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Le nouveau nom (L’amie prodigieuse 2) – Elena Ferrante / Une saga romanesque à couper le souffle !

 

Le nouveau nom (L’amie prodigieuse 2) – Elena Ferrante  – 07 janvier 2016 – Editions Gallimard, 554 pages

Vignette femmes de lettresAnnées soixante. Les deux amies ont quitté l’adolescence et leurs voies divergentes nous sont racontées par la voix d’Elena Greco qui est la narratrice. Lila a fait un mariage riche mais malheureux et ne sait comment se dépêtrer de cette situation. En elle, couve encore cette envie d’apprendre et de s’élever au-dessus de sa condition. Les chaussures qu’elle a inventées avec son frère ont été rachetées par les frères Solara, camorristes du quartier, qui peu à peu dépossèdent la famille Cerullo. Lila déteste de plus en plus son mari qui l’a trahie en vendant la marque aux camorristes.

Elena poursuit ses études et tente de conquérir une difficile liberté.  Elle est éperdument amoureuse de Nino Sarratore qu’elle connaît depuis l’enfance mais qui, s’il ne semble pas indifférent à son charme, tarde à se déclarer. Elle porte avec elle une culpabilité dont elle ne parvient pas à se débarrasser, tente de faire oublier ses origines sociales et ce qu’elle considère comme une imposture – sa réussite. C’est Lila qui aurait dû continuer ses études et non elle.

Mais dans ce tome, c’est la relation aux hommes qui est analysée, et aussi l’émancipation féminine grâce aux études et à l’écriture.

La violence est constitutive des rapports entre hommes et femmes. Violence subie et acceptée : « […] pas une personne dans le quartier, surtout de sexe féminin, n’était sans penser qu’elle méritait une bonne correction depuis longtemps. Ces coups ne provoquèrent aucun scandale, au contraire la sympathie et le respect envers Stefano ne firent que croître : en voilà un qui savait se conduire en homme ». Le système patriarcal soumet les femmes et il faut une grande force morale et intellectuelle pour y échapper.

Les coups pleuvent lorsque la femme n’a pas été obéissante, ou qu’elle a dépassé les bornes qui lui sont assignées. Et par-dessus-tout, elle doit respecter l’honneur du mari et ne pas lui faire perdre la face. Elle n’est qu’un objet que l’on possède, en aucun cas une égale.

La transformation des femmes mariées est une transformation morale et physique : « Elles avaient été dévorées par les corps de leurs maris, de leurs pères et de leurs frères, auxquels elles finissaient toujours par ressembler – c’était l’effet de la fatigue, de l’arrivée de la vieillesse ou de la maladie. Quand cette transformation commençait-elle ? Avec les tâches domestiques ? les grossesses ? les coups ? ».

Mais cette saga est aussi l’histoire d’une amitié et d’une fascination réciproque. Elles se rapprochent pour s’oublier aussitôt, se jalousent, se détestent parfois mais ne cessent de s’aimer. Car l’amour, tout le monde le sait, est un sentiment complexe.

Les deux amies vont se retrouver le temps d’un été avant que leurs chemins ne se séparent à nouveau : elles partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila. La famille Sarratore est également en vacances sur l’île et Lila et Elena revoient Nino.

Une écriture puissante et captivante dans cette saga qui raconte aussi la lutte pour l’émancipation des femmes dans le sud de l’Italie à Naples.

Tome 1 :  L’amie prodigieuse

Elena Ferrante – L’amie prodigieuse

Elena ferrante – L’amie prodigieuse (2011), 2014 pour la traduction française, traduit de l’italien par Elsa Damien – Gallimard , Folio n°6052, 430 pages

LITTERAMA copieQuel régal ce livre ! Chronique de la vie quotidienne de deux amies dans un quartier populaire de Naples à la fin des années cinquante, il pose avec intelligence de nombreuses questions sur l’émancipation : l’émancipation sociale, économique, féminine. Elena et Lila, élèves douées à l’école primaire, pourraient toutes les deux faire des études. Elles sont brillantes et dépassent facilement tous leurs camarades. Lila, cependant, semble la plus douée. Mais c’est Elena, éternelle deuxième, qui ira au collège puis au lycée tandis que Lila sera obligée de travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. D’où le sentiment, qui ne quittera jamais Elena, d’usurper le destin qui aurait dû être celui de son amie, et de ne pas être légitime.

Elena est la narratrice, et à la lire, on s’aperçoit que son désir de connaissance et d’ascension sociale introduit peu à peu une distance avec sa famille. Entre elle et Lila, existe une rivalité qui la fait se sentir insignifiante et laborieuse mais qui est aussi un aiguillon qui la stimule et lui permet souvent de combattre le découragement qui la terrasse :

« […] tous les sujets qui me passionnaient et me permettaient de me faire mousser auprès des professeurs, qui du coup me considéraient comme excellente, s’affaissaient dans un coin vidés de leur sens »

Si Lila semble tout comprendre avec facilité, capable d’apprendre seule le latin et le grec, sa nature fougueuse va lui jouer bien des tours. Elena, plus sage, mettra sa vie et ses amours entre parenthèses, et se lancera à corps perdu dans le travail.

