Mal de pierres – Milena Agus / L’érotisme au féminin

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L’héroïne, qui n’est toujours pas mariée à trente ans, fait fuir tous ses prétendants à cause de la passion violente qui l’habite. Son corps abrite une sensualité qui supporte mal les interdits de toutes sortes qui  la brident  dans cette Sardaigne pudibonde et moralisatrice, pendant la seconde guerre mondiale. Son imagination débordante lui fait vivre de folles aventures plus romanesques les unes que les autres. Jusqu’au jour où elle va rencontrer le mari qui lui est destiné. Mais est-ce un mariage d’amour ou de raison ? Alors qu’elle fait une cure thermale sur le Continent pour guérir son « mal de pierres », nom donné à des calculs rénaux, elle fait une rencontre qui va bouleverser sa vie … Ce n’est qu’à la fin de l’histoire qu’on saura toute la vérité mais est-ce vraiment la vérité ?

  Ce livre est de l’avis de tous les critiques un véritable petit bijou. L’auteure vit en Sardaigne où elle situe son roman. La narratrice qui souffre de désordres nerveux, et qui subit les assauts d’une imagination fantasque et d’une sensualité débridée, est attachante, parfois même bouleversante.

A mon avis, les femmes de cette époque devaient énormément souffrir, surtout les plus sensibles, de la  morale étriquée à laquelle elles étaient soumises.

Le corps nié des femmes, instrumentalisé, voué à la maternité, se rebelle en silence : hystérie, maladies nerveuses tentent d’exprimer à travers leurs symptômes cet enfermement. Comment oser dire alors ce terrible désir de jouissance et de vie qui taraude chaque centimètre de peau, ce feu brûlant qui dévore la chair et la tord jusqu’à la faire souffrir ?

Écrire bien sûr…

Alors, elle écrit son histoire dans un petit cahier noir à tranche rouge, retrouvé par sa petite fille qui est la narratrice de l’histoire. C’est une histoire à deux voix en quelque sorte, une mise en abyme… La fin est surprenante mais pourtant cohérente. Milena Agus est pour moi la première femme à parler de l’érotisme féminin dans les relations hétérosexuelles.

J’ai aimé la poésie et la fantaisie de l’héroïne, sa sensualité joyeuse qui il viaggioest un pur amour de la vie, son anticonformisme et la liberté intérieure qui est la sienne. Je pense que les femmes ont beaucoup souffert à être bridée dans leur sensibilité, leur créativité, condamnées à des taches sans gloire ni intérêt, confinées dans un espace social réservé, entre la mère et l’épouse. J’ai adoré et Milena Agus est devenue une de mes romancières préférées.

Chez Mark et Marcel

Madame du Châtelet – Discours sur le bonheur

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vignette Les femmes et la PenséeEt dire que je ne voulais plus entendre parler de philosophie ! Mais je me suis laissée tenter par les Les lundis philo de Heide et son enthousiasme communicatif. Je vais leur donner la couleur femme de mon blog ce qui ajoutera peut-être à l’histoire philosophique un aspect plus « gracieux ».      Mais chercher des femmes en philosophie, vous allez me dire, c’est comme chercher de l’eau dans le désert. Gilles Ménage, au XVIIIE siècle,  voulut prouver que cela était faux et établit un dictionnaire des femmes philosophes.

C’est vrai pourtant, la pensée fut longtemps interdite aux femmes mais quelques éditeurs mettent à l’honneur des textes oubliés dans certaines de leur collection : pour preuve cet intéressant « Discours sur le bonheur » écrit par Madame du Châtelet (1706-1749) et publié en 1997 aux Editions Payot &Rivages. Fini l’idéal d’un cartésianisme ennemi des passions et qui se voulait « maître et possesseur de la nature ».

Elizabeth Badinter qui en a établi la préface nous rappelle qu’une cinquantaine de traités furent consacrés à ce sujet au XVIIIe siècle.

Quel est l’originalité de ce travail d’une femme qui s’essaie à la philosophie (il n’a pas été écrit pour être publié et donc pour plaire, il ne fut publié qu’après sa mort.) ?

Tout d’abord, elle dénonce une vaine universalité des principes philosophiques et distingue « entre les conditions du bonheur en général et celui dont les femmes devaient se contenter ». Ensuite elle livre son expérience, ce qui donne à son propos « une authenticité et une actualité qui transcendent les particularismes d’une époque ».

Elle prêche toutes les sensations et les sentiments agréables, et avant tout l’amour qui est « la seule passion qui puisse nous faire désirer de vivre. » Pas de discours puritain et moralisateur donc, mais un amour de la vie et de tout ce qui lui donne sa saveur et son intérêt.

« Les moralistes qui disent aux hommes : réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connaissent pas le chemin du bonheur. »

Emilie du Châtelet brava les conventions sociales de son époque et quitta mari et enfants pour vivre sa passion avec Voltaire pendant quelques années. Elle établit une relation qui devait être fort rare à l’époque, à la fois sensuelle et intellectuelle. Si l’amour ne dura pas, l’amitié entre eux dura jusqu’à la mort de Madame du Châtelet. Elle connaîtra une ultime et tragique passion avec son dernier amant « Saint Lambert ». Elle dut subir le mépris de ses contemporains dont les femmes ne furent pas les moins virulentes ; Mme du Deffand  n’hésitera pas à écrire : « qu’elle s’est faite géomètre pour paraître au-dessus des autres femmes…et étudie la géométrie pour parvenir à faire entendre son livre. »

Elle s’élève  contre les philosophes rationalistes qui cherchent la vérité et condamnent l’illusion comme source de l’erreur. Si on se trompe c’est qu’on ne voit pas les choses telles qu’elles sont. Or, loin de condamner l’illusion, elle en souligne la nécessité «  car nous devons la plupart de nos plaisirs à l’illusion ». L’illusion n’est pas le contraire de la vérité. Sans elle, il n’y aurait pas le plaisir de la comédie. Si on voyait que les comédiens jouent des choses qui n’existent pas, nous ne pourrions croire à ces histoires qui nous enchantent. Pourquoi condamner tout ce qui nous donne du plaisir à vivre ? Pourquoi condamner la passion qui donne tant de saveur à l’existence ? Elle a déjà compris que la passion est le moteur qui nous fait agir. Hegel bien après elle dira que rien de grand ne s’est fait sans passion.

Et si elle nous rend malheureux alors il nous faut l’abandonner, elle n’est pas bonne pour nous. Notre but est d’être heureux, il ne faut pas l’oublier et la raison ainsi que notre volonté peuvent peuvent nous aider à nous déprendre des passions néfastes. Mais consacrer une part de sa vie à la meilleure des passions qu’est l’étude peut aider à équilibrer notre vie car elle ne nous met pas dans la dépendance des autres. L’amour lui nous met dans la plus grande dépendance et il ne peut à lui seul gouverner nos vies. Il me semble qu’elle a compris que nous ne devions pas consacrer notre vie à une seule et unique passion.

Elle condamne à la fois les préceptes aveugles de la religion, opinions qui doivent être examinées comme les autres, et les philosophies qui mettent la raison au-dessus de tout. Les deux nous condamnent à une vie où toute joie est absente. Il faut donc trouver une autre voie. Elle a bien compris la force de la passion et la puissance de nos affects et la souffrance que doit s’imposer l’individu pour les brider et les contrôler. Il faut essayer de composer avec les différents éléments de notre nature et ne pas trop se révolter contre son état si on ne peut rien y changer.

Toutefois, elle est l’exemple, par sa vie même, que l’on peut faire des choix qui peuvent changer le cours des choses. Pour elle , la fermeté du caractère, la capacité de décision et la force de ses motivations, la concentration sur ses propres objectifs, sont nécessaires pour parvenir à ses fins. Et cela exclut le regret, et la mélancolie, tous sentiments qui nous condamnent à être malheureux et nous engluent dans l’inaction.

C’est au fond ce que nous tentons de faire aujourd’hui, non ?

« Il est certain que l’amour de l’étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu’à celui des femmes. Les hommes ont une infinité  de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien d’autres moyens d’arriver à la gloire, et  il est sûr que l’ambition de rendre ses talents utiles à son pays et de servir ses concitoyens, soit par son habileté dans l’art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les négociations, est fort au-dessus de [celle] qu’on peut se proposer pour l’étude ; mais les femmes sont exclues, par leur état, de toute espèce de gloire, et quand, par hasard, il s’en trouve quelqu’une qui est née avec une âme assez élevée, il ne lui reste que l’étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état. »

lundis philo

l’avis de Heide

Anna Akhmatova – L’histoire d’une vie

 Andreïevna Gorenko, dite) –  (1889-1966)

 Jeunesse

English: Ballets Russes, scene from Apollon mu...
English: Ballets Russes, scene from Apollon musagète. (Photo credit: Wikipedia)

Issue d’un milieu aisé, elle passa son enfance à Tsarskoïe Selo, alors lieu de résidence de l’aristocratie, et où elle fit ses études. Elle s’inscrivit à la faculté de droit de Kiev, puis en lettres à l’université de saint-Pétersbourg. En 1903,  elle rencontra le poète Goumiliov, qu’elle épousa en 1910 et dont elle aura un fils Lev.

 Voyage en Europe

Voyageant en Europe avec lui, elle découvrit Paris et rencontra Modigliani, qui fit plusieurs portraits d’elle. Elle assista à Paris au succès des Ballets Russes.

 Oeuvre

Ses premiers poèmes parurent en 1907. En 1911, elle rejoignit la Guilde des poètes. avec Goumiliov et Mandelstam. Égérie des acméistes, surnommée la « reine de la Neva » ou « l’Âme de l’Âge d’Argent », en 1912, elle publia Soir, suivi deux ans plus tard par Le Rosaire (1914), recueil de poésies au lyrisme intense et d’une grande rigueur d’écriture.File:Osip Mandelstam Russian writer.jpg

L’acméisme consistait à retourner à la simplicité et la concision dans la langue.

« Il m’a dit : «Je suis un ami fidèle!»
Et il effleura ma robe.
Combien ressemble peu à une étreinte
Le frôlement de ces mains-là. » Soir extrait

           Ossip Mandelstam

Ses thèmes de prédilection sont « le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et pour écrire dans l’ombre du stalinisme. »[1]

Le succès fut immédiat : Akhmatova devint une des figures incontournables de la poésie russe.

En 1917, elle publia son troisième recueil, Volée blanche. Comprenant mal la Révolution, elle refusa néanmoins d’émigrer et publia Plantain en 1921. Dans ses poèmes, s’expriment à la fois le sentiment tragique de la fin d’un monde mais la confiance dans les possibilités de la nouvelle Russie.

 Ses premières œuvres décrivent habituellement un homme et une femme impliqués dans les moments les plus intenses et les plus ambigus de leurs rapports.[2] Elle fut largement imitée . D’ailleurs l’article de Wikipédia mentionne le fait qu’elle aurait été imitée par Wladimir Nabokov lui-même qui méprisait si fort les écrivains femmes .

             Cette même année, son ex-mari (elle avait divorcé en 1918)), fut fusillé à cause de ses convictions monarchistes. Elle épousa par la suite l’orientaliste V. Chileïko et publia en 1922 Anno Domini MCMXXI qui contribua à assurer sa renommée

.            Elle assista aux malheurs de ses amis tel Mandelstam, et raconta les horreurs du régime stalinien dans Requiem, paru à Munich en 1963.

« Au cours des années terribles du règne de Iéjov, j’ai passé dix-sept mois à faire la queue devant les prisons de Leningrad. Une fois, quelqu’un m’a pour ainsi dire ‘reconnue’. Ce jour-là, une femme qui attendait derrière moi, une femme aux lèvres bleuies qui n’avait bien sûr jamais entendu mon nom, a soudain émergé de cette torpeur dont nous étions tous la proie et m’a demandé à l’oreille (là-bas, tout le monde parlait à voix basse) :

         Et ça, vous pouvez le décrire ?

         Je lui ai répondu :

         -Je peux.

         Alors un semblant de sourire a effleuré ce qui avait été autrefois son visage. »[3]

Lev Goumilev , son fils, deviendra un des plus importants historiens russes, initiateur du « néo-eurasisme ». Il fut déporté en 1934 ainsi que son troisième mari, l’historien d’art N. Pounine avec lequel elle vit jusqu’en 1938.

Pour survivre, Akhmatov fit des traductions, écrivit un essai sur Pouchkine dont certains passages furent publiés.

Réduite au silence par le régime de 1923 à 1940, elle fut autorisée néanmoins à publier une anthologie de ses poèmes, suivie des vers du recueil Roseau.

En 1941, lors du siège de Leningrad, elle soutint cette ville dont elle chanta l’héroïsme : Le serment fut placardé sur les murs de la ville

. Refoulée sur Tachlkent, elle porta secours aux blessés et ne rentra à Leningrad qu’en 1944.

 La disgrâce

En 1946, elle fut expulsée de l’union des écrivains pour « érotisme, mysticisme et indifférence politique ». En 1958, parut la somme de ses poèmes. A peine sortis des presses, ses livres s’arrachèrent en quelques heures. Elle fit publier ses deux chefs-d’œuvre : Le poème sans héros à New York en 1962, et le requiem à Munich en 1963. Ce dernier ne sera publié en Russie qu’en 1980.

 La réhabilitation

 Kroutchev en fut l’initiateur puisqu’il lui permit de revoir son fils Lev.

Robert Frost, Dartmouth 1896.
Robert Frost, Dartmouth 1896. (Photo credit: Wikipedia)

Quand le poète Robert Frost lui rend visite en 1962, elle écrit : « J’ai tout eu : la pauvreté, les voies vers les prisons, la peur, les poèmes seulement retenus par cœur, et les poèmes brûlés. Et l’humiliation, et la peine. Et vous ne savez rien à ce sujet et ne pourriez pas le comprendre si je vous le racontais… ».

En 1964, elle fut élue présidente de l’Union des écrivains. Sa nomination de docteur Honoris Causa de l’Université d’Oxford en 1965 lui permit de sortir d’URSS. A son retour, elle mourut d’une crise cardiaque.[4]


[1] wikipedia

[2] idem

[3] Anna Akhmatova Requiem

[4] source : Dictionnaire des femmes célèbres

Anna Akhmatova – Requiem

Anna Akmatova

Le verdict

Voilà. Le mot, pierre, est tombé

Sur mon sein encore vivant.

Ce n’est rien. Je m’y ferai.

J’étais prête depuis longtemps.

J’ai bien du travail aujourd’hui.

Il me faut tuer ma mémoire,

Il me faut empierrer mon âme,

Il me faut réapprendre à vivre.

Et pourtant…Ce foisonnement brûlant de l’été,

Comme une fête à ma fenêtre.

Depuis longtemps je pressentais

Ce jour si clair, cette maison déserte.

Eté 1939, extrait de Requiem

Anna Akhmatova, l’un des plus grands poètes russes du XXe siècle, a composé ces poèmes pendant la période stalinienne. Son premier mari est fusillé et son fils  arrêté tandis que plusieurs de ses amis sont internés dans les camps. Ces poèmes parlent de l’attente, de la douleur d’une mère, des files de visiteurs devant les prisons.

Sa voix est ample et nue, les mots, simples, et des émotions profondes, celles de tout un peuple, habitent ces quelques vers qu’elle n’avait même pas osé écrire sur du papier.

anna akhmatova  requiem

Et comme tous les dimanches avec Martine

, poetisons-Martine

L’écriture féminine est-elle une écriture spécifique ?

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L’écriture féminine est-elle une écriture spécifique ?

Il faut tout d’abord définir la création et le matériau qu’elle utilise. Si la création est l’élaboration d’un univers singulier et personnel, alors non. D’ailleurs comme s’écrie Nina Yargekov,  «  mon utérus, mes chaussures à talon, la couleur de mon rouge à lèvres ou le premier chiffre de mon numéro de sécurité sociale n’ont rien à voir avec la littérature » Le matériau que l’écrivain utilise est son histoire, sa personnalité et aussi sa composante sexuelle. Mais c’est avant tout sa vision du monde qui s’exprime. C’est pourquoi on peut avoir plus d’affinités avec une personne du sexe opposé qu’avec une personne du même sexe. Il n’y a pas un front commun des femmes, et il faut noter que c’est d’ailleurs cet éparpillement qui a rendu les luttes pour les libertés politiques et et les droits civiques beaucoup plus difficiles à mener.

C’est le sujet qui crée et il n’est pas réduit à son genre féminin ou masculin. D’autant plus qu’en chacun de nous , hommes ou femmes, existent ces deux composantes. On peut dire donc qu’ « on ne crée pas avec son sexe mais son moi profond ».

Cependant dans les années 70, des écrivaines féministes, afin de donner une dimension politique à leur écriture, ont délibérément cherché une écriture centrée sur l’ « évocation du corps sexué, de la grossesse, de l’accouchement, etc. »2. Il ne s’agit cependant pas d’une écriture féminine mais d’une écriture sexuée qui cherche à rendre compte de l’intime des femmes dans les expériences les plus cruciales pour elles afin de récupérer une identité niée par la société patriarcale qui a imposé ses normes, ses mots, son vocabulaire au masculin. Le vocabulaire, selon certaines théories , véhiculerait l’idéologie masculine et porterait les traces de la domination exercée pendant des millénaires.

Le travail de Luce Irigaray est marqué par « l’étude de la différence sexuelle dans la langue : il y aurait une langue des hommes et une langue des femmes, différentes et il appartiendrait, selon elle, aux hommes de comprendre que leur langue ne serait pas la langue de toute l’humanité. Ses livres, traduits en anglais, ont influencé plusieurs universitaires et féministes aux États-Unis d’Amérique, et font partie de ce qu’on appelle la French Theory »3.

Hélène Cixous ,à la fois romancière et essayiste, influencée par le structuralisme et la psychanalyse, a développé une réflexion sur la féminité, l’ambivalence sexuelle et le corps comme langage de l’inconscient. Auteur de nombreux romans dont son ‘Dedans’ récompensé par le prix Médicis en 1969, elle ne distingue pas son oeuvre de fiction de ses recherches car l’essentiel pour elle est l’émergence d’une nouvelle écriture féminine.  Elle montre, par exemple que l  « ’hystérie traditionnellement allouée à la femme fournit un exemple typique dans la mesure où elle signifie la souffrance d’un corps en mal de langage ; la souffrance d’un individu qui ne participe que très peu aux échanges symboliques, tout en résistant aux signes qui lui sont imposés. »[1]

Ces recherches ont cela d’intéressant qu’elles éclairent l’influence de l’histoire sur la langue, influence qu’on ne peut nier. Les minorités et leur rapport à la langue est complexe, sachant que le langage est un instrument de pouvoir. Ceux qui sont écartés du pouvoir durablement n’influe pas sur la langue de la même manière.

Il faudrait ajouter que, quand bien même il n’y aurait pas d’écriture féminine, on ne peut négliger le fait que les écrivaines ont utilisé l’écriture comme moyen d’expression afin de « s’affirmer » et de « se réaliser » et d’échapper à leur condition sociale qui les relèguait au statut de mère et d’épouse.

Pendant longtemps, l’espace des femmes a été réduit à l’espace privé puisque l’espace public leur était interdit. Ce qui fait que nombre d’entre elles sont parties de cet « espace intime » qu’elles ont largement exploité à travers leur écriture. Toutefois, ces thématiques étant liées à l’histoire des femmes ne sont qu’un moment de leur devenir si l’on pense comme Simone de Beauvoir qu’ »on ne naît pas femme mais qu’on le devient. »


[1] Merete Stistrup Jensen, « La notion de nature dans les théories de l’«écriture féminine»1 », Clio, numéro 11-2000, Parler, chanter, lire, écrire, [En ligne], mis en ligne le 09 novembre 2007. URL : http://clio.revues.org/index218.html. Consulté le 30 avril 2010.

2 Visages de la littérature féminine par Evelyne Wilwerth

3 article Wikipédia sur Luce Irigaray et Hélène Cixous

Les grands mères/ Perfect mothers – Doris Lessing

doris lessing les grands mèresDoris Lessing – Les grand-mères traduit de l’anglais par Isabelle D.Philippe , Doris Lessing, 2003 -Flammarion 2005

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Dans ce court récit qui est plus une nouvelle qu’un véritable roman, Doris Lessing orchestre de main de maître les relations d’un quatuor amoureux.

Lil et Roz, grands- mères de deux petites filles adorables, habitent depuis toujours l’une en face de l’autre dans un décor paradisiaque de mer et de soleil. Leurs deux fils sont si charmants, si beaux, et si aimables qu’ils attirent immédiatement la sympathie. Les belles-filles vives et brunes ne manquent pas de charme. Mais un jour, l’une d’elle Mary découvre les lettres d’amour écrites par Tom, son mari, à Roz, l’amie de sa mère, qui est aussi l’une des grands-mères.

Cette nouvelle a été adaptée au cinéma par Anne Fontaine sous le titre « Perfect mothers » et j’ai découvert le film avant de lire la nouvelle.  Ces deux oeuvres sont des chef-d’œuvres d’intelligence et de maîtrise artistique.

Cette histoire d’amour sulfureuse et non-conventionnelle est d’abord l’histoire d’une amitié fusionnelle entre Lil et Roz. Leurs histoires sont comme le prolongement de cette amitié, son déploiement. Elles s’imposent presque naturellement à elles en dépit des tabous qu’elles égratignent sans les briser vraiment. Et c’est là l’incroyable virtuosité de ce récit. Chacune de ces femmes a une relation amoureuse avec le fils de l’autre. Ce pourrait être n’importe quelle histoire entre une femme et un homme beaucoup plus jeune. Sauf que, présentes tout au long de la vie de leurs jeunes amants, elles ont été comme des secondes mères. C’est ce comme qui introduit dans le récit une faille, un creux, une sorte de malaise, encore plus perceptible dans le film sous la force des images. Forcément la question morale se pose : y a-t-il là de la part de ces mères une forme d’inceste ? Tout se joue sur le plan symbolique.

« Les femmes contemplaient ces deux jeunes héros, leurs fils, leurs amants, ces beaux jeunes gens aux corps luisants d’eau de mer et d’huile solaire, semblables à des lutteurs de l’Antiquité. »

Doris Lessing se joue du lecteur avec une parfaite maîtrise dans la construction de son récit. Vous allez être partagé car vous ne pourrez pas ignorer la question morale même si les personnages eux semblent complètement la dépasser. Ils ne sont pas criminels, après tout ils n’enfreignent aucune loi écrite par les hommes, mais semblent parfaitement a-moraux. Doris Lessing montre simplement que le sentiment amoureux, lorsqu’il est sincèrement vécu, ne tient compte d’aucune loi morale, qu’il a sa propre force et ses propres lois. Et c’est aussi pour cette raison qu’il peut être dangereux. Car la sincérité et la force d’un sentiment n’en fait pas forcément un sentiment avouable ou permis par la société. Le signe est peut-être ce huit-clos qui a parfois quelque chose d’étouffant.

Elles savent d’ailleurs ce que leur histoire a de choquant parce qu’elle la dissimule soigneusement aux yeux des autres. Elles tenteront d’ailleurs de résister à cette passion qui les habitent,  tout le récit balançant entre ses deux extrêmes.

Le paradis semble bien exister sur cette terre :

« Ceux qui ont des existences aussi plaisantes, insouciantes, exemptes de tout problème ne sont pas nombreux sur cette terre : sur ces rivages bénis, personne ne s’isolait pour pleurer sur ses péchés ou sur le manque d’argent, ni encore moins de nourriture. Quel beau monde, lisse et éclatant de soleil, de sport, de bonne chère ! »

Mais il n’est jamais loin de l’enfer

Amour dans une vallée enchantée de Wang Anyi

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Amour dans une vallée enchantée de Wang Anyi ,1993, Wang Anyi,2008 Philippe Picquier,  2011 Philippe Picquier pour l’édition en poche

 Une jeune femme étouffe dans son quotidien et s’ennuie dans son couple. Comme une éclaircie dans ce quotidien morne, elle est envoyée à un colloque d’écrivains à Ushan, endroit niché dans la montagne, enveloppé de brumes, pour une dizaine de jours. Elle tombe alors sous le charme d’un écrivain célèbre et ils vont s’aimer dans un amour aux accents mystiques, silencieux et secret le temps d’une brève rencontre.

 Wang Anyi est une écrivaine chinoise née en 1954 de parents tous deux écrivains .  Son père, traité de droitiste en 1957, est démis de ses fonctions dans l’armée et dix ans après,  la Révolution culturelle va ranger sa mère, comme nombre d’écrivains, parmi les « esprits malfaisants » . Elle se réfugie dans la lecture des grands écrivains chinois et étrangers, notamment Balzac. Depuis la parution de ses premiers textes en 1976, elle ne va plus cesser de publier nouvelles, romans et essais, remportant de nombreux prix littéraires. Le chant des regrets éternels, paru en 1995, obtiendra l’une des plus hautes distinctions chinoises, le prix Maodun, en l’an 2000. Elle est élue en 2001 présidente de l’Association des écrivains de Shanghai. Source Editions Picquier.

 Amour dans une vallée enchantée fait partie d’une trilogie, avec Amour dans une petite ville, et Amour sur une colline dénudée qui avaient été« vivement critiqués pour « avoir osé aborder les problèmes du sexe et de l’adultère, sujets jusqu’alors interdits. […] (Celui-ci) a lui aussi subi les foudres de la critique pour avoir présenté une femme qui se libère, pendant une brève parenthèse, du carcan des convenances sans avoir à en souffrir. L’auteur qui se défend d’être féministe expose là une certaine conception de la liberté de la femme. »Source Yvonne André.

 La narratrice décrit sa vie quotidienne étriquée entre un travail monotone et une vie conjugale sans grand intérêt. Cette échappée dans la montagne va être l’occasion de vivre un nouvel amour. La montagne est somptueuse, les gouffres vertigineux, les chutes d’eaux impressionnantes. « Cette vallée enchantée agit comme un piège dont on ne parvient pas à sortir. »remarque–t-elle. Le paysage est à l’unisson de l’aventure de ces personnages, comme en contrepoint à la progression des sentiments. D’ailleurs elle-même se sent comme « une eau courante », même le silence est « une membrane transparente à la surface de l’eau ».La montagne semble « prendre la parole »  et dans le brouillard pourrait se dissimuler « un autre monde inconnu des humains et que, manquant d’audace et de liberté, ils n’avaient pas l’idée de s’y aventurer ».

 Les personnages pourraient être universels, d’ailleurs l’utilisation des pronoms, il, elle, servent à renforcer cette impression. Ils sont encore jeunes, éduqués, intelligents, à l’imagination foisonnante et ne se satisfont pas d’une vie banale. La culture ouvre à d’autres types d’émotions esthétiques et amoureuses, affine la sensibilité. Le roman a d’ailleurs parfois la froideur d’une démonstration.

Les personnages préfèrent l’espoir à sa réalisation ; ils ont l’expérience de l’amour et sont comme « des enfants, toujours en train de rêver ». Car toutes les expériences vécues sont comme une sorte de terreau où peut s’épanouir un amour nouveau, et « ressuscitent mystérieusement, en écho à l’appel qu’elle ressent à présent, aussi le choc dépasse-t-il en intensité tout ce qu’elle a connu dans le passé. »

La qualité d’un amour a son importance, délivré des contingences du quotidien des femmes, hors de portée de leur colère et de leur frustration dans une société encore très traditionnelle où la femme, comme ses consœurs occidentales, doit gérer une double journée de travail.

 J’ai beaucoup aimé ce livre, sa lenteur, ses belles descriptions. Le style est épuré,  un peu froid cependant à certains moments du récit et ne conviendrait pas à certains lecteurs qui pourraient manquer d’empathie. Tout y est analysé minutieusement, décrit dans un récit curieusement absent de tout lyrisme qui pourrait lasser ou ennuyer ceux qui aiment la passion dans le texte. L’auteur a une grande distance avec ses personnages et les observe de manière presque clinique. Mais un charme puissant agit dans ce récit un peu lancinant.

Les trois lumières de Claire Keegan / L’art de l’ellipse

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          Une petite fille est conduite par son père dans la famille Kinsella, des fermiers du Wewbridge, car sa mère, à nouveau enceinte, va vientôt accoucher.

On pourrait résumer cette grande nouvelle par les mots de John Kinsella : « Il a perdu une occasion de se taire ». Car tout est là dans cette économie de paroles, dans cet art de dire l’essentiel sans les mots mais tout de même avec eux puisqu’il s’agit ici d’une œuvre littéraire qui joue magnifiquement avec l’ellipse et le non-dit : une lumière particulière au bord de la mer, une main tendue, un sourire, une corvée partagée en commun

Au fond, même les secrets les mieux gardés finissent un jour par être découverts. Le drame qui a bouleversé la famille Kinsella affleure tout au long de la nouvelle pour être dit à la fin mais il s’annonce par d’innombrables détails, par ce qui est tu, par les silences : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs sorties à la ville voisine… La vérité est aussi dans ce qui est caché. Les actes, cependant valent mieux que les paroles, car dans une valise oubliée, celle de l’enfant dans le coffre de la voiture de son père, lorsqu’il s’en va, se dit toutes les relations d’un père à sa fille. Toute la négligence et l’abandon. D’ailleurs, pour décrire un nouveau monde, « de nouveaux mots sont nécessaires » à l’enfant qui va devoir apprendre.

Ce  court roman est aussi roman d’apprentissage, car si l’enfant doit réapprendre le monde et ses codes, elle découvre une attention à l’autre, une qualité d’écoute qu’elle ne connaît pas. Et c’est la condition des femmes qui est ici esquissée, il ne faut pas oublier que l’avortement est interdit en Irlande, et le divorce très récemment autorisé. La mère est accablée de grossesses, elle doit accoucher d’un enfant après l’autre et a peu de temps pour s’occuper de sa fille. La misère sociale entrave ici réellement l’épanouissement des enfants.

Edna Kinsella n’a pas d’enfant et elle peut s’occuper réellement de la petite fille qui lui est confiée. Elle est d’un autre milieu social et ne manque de rien. Même si comme toutes les femmes de son temps, elle s’occupe des travaux domestiques, elle jouit de toute liberté pour le faire. Et de réels liens de respect et d’attention la lient à son mari.

 Il existe un autre monde, cela maintenant l’enfant le sait et on peut parier que, malgré la séparation inévitable et annoncée depuis le début, elle ne l’oubliera jamais et que cette révélation certainement va la porter.

Claire Keegan bat en brèche également la sacro-sainte famille irlandaise. La famille ici est celle qu’on se choisit, et elle a beaucoup plus d’importance que la famille biologique. Elle est celle qu’on crée à travers une filiation spirituelle.

Magnifique coup de cœur donc.

Les femmes et l’écriture : Anne Brontë

portrait d'Anne par Emily

« Je suis convaincue que lorsqu’un livre est bon, il l’est quel que soit le sexe de son auteur. Tous les romans sont ou devraient être écrits pour les hommes comme pour les femmes. J’ai de la peine à concevoir comment un homme pourrait se permettre d’écrire quoi que ce soit qui puisse être déshonorant pour une femme, ou pourquoi une femme devrait être censurée pour avoir écrit quoi que ce soit qui puisse être considéré comme approprié ou bienséant pour un homme. »

 cité par Isabelle Viéville Degeorges en préface à « La Dame du manoir de Wildfell Hall »

Gabriela Adamesteanu – romancière roumaine

salon adamesteanu

mots de gabriela

La voix d’Eilis – Brooklyn de Colm Tóibín

Brooklyn---Colm-Toibin

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Brooklyn – Colm Tóibín , Robert Laffont 2011, collection 10/18

Traduit de l’anglais(Irlande) par Anna Gibson

La voix d’Eilis

Colm Tóibín nous raconte l’exil d’Eilis à New York dans les années 1950. L’Irlande a connu plusieurs vagues d’immigration successives : les premières étaient dues à la famine, les suivantes sont plutôt d’ordre économique. Comment faire lorsque dans son pays on ne trouve pas d’emploi ? Les femmes commencent à s’émanciper et veulent avoir un travail qui leur assurera une indépendance financière, même si elles abandonnent souvent ce travail à leur mariage ou à la naissance de leurs enfants. Eilis a fait quelques études de comptabilité et espère un travail qui réponde à ses qualifications ; elle pense le trouver à Brooklyn sur la recommandation d’un pasteur, dans un quartier où existe déjà une forte communauté irlandaise. Elle ne trouvera, au début, qu’un travail de vendeuse mais prend des cours du soir à l’université afin de parfaire sa formation de comptable.

Elle rencontrera aussi un jeune italien qui la mettra face à des choix difficiles sur lesquels elles ne pourra pas longtemps tergiverser…

Ce récit est très linéaire. On suit le quotidien d’Eilis, son départ, son retour, ses pensées, tout cela orchestré de manière assez conventionnelle. On ne s’ennuie pas mais on ne palpite pas non plus. Eilis ne remet pas en cause l’ordre établi, ni les mœurs qui ont cours. Elle ne fait preuve ni de générosité, ni d’ouverture d’esprit. Elle accompagne cependant les changements de son époque sans résistance, alors que d’autres personnages dans le livre se montrent ouvertement racistes ou intolérants. Elle n’est pas une pionnière c’est certain, et se laisse davantage porter par les désirs des autres que par les siens propres, que ce soient ceux de son petit ami ou ceux de sa famille. Elle ne décide pas mais ce sont les événements qui décident pour elle ; elle ne veut ou ne peut pas lutter. A l’aube d’un nouvel amour, elle songe à divorcer, mais les conséquences que cela entraînerait la font facilement renoncer. On ne sait ce qu’elle deviendra mais on devine qu’elle sera profondément insatisfaite et qu’il lui faudra les épreuves ou la maturité pour changer sa vie. Elle a accompli pourtant quelque chose d’essentiel : des études. A gager donc que ce sera un atout dans l’avenir…

            Mon sentiment est très mitigé sur ce livre, d’autant que le thème est éculé , que de nombreux livres ont été écrits sur le sujets et que l’on n’apprend rien de nouveau. J’ai préféré le livre de Joseph O’Connor   L’étoile des mers qui, sur le plan de l’écriture lui est largement supérieur. J’ai passé cependant un agréable moment de lecture.

Carme Riera – Appel à témoins littéraire ou L’autre moitié de l’âme

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Carme Riera – La moitié de l’âme Roman Seuil, traduit du catalan par Mathilde Bensoussan

Pour nous lecteurs, les manifestations autour du livre sont des moments importants car riches de rencontres. Je suis aussi heureuse d’avoir écouté Carme Riera que d’avoir lu son premier livre traduit en français, « La moitié de l’âme ». Ce salon a tenu toutes ses promesses. Une belle dame encore …

La narratrice est une romancière à la quête de ses origines ; elle demande l’aide des lecteurs afin de résoudre l’énigme insoluble que représente sa filiation. Je relaie bien volontiers cet appel désespéré. J’espère que vous pourrez lui donner les informations qui lui manquent. Surtout lisez bien cet article jusqu’au bout, il en va de la moitié de son âme.

Mais tout d’abord, voilà de quoi il s’agit : un inconnu, un jour lui a remis un paquet de lettres qui remet en question la paternité de celui qui l’a élevé et aimé comme sa fille. Sa mère est morte alors qu’elle était très jeune et elle ne sait pas grand-chose d’elle, sinon qu’elle était très belle, mais plutôt distante et froide. Son souvenir n’est pas exempt d’un certain ressentiment. J’espère que vous le lui pardonnerez, et que cela ne gênera pas votre lecture. Je comprendrai toutefois que cela puisse vous irriter quelque peu. Moi-même je l’avoue, ai été un peu agacée par tant d’ingratitude.

Voilà les faits : sa mère a disparu à la frontière espagnole entre le 31 décembre 1959 et le 4 janvier 1960. On ne sait pas ce qu’elle faisait là, était-elle un agent de la résistance au franquisme, ou jouait-elle double jeu ? Qui était cet amant qu’elle ne nomme jamais ?

L’auteure nous confie ses doutes et j’ai eu l’impression que plus ses recherches avançaient, plus le mystère s’épaississait. J’en ai vraiment été désolée pour elle. J’ai retourné les données du problème dans ma tête jusqu’à attraper un sacré mal de crâne. Mais je l’avoue, j’ai fait chou blanc…

Vous savez, en fait, j’ai eu la curieuse impression qu’au lieu de chercher son père, c’est sa mère qui était l’objet véritable de sa quête : cette mère étrangère qui lui a tant manqué. Les relations entre les filles et les mères sont parfois difficiles, mais nos mères se prolongent en nous que nous en ayons conscience ou non.

Quant à ses hypothèses sur son véritable géniteur, je les ai trouvées un peu fantaisistes. Mais pourquoi pas ? Vous me direz ce qu’à votre tour vous en avez pensé. Je pense qu’Ys a des opinions sur la question, quant à Denis, si tu lis cet article, je pense que tu es véritablement concerné et qu’il faut absolument que tu lises ce livre. Ton avis me semble essentiel…

Je n’exclus aucun lecteur, nous sommes tous concernés, c’est une question de mémoire collective aussi, car la France et l’Espagne furent toutes deux engagées dans la guerre civile et la lutte contre le franquisme et certains plus que d’autres.

« Le prénom et le nom se rattachent aux coordonnées qui nous enracinent dans un espace déterminé. Je sais qui je suis parce que je sais à qui j’appartiens, d’où je viens, quelle sève a nourri mes racines, quels traits, quel air de famille je partage avec les miens. » La filiation peut-être n’est pas si linéaire !

Car la mémoire, est la moitié de notre âme.

 

Il faut lire cet appel à témoins littéraire, le lecteur en sortira de toute manière enrichi même s’il est impuissant à fournir des renseignements supplémentaires…

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Au bonheur des dames – Emile Zola

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Le bonheur des dames s’inscrit dans la grande fresque naturaliste des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire. Il étudie scientifiquement une famille sur laquelle pèse l’hérédité et la folie. Et les milieux sociaux dans lesquels évolue ses membres.

           Denise vient à Paris avec ses deux frères dont elle s’occupe comme une mère pour trouver du travail car ses parents sont morts et c’est à elle que revient la charge de s’occuper d’eux. Elle a « un visage long à bouche trop grande, son teint fatigué déjà, sous sa chevelure pâle »[1]. Zola rompt ainsi avec les description des héroïnes des romans populaires, qui ne sont que « magnifiques chevelures, regards superbes », visant à éblouir le lecteur par « une beauté superlative à l’aide de poncifs »[2]

Elle se rend chez son oncle drapier à Paris qui ne peut lui procurer du travail car ses affaires vont mal, malmenées par la concurrence d’un grand magasin « Le bonheur des dames » dirigées par Octave Mouret  qui rêve de conquérir le peuple des femmes. Il invente de nouvelles techniques d’intéressement de ses employés au chiffre des ventes en leur octroyant des commission sur le montant total des ventes, révolutionne l’art de l’étalage par de magnifiques mises en scène et ne cesse de vouloir agrandir son magasin, vendant beaucoup et à bon marché, l’intérêt étant de faire travailler le capital investi le plus de fois possible quitte à vendre à perte. Cette rotation rapide des stocks, les prix bas signent la mort du petit commerce qui succombe sous la marche du progrès. Des personnages hauts en couleur tiennent tête à l’ogre du « Bonheur des dames » et à son désir de puissance et de femmes.

Car il s’agit d’attirer les femmes et de les dominer, de les « allumer ». Ces femmes de la bourgeoisie du XIXe siècle, que l’on tient encore largement prisonnières de la sphère domestique, rompues à l’art de plaire, tout entières tournées vers les robes et les colifichets, armes suprêmes de la conquête et de la réussite sociale, vont devenir des victimes de la mode et les pionnières de la société de consommation. Car le prêt-à-porter naissant met à la portée de toutes les bourses ce qui auparavant était inaccessible. La consommation effrénée devient alors le moyen d’assouvir toutes les frustrations des femmes vouées à une vie morne et sans intérêt une fois leurs enfants élevés.

« Mouret avait l’unique passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui avait bâti ce temple pour l’y tenir à sa merci. C’était toute sa tactique, la griser d’attentions galantes et trafiquer de ses désirs, exploiter sa fièvre. »[3]

Il n’en va pas de même pour celles qui sont obligées de gagner leur vie comme Denise, dans des conditions difficiles, treize heures par jour, sans aucune protection sociale. Les femmes de la classe ouvrière sont des proies faciles, obligées parfois de se vendre pour échapper à la misère en prenant un amant ou en se prostituant.

Octave Mouret, malgré son cynisme, est le type même de l’entrepreneur moderne  pour qui l’essentiel est de « vouloir et d’agir, de créer enfin »[4]

A la guerre commerciale, fait écho la guerre des sexes et la misogynie. Ainsi Mouret se targue-t-il d’élever un temple aux femmes, cherchant sans relâche « à imaginer des séductions plus grandes ; et derrière elle, quand il lui avait vidé les poches et détraqué les nerfs, il était plein du secret mépris de l’homme auquel une maîtresse vient de se donner. »[5]

La femme est reine dans son foyer, tous les achats domestiques lui reviennent, les étoffes couvrent son corps et le rendent plus désirable encore et Mouret à travers son commerce échauffe ces désirs et les manipulent.

Mais cette rivalité homme/femme se double d’une rivalité entre les femmes elles-mêmes, rivalités de classe ou rivalités dans la conquête d’un homme. Zola raconte ainsi qu’ « on se dévorait devant les comptoirs, la femme y mangeait la femme, dans une rivalité aiguë d’argent et de beauté. »[6]

Cette guerre perpétuelle préside aussi aux relations entre les vendeuses, chacune cherchant à prendre la place de l’autre afin d’acquérir plus d’argent et de pouvoir. Cette loi de la nature  qui est la loi du plus fort est aussi la loi qui régit les rapports humains et les rapports sociaux.

Mais Denise va contribuer à renverser cet ordre négatif et transformer Mouret. Car il y a tout au long de ce livre une très belle histoire d’amour.

Courageuse, intelligente, clairvoyante et fière, elle possède toutes les qualités, et refuse les avances de Mouret. Il va apprendre à nouer des relations avec les femmes basées sur la confiance et le respect alors qu’auparavant elles étaient pour lui des objet ou des proies. C’est à une conversion que l’on assiste alors et les autres femmes sont vengées ! Peu à peu, elle le conduit  à améliorer les conditions de travail dans une perspective de plus grande justice sociale et met en place des innovations en matière de protection .
C’est donc par la femme que se produit l’ultime conversion, par la grâce de l’amour aussi que le personnage masculin se transforme. Denise n’est pas d’une grande beauté mais ses qualités de cœur et sa vive intelligence en font une femme moderne et équilibrée. C’est la fin du XIXe siècle… Toutefois elle reste la mère avant tout, et il est assez significatif que son ascension professionnelle la conduira au rayon … pour enfants. On ne tord pas si facilement le cou aux préjugés, même si on s ‘appelle Zola.

Ce roman magnifique est à lire absolument ou à relire !

[1] Au bonheur des dames, p 13, éditions de la Seine 2005.

[2] Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle.

[3] Au bonheur des dames, p 246, éditions de la Seine 2005

[4] Au bonheur des dames, p 75, éditions de la Seine 2005

[5] Au bonheur des dames, p 85, éditions de la Seine 2005

[6] Au bonheur des dames, p 325, éditions de la Seine 2005

Valentine Goby – La note sensible ou L’amour est un malentendu

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Valentine Goby   La note sensible    Editions Gallimard   2002     Folio n°4029    235 pages

Une jeune femme emménage dans un vieil immeuble parisien. Elle doit donner des cours d’anglais aux élèves de la Cité de la musique. Mais voilà les cloisons qui séparent son appartement de celui de son voisin sont bien minces et elle entend tout ce qui se passe, ou presque, chez lui.  Cette intrusion dans son intimité va avoir des conséquences inattendues… Va naître alors une étrange passion.

 « Dis-moi comment tu aimes, je te dirais qui tu es ». Nos histoires d’amour révèlent beaucoup de nous-mêmes car nous y investissons notre histoire, nos failles et nos manques mais nous l’embellissons aussi de nos rêves et de nos bonheurs. J’avoue que celle-ci est une histoire tout à fait spéciale. L’univers sonore tout d’abord dans lequel elle se déploie, aux accents du violoncelle, et la voix dont la narratrice connaît presque tout : chantée, parlée, mêlée de raclements de gorge,  ou joyeuse dans les sifflotements du matin. Peut-on tomber amoureux d’une voix ? Et de quelqu’un à travers cette voix ?

La partie d’un tout peut-elle contenir toutes les qualités de ce tout ? La voix d’un homme peut-elle nous dire qui est cet homme ? Ou n’est-ce qu’un miroir aux alouettes ? Un élément que nous fantasmons et qui ne dit rien d’autre que nous-mêmes ?

Je me suis demandée aussi en lisant cette histoire en quoi l’amour que nous ressentons peut nous mettre vraiment en danger. Peut-on vraiment mourir d’amour ? Ou ce dont nous mourrrons n’est-il que la blessure qui saigne en nous depuis l’enfance ? La peur d’aimer ne vient-elle de la conscience de nos propres fragilités, et d’un manque tellement grand que, aucun amour, si grand soit-il ne pourrait le combler ?

La lecture de ce livre est très agréable mais comme pour le précédent livre de l’auteure, je suis restée en-deçà. Je ne me suis pas totalement laissée prendre. Pourtant, chaque livre me donne envie de lire un autre livre de Valentine Goby. Peut-être parce que je sens à chaque fois la personnalité d’un grand auteur, qui a des choses à dire, et qui les dit de manière toujours originale. A suivre donc…

Lecture commune avec Philisine Cave

Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle (1)

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Dans ce livre clair mais érudit, on apprend une foule de choses passionnantes.

Tout d’abord, que le roman populaire du XIXe siècle,  parce qu’il cherche à plaire à un large public et aussi parce qu’il dépend de la presse dans laquelle il paraît sous forme de feuilleton, bouscule rarement les conventions établies par la mentalité bourgeoise dominante. Et si le mariage, l’adultère et le divorce sont les thèmes récurrents dans ces romans ; ils ne servent la plupart du temps qu’à illustrer le code moral que les femmes doivent suivre et le prix à payer pour celles qui auraient quelques velléités à en sortir.

Des liens étroits d’ailleurs existent entre le portrait physique et la caractérisation psychologique des personnages féminins selon leur statut (jeune fille, épouse, fille perdu et criminelle.)

Pascale Hustache les décrit très précisément et de manière rigoureuse. C’est passionnant, je vous assure, et l’écriture est fluide.

Mais Balzac, Victor Hugo, Paul Féval, Wilkie Collins se font « le miroir d’une société en pleine mutation, et reflètent la place et le rôle qu’y tiennent les femmes. » Leur vocation réaliste, ou leur dimension de chronique sociale pour certains apportent des renseignements précieux à cet égard.

D’ailleurs il est amusant de constater avec l’auteure que  si les romans français ont la réputation d’axer leurs intrigues sur la légèreté des moeurs,  le roman anglais par contre dépeint surtout des marâtres et des criminelles.  Difficile d’en tirer des conclusions !

Les grands romanciers tels Balzac et Dickens utilisent eux aussi quelques ficelles du roman populaire dans leurs romans même s’ils excèdent bien sûr le genre par la qualité et la maîtrise de l’écriture.

Pascale Hustache dégage quatre genres assez distincts :

Dans une première catégorie, le roman de mœurs met en scène des bourgeois et des nobles débauchés, tandis que leurs femmes, livrées à elles-mêmes, seules et mal aimées succombent à leur tour à la tentation. Il n’est alors question que de femmes adultères, de jeunes filles à l’honneur perdu ou de mères coupables. De quoi donner un parfum d’interdit à ces lectures…

Hommes et femmes s’affrontent dans un univers où la femme est la proie et l’homme le chasseur. Le schéma en est la femme chrétienne, modèle de courage et de soumission, délaissée ou trahie par un homme soumis aux appétits de la chair et jouet de femmes perverses aux mœurs douteuses.

Dans le roman d’aventures, règne le crime. Et les personnages louches, prostituées ou meurtrières, héroïnes cherchant à se venger ou à réparer des injustices du sort sont légion. Mais la femme n’y tient pas le rôle principal, elle est juste une auxiliaire, précieuse certes, et un outil de vengeance.

          Le roman social quant à lui cherche à dénoncer les maux  d’une société capitaliste injuste où les riches exploitent les pauvres. Par un mécanisme de compensation, le méchant est puni et le juste toujours récompensé.

Le roman populaire à sensation fait la part belle aux femmes qui font « naître le mystère, l’épaississent puis contribuent à le dévoiler ». Elles sont souvent courageuses et ont du caractère . Elles ne sont pas dénuées d’une certaine perversité parfois pour parvenir à leurs fins.

Le roman populaire est non seulement le miroir de la société mais un outil de propagande, mettant à jour pour le lecteur attentif les schémas conducteurs de la société. Il avertit des dangers de la vie réelle ou qu’ils présentent comme tels et devient pédagogique puisqu’il tente d’apprendre aux lecteurs et surtout aux lectrices l’ordre naturel et social des choses.

Les œuvres d’Alexandre Dumas, d’Eugène Sue  entre autres, sont classées parmi les plus grandes réussites du roman populaire.

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Voir aussi :

Les femmes dans la littérature française de Marie Rabut.
Les marginaux : femmes, juifs et homosexuels dans la littérature européenne d’Hans Mayer.
Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle de Pascale Hustache.
La femme victorienne, roman et société de Françoise Basch.
Rêves d’amour perdus : les femmes dans le roman du XIXe siècle d’Annie Goldmann.

Anne Brontë – La dame du manoir de Wildfell Hall

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Anne Brontë La Dame du manoir de Wildfell Hall archi poche  2012 ( première publication en 1848)

          Anne Brontë est la moins connue des sœurs Brontë et « La Dame du manoir de Wildfell Hall » aussi traduit « La recluse de Wildfell Hall » eut à souffrir de critiques particulièrement acerbes lors de sa publication en Angleterre en 1848 ; on reprocha à Anne Brontë  de faire l’apologie du vice tant ses personnages étaient  réalistes, de camper une héroïne aux vertus bien peu féminines et d’étaler  « son goût morbide pour la brutalité vulgaire ».  Un an après la mort de sa sœur, Charlotte empêchera la republication de l’ouvrage, le jugeant peut-être trop scandaleux pour l’époque.

        On le considère aujourd’hui à juste titre comme l’un des premiers romans féministes.

Helen Graham est une veuve bien mystérieuse. Elle vit en compagnie de son fils dans un manoir délabré et  particulièrement retiré et semble rechercher la solitude. Que cache son attitude ? Que fuit-elle ? Qu’a-t-elle donc à se reprocher pour s’entourer de tant de mystère. Les langues vont bon train jusqu’à ce que le scandale éclate … Le récit est d’abord raconté par Gilbert Markam, un hobereau du coin, puis par Helen qui lui confie son journal.

Anne Brontë se place ici dans la tradition des grands moralistes. Il s’agit de peindre les malheurs du vice pour inciter à la vertu et dissuader les jeunes gens de se livrer à la débauche, les jeunes hommes surtout, à qui une société hypocrite et injuste passe tous les caprices censés montrer leur puissance et leur virilité. Anne Brontë s’inspira pour cela de la déchéance de son frère qui mourut alcoolique et tuberluceux. 

Le trait est incisif, Anne Brontë démonte les mécanismes d’une toute-puissance masculine à laquelle des lois injustes et une éducation permissive ne mettent aucun frein. Les femmes séparées de leur mari ne peuvent intenter une action en divorce, ni disposer de leur fortune, ni conserver la garde de leurs enfants. Elles doivent être soumises et résignées. Seuls de mauvais traitements physiques peuvent justifier un éloignement salutaire.  Or Hélene Graham/Huntington quitte le foyer conjugal, vend des tableaux pour gagner sa vie et fait fi du qu’en dira-t-on. Elle ose critiquer la différence d’éducation entre les garçons et les filles et la mauvaise influence des mères qui à force de gâter leurs  fils  ainés en font des monstres de vanité et d’égoïsme. « Je ne compte pour rien ici », se plaint Rose, la sœur de Gilbert Markam. Les garçons passent avant tout, les meilleurs morceaux leur sont réservés et les femmes sont à leur service.

Lorsqu’on lit aujourd’hui les romans écrits par des femmes, on retrouve, dans certains milieux ou dans certaines parties du monde les mêmes constats. Cette litanie en agace beaucoup, hommes ou femmes, qui ont l’impression parfois qu’il y a une forme d’exagération et de répétition un peu vaine. Mais voilà, la littérature est aussi une arme de combat, le lieu d’une prise de parole pour ceux ou celles qui en sont privés. D’ailleurs, le sort réservé aux femmes est un excellent indicateur pour la démocracie, les endroits où elles ne sont pas respectées sont aussi ceux où les Hommes, plus généralement, ne sont pas vraiment libres. Et les voix qui sélèvent ne sont pas seulement féminines. J’avais été frappée lors d’une émission animée par Frédéric Taddeï , de la remarque d’une juriste qui disait ne pas s’intéresser plus à la cause des femmes qu’à n’importe quelle autre cause. L’antiféminisme n’est pas le seul fait de certains hommes mais aussi de nombreuses femmes. Peut-être est-ce une façon de se rassurer, de s’exclure de la « masse » indistincte de celles qui par leur genre pourraient être vulnérables ou assignées à certains rôles. L’illusion peut-être qu’il n’y a plus vraiment de combat à mener.

Ann Brