celle des hommes « froide, calculatrice, intéressée » ferait bondir bien des féministes aujourd’hui et présente de vagues relents d’essentialisme.

Marc Auchet raconte qu’Ibsen vouait un culte à la femme et

que cela s’expliquait par la richesse des relations établies avec sa propre épouse qui l’a soutenu constamment dans son travail, faisant preuve d’indéniables qualités intellectuelles et d’une culture étendue pour une femme de l’époque, due certainement à son statut de fervente lectrice.

Prix de littérature de l’Union Européenne 2011

Le prix de littérature de l’Union Européenne,  ouvert aux 37 pays participant au programme «Europe créative» dans les secteurs de la culture et de la création, récompense tous les ans les meilleurs écrivains émergents en Europe. Les critères sont assez exigeants, puisqu’il faut avoir publié entre deux et quatre œuvres et avoir déjà été nominé.

Il est organisé par un consortium composé de la Fédération des libraires européens (EBF), de la Fédération des associations européennes d’écrivains (FAEE) et de la Fédération des éditeurs européens (FEE).

Les œuvres de femmes sont bien représentées mais elles sont très peu traduites en français. D’ailleurs, le fait est que les ouvrages primés sont, dans leur ensemble, très peu traduits. Pour un prix qui vise à  » promouvoir une diffusion plus large de la littérature européenne; encourager les ventes transnationales de livres; renforcer l’intérêt pour l’édition, la vente et la lecture d’œuvres littéraires étrangères », le résultat est un peu décevant en ce qui concerne les traductions en français. Toutefois, très belle initiative, l’Europe existe, bel et bien, quoi qu’on en dise.

En 2011, sur 12 ouvrages, 4 sont des ouvrages de femmes (4 traductions, dont 2 pour les garçons, même pour eux, ce n’est pas terrible terrible ) , dont 1 roman traduit en français.

Bulgarie : Kalin Terziyski, Има ли кой да ви обича

République tchèque : Tomáš Zmeškal, Milostný dopis klínovým písmem

Grèce : Kostas Hatziantoniou, Agrigento

Islande : Ófeigur Sigurðsson, Jon

*Lettonie : Inga Zolude, Mierinājums Ādama kokam

*Liechtenstein : Iren Nigg, Man wortet sich die Orte selbst

Malte : Immanuel Mifsud, Fl-Isem tal-Missier (tal-iben) (Je t’ai vu pleurer, Gallimard, 2016)

Monténégro : Andrej Nikolaidis, Sin

Pays-Bas : Rodaan Al Galidi, De autist en de postduif

*Serbie : Jelena Lengold, Vašarski Mađioničar

*Turquie : Çiler İlhan, Sürgün L’Exil, Galaade Éditions, 2016)

Royaume-Uni : Adam Foulds, The Quickening Maze (Le labirynthe d’une vie, Piranha, 2017)

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Colette, un génie féminin ? Julia Kristeva

Colette, un génie féminin

Elle est née en Bulgarie, travaille et vit en France depuis 1966. Linguiste, sémiologue, psychanalyste, écrivain, elle est professeur à l’Institut universitaire de France (classe exceptionnelle, 1999), professeur émérite à l’Université Paris 7 – Denis Diderot, et enseigne dans l’UFR de Lettres, en se consacrant tout particulièrement à la littérature du XXe siècle. Elle est, par ailleurs, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, et membre du groupe des personnalités qualifiées de la section des relations extérieures du Conseil économique et social.
Elle enseigne régulièrement à l’Université de Columbia et à la Newschool à New York, à l’Université de Toronto, ainsi que dans d’autres universités aux Etats-Unis et en Europe. Ses livres sont tous traduits en anglais par Columbia University Press. (source : France Culture)

Julia Kristeva achève avec Colette (1873-1954) son triptyque consacré au “génie féminin”,  après Hannah Arendt (1906-1975) et  la psychanalyste Melanie Klein (1882-1960).

Pourquoi ce terme de“Génie féminin” ? Le génie dispenserait-il de la somme d’efforts et de travail que nécessite une œuvre ? Serait-il un destin pour certains au détriments d’autres ? Le génie s’attrape-t-il ? Julia Kristeva explique qu’il ne s’agit pas de sous-évaluer les déterminismes de l’Histoire , de la condition féminine ou des conditions sociales propres à une époque-mais de montrer comment ces femmes ont dépassé leur statut, et fait fi de leur condition pour réaliser leur liberté. Leurs destinées, malgré les soubresauts de l’histoire sont d’abord individuelles et singulières, accomplies dans l’urgence et la nécessité de la création.