L’école, véritable ascenseur social, lui permet d’accéder à une autre vie tandis que Lila peine à se dégager d’une situation qui la retient prisonnière de la violence des hommes et du milieu camorriste napolitain :

«[…] je commençai à me sentir clairement une étrangère, rendue malheureuse par le fait même d’être une étrangère. J’avais grandi avec ces jeunes, je considérais leurs comportements comme normaux et leur langue violente était la mienne. Mais je suivais aussi tous les jours, depuis six ans maintenant, un parcours dont ils ignoraient tout et auquel je faisais face de manière tellement brillante que j’avais fini par être la meilleure. Avec eux je ne pouvais rien utiliser de ce que j’apprenais au quotidien, je devais me retenir et d’une certaine manière me dégrader moi-même. Ce que j’étais en classe, ici j’étais obligée de le mettre entre parenthèses ou de ne l’utiliser que par traîtrise, pour les intimider ».

Trois autres tomes suivent cet opus, dont le deuxième déjà publié en français « Le nouveau nom ». Je l’ai déjà lu et j’ai hâte de lire les deux autres tomes. Un bandeau sur le livre précisait que Daniel Pennac recommandait ce livre !

(L’amica geniale, Storia del nuovo cognome, Storia di chi fugge e di chi resta, Storia della bambina perduta). 2 ne sont pour l’instant pas traduits en français. Elle a été finaliste grâce à ce roman du Premio Strega en 2015.

Ces livres ont été publiés en italien de 2011 à 2014. On ne sait pas qui est véritablement Elena Ferrante qui est un nom de plume, ni où elle vit. De multiples rumeurs circulent à son sujet. Notamment celle qui affirme qu’elle est un homme…  On sait seulement qu’elle refuse d’être un personnage public et , ne se présente pas à la remise des prix. Elle a accordé une seule interview au journal « L’Unita » en 2002.

Elle est née en 1943.

A lire absolument…

Jolien Janzing – L’amour caché de Charlotte Brontë

Jolien Janzing – L’amour caché de Charlotte Brontë – l’Archipel 2016

Traduit du néerlandais par Danièle Momont

Les femmes et l'ecriture 3Ce roman retrace une période de la vie de Charlotte Brontë, lorsqu’elle quitte, en compagnie de sa sœur, son Yorkshire natal pour aller à Bruxelles prendre des cours de français. L’objectif est de s’assurer la meilleure formation possible afin d’ouvrir une école une fois rentrées.  Cette parenthèse francophone durera plusieurs mois. Elles sont hébergées dans un pensionnat pour jeunes filles tenues par Claire Heger et son mari professeur de littérature. Mais c’est Claire qui tient les cordons de la bourse et qui dirige tout.

Charlotte est fascinée par Constantin, son érudition mais aussi sa virilité et celui-ci n’est pas insensible au trouble qu’il provoque chez ses jeunes élèves.

On côtoie aussi, dans ce livre, les habitants des nombreux quartiers qui composent Bruxelles la cosmopolite et notamment le quartier ouvrier de Molenbeek car Constantin donne des cours d’alphabétisation aux ouvriers volontaires. Un personnage attachant, Emile, jeune ouvrier volontaire et obstiné va d’ailleurs faire une étrange proposition à Charlotte.

Nous savons tous, parce que l’histoire nous le dit, que Charlotte retournera à Haworth mais ce que nous savons moins c’est que cette histoire d’amour, teintée de scandale, inspirera à Charlotte Brontë son chef-d’œuvre, Jane Eyre – Mr Rochester n’étant que le double de Constantin Heger !

Un sentiment mitigé à l’issue de la lecture. Je n’ai pas vraiment aimé ce livre à cause du style (l’auteur s’adresse souvent au lecteur et j’ai horreur de cela) mais aussi parce que je n’y ai rien senti de ce qui me fascine chez Charlotte Brontë pour laquelle j’ai une grande admiration. Pour autant je ne me suis pas ennuyée et j’ai tourné les pages volontiers pour suivre l’histoire.

Spécialiste de littérature anglaise du XIX e siècle, Jolien Janzing est née en 1964 aux Pays-Bas. En octobre 2015, elle est la première auteure non britannique conviée au rendez-vous littéraire annuel de La Brontë Society, à Haworth.

 Portrait de Constantin Heger (vers 1865), qui inspira à Charlotte Brontë son premier roman, The Professor Photo wikipedia Licence creative commons

On me signale en commentaire qu’il y a eu un autre roman écrit par Charlotte, « The professor » qui a été écrit avant Jane Eyre, et publié à titre posthume en 1857.

