Archives pour la catégorie Histoire littéraire des femmes

Anne Brontë – La dame du manoir de Wildfell Hall

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Anne Brontë La Dame du manoir de Wildfell Hall archi poche  2012 ( première publication en 1848)

          Anne Brontë est la moins connue des sœurs Brontë et « La Dame du manoir de Wildfell Hall » aussi traduit « La recluse de Wildfell Hall » eut à souffrir de critiques particulièrement acerbes lors de sa publication en Angleterre en 1848 ; on reprocha à Anne Brontë  de faire l’apologie du vice tant ses personnages étaient  réalistes, de camper une héroïne aux vertus bien peu féminines et d’étaler  « son goût morbide pour la brutalité vulgaire ».  Un an après la mort de sa sœur, Charlotte empêchera la republication de l’ouvrage, le jugeant peut-être trop scandaleux pour l’époque.

        On le considère aujourd’hui à juste titre comme l’un des premiers romans féministes.

Helen Graham est une veuve bien mystérieuse. Elle vit en compagnie de son fils dans un manoir délabré et  particulièrement retiré et semble rechercher la solitude. Que cache son attitude ? Que fuit-elle ? Qu’a-t-elle donc à se reprocher pour s’entourer de tant de mystère. Les langues vont bon train jusqu’à ce que le scandale éclate … Le récit est d’abord raconté par Gilbert Markam, un hobereau du coin, puis par Helen qui lui confie son journal.

Anne Brontë se place ici dans la tradition des grands moralistes. Il s’agit de peindre les malheurs du vice pour inciter à la vertu et dissuader les jeunes gens de se livrer à la débauche, les jeunes hommes surtout, à qui une société hypocrite et injuste passe tous les caprices censés montrer leur puissance et leur virilité. Anne Brontë s’inspira pour cela de la déchéance de son frère qui mourut alcoolique et tuberluceux. 

Le trait est incisif, Anne Brontë démonte les mécanismes d’une toute-puissance masculine à laquelle des lois injustes et une éducation permissive ne mettent aucun frein. Les femmes séparées de leur mari ne peuvent intenter une action en divorce, ni disposer de leur fortune, ni conserver la garde de leurs enfants. Elles doivent être soumises et résignées. Seuls de mauvais traitements physiques peuvent justifier un éloignement salutaire.  Or Hélene Graham/Huntington quitte le foyer conjugal, vend des tableaux pour gagner sa vie et fait fi du qu’en dira-t-on. Elle ose critiquer la différence d’éducation entre les garçons et les filles et la mauvaise influence des mères qui à force de gâter leurs  fils  ainés en font des monstres de vanité et d’égoïsme. « Je ne compte pour rien ici », se plaint Rose, la sœur de Gilbert Markam. Les garçons passent avant tout, les meilleurs morceaux leur sont réservés et les femmes sont à leur service.

Lorsqu’on lit aujourd’hui les romans écrits par des femmes, on retrouve, dans certains milieux ou dans certaines parties du monde les mêmes constats. Cette litanie en agace beaucoup, hommes ou femmes, qui ont l’impression parfois qu’il y a une forme d’exagération et de répétition un peu vaine. Mais voilà, la littérature est aussi une arme de combat, le lieu d’une prise de parole pour ceux ou celles qui en sont privés. D’ailleurs, le sort réservé aux femmes est un excellent indicateur pour la démocracie, les endroits où elles ne sont pas respectées sont aussi ceux où les Hommes, plus généralement, ne sont pas vraiment libres. Et les voix qui sélèvent ne sont pas seulement féminines. J’avais été frappée lors d’une émission animée par Frédéric Taddeï , de la remarque d’une juriste qui disait ne pas s’intéresser plus à la cause des femmes qu’à n’importe quelle autre cause. L’antiféminisme n’est pas le seul fait de certains hommes mais aussi de nombreuses femmes. Peut-être est-ce une façon de se rassurer, de s’exclure de la « masse » indistincte de celles qui par leur genre pourraient être vulnérables ou assignées à certains rôles. L’illusion peut-être qu’il n’y a plus vraiment de combat à mener.

Ann Brontë est morte à 29 ans de la tuberculose. J’ai une très grande admiration pour cette jeune femme, pour sa lucidité et son courage. Elle est pour moi un modèle. Certes, elle n’était pas « romantique », même si elle sacrifiait comme tant d’autres écrivains à l’inévitable « histoire d’amour », mais elle savait analyser finement les rapports sociaux de genre. Elle écrivait pour avoir un autre destin… Mais peut-il vraiment y avoir d’autres raisons pour écrire ?

Edna Saint Vincent Millay – L’histoire d’une vie

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   Edna saint Vincent Millay est une poétesse américaine (Rockland, Maine, 22 février 1892-Austerlitz, New-York,19 octobre 1950)

Elle fut élevée en compagnie de ses deux sœurs par sa mère, Cora, après que cette dernière eut demandé à son mari de quitter la maison en 1899. – Cora exigea que ses filles soient indépendantes et ambitieuses et leur inculqua une solide formation musicale et littéraire.

Son premier grand poème Renaissance est publié alors qu’elle n’a que 19 ans et attire immédiatement l’attention, ce qui lui permet d’intégrer le Vassar College.

Diplômée de Vassar College en 1917, où elle se lia avec la comédienne britannique Wynne Mattison., elle publia son premier volume de poèmes la même année : Remanescence and Other Poems. Son œuvre rencontra le succès grâce à la maîtrise technique, la fraîcheur  de son écriture. Il se confirma avec un nouveau recueil « A few Figs from Thistles (1920), qui l’imposa comme le type de la femme nouvelle et émancipée, à la fois « romantique et cynique » à travers des poèmes comme « The Penitent » et « My candle Burns at both ends »

Son style de vie bohème et non conventionnel et ses nombreuses histoires d’amour renforçait cette image d’une femme libre. Elle utilisait le pseudonyme de Nancy Boyd.