C’est le postulat de départ avec lequel on peut être en désaccord, estimant que Colette, comme d’autres, fut d’abord l’enfant de son siècle. Julia Kristeva ne le conteste pas , elle entend le génie comme étant celui de chacun : « Chacun a son génie, car chacun a sa singularité. »

Julia Kristeva est écrivain, psychanalyste, professeur à l’institut universitaire de France et auteur de nombreux ouvrages traduits dans plusieurs pays.

Colette souffre encore aujourd’hui de l’image d’un écrivain un peu désuet, symbole d’une France surannée.  Cela est peut-être dû en partie à ses positions antiféministes puisqu’elle déclarait à Paris-Théâtre , le 22 janvier 1910  :

« Moi féministe ? Ah !non ! Les suffragettes me dégoûtent. Et si quelques femmes en France s’avisent de les imiter,  j’espère qu’on leur fera comprendre que ces mœurs-là n’ont pas cours en France. Savez-vous ce qu’elles méritent les suffragettes ? Le fouet et le harem ! »

A côté d’une Simone de Beauvoir, qui fut très engagée dans la modernité et dans le combat féministe, Colette apparaît en retrait, comme déconnectée des débats de son temps, elle qui fut et vécut en femme libre. Cet aspect se trouve renforcé également  par son « indifférence » politique et son comportement pendant la seconde guerre mondiale, puisque qu’elle collabora à des journaux tels que le Petit Parisien, pétainiste et collaborationniste et également à Gringoire qui se situait également à l’extrême droite de l’échiquier politique(pages 64,65). Ce qu’on lui reprocha amplement.

Julia Kristeva l’explique par son rapport à l’art et à l’écriture autant que son rapport à la mère, l’un étant indissociable de l’autre.

Car dit Julia Kristeva, Colette n’est pas une intellectuelle, qui tient son objet suffisamment à distance pour le connaître, mais elle est plutôt sur le mode de la « sublimation », s’appropriant l’objet maternel, dans un détachement de la pensée, une « immersion dans la sensorialité de la langue » p 59.

«  Je sais bien que je perds maman, dit-elle, mais je ne suis pas pressée de la quitter. Je veux éprouver le fonds de fusion/destruction qui nous lie, je veux sentir ses charmes et ses brûlures ; et si m’en détacher un jour, ce ne sera jamais qu’en saturant de saveurs, de parfums  et de sons ce souvenir qui nous contient et qui passe par notre langage commun, devenu ainsi seulement une parole sensible ».

Cette fusion ne permet pas la distance de l’intellect mais une autre voie par l’art et le style. Une réappropriation de ce qui est ou semble perdu. Enfin ceci est mon interprétation personnelle.

Ainsi dans ses expériences homosexuelles, Colette  inclura la rencontre avec la figure maternelle, en faisant une « jouissance féminine secrète, à objets interchangeables, éperdue d’innocence et de solitude qui la fascine. P 41 » La jouissance de l’écriture est une jouissance autre, qui s’organise et se ramifie à partir de la jouissance sexuelle elle-même ou de la libido, mais qui est au cœur de toute création, où la personne est « tous les sexes » et sujet de  toutes les sensations qui la traversent.

Si Colette n’est pas sensible à la géopolitique, elle est sensible aux destins individuels à travers l’histoire politique, aux drames humains. Et si elle se détourne du féminisme à l’époque, c’est peut-être qu’elle a conscience de la possibilité d’une surcharge  pour la femme émancipée ou la femme politique, qui  conduit beaucoup de femmes aujourd’hui à vivre exténuées et dépressives, assumant et voulant tout mais sans être déchargée pour autant des tâches que la société leur a attribuées depuis des siècles. Une femme toujours belle et disponible, enceinte et sexy ( ! entre le fourneau et la table à repasser). Ce que dit Colette peut-être, c’est qu’avant de changer de statut, il faut affranchir le sujet « femme », à travers sa créativité et son imagination, et l’inscrire dans une pluralité de liens. Le couple n’est peut-être pas sa destinée, ni l’amour…

Le plaisir de vivre est pour Colette un plaisir des sens et un plaisir des mots ; il ouvre aux femmes de larges horizons, ne les cantonne en aucun lieu, et ne les destine à personne… Colette est écrivain et femme et  appartient aussi à la culture du paraître de son temps. Sa carrière de mime et de comédienne, lui a donné à mon avis, cette première expérience du texte qui prend corps, qui est le corps et invente notre modernité.