Trois grandes écrivaines brésiliennes – Ecriture de soi, écriture d’autrui

David Ebershoff – Danish girl

Danish girl de David Ebershoff traduit de l’américain par Béatrice Commengé , 200, et 2001 pour la traduction française, Editions Stock Collection poche Libretto, n°401

Vignette Les hommes sont des femmes comme les autresQu’est-ce qu’être un homme, ou une femme ? Pourquoi en certains êtres le sexe psychique ne correspond-il pas au sexe biologique ? Et pourquoi est-il si difficile parfois de respecter les limites étroites assignées à chaque sexe ? Cette assignation d’une identité sexuelle a des conséquences que personne n’ignore : des statuts et des rôles bien différents sont attribués à chaque sexe auxquels il doit  se conformer sous peine d’être exclu du groupe social.

A Copenhague, en 1925, Einar Wegener et Greta Waud sont mari et femme et tous deux peintres. Un jour Greta, en l’absence de son modèle, demande à Einar de revêtir une robe et des bas et de poser pour elle. Einar est troublé, et de cette confusion naît Lili, qui petit à petit va prendre la place d’Einar.

Einar se sent femme, d’ailleurs lorsque Lili paraît, tous les regards masculins se tournent vers elle.

Il va devenir le premier homme à changer physiquement de sexe. Einar Wegener deviendra Lili Elbe.

Les études sur le genre ont démontré que nous avons tous tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, hormonale, sociale et psychologique qui coïncident ou non, révélant des identités ambiguës ou hybrides. C’est le cas de l’intersexualité.

Le chirurgien chargé d’opérer Einar découvrira que celui-ci possède des ovaires. En fait la confusion des genres que ressent Einar est confirmée par son intersexualité. Il est une personne de troisième sexe. Il est à noter que l’Allemagne depuis le 1er novembre 2013 est devenue le premier pays à donner le droit d’inscrire la mention « sexe indéterminé » sur le certificat de naissance d’enfants nés intersexuels afin de ne pas les condamner au choix d’une chirurgie corrective qui gommerait définitivement les caractéristiques biologiques de l’un des sexes.

Cette question de l’identité est passionnante parce qu’elle est au cœur de toute vie d’Homme.

Le roman est très bien écrit et se lit d’une traite, l’intrigue ménage savamment le suspense et ferre le lecteur. Un très bon moment de lecture…

  

Lili Elbe vers 1920                                              en 1926 (Photos Wikipédia, licence creative commons)

L histoire de Poncia, Conceicao Evaristo, Une voix afro-brésilienne

L histoire de Poncia conceicao evaristo

L’Histoire de Poncia (2003) – Conceição Evaristo  Editions Anacoana, 2015 pour la traduction française, traduit du brésilien par Paula Anacaona et Patrick Louis

vignette femmes du MondeComment parler de la puissance de cette auteure, de sa formidable énergie, de son immense talent ? Comment remercier les éditions Anacaona (pilotées par Paula Anacaona) d’avoir favorisé cette rencontre ? Car comment comprendre que cette œuvre courte mais puissante, essentielle, au programme du baccalauréat au Brésil n’ait pas été traduite jusqu’ici ?

Dans une interview donnée au magazine Culturelire, Conceição Evaristo explique que ce livre, publié en 2003, l’a été dans un contexte particulier, Lula venait d’être élu et une loi avait été votée obligeant à enseigner l’histoire et les cultures africaines à l’université.

Ponciá fabrique des poteries avec sa mère ; elle a du talent et rêve d’une autre vie. Elle décide de quitter la terre de ses ancêtres pour aller en ville. Ponciá est un personnage profondément seul car toute lutte personnelle ancre dans la solitude. Son errance représente selon l’auteure, le manque d’espace, non pas géographique, mais émotionnel. Elle a appris à lire mais cette conquête dont elle est si fière lui paraît au bout du compte inutile. Elle ne parvient pas à aller plus loin parce qu’elle n’a pas accès aux livres, elle lit seulement les journaux qui ne lui apprennent rien d’autre que des faits, des événements sans fournir une analyse des causes qui les ont fait advenir. L’avenir est bouché, car être femme, noire et pauvre rend les rêves impossibles tant sont lourds les déterminismes sociaux. Conceição Evaristo a fait toute sa carrière comme institutrice et a repris ses études après 40 ans pour reprendre ses études et parvenir à obtenir un doctorat. Ponciá ne pourra pas aller aussi loin. Dans le roman, il existe un univers basé sur les cultures bantoue et nago. Les voyages de la mère, son retour au foyer familial, sa quête,   représentent les étapes d’un rite de passage. Tout au long de ce court roman, l’histoire du peuple noir, de sa dépossession, de l’esclavage est particulièrement présente car elle est inscrite dans l’histoire familiale comme dans l’histoire politique. Le grand-père acculé à la folie et au désespoir, le rêve de commander et de frapper de son frère, les absences de Ponciá (don de double vue ?) de plus en plus longues et qui la condamnent à la passivité. La quête est celle du lien, d’un tissage qui permet de s’inscrire dans une histoire et une culture.