            Elle s’installa à Greenwich Village et s’intégra à un groupe d’auteurs, d’acteurs et d’artistes, originaires de Provincetown, The Provincetown Players et écrivit pour eux «  The Princess Marries the Page (1918, publié en 1932), Aria da capo (1919, publié en 1921) et Two slatterns and a king (1921), fantaisies satiriques en un acte.

De nombreux autres livres de poésies suivirent, dont « The ballad of the Harp Weaver qui lui valut le prix Pullitzer de poésie en 1923.

« En 1927, elle confirme son côté engagé qui s’est déjà manifesté dans des écrits contre la guerre et pour la défense des droits des femmes en militant dans l’affaire Sacco et Vanzetti, et elle publie la veille de leur exécution un poème, Justice Denied in Massachusetts dans le New York Times, du 22 Août. 1927. » source Poezibao

            Elle est aussi l’auteur d’un livret d’opéra, « The King’s Henchmann (1927) et d’une traduction des Fleurs du mal de Baudelaire (1936).

Après sa mort, soixante-six poèmes posthumes ont été publiés sous le titre « Mine the harvest (1954), ainsi que sa Correspondance (1952) et l’ensemble des poèmes « Collected poems » (1956).

            La journaliste et humoriste Dorothy parker a laissé un témoignage de l’impact exercé par Edna Millay sur toute une génération.

« Nous marchions toutes sur les traces de Mrs Millay. Nous étions toutes brillantes et galantes, déclarant que nous n’étions plus vierges même si nous l’étions. Belle comme elle l’était, Mrs Millay a fait beaucoup de mal avec ses chandelles brûlant par les deux bouts… Elle faisait paraître la poésie si facile, que nous pensions toutes pouvoir en faire. Mais nous ne pouvions pas, évidemment. »

Elle avait épousé en 1923 un homme d’affaires, Eugen Boissevain.

« La revue Europe qui publie un dossier sur elle dans son numéro 914-915 de juin-juillet 2005 avec une présentation et des traductions de plusieurs sonnets (Millay est particulièrement réputée pour avoir écrit dans cette forme) ainsi que Déni de justice au Massachusetts par Claude Dandréa. (source : Poezibao) »

Ecrire dit-elle : Félicité de Genlis

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Sur le site Gallica de la Bnf, vous trouverez une vingtaine d’oeuvres en mode texte dont :

Adèle et Théodore,ou Lettres sur l’éducation « contenant tous les principes relatifs aux trois différens plans d’éducation des princes, des jeunes personnes et des hommes ». Delphine ou l’heureuse guérison, Contes moraux pour la jeunesse, Les Veillées du château.

Emily Dickinson – L’histoire d’une vie

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Poétesse américaine (Amberst, Massachussets, 10 dcembre 1830-id., 16 mai 1886)

Née dans un milieu puritain de la Nouvelle-Angleterre, fille d’un avocat sévère et ambitieux et d’une mère au foyer, elle poursuivit peu ses études après l’école communale de sa ville natale ; en 1847, elle passa une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley, elle apprit la chimie, la physiologie et la littérature anglaise. Cette éducation qui pourrait semblait rudimentaire aujourd’hui lui ouvrit pourtant des espaces inconnus.

De retour chez elle, elle devint une fervente lectrice, écrivit des poèmes, avec frénésie, qui semblaient n’obéir à aucune règle de la prosodie : pas de syntaxe, une ponctuation approximative, une forme elliptique, un  style nouveau et déroutant pour ses proches.

« Mon père ne voit rien de mieux que “la vie réelle” — et sa vie réelle et “la mienne” entrent parfois en collision. »

De santé fragile, elle mena une vie retirée et ne quitta Amberst que pour de rares séjours à Washington ou à Boston : sa première expérience amoureuse se solda par un échec  car l’homme était marié et bien que le divorce aux Etats-Unis fût généralement accepté depuis la fin du XVIIIe siècle, il restait tabou dans certains milieux (voir l’étude passionnante de Norma Basch, Framing American divorce).

Confinée dans la maison familiale, elle voyait régulièrement son frère, sa belle-sœur qui devint son amie de cœur  et quelques amis.  Ses relations épistolaires semblèrent compter beaucoup cependant : elle eut une correspondance passionnée avec plusieurs interlocuteurs masculins. Cette mise en retrait apparente du monde, sa vie de femme hors du mariage lui permit une mise à distance qui certainement a nourri un regard et une oeuvre. Non soumise aux charges matérielles d’une vie d’épouse, libérée des maternités, elle put se consacrer à la poésie.

« Le rivage est plus sûr, mais j’aime me battre avec les flots… »écrit-elle à 15 ans. [1]

Elle fut libre par omission. « Selon Adrienne Rich “le génie se connaît toujours lui-même : Dickinson a choisi sa réclusion parce qu’elle savait ce qui lui convenait”. Ce choix d’artiste lui a permis de vivre en lisant et en écrivant : en lisant la Bible, Shakespeare et Dickens, ou encore Emerson, Hawthorne et Melville, et en écrivant, de l’âge de vingt ans jusqu’à sa mort 1775 poèmes »[2] Ce quotidien qui aurait pu être terne, ne le fut pas car il abrita une vie spirituelle et créative intense.

Quelle pouvait être la valeur de cette oeuvre qu’elle poursuivait dans la plus grande discrétion ? Elle le demanda à un critique célèbre le colonel Higginson :

– Mes vers sont-ils vivants ?

– Oui, ils sont vivants, répondit-il, mais ne respectent aucune règle de la plus élémentaire prosodie.[3]

Il  la décrit ainsi après la visite qu’il lui rend le 16 août  1870 : « D’un pas léger est

entrée une femme petite et quelconque, avec deux bandeaux lisses de cheveux un peu roux… vêtue d’une robe blanche en piqué très simple, d’une propreté exquise… Elle s’est approchée de moi portant deux lis qu’elle m’a mis dans la main d’un geste enfantin en disant d’une voix douce, effrayée et volubile d’enfant : « En guise de présentation ».