Critique par Eva Domeneghini

  Julia Kristeva est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, romans et essais parmi lesquels : Étrangers à nous-mêmes (Fayard, 1988), Les Samouraïs (Gallimard, 1992), Les Nouvelles Maladies de l’âme (Fayard, 1993), Possession (Fayard, 1996), Sens et non-sens de la révolte (Fayard, 1996), La Révolte intime (Fayard, 1997), Le Génie féminin : Hannah Arendt, tome 1 (Fayard, 1999), Melanie Klein, tome 2 (Gallimard, 2003), Colette, tome 3 (Fayard, 2002), La Haine et le Pardon (Fayard, 2005), Meurtre à Byzance (Fayard, 2004), Pouvoirs et limites de la psychanalyse, tomes I, II, III (Fayard, 1996/1997/2005), Seule, une femme (éditions de l’Aube, 2007), Colette : un génie féminin (éditions de l’Aube, 2007), Cet incroyable besoin de croire (Bayard, 2007).

La femme auteur de Madame de Genlis

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Stéphanie-Félicité Du Crest, comtesse de Genlis (1746-1830)  fut très admirée en son temps et se présente comme la figure emblématique de la grande aristocratie de l’Ancien Régime. Disciple de Rousseau, elle réfléchit sur l’éducation et exposa ses théories pédagogiques dans son roman « Adèle et Théodore ». Mais cette communauté de pensées n’alla pas plus loin car elle se fâcha définitivement avec « les philosophes » quand ceux-ci lui demandèrent de quitter le parti des dévots (dixit Martine Reid). Elle émigra puis revint après la Révolution, défendant le christianisme contre la pensée des philosophes. Sa pensée est ce curieux mélange de conservatisme et d’érudition qui lui permet de penser avec les outils que donne une immense culture mais l’empêche d’aller trop loin et d’adopter des idées nouvelles.

 

La Femme auteur en est le parfait exemple : elle y analyse finement la société de son époque, et les codes du sentiment amoureux, tout en dénonçant les multiples contraintes auxquelles les femmes sont soumises, prisonnières de l’opinion et des conventions sociales.

Elle y brosse également le portrait d’une relation féminine ou l’amitié l’emporte sur la rivalité amoureuse. Voilà pour le côté moderne si l’on peut dire de Mme de Genlis. Mais son conservatis

Français : Félicité du Crest, comtesse de Genlis
Français : Félicité du Crest, comtesse de Genlis (Photo credit: Wikipedia)

me la pousse du côté d’une vision assez pessimiste du métier d’auteure. 

          En effet, son héroïne se retrouve punie d’avoir choisi la carrière d’auteure et on a l’impression que son roman pourrait servir essentiellement à dissuader les femmes d’écrire. Il faut dire que Mme de Genlis a elle-même essuyé de vives critiques et  des attaques assez virulentes lorsqu’elle a commencé à publier ses ouvrages. Aussi son personnage , Nathalie, est-il en fait son double en écriture.

          Dorothée l’autre personnage féminin, sait, elle, se tenir à sa place : elle préfère le bonheur des vertus domestiques à la vie malheureuse des femmes auteurs, qui sont accusées de négliger leur rôle d’épouse et d’abandonner leur rôle de mère. Elles deviennent dès lors des femmes « publiques » et sont déshonorées.

         Toutefois, on peut penser également qu’elle tient simplement à montrer le sort que réserve la société aux femmes qui ont quelques velléités d’écrire.

 

Martine Reid raconte comment ses positions ont évolué à la fin de sa vie et comment elle défendit  les femmes contre l’inégalité de traitement qui leur était réservée , imaginant qu’un jour peut-être les femmes pourraient écrire librement, et pourquoi pas devenir critique littéraire.

Elle rendit également hommage aux femmes écrivains  qui furent ses contemporaines. Elle plaida aussi pour l’éducation des jeunes filles, qui à l’époque était d’une pauvreté affligeante et ne leur permettait guère de rivaliser avec les hommes dans le domaine de la culture et l’esprit.