La langue de Conceição Evaristo est belle, très pure, très rythmée.

« Elle aurait voulu lui confier ses peurs anciennes qui la submergeaient parfois. Elle aurait voulu savoir si lui aussi souffrait de ce mal, si lui aussi avait des angoisses. Elle aurait voulu que l’homme lui parle de ses rêves, de ses projets, des espoirs qu’il avait dans la vie. Mais il restait silencieux. Il ne pleurait pas, ne riait pas. Même au début, quand Ponciá s’ouvrait à lui, l’homme restait muet, les mots coincés dans la gorge. Aucun de ses gestes n’était porteur de sens. Ponciá, elle, vivait l’angoissante et désespérante envie de la rencontre.

Un mélange de colère et de déception s’emparait d’elle quand elle se rendait compte qu’ils n’allaient jamais au-delà du corps, qu’ils ne se touchaient jamais au-delà de la peau. »

 

Herbjørg Wassmo – L’héritage de Karna

Herbjørg Wassmo – L’héritage de Karna (en langue originale 1997). Gaïa 2000 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch, en trois livres rassemblés en un seul tome. 699 pages

Livre premier : Mon péché n’appartient qu’à moi

Deuxième livre : Le pire des silences

Troisième livre : Les femmes si belles

Vignette femmes de lettresLe récit alterne cette fois entre un je, et un elle, avec des focalisations variées et un glissement de l’une à l’autre, particulièrement maîtrisé. L’auteure est une formidable conteuse qui possède toutes les techniques de la narration.

Benjamin quitte la belle Anna, dont il est amoureux mais qui est promise à son meilleur ami, et rentre en Norvège, à Reinsnes. Mais les retrouvailles avec ce pays désertique coincé entre la mer et la montagne, ne sont pas des plus faciles, d’autant plus que Reinsnes amorce sa décadence loin du faste d’autrefois. Le vapeur ne s’arrête plus et les affaires sont difficiles malgré le travail d’Anders et son dévouement sans faille. Mais Benjamin n’arrive seul, car Karna l’accompagne. Elle souffre d’un terrible mal …

Il existe, dans le récit d’ Herbjørg Wassmo, une mystique née de la communion de la montagne et de la mer, de leurs amours tumultueuses faites de naufrages et de tempête. Autrefois considérée comme une maladie diabolique puis psychiatrique, l’épilepsie effraie et fait de Karnak un être à part…à l’unisson de ce paysage tourmenté, où le temps peut varier subitement d’une heure à l’autre, et la mer se démonter engouffrant hommes et biens.

Mais Karna est aussi un trait d’union entre le passé et l’avenir..

Et le passé soudain resurgit bouleversant la vie des habitants à Reinsnes.

 

Ce tome clôt le cycle de Dina, brillante et flamboyante saga… Et je n’en ai pas fini avec cette auteure, je peux vous l’assurer…

Raja Alem, Le collier de la colombe – Une voix d’Arabie Saoudite

 

Raja Alem, Le collier de la colombe ; La Cosmopolite Noire, Stock 2012, édition originale 2010, traduit de l’arabe (Arabie Saoudite ) par Khaled Osman, en collaboration avec Ola Mehanna ; 760 pages

vignette femmes du MondeUn roman écrit par une saoudienne est suffisamment rare pour qu’on lui prête attention, et un roman qui a obtenu l’Arabic Booker prize d’autant plus.

Le collier de la colombe est un roman foisonnant et difficile, aux multiples références, culturelles, religieuses qui nous sont en partie étrangères, sauf à s’intéresser à ces sujets de manière approfondie. Il exige une vraie patience du lecteur occidental moyen, mais aura de multiples résonances pour un érudit.

Le collier de la colombe (en fait le collier des colombes) renvoie au traité de l’amour et des amants d’Ibn Hazm (994-1064).

Il est le portrait magnifique de deux femmes Azza et Aïcha, qui tentent de se frayer une voie (une voix ?) dans une société aux multiples interdits, mais captives aussi de leur ville La Mekke (La Mecque) avec son atmosphère sacrée, ses énigmes qui empruntées à l’histoire du lieu, donnent au récit un aspect fantastique. Soit que le sacré impose ses visions, ou que les personnages soient victimes d’hallucinations.

Le foisonnement des intrigues et des personnages condamne le lecteur parfois à errer, à oublier, à sauter quelques pages, et à ne retenir que des fragments, à oublier un peu pourquoi il lit. Raja Alem écrit la multiplicité des moments dans une tentative qui ressemblerait un peu aux états de conscience de Virginia Woolf. Car il y a cette promesse au départ, d’une énigme policière puisqu’une femme est retrouvée assassinée dans un passage de la Mekke. Deux femmes ont disparu, laquelle des deux est morte, et qu’est devenue l’autre ? L’inspecteur Nasser, célibataire endurci, est chargé de l’enquête. Curieuse enquête d’ailleurs, que l’on a bien du mal à suivre, tellement elle s’entrecroise d’ une multitude d’événements. On voit que cette société est travaillée de courants , de contradictions, d’élans, et de désespoir, de bonheurs beaucoup plus rares.

Il y a aussi dans ce roman des aspects réalistes qu’on ne peut négliger, une analyse de la société saoudienne, la condition des femmes, la corruption, les inégalités criantes entre riches et pauvres pour ne pas dire miséreux. Une société qui ne cesse de faire le grand écart, entre la prostitution et la police religieuse qui sévit dans les rues de la ville, attentive aux vêtements et à la décence des femmes, les princes qui vivent dans un faste inouï et les miséreux qui vivent dans des décharges, et aussi la confrontation entre tradition (le respect scrupuleux des rites) et la modernité (les tours luxueuses, le marketing autour de ces lieux sacrés, internet). Le monde occidental devient si lointain et si proche pour des femmes qui ne peuvent voyager autrement qu’accompagnées, et à qui il est impossible dans leur propre pays de simplement conduire.

Aïcha avoue : « Nous avons grandi avec la peur du monde extérieur. Tu ne me croiras pas si je te dis que la femme que tu as soignée et que tu as accueillie chez toi ne s’est jamais trouvée seule à seul avec un homme étranger à sa famille, n’avait jamais marché dans une rue sans accompagnateur, ne s’était jamais isolée avec elle-même, n’avait jamais quitté la bulle de la peur pour tester ses propres limites… »

Mais malgré tout l’intérêt de ce roman, j’ai vraiment démérité, je ne saurais pas vraiment qui est mort et pourquoi, le mystère restera à jamais entier, même si je fus parfois touchée par la grâce de la plume de Raja Alem et de ses fulgurances.

Née à La Mekke en 1970, Raja Alem a fait des études de langue et littérature anglaises avant de publier une douzaine d’ouvrages : romans recueils de nouvelles, pièces de théâtre. Elle compte parmi les écrivains de langue arabe les plus importants de sa génération. Son dernier roman « Le collier de la colombe » publiée au Liban est à peine disponible en Arabie Saoudite.

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2

 

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2 1992 (en langue originale 1992). Gaïa 1997 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

Tome 1 : Benjamin, le fils de Dina, a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Il a 11 ans et sa mère, encore jeune et belle, ne supporte pas d’être abandonnée. Sa grand-mère, morte accidentellement lorsqu’elle était enfant, le rejet de son père, ont creusé en elle des failles, une instabilité émotionnelle et une grande fragilité psychologique. Elle navigue à vue entre la raison et la folie, et essaie de prendre son destin en mains pour ne pas sombrer. Le fils hérite de la souffrance de sa mère. Il se choisit un père, Anders, sur lequel il s’appuie, mais également sur  tous ceux, dans son entourage, qui lui montre de la tendresse. Et puis il y a Hanna, la fille de Stine, une protégée de sa mère d’origine lapone, avec qui il joue et folâtre. Il tente de grandir, tant bien que mal, en proie aux cauchemars, déchiré par le terrible héritage que lui a légué Dina.

Dans ce premier Tome, Benjamin prend d’abord la parole pour la céder ensuite au narrateur, extérieur à l’histoire.

Tome 2 : A Copenhague, Benjamin, le fils délaissé de Dina, entreprend des études de médecine, toujours hanté par la tragédie familiale et la fuite de Dina. Mais la guerre des Duchés éclate et il s’engage pour aller au front. Dans la fureur et les larmes, au milieu des morts, de la souffrance intolérable des blessés, il se tourne vers Karna, pulsion de vie, chaleureuse et douce. Puis il revient à Copenhague et tente d’oublier et Karna et la guerre…

Raconté à la première personne, le récit acquiert une plus grande profondeur. On pénètre les pensées de Benjamin, on vit cet intolérable cauchemar qui le réveille au fil des nuits, et la culpabilité qui le déchire. Il décide alors de se livrer à la place de sa mère, d’endosser son crime et il le lui écrit. Tout va se précipiter alors.

Avec une plume flamboyante et efficace, maîtrisant l’art du suspense et des retournements de situation, Herbjørg Wassmo ferre son lecteur pour ne plus le lâcher.

Une littérature populaire de haut vol…

Le livre de Dina – Herbjørg Wassmo Une serial-killeuse venue du froid ?

 

Herbjørg Wassmo – Le livre de Dina 10/18 Editions Gaïa 1994 (en langue originale 1989). D’abord parus en trois tomes , Les limons vides (tome 1), Les vivants aussi (tome 2), Mon bien-aimé est à moi (t.3)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

En ce XIXe siècle qui n’est pas tendre pour les femmes, pas plus en ces pays nordiques qu’en des contrées plus méridionales, s’émanciper peut-être l’œuvre de toute une vie.

Quelques femmes d’exception, au tempérament d’acier, aiguillonnées par une puissante rage de vivre, purent en partie briser la loi d’airain qui les tenaient enchaînées à leur foyer et à leurs tâches domestiques. Dina est de celles-là …

En ce dix-neuvième siècle traversé par de grands bouleversements, Reinsnes, dans le Nordland, battue par la mer et les vents, abrite comme partout ailleurs les bonheurs et les drames de ses habitants. Dina, petite fille solitaire et sauvage, a provoqué accidentellement la mort de sa mère. Rejetée par son père elle se réfugie dans la musique ; son tuteur, violoncelliste, lui communique la passion de son instrument et lui apprend à domestiquer ses tourments intérieurs. Blessée, révoltée, elle va refuser de se plier aux règles dictées aux femmes par son époque. Servie par sa beauté, son caractère indomptable, et sa sensualité, elle va utiliser les hommes et  leur pouvoir pour parvenir à se libérer.

Mais la souffrance de Dana ne s’apaise pas, et sa peur d’être abandonnée, sa soif inextinguible d’être aimée, va provoquer une terrible tragédie.

Ce sont nos blessures qui blessent les autres, et qui provoquent parfois des catastrophes en chaîne. Les souffrances tues mais toujours vivantes, les blessures non cicatrisées, sont comme des bombes à retardement. L’histoire de Dana, est l’histoire d’une très longue résilience, qui ne ménage pas les surprises et les rebondissements orchestrés de main de maître par Herbjørg Wassmo.

Cette formidable saga se poursuit par Fils de la providence, en deux tomes, puis s’achève avec la trilogie « L’héritage de Karna » (Mon péché n’appartient qu’à moi, Le Pire des silences, Les Femmes si belles).

Le livre de Dina a été porté à l’écran par le metteur en scène danois Ole Bornedal avec Gérard Depardieu, Maria Bonnevie et pernilla August dans les rôles prinicpaux.L’auteure a déjà publié , la trilogie de « Tora » (la Véranda aveugle, La chambre silencieuse, Ciekl cruel), La Fugitive, Un verre de lait, s’il vous plaît, Cent ans, Ces instants-là.

L’auteure est née en Norvège en 1942, et vit à Hihnöy, une petite île située au nord du cercle polaire. Elle a commencé par être institutrice.

 

Harper Lee gardera son mystère jusqu’au bout…

Harper Lee est décédée hier, le vendredi 19 février 2016 à l’âge de 89 ans. Née le 28 avril 1926, elle aura écrit un unique roman : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » qui sort en 1960 et devient un énorme succès.

Elle déclarait en 1964, à la radio : « Je ne m’attendais pas au succès avec ‘l’Oiseau moqueur’. J’espérais tout au plus que la critique m’inflige une mort rapide et douce, mais, en même temps, j’espérais quand même que quelqu’un l’aimerait assez pour m’encourager à poursuivre. J’ai plutôt obtenu un énorme succès, et à bien des égards ça a été aussi effrayant que la mort rapide et douce à laquelle je m’attendais.»

Tout le monde attendit, en vain, un autre livre mais le succès avait visiblement tari toute créativité chez l’écrivain. En février 2015, sort un deuxième livre « Va et poste une sentinelle » qui s’avère être un des volets  de la trilogie dont «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur» aurait été le premier tome..

Description de cette image, également commentée ci-après                                                     Photo wikipédia – Licence creative commons

 

« Jean Louise Finch, dite « Scout », l’héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, est de retour vingt après dans sa petite ville natale de l’’Alabama, Maycomb, pour rendre visite à son père Atticus. Elle a vécu longtemps à New York, et son regard a changé. Elle va découvrir chez ses proches des aspects qu’elle n’attendait pas. Va et poste une sentinelle est le deuxième roman de Harper Lee, mais fut écrit avant « Ne tirez pas sur l’’oiseau moqueur » .

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La grande maison – Nicole Krauss

La grande maison

Nicole Krauss – La grande maison – Editions de l’Olivier- 2011

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paule Guivarch

Les personnages de cette histoire sont liés par un lien invisible et leurs destins vont se croiser à la faveur des migrations d’un mystérieux objet. Les soubresauts de l’Histoire accompagnent Lotte Berg dans sa fuite hors de l’Allemagne nazie vers l’Angleterre. Nadia, en mal d’inspiration, part en Israël à la recherche d’un bureau pour écrire. Isabel, une américaine, vient étudier à Oxford et rencontre Yoav, fils d’un antiquaire, juif errant qui va de ville en ville, d’un pays à un autre, depuis la mort de sa femme. A Jérusalem, un père écrit à son fils et tente de briser le mur d’incompréhension qui s’est élevé entre eux au fil des années.

Au fond, nous sommes tous reliés les uns aux autres. Nos destins individuels sont façonnés par l’Histoire. Il est toujours stupide de l’ignorer. La dimension politique des actes individuels est le lien qui nous unit. Ce que l’un fait se répercute sur l’autre. L’indifférence à l’autre, l’oubli du bien commun et de l’intérêt collectif sont à la racine du mal. Même l’amour, épris de singularité, possède une dimension politique car il ne peut se vivre en dehors de la société dans laquelle il naît et se développe. L’Holocauste brisa les liens familiaux, et fut à l’origine de nouvelles migrations et de la création de l’Etat d’Israël.

Quel est le lien de l’écriture avec l’Histoire ? Pourquoi chacun de ces personnages écrit-il ? Le pouvoir de l’écriture n’est-il pas une illusion ? Que doit-on être prêt à sacrifier à ce pouvoir démiurgique ? L’écriture peut-elle nous aider à nous reconstruire ? Telles sont les questions au cœur de ce récit que j’ai parfois trouvé un peu long et bavard, plus dans la démonstration que dans l’émotion si l’on excepte la lettre du père à son fils. La forme et le projet sont vraiment intéressants, la narration souvent intelligente mais pour moi la rencontre n’a pas eu lieu.

 

Karine Reysset – Les yeux au ciel

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Karine Reysset – Les yeux au ciel – Editions de l’Olivier, 2011 / 189 pages

Ce que l’on tait revient toujours. Et tous les empilements ne servent à rien. Les vieilles douleurs sont diffuses ; elles vous imprègnent. Elles ont déposé des strates, des marques, des cicatrices. Thème rebattu s’il en est, les traumatismes de l’enfance, la violence des secrets de famille infligent de terribles souffrances aux individus. Mais Karine Reysset sait écouter ses personnages sans les juger, elle donne à chacun sa voix, à chacun sa place : Marianne, seconde femme de Noé, mère un peu lointaine, Noé qui manqua certainement lui aussi à ses enfants, parce que la douleur l’a tenu éloigné d’eux, Léna, mère exténuée et au bord de la crise de nerfs, Stella paniquée par la grossesse de son amie de cœur, Merlin qui a laissé sa fille Scarlett à ses parents parce qu’il était incapable de l’élever, et Achille, le brillant Achille, issu d’un premier lit, qui vit aux Etats-Unis, et s’est senti rejeté par sa belle-mère, et délaissé par son père.

Noé fête ses 70 ans aux Myosotis, la villa familiale de Saint-Lunaire, et tout le monde est rassemblé pour l’occasion. Ce sont des esquives, des joutes, des tentatives de rapprochement aussi, et l’ombre de cette petite sœur morte si jeune qui plane sur la fête familiale. Alors des murmures s’élèvent, des tentatives maladroites pour dire la souffrance, la culpabilité que chacun tait, pour sortir de ce carcan. Achille a pris une décision qui va bouleverser son existence et celle des enfants, prêt à les écouter enfin, chacun va essayer de trouver le chemin d’une possible résilience…

Un beau livre, tout en nuances, en souffles, en profondeur…

Merci Karine Reysset…

Carole Martinez présente « La Terre qui penche »

Carole Martinez – La Terre qui penche

Carole Martinez

Carole Martinez – La Terre qui penche roman Gallimard 2015

Dans ce roman, Carole Martinez continue, à sa manière, d’explorer les méandres des destins des femmes aux prises avec les interdits de la société patriarcale. Rappelons son magnifique et passionnant projet : écrire une histoire romancée des femmes dans un même lieu pendant plusieurs siècles ! On se retrouve à nouveau au domaine des Murmures, au XIVe siècle, après un bond de plus d’un siècle (En effet, En 1187, le jour de ses noces, Esclarmonde avait refusé d’épouser le jeune homme choisi par son père et demandé à être recluse), nous sommes en 1361, Blanche est morte, et le récit alterne en deux voix, celui de la Vieille Ame, et celui de Blanche elle-même.

Il y a toujours chez cette auteure, l’utilisation du merveilleux, du fantastique, enlacé à un réalisme historique d’une grande précision. Elle utilise toujours la même langue poétique, tissée de douceur et des violences du temps, de désir et de désespoir. Elle file parfaitement ses métaphores mais sait aussi allier la simplicité à la richesse de son écriture. Si ses personnages sont sensibles à la magie, s’ils ont ce pouvoir visionnaire, ils ne délaissent pas pour autant les outils de la raison afin de lutter contre le fanatisme ou l’obscurantisme qui règnent dans leur société comme dans la nôtre.

Blanche veut écrire mais son père lui interdit. Le diable guette les femmes, êtres faibles et déraisonnables, qu’il faut tenir loin du pouvoir.

« C’est d’être fille d’Eve qui me retient ! » s’insurge Blanche, « La mauvaise a désobéi à son père et nous sommes toutes punies depuis. Cette chienne nous a condamnées à ne plus rien cueillir ! Je ne prends pas les gens ou les choses à pleines mains comme un homme, je rêvasse, je me trouble et je ne me risque pas ! »

Roman d’initiation, Blanche va être conviée à un voyage qui sera aussi l’instrument de sa libération.

Carole Martinez ménage quelques retournements assez intéressants. Blanche est en quête d’identité et cherche patiemment des renseignements sur sa mère. Elle veut apprendre qui elle est, d’où elle vient.  La fin reste ouverte et on a hâte de savoir la suite, où de sauter encore quelques siècles à la suite de la plume bienheureuse et agile de Carole Martinez.

Appel à contribution : littérature brésilienne

Voici une série d’auteures brésiliennes, en connaissez-vous d’autres, traduites en français? Quels livres avez-vous lus ou recommanderiez-vous ?

Marina ColosantiConceição EvaristoAngela LagoTatiana Salim LevyAdriana LunardiAna Maria MachadoAna Paula MaiaPatricia MeloLu MenezesBetty Milan  Ana MirandaNélida Piñon Carola SaavedraFernanda TorresPaloma Vidal Clarice Lispector

Conceição Evaristo : L’histoire de Poncia (éditions Anacaona 2015) auteure extrêmement importante et peu traduite. L’histoire de Poncia est étudiée au baccalauréat brésilien.

Adriana Lisboa.Des roses rouge vif (Éditeur : Editions Métailié (2009) ) Quand le cœur s’arrête (Éditeur : La Joie de Lire (2009) )  Bleu corbeau (Editions Métailié (2013) ) et Hanoï (Éditeur : Editions Métailié (2015)).  Il semblerait qu’elle réside maintenant aux Etats-Unis. (Sur la route de Jostein).

Clarice Lispector L’heure de l’étoile (Des femmes 1985) – Où étais-tu pendant la nuit ? (Des femmes 1986) – Le lustre des femmes (1990) -Liens de famille (Des femmes 1992) – La découverte du monde (des femmes 1995) -La passion selon G.H (Des femmes 1998) – Près du cœur sauvage (Des femmes 1998) – Un souffle de vie (Des femmes 1998) – Le bâtisseur de ruines (Gallimard 2000) -La vie intime de Laura (Des femmes 2004) – Comment naissent les étoiles (Des femmes 2005) – L’invitation de la rose et autres textes (Des femmes 2008) – L’unique façon de vivre : lettres (rivages 2010) – Pourquoi ce monde (Des femmes 2012) – Amour et autres nouvelles (Des femmes 2015). Cette liste n’est pas exhaustive .

Tatiana Salem Levy : La Clé de Smyrne, Buchet-Chastel, 2011

Adriana Lunardi : Corps étrangers, Éditions Joëlle Losfeld 2015, Vésperas, Editions Joëlle Losfeld 2005 (un recueil de neuf nouvelles qui s’attardent sur les disparitions des romancières Dorothy Parker, Virgina Woolf, Clarice Lispector, Colette, Katherine Mansfield, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald, Ana Cristina César et Julia da Costa)

Ana Paula Maia  Du bétail et des hommes, Anacaona, à paraître en 2015, traduit par Paula Anacaona. • Charbon animal, Anacaona, 2013, traduit par Paula Anacaona

Patricia Melo :  Acqua Toffana (1994), Actes Sud, Matador : le tueur Albin Michel 1996,  Éloge du mensonge,  Actes Sud 2 000,  Enfer,  Actes Sud 2001, Le diable danse avec moi,  Actes Sud 2005, Monde perdu,  Actes Sud 2008, Le Voleur de cadavres,  Actes Sud 2012

Lu Menezes  : La Poésie brésilienne aujourd’hui, choix réunissant 16 poètes et introduction de Flora Süssekind, bilingue franco-portugais, Le Cormier, 2011, traduit par Patrick Quillier.

Betty Milan Rio, dans les coulisses du carnaval, Editions de l’Aube, 1998, (épuisé).• Brésil pays du ballon rond, Editions de l’Aube, 1998, (épuisé).• Le Perroquet et le Docteur, Editions de l’Aube, 1997, traduit par Alain Mangin (épuisé)

Ana Miranda  : Bouche d’enfer, Julliard, 1999, traduit par Antoine Albuca.

Nélida Piñon  : Le Temps des fruits  Éditions des Femmes, 1993, Fundador  Éditions des Femmes, 1998, La Maison de la passion  Éditions Stock, 1980, La Salle d’armes Éditions des Femmes, 2005, La Force du destin  Éditions des Femmes 1987,  La République des rêves  Éditions des Femmes, 1990

Carola Saavedra : « Coexistence » dans Brésil 25. Nouvelles 2000-2015, anthologie dirigée et préfacée par Luiz Ruffato, Métailié, à paraître en 2015, traduit par Geneviève Leibrich.
• Paysage avec dromadaires, Mercure de France, 2014, traduit par Geneviève Leibrich.• « Passion » extrait du collectif Le Football au Brésil – Onze histoires d’une passion, Anacaona, 2014, traduit par Paula Anacaona.

Fernanda Torres : Fin [« Fim », 2013], trad. de Marine Duval, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 2015

Paloma Vidal Mar Azul, Mercure de France, à paraître en 2015, traduit par Geneviève Leibrich.

 

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