Dans une lettre à sa femme, qu’il écrit peu après, Higginson rapporte les propos qu’il vient d’entendre de la bouche d’Emily : « Si je lis un livre et qu’il me rend tout mon corps si glacé qu’aucun feu ne pourra jamais me réchauffer, je sais alors que c’est de la poésie. Si je sens le sommet de ma tête arraché, je sais aussi qu’il s’agit de poésie. Ce sont mes deux seules façons de le savoir. Y en a-t-il d’autres? »

Son écriture novatrice nourrie d’élans passionnés déconcertait les éditeurs qui refusaient ses poèmes en l’état et lui demandaient des réécritures qu’elle refusa toujours. Elle utilisait des images surprenantes et suggestives d’une grande force et d’une grande beauté. Son style en retrait, rempli d’ironie choquait ses contemporains. Ce style « brisé » des rimes, le nombre de pieds ne correspondant pas aux canons habituels déroutait sur le plan formel.

Mystique et fervente, refusant la morale religieuse étriquée de son milieu, elle cherchait la présence immanente du divin dans le quotidien :

« un mot peut vous inonder quand il vient de la mer ». 

           Hélène Hunt, poète et romancière, reconnut son génie et l’encouragea.[4]

En 1876, elle lui écrit : « Vous êtes un grand poète, et c’est très dommage que vous ne veuillez pas chanter tout haut ». Emily répond : « Mais qu’on se souvienne de quoi? Digne d’être oubliée est leur renommée ».[5]

Ainsi elle n’eut pas droit à la reconnaissance littéraire se son vivant.

Elle écrivit jusqu’à sa mort quelques deux mille poèmes, développant son propre style, prenant pour objet des choses simples.  Sept poèmes seulement parurent anonymement de son vivant[6]. En 1892, Higginson publia une partie de son œuvre et ce recueil obtint un succès sans précédent. Mais il fallut attendre 1924 pour que sa nièce, Martha Dickinson Bienachi publie l’édition complète de son œuvre, Poèmes et lettres, qui confirmèrent le talent d’Emily Dickinson qui tient une des premières places dans la littérature poétique de son pays.

          Très tourmentée intérieurement, elle cherchait pourtant le bonheur : preuve il en est le projet de mariage en 1884, avec le juge Otis Lord qui décèda brusquement.

Elle se déclara ainsi :

« L’exultation m’inonde, je ne retrouve plus mon cours – le ruisseau se change en mer quand je pense à vous. »

Eprouvée déjà par une longue suite de deuils : son père en 1874, sa mère en 1882, son neveu Gilbert, mort à l’âge de huit ans en 1883,  Emily plongea dans une profonde dépression, et mourut deux années plus tard[7].

Le matin et autres poèmes – Emily Dickinson

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Le matin

Le matin , qui ne vient qu’une fois,

Envisage de revenir-

Deux Aubes pour un Seul Matin

Donne un prix soudain à la Vie –

Edition printemps des poètes – 2005 – Poèmes à la poche

Ils n’ont pas besoin de moi.

Ils n’ont pas besoin de moi, mais qui sait –

Je laisserai mon Coeur en vue –

Mon petit sourire pourrait bien être

Précisément ce qu’il leur faut –

S’accumuler comme un tonnerre

S’accumuler comme un tonnerre à sa limite –

Puis – s’écrouler – grandiose

Alors que la Création se cache –

Voilà qui serait – Poésie –

Ou amour – ils ont le même âge –

On les éprouve – sans les prouver –

On les vit – ils vous consument –

Car à la vue de Dieu nul ne survit.

Elizabeth Taylor – L’histoire d’une vie

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Elizabeth Taylor est née le 3 juillet 1912 à  Reading, dans le Berkshire. Elle étudia à l’école religieuse de sa ville natale, avant de devenir préceptrice, puis bibliothécaire. En 1936, elle épousa l’homme d’affaires John Taylor avec qui elle eut deux enfants.

          Elle analyse le quotidien avec finesse et sensibilité. Son oeuvre comprend onze romans et cinq recueil de nouvelles. Pour son éditeur français Payot/Rivages, elle est l’ écrivain de la déception et de cette tyrannie du moi qui nous fait désirer être un autre »

En tant qu’auteure ses influences furent Virginia Woolf, Compton-Burnett and EM Forster. Elle eut un succès d’estime dans les milieux littéraires et le romancier et critique Robert Liddell, Elizabeth Bowen et Elizabeth Jane Howard furent ses amis.

On l’accusa bien sûr d’écrire des « romans de femmes » parce qu’elle décrivait le quotidien mais la subtilité de ses portraits psychologiques la range parmi les plus grands écrivains du XXe siècle. Elle eut ainsi l’hommage d’André Rollin dans le Canard Enchaïné « Elizabeth Taylor sait que le soleil de l’été n’est qu’un leurre, que ses rayons peuvent être des poignards. Elizabeth Tavlor déchire en douceur Griffe. Elle utilise le pastel. Mais du pastel empoisonné.»[1]

ImageAprès des années de refus de la part des éditeurs, son premier roman At Mrs Lippincote’s (Chez Mme Lippincote) fut publié en 1945. Il raconte une histoire qui commence un soir de 1940 où Julia, son fils Oliver et Éleanor, une cousine enseignante et célibataire, arrivent dans une maison d´une ville campagnarde  mise en location par Madame Lippincote après le décès de son mari. Mais bientôt derrière la façade, se révèlent des tensions et la belle apparence se fissure.

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Angel, publié en 1957, son roman le plus connu en France a été adapté pour le cinéma par François Ozon en  2007. L‘ouvrage trace le portrait d’une romancière, Angel Deverell, qui serait inspiré de celui de Marie Corelli née en 1855 et décédée en 1924.

Le sujet, selon Diane de Margerie qui en a écrit la préface, « est le don d’une vie à l’écriture, et cela conté d’une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L’extravagante enfant qui en est l’héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l’épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel.  »

François Ozon raconte avoir été profondément touché par « cette histoire profondément anglaise (qui) s’inscrit dans la tradition des femmes écrivains en Angleterre. Le personnage d’Angel est d’ailleurs inspiré d’une écrivaine réelle, contemporaine d’Oscar Wilde, Marie Corelli, romancière préférée de la reine Victoria. Elle fut une des premières écrivain-star, à avoir des best-sellers, et à être adulée par le public. Aujourd’hui, elle est complètement oubliée, même des anglais. Elle n’a aucun équivalent en France à la même époque. »

Il explique qu’il lui a fallu rendre Angel attachante car dans le roman d’Elizabeth Taylor, « le personnage est souvent grotesque, le regard sur elle, ses livres et son comportement est très ironique. »  Un personnage aussi négatif aurait été difficile à accompagner pendant deux heures donc «  il fallait que l’on soit aussi charmé par elle, que l’on puisse s’attacher à elle sans gommer pour autant son côté insupportable ou une certaine forme de méchanceté. »

Elle adhéra au parti communiste en 1936 (qu’elle quitta quelque temps après pour le Labour party) suite à sa liaison avec Ray Russell, un designer de meubles qui était membre du parti. Cette histoire dura près de dix ans jusqu’à la fin des années 40. Sa biographe anglaise Nicola Beauman a retrouvé 500 lettres qu’ils échangèrent pendant qu’il était soldat.[2]

. Son désir de liberté et sa décision de devenir écrivain semblent incompatibles avec son mariage avec un membre de la haute bourgeoisie et la vie de femme au foyer qu’elle eut par la suite. Mais peut-être avait-elle peur de ce qu’elle sentait en elle, une rébellion ou une violence, qu’elle cherchait à discipliner. Mais elle avait horreur de la publicité et pour elle la vie privée devait le rester. Sujets qu’elle traita dans ses nouvelles.

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En 1971, peu avant sa mort, Mrs Palfrey at the Claremont (Mrs Palfrey Hôtel Claremont), sélectionné pour le Booker Prize fut salué par la critique comme l’un de ses romans essentiels.

« Veuve, Mrs Palfrey s’installe dans un hôtel qui est en fait une résidence pour personnes âgées. Chaque pensionnaire, afin de distraire la monotonie des menus et des conversations, applique la stratégie du temps qui reste, et la drôlerie le dispute sans cesse à l’émotion. Un jour, Mrs Palfrey rencontre Ludo, un jeune écrivain qu’elle fait passer pour son petit-fils, et cette « aventure » qui bouleverse sa vie fera d’elle une « vieille dame indigne » délicieusement britannique.[3]

 Elle meurt en 1975 d’un cancer à l’âge de 63 ans.

« Les gens qui n’ont aucun vice, n’ont généralement de vertus que l’ennui.» disait-elle.

« Sophisticated, sensitive and brilliantly amusing, with a kind of stripped, piercing feminine wit. » Rosamond Lehmann

  wikipedia in english


[3] Editions Payot&Rivages

Hester Lily – Elizabeth Taylor

Hester Lily

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Hester Lily – Elizabeth Taylor – 1954 Elizabeth Taylor – 2 007 Editions Payot et Rivages 112 pages

Hester Lily, jeune femme devenue orpheline, est recueillie par son cousin Robert, de plusieurs années son aîné. Son épouse Muriel n’apprécie guère cette intrusion et devient la proie d’une jalousie maladive.

Son travail de secrétaire qu’elle exécute plutôt mal, son côté godiche, ne font guère craindre a priori une rivale. Pourtant c’est ce que pressent l’épouse de Robert, directeur d’une école de garçons dans une bourgade provinciale.

Hester va être le catalyseur du malaise profond qui ronge le couple.

Dans cette longue nouvelle qui est avant tout une brillante étude de mœurs, Hester sertle révélateur à une situation qui, cachée sous le vernis apparent de la vie sans histoires d’un couple plutôt assorti, va apparaître peu à peu.

La jalousie de Muriel, l’épouse, n’est que la conséquence de son angoisse face aux difficultés que traverse son couple. Elle sent bien que la situation lui échappe et que le conflit larvé va bientôt éclater. Elle a peur d’Hester car elle pressent la fin inéluctable de son couple et emploie toute son énergie à sauver les apparences plutôt qu’à résoudre la crise qu’il traverse.

Hester est l’altérité fondamentale, qui représente qu’une autre vie est possible, que d’autres amours sont à naître. L’idéal chrétien et bourgeois d’un mariage pour le meilleur et pour le pire est battu en brèche par la plume un tantinet cruelle d’Elizabeth Taylor. Elle n’épargne aucun de ses personnages ni ne cherche de justifications morales à leurs actes.

Elle les observe sans les juger, s’attachant seulement à mettre en lumière un monde intérieur complexe derrière une vie bourgeoise apparemment lisse.

Le désamour à l’œuvre dans le mariage est malgré tout la preuve qu’un sentiment fort et authentique a existé mais qu’il n’a pas résisté au lent travail de sape du temps.

Que fera Hester dont la vie est à construire ? Quels choix fera-t-elle ? Aura-t-elle le courage de vivre sa passion jusqu’au bout ou renoncera-t-elle aux sentiments qu’elle aurait pu éprouver ?

Elizabeth Taylor d’une plume plutôt distante mais précise analyse les faux semblants d’une société dans lesquels sont empêtrés ses personnages. Ils ont au fond le plus grand mal à savoir qui ils sont et quels sont leurs véritables désirs et se débattent dans des sentiments contradictoires comme une mouche dans la toile.

Plus connue pour son roman « Angel » que j’ai très envie de lire, Elizabeth Taylor est l’une des grandes écrivaines anglaises de ce siècle.

Fadhma Aïth Mansour Amrouche Histoire de ma vie

Histoire de ma vie

Fadhma Aïth Mansour Amrouche Histoire de ma vie La découverte poche

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Ce livre est d’une sorte que j’aime particulièrement, parce qu’il a été difficile à trouver et que sa rencontre a été le fruit d’un heureux hasard. C’est aussi une voix depuis longtemps disparue, à la charnière de deux siècles et de deux mondes et témoin des derniers soubresauts du colonialisme. Il y avait peu de chances que je la connaisse si je ne m’étais pas intéressée dans mon projet aux traces des femmes qui ont écrit d’une manière ou d’une autre dans ce siècle ou dans d’autres plus anciens.