 

« Si vous devenez auteur, vous perdrez la bienveillance des femmes, l’appui des hommes, vous sortiriez de votre classe sans être admise dans la leur. Ils n’adopteront jamais une femme auteur à mérite égal, ils en seront plus jaloux que d’un homme. Ils ne nous permettront jamais de les égaler, ni dans les sciences, ni dans la littérature ; car, avec l’éducation que nous recevons, ce serait les surpasser. »

 

L’histoire : Nathalie est une jeune femme passionnée qui aime l’étude et l’écriture. Mariée très jeune, elle perd son mari à l’âge de 22 ans. Son statut change alors et elle se trouve courtisée plus ouvertement. Germeuil, amoureux de la Comtesse de Nangis depuis cinq ans, va peu à peu se détourner d’elle, captivé par la belle Nathalie. Celle-ci parviendra-t-elle à faire taire cet urgent besoin d’écrire afin de préserver son amour ?

Prix du premier roman de femme 2011

La Laureate 2011

Cliquez sur l’image pour accéder au site du prix
les membres du jury – Isabelle Giordano, Colombe Schneck, Mathieu Laine, David Foenkinos, Isabelle Etienne et Sébastien Le Fol, ainsi que les  parrains du Prix Christine Orban et Alain Terzian-, présidé cette année par Amanda Sthers

Elan d’elles – Collection d’Elan sud – Muriel Rossi/Les centiments

J’aimerais présenter la collection « Elan d’elles », créée par la maison d’édition Elan Sud et que je trouve particulièrement intéressante dans son projet.

Cette collection est présentée comme résolument « féminine » sans être « féministe », et rassemble des textes intimistes dans lesquelles la voix singulière d’une femme se fait entendre, révélant la difficulté qu’il y a parfois à être « Femme d’ici ou d’ailleurs dans un monde résolument masculin. »

      Son intérêt réside aussi dans le fait qu’il s’agit d’une collection, et non de l’ensemble des publications, comme le font les éditions « Des femmes » ou « Le chèvrefeuille étoilé », qui s’insère ainsi harmonieusement dans une pluralité de démarches et de voix.

 J’ai lu le premier livre de la collection, celui de Mireille Rossi, « Les centiments », « Toute petite unité de mesure à valeur fluctuante ».

Les-centiments

  L’objet « livre » est très soigné, la pagination élégante et la qualité du papier comme de l’impression assurent une lecture confortable.

J’ai lu ce livre d’une traite, en une après-midi. Il s’en émane un charme subtil, une atmosphère feutrée, une lecture à mi-voix, qui ont fait qu’une fois commencé je ne l’ai plus lâché.

On renoue ici avec une tradition liée au féminin en littérature, l’exploration de la sphère de l’intime et des sentiments qui, parce qu’elle n’est pas exclusive et ne cherche pas à être un genre où l’on cantonne l’écriture féminine, trouve sa place  et se réinvente dans notre modernité.

        Mireille Rossi pose la question de l’écriture et de la création et interroge cette nécessité  , cette urgence que ressent celui qui écrit à « contresigner ce que d’autres vivent sans en faire de copie ». Elle l’enracine dans un texte où s’organisent de nombreuses filiations, à la mère, à sa grand-mère mais aussi à l’enfant qui ne naîtra pas. Elle y établit aussi la genèse de son désir d’écrire et de raconter ce qu’elle observe et les gens qu’elle croise, qu’elle devine. Elle prouve si besoin n’était qu’il n’y a pas de création ex-nihilo, mais qu’on crée avec son propre fond au sein d’une histoire singulière dans un réseau de relations et dans un espace déterminé. Elle explore toutes ces figures dans sa relation à l’impossible amant, relation démultipliée à l’infini dans d’autres histoires où la quête est tout aussi problématique.

Si raconter c’est tisser, Mireille Rossi utilise souvent l’image des fils de soie , du cordon qui la relient de tous les endroits d’où elle vient à tous ceux où elle va au fil des saisons qui rythment le récit et le clôt également sur lui-même. Elle raconte et se raconte, se livre et se délivre dans des pages où le ton est aussi parfois celui de la confidence plus que de la confession, le ton celui du murmure, explore les failles et les blessures, les absences et les deuils qui donnent aux sentiments ce goût de cendre et de mélancolie.