
Le nouveau nom (L’amie prodigieuse 2) – Elena Ferrante – 07 janvier 2016 – Editions Gallimard, 554 pages
Années soixante. Les deux amies ont quitté l’adolescence et leurs voies divergentes nous sont racontées par la voix d’Elena Greco qui est la narratrice. Lila a fait un mariage riche mais malheureux et ne sait comment se dépêtrer de cette situation. En elle, couve encore cette envie d’apprendre et de s’élever au-dessus de sa condition. Les chaussures qu’elle a inventées avec son frère ont été rachetées par les frères Solara, camorristes du quartier, qui peu à peu dépossèdent la famille Cerullo. Lila déteste de plus en plus son mari qui l’a trahie en vendant la marque aux camorristes.
Elena poursuit ses études et tente de conquérir une difficile liberté. Elle est éperdument amoureuse de Nino Sarratore qu’elle connaît depuis l’enfance mais qui, s’il ne semble pas indifférent à son charme, tarde à se déclarer. Elle porte avec elle une culpabilité dont elle ne parvient pas à se débarrasser, tente de faire oublier ses origines sociales et ce qu’elle considère comme une imposture – sa réussite. C’est Lila qui aurait dû continuer ses études et non elle.
Mais dans ce tome, c’est la relation aux hommes qui est analysée, et aussi l’émancipation féminine grâce aux études et à l’écriture.
La violence est constitutive des rapports entre hommes et femmes. Violence subie et acceptée : « […] pas une personne dans le quartier, surtout de sexe féminin, n’était sans penser qu’elle méritait une bonne correction depuis longtemps. Ces coups ne provoquèrent aucun scandale, au contraire la sympathie et le respect envers Stefano ne firent que croître : en voilà un qui savait se conduire en homme ». Le système patriarcal soumet les femmes et il faut une grande force morale et intellectuelle pour y échapper.
Les coups pleuvent lorsque la femme n’a pas été obéissante, ou qu’elle a dépassé les bornes qui lui sont assignées. Et par-dessus-tout, elle doit respecter l’honneur du mari et ne pas lui faire perdre la face. Elle n’est qu’un objet que l’on possède, en aucun cas une égale.
La transformation des femmes mariées est une transformation morale et physique : « Elles avaient été dévorées par les corps de leurs maris, de leurs pères et de leurs frères, auxquels elles finissaient toujours par ressembler – c’était l’effet de la fatigue, de l’arrivée de la vieillesse ou de la maladie. Quand cette transformation commençait-elle ? Avec les tâches domestiques ? les grossesses ? les coups ? ».
Mais cette saga est aussi l’histoire d’une amitié et d’une fascination réciproque. Elles se rapprochent pour s’oublier aussitôt, se jalousent, se détestent parfois mais ne cessent de s’aimer. Car l’amour, tout le monde le sait, est un sentiment complexe.
Les deux amies vont se retrouver le temps d’un été avant que leurs chemins ne se séparent à nouveau : elles partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila. La famille Sarratore est également en vacances sur l’île et Lila et Elena revoient Nino.
Une écriture puissante et captivante dans cette saga qui raconte aussi la lutte pour l’émancipation des femmes dans le sud de l’Italie à Naples.
Tome 1 : L’amie prodigieuse

Quel régal ce livre ! Chronique de la vie quotidienne de deux amies dans un quartier populaire de Naples à la fin des années cinquante, il pose avec intelligence de nombreuses questions sur l’émancipation : l’émancipation sociale, économique, féminine. Elena et Lila, élèves douées à l’école primaire, pourraient toutes les deux faire des études. Elles sont brillantes et dépassent facilement tous leurs camarades. Lila, cependant, semble la plus douée. Mais c’est Elena, éternelle deuxième, qui ira au collège puis au lycée tandis que Lila sera obligée de travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. D’où le sentiment, qui ne quittera jamais Elena, d’usurper le destin qui aurait dû être celui de son amie, et de ne pas être légitime.
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