Voici comment la présente Vincent Monteil en 1967 :

« Une vie. Une simple vie, écrite avec limpidité par une grande dame kabyle, d’abord en 1946, puis en 1962, avant que la mort ne vienne la prendre en Bretagne, le 9 juillet 1967, à quartre-vingt-cinq ans. Fadhma Aïth Mansour Amrouche, la mère de Taos et de Jean, a quitté cette terre, mais elle nous reste présente, par ces pages où l’on retrouve les travaux et les jours, les naissances, les morts, le froid cruel, la faim, la misère, l’exil, la dureté de cœur, les meoeurs brutales d’un pays rude où les malédictions, les meurtres, les vendettas étaient monnaie courante, pour des gens si pauvres que les glands doux formaient encore la nourriture de base […] »

 

Cette femme fut en exil dans son propre pays et dans sa propre culture : fruit de la relation hors mariage de sa mère, considérée comme un être maudit, elle devient le symbole de la honte et tous s’acharnent sur elle : quolibets, coups, rien ne lui est épargné. Pour la mettre à l’abri, craignant pour sa vie, sa mère l’emmène à Fort-National, dans une école pour filles qui vient d’ouvrir. Elle en gardera un beau souvenir malgré les épreuves qu’elle traversera. Elle apprend à lire et à écrire, ce qui était rare à l’époque pour une fille, dans l’école laïque des colons, les Français.

Paradoxalement, ils la sauvèrent des mœurs brutales de la trivbu de sa mère et lui ouvrirent l’accès à la culture. Pourtant, avec une certaine inconséquence, ils la renvoyèrent chez elle au début de l’adolescence. La porte ne s’était ouverte que pour mieux se refermer.

« Je ne voulais plus repenser à ma vie passée, puisqu’il fallait oublier que j’avais été instruite. »

 En 1898, elle partit pour travailler à l’hôpital des Aïth-Manelegueleth tenu par des religieuses, où elle rencontra son mari à l’âge de seize ans. Débuta alors une suite ininterrompue de grossesses qui était le destin commun des femmes en ce temps-là. Toutefois son mari est instruit et travaille au bout de quelques années comme fonctionnaire aux Chemins de fer. Mais les émoluments sont faibles et la famille tire le diable par la queue. D’autant plus qu’il faut accueillir la belle famille, nombreuse, et que le peu qu’on a est l’objet de rapines incessantes. La structure sociale, la polygamie, rend la vie matérielle très difficile. Les maris prennent de nombreuses épouses, qu’ils répudient facilement pour en prendre de nouvelles, mais qu’il faut entretenir ainsi que leur nombreuse progéniture. Une femme répudiée revient dans sa famille, une veuve devient l’épouse du frère de son mari. Donc les charges  sont lourdes pour un foyer et la misère n’est jamais loin.

            

Fadhma échappera au lot commun car son mari était chrétien. D’autre part, étant éduqués eux-mêmes, ils éduquèrent leurs enfants qui réussirent à faire des études et dont certains devinrent professeur ou instituteur. Elle leur transmit la mémoire familiale et le goût de la poésie à travers les chants berbères de Kabylie que son fils recueillit de sa bouche et publia. Sa fille Taos devint écrivain et évoqua les lieux de son enfance dans ses romans. Cet arrachement fit de Fadhma une femme dont le destin fut hors du commun et dont la descendance retrouva la lignée maternelle des clairchantants : tout le village écoutait sa mère et ses frères  « lorsque leur chant se répandait dans les rues. »

Elle fut sauvée par une culture étrangère et dût le payer de l’exil. Cette culture lui apporta une certaine liberté et lui assura une protection contre les excès d’une culture familiale patriarcale qui niait la liberté des femmes et les soumettait à la polygamie.

Mais elle fut toujours l’étrangère : « J’étais toujours restée « la Kabyle ». jamais, malgré les quarante ans que j’ai passés en Tunisie, malgré mon instruction foncièrement française, jamais je n’ai pu me lier intimement, ni avec des Français, ni avec des Arabes. Je suis restée, toujours, l’éternelle exilée, celle qui, jamais, ne s’est jamais sentie chez elle nulle part. »

Gageons que sa voix aujourd’hui est à la fois singulière et universelle parce qu’elle est le symbole de l’exil intérieur que durent subir les femmes de tous lieux et de tous temps. Exil dont certaines ne sont toujours pas revenues…et dont les plus chanceuses ont oublié jusqu’aux rigueurs, foulant à nuveau le sol natal.

La découverte

La seule voix enregistrée connue de Virginia Woolf

Les mots, les mots anglais, sont pleins d’échos, de souvenirs, d’associations. Ils émergent et racontent sur les lèvres des gens ce qu’ils vivent. Ils sont dans les maisons,  les rues,  les champs, depuis des siècles. Et une des difficultés majeures pour l’écrivain c’est de les confronter à la mémoire et aux autres vies, car elles ne sont pas seulement les siennes ; elles ont contracté tant d’autres alliances par le passé.

Vicki Baum : L’histoire d’une vie

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Vicki Baum (de son vrai nom Hedwig Baum) est une romancière américaine d’origine autrichienne. (1888- 1960) née dans une famille bourgeoise à Vienne.

 

Après des études  musicales approfondies en Autriche, elle quitta Vienne assez vite pour se rendre en Allemagne, à Darmstadt, où elle enseigna la musique à l’École supérieure. En 1915, elle épousa le chef d’orchestre Richard Lert. Puis elle joua comme harpiste dans des orchestres dans toute l’Allemagne. Elle écrivit aussi des romans un qui parurent dans « L’illustration  de Berlin » (le chemin de la scène 1920, Le nain Ulle, un des plus grands romans de Vicki Baum (1924), dans sa veine la plus sombre °). Elle devint rédactrice aux éditions Ullstein, à Berlin, et écrivit Grand Hôtel en 1929. Ce roman remporta un tel succès qu’il fut mis en scène par Max Reinhardt et créé à Broadway dès 1930, pour donner lieu ensuite à une adaptation cinématographique à Hollywood où elle se rendit en 1931.

L’intrigue se noue dans un palace entre des clients désœuvrés et fortunés. Les protagonistes, précipités en un même lieu par les aléas de la vie, vivent leurs destins croisés.

Le lac aux dames remporta le même succès en 1932 et son adaptation au cinéma en fit l’un des classiques du cinéma. Ses romans suivants, « Arrêt de mort (1933) », « La carrière de Doris Hast (1936) » signèrent le début d’une carrière américaine – Vicki Baum-obtint la nationalité américaine en 1938– et écrivit en anglais.

            Ses romans furent considérés comme de la « littérature de consommation » et furent interdits sous le nazisme. Leur succès pourtant ne se démentit pas et furent de véritables best-sellers traduits en plusieurs langues. De nombreux autres romans suivirent dont « Prenez garde aux biches » en1953 ou « Sang et volupté à Bali ». Elle mourut à Hollywood en 1960.

 

Source : encyclopédies diverses, dictionnaire des femmes célèbres, wikipédia, fiches des éditeurs, fiche auteur de l’Express.

Lac aux dames – Vicki Baum

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Lac au Dames, Vicki Baum, Le livre de poche n° 167 (1962 ?), paru en 1932 en langue allemande, rédité en Phébus Libretto en 2008 (240 pages)

Je ne sais pas d’où Vicki Baum tient sa réputation de légèreté, peut-être à sa collaboration avec le cinéma Hollywoodien, aux lieux où elle plante ses décors, Grand Hôtel, plage, endroits exotiques , ou alors aux personnages eux-mêmes dont quelques-uns sont occupés à des vies mondaines sans grand intérêt. En tout cas, cette réputation est fausse, Vicki Baum est loin d’être un auteur superficiel même si certains de ses personnages, eux, le sont.

Dans Lac aux Dames, les drames sont silencieux et passent le plus souvent inaperçus. Les classes sociales se côtoient sans jamais se mélanger, un mur invisible les sépare qui est le souci de la bienséance et l’argent.

Nous sommes en 1930, et sur les rives d’un lac tyrolien se dressent le grand hôtel Petermann et l’établissement de bains où Urbain vient de se faire embaucher comme maître-nageur. Commence alors une vie difficile, soumise aux caprices de la météo, puisque le jeune homme vit uniquement des leçons de natation qu’il donne. Tiraillé presque quotidiennement par la faim, Urbain vit également tous les émois d’une passion naissante avec une jeune fille fortunée qui loge à l’hôtel. Mais leurs amours sont bientôt compromis et la tragédie guette.

Sous-titré Un roman gai d’amour et de disette, (on cherche vainement la gaieté dans ce roman), ce roman montre la virtuosité de l’auteur à analyser les rouages d’une société rigide à l’agonie avant la grande crise des années qui suivront. Elle décrit un monde crispé sur les apparences et d’une extrême cruauté. L’individu ne vaut que par sa position sociale, et doit absolument cacher la moindre faille au risque d’en mourir.

Ce roman est aussi une peinture sociale de l’Europe de l’entre-deux-guerres. Les femmes se débarrassent peu à peu du corset, font de la gymnastique, flirtent et dansent au sein d’une jeunesse avide de plaisirs. Elles commencent à travailler, May revendique ce droit : «  Je travaille mes huit heures par jour comme tout homme qui se respecte […] ». Les relations entre les sexes évoluent elles aussi ; les femmes deviennent camarades et compagnes. Toute une société semble en mouvement pour sombrer à nouveau quelques années plus tard dans l’holocauste.

J’ai lu ce roman parfois dans une tension extrême, tellement j’étais prise par l’histoire, dans les affres de ce jeune homme. J’ai découvert une auteure talentueuse, qui manie l’ironie et la satire sociale avec beaucoup de virtuosité. Vicki Baum est à redécouvrir !

Mercè Rodoreda – L’histoire d’une vie (1909-1983)

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Mercè Rodoreda est née à Barcelone en 1909. Elle publie à l’âge de vingt-trois ans son premier roman. Elle s’est également lancé dans le journalisme et a collaboré sous la République « aux meilleures feuilles de la Generalité ».

Aloma, son cinquième, obtient le prix Creixells en 1938.

Après la guerre d’Espagne et la défaite de la  République, elle quitte Barcelone, prenant le chemin de l’exil. Elle s’installe d’abord en France : elle a vécu à Limoges, Bordeaux puis est retournée à Paris après la Libération.

« Je sortais d’un de ces voyages au bourt de la nuit, pendant lesquels l’acte d’écrire apparaît comme une occupation épouvantablement frivole …»,dit-elle. Elle écrit quelques contes pour une revue catalane qui paraît au Mexique. Ils seront publiés plus tard sous le titre de Vint-i-dos contes et obtiendront le prix Victor Català

Elle a quitté la France en 1954 pour s’installer à Genève. Elle a traversé toute une période pendant laquelle elle était incapable d’écrire : elle s’est adonnée à de multiples occupations, la couture pour gagner sa vie, la peinture à Genève dans les premiers temps.

Elle écrit alors « La place du diamant » qui sort en 1962 et connaîtra de multiples éditions. Dès lors, elle ne cessera plus d’écrire.

 De retour en Catalogne dans les années soixante-dix, elle meurt à Gerone en 1983.

  Outre La place du diamant, qui lui assure une renommée internationale –  le livre sera traduit dans plus de trente langues – elle a publié Vint-i-dos contes, Prix Victor Català 1957, Rue des Camélias, qui a reçu le prix San Jordi, la plus haute récompense littéraire catalane, et le prix Ramon Llull en 1969, La mort et le printemps, paru à titre posthume en 1986. Parmi ses autres œuvres figurent en 1974, Mirall trencat « Miroir brisé »,  qui a été traduit récemment en français (Miroir brisé, Autrement, 2011. Traduction : Bernard Lesfargues) et Voyages et fleurs, Fédérop, 2012, traduit par Bernard Lesfargues, livre auquel elle tenait particulièrement.

Cranford – Elizabeth Gaskell

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Editions de L’Herne, 2009, pour la traduction française ; traduit de l’anglais par Béatrice Vierne. Collection Grands romans points.

Publié en feuilleton en 1851 dans le magazine de Charles Dickens.

  Cranford est la transposition de Knutsford, bourgade du Nord-Ouest de l’Angleterre, au cœur du Cheshire, où Elizabeth Cleghorn Stevenson (future Elizabeth Gaskell) passa une grande partie de son enfance avant d’épouser William Gaskell et d’aller vivre à Manchester. Elle croque les personnages avec une certaine ironie, cette sorte d’humour qui appartenait aussi  à Jane Austen (1775-1817). La narratrice, Mary Smith, dépeint le quotidien quelque peu étriqué de ses amies, les deux vieilles filles Miss Matty et Miss Deborath Jenkyns, et les travers de la société victorienne dont les règles et l’étiquette dicte la conduite des femmes. Les apparences ont une grande importance ainsi que la position sociale, et certains personnages aveuglés par leur vanité et leur snobisme sont capables d’une certaine cruauté. Elizabeth Gaskell ne les épargne guère, fustigeant les fausses valeurs et la sècheresse de cœur.

La société de Cranford est essentiellement féminine : « Cranford est aux mains des amazones ; au-dessus d’un certain loyer, ses demeures ne sont occupées que par des femmes. Si jamais un couple marié vient s’installer en ville, d’une manière ou d’une autre, le monsieur disparaît … ». Le monde féminin est un monde clos, celui des hommes est celui du dehors et des grandes étendues.

Cranford est donc un microcosme féminin que Mrs Gaskell observe avec l’œil d’un entomologiste . « La nature si unie de leur existence » lui fournit mille anecdotes. Toutefois tout ce petit monde vit plutôt en bonne entente et les personnages sont suffisamment dynamiques pour pouvoir évoluer tout au long du récit. Ces femmes révèlent leurs failles presque malgré elles,  leur manque cruel d’amour,  mais parviennent parfois à être heureuses dans la compagnie d’un homme aimant et respectueux dans une belle entente sensuelle.

Une chronique provinciale bien savoureuse en tout cas malgré un récit où parfois il faut bien l’avouer, il ne se passe pas grand-chose. Le temps des femmes est celui de la patience et de l’attente, de l’endurance et du regret, un temps élastique qui parfois est tendu à se rompre  mais qui après d’excessives tensions se remet toujours à sa place.

Lecture commune organisée par George    AVEC

Lou, Virgule, Valou, Céline, Emma, Solenn, Sharon, Alexandra, Paulana, Emily, Titine, Plumetis Joli ClaudiaLucia,

Elizabeth Gaskell : l’histoire d’une vie (1810-1865)

 

Proche de Charles Dickens, George Eliot et Charlotte Brontë. Elizabeth Gaskell (1810-1865) occupa une place importante sur la scène littéraire victorienne. Fille et femme de pasteur, elle évoquait la vie provinciale qu’elle connaissait bien. « Ses romans et nouvelles se distinguent par leur charme, leur vivacité, leur humour, leur intelligence et même leur courage, si l’on songe au tollé que soulevèrent  au moment de leur parution certains d’entre eux, jugés beaucoup trop progressistes pour une partie de la bourgeoisie d’outre-manche ».

Elle passa l’essentiel de son enfance dans le Cheshire où elle vivait avec la soeur de sa mère Hannah Holland (1768-1837). Elle fut envoyée à douze ans à l’école des sœurs Byerley, d’abord à Barford puis à Stratford-on-Avon à partir de 1824, où elle apprend le latin, le français et l’italien. Elle retourna chez son père à Londres en 1828, à la disparition de son frère John Stevenson, qui naviguait pour l’East India Company , mais s’entendait mal avec sa belle-mère,

Elle rencontra William Gaskell, pasteur et professeur qui menait une carrière littéraire.

Elle commença à écrire sur les conseils de son mari pour lutter contre l’abattement dans lequel l’avait plongée la mort de William, leur unique garçon, à neuf mois, de la fièvre écarlate. Ils fréquentaient un milieu intellectuel composé de dissidents religieux et de réformistes sociaux.

Amie de Charlotte Brontëe, elle écrivit sa première biographie en 1857.

Charles Dickens publia ses œuvres dans son journal Household Words et elle devint vite populaire, notamment pour ses ghost stories très différentes de ses romans industriels..Elle construisait habituellement ses histoires comme des critiques des attitudes de l’ère victorienne, particulièrement celles envers les femmes, avec des récits complexes et des caractères féminins dynamiques. Elle utilisait aussi des mots du dialecte local dans la bouche de ses personnages de la middle class.

Sources : wikipédia, grands points romans

Jean Rhys : l’histoire d’une vie (1890-1979)

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Ella Gwendoline Rees Williams, dite Jean Rhys, naît à saint-Domingue, dans les Antilles britanniques en août 1890. Née au XIXe siècle, écrivain dans un peu plus de la première moitié du XXe siècle, elle est à la croisée de deux mondes.. Issue d’une famille galloise –son père, un médecin gallois a épousé une créole– établie aux Antilles, elle quitta son île pour l’Angleterre à dix-sept ans. Elle fit de courtes études d’art dramatique.

A vingt ans, sous le pseudonyme de Vivian Grey3, elle joua dans des pièces de théâtre et des comédies musicales comme « Our Miss Gibbs ». En 1919, elle quitta l’Angleterre pour les Pays-Bas où elle épousa Jean Lenglet, premier de ses trois maris dont elle eut une fille. En 1922, le couple s’installe à Paris mais Jean Lenglet est extradé pour entrée illégale en France. Elle hanta « Le Dôme » et les « Deux Magots » pour vivre la vie de bohème du Montparnasse des années 20 . En 1927, elle publia un recueil de nouvelles, « Rive Gauche », « Croquis et études de la vie de Bohème à Paris » et deux romans « Postures » (1928), et « Quai des Grands Augustins » (1931).  Ruptures et mariages ratés, alcool, pauvreté et solitude sont son quotidien .1

Entre-temps, elle épouse en secondes noces Leslie Tiklen Smith avec qui elle se fixa en Angleterre en 1931. Elle y publia quatre romans, dont « Voyage dans les ténèbres » (1934) et « Bonjour minuit » (1939).

S’ensuivit une période de vie nomade, où remariée à Max Haner, cousin de son mari décédé, elle va de meublés en hôtels de troisième catégorie. En 1950, son mari fut emprisonné pour escroquerie ; ils s’installèrent dans les Cornouailles cinq ans plus tard. Souvent alitée, dépendante de l’alcool, Jean Rhys n’écrit plus.

En 1959, une adaptation radiophonique de « Bonjour minuit » la sortit de l’ombre. Elle retrouva le goût d’écrire, survécut à une crise cardiaque et se consacra à son œuvre. Publiée en 1966, « La prisonnière des sargasses », roman sombre et cruel qu’elle a mis près de dix ans à écrire fut couronnée par la Société Royale de littérature et lui assura une gloire internationale. La créole Antoinette Cosway raconte son enfance à la Jamaïque auprès d’une mère indifférente, puis son entrée dans un couvent qu’elle quittera à dix-sept ans pour épouser un Anglais, distant, égoïste et arrogant.

Elle fit encore paraître deux nouvelles « Les tigres sont plus beaux à voir » (1968) et « Il ne faut pas tirer les oiseaux au repos » (1976).

A sa mort, elle laisse une autobiographie inachevée, Smile Please. Sa correspondance Letters 1931-1966, a été publiée en 1984.

Elle laisse une œuvre dure et sans concession.

André Durand du « Comptoir littéraire » résume brillammant la thématique qui hante son oeuvre : « Ses nouvelles et ses romans ont presque toujours pour héroïnes des femmes qui font un effort désespéré pour être comme tout le monde, mais à qui le monde ne leur en sait aucun gré, d’abord parce qu’elles n’y arrivent pas, ensuite parce qu’elles sont de ces faibles que tous les lâches se plaisent à écraser. Ce sont des femmes vaincues par la vie, bafouées par les hommes, se consolant avec un «pernod» ou une bouteille de rouge, et terrorisées jusqu’à la folie par les humains, qu’elles considèrent tous comme des fauves cruels. Ce sont des folles, des pochardes, des déchues solitaires, dont le goût qu’elles ont de la catastrophe fait que, dans leurs larmes, elles se disent que ça finit par être drôle. Car, loin d’être des geignardes, des résignées, elles affrontent leurs malheurs avec une lucidité et un humour n’épargnant rien ni personne. Il n’y a de la complaisance nulle part. Il n’y a que de la constatation, sans cesse répétée, que le monde est froid, que la connaissance aiguë de la solitude et de la misère, que vivre n’apporte que détresse. »4

Elle disait : « Si je cesse d’écrire, ma vie n’aura été qu’un échec atroce… Je n’aurais pas gagné ma mort. »2


3 Dictionnaire des femmes célèbres de Lucienne Mazenod et Ghislaine Schoeller, Bouquins, Robert Laffont

1 Bio Folio

2  idem

Un heureux événement – Flannery O’Connor

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Deux nouvelles composent ce recueil : « Un heureux événement » et « La Personne Déplacée » et sont extraites du recueil « Les braves gens ne courent pas les rues » (Folio n°1258)

  Dans la première nouvelle, Ruby semble être à un moment décisif son existence : on lui a prédit un heureux événement et elle attend avec impatience de déménager, de quitter son immeuble qu’elle ne supporte plus. Elle se sent malade, s’essouffle dans les escaliers et rêve d’une maison de plain-pied, où elle et son mari pourraient couler des jours heureux. Vertiges, nausées, l’immeuble semble être un vaisseau qui tangue dans lesquels les marches s’élèvent et descendent « comme une bascule ». Mais elle ne veut pas aller chez le docteur, elle n’a besoin de personne pour contrôler sa propre vie. Elle ne veut pas être comme sa mère qui à trente-quatre ans était déjà une vielle femme usée par les maternités. D’ailleurs Ruby n’a pas d’enfant. Elle maîtrise son destin.

Dans la seconde , Mrs. Mc Intyre a embauché une « Personne Déplacée », un Polonais qui a fui la guerre et les persécutions nazies avec sa famille pour l’aider à la ferme. Il se révèle un travailleur infatigable, un homme dévoué et les paysans et les Noirs qui se moquaient de son accent , heureux de trouver plus pauvre et plus démuni qu’eux, commencent à prendre peur

 

L’écriture de Flannery O’Connor sonde les reins et les cœurs, fouille au-delà des apparences les secrets les plus honteux, la méchanceté tapie au coin de l’âme.

Peu à peu, par petites touches, le portrait qu’elle brosse des personnages, laisse apparaître les failles, les non-dits, les Challenge-Genevieve-Brisac-2013souffrances qui les taraudent et les poussent à la cruauté.

La souffrance n’apprend rien. Elle ne rend pas plus compatissant, ni plus généreux, bien au contraire. Peur pour Ruby d’avoir la même vie que sa mère, peur d’être déclassé ou de perdre le peu qu’ils ont pour les employés de la ferme, cette peur taraude les personnage …

Prisonniers de leur propre aveuglement, ou de leur préjugés, ils semblent les seuls à ignorer ce qui les meut et ne semblent avoir aucune prise sur les événements. Leur liberté est illusoire ; ils sont esclaves de leur milieu, de leur ignorance ou du destin. Dans ce monde-là, il n’y a pas d’échappatoire…

L’écriture de Flannery O’Connor est d’une virtuosité extraordinaire, sa maîtrise du récit est implacable et elle conduit la crise jusqu’à son paroxysme . Du grand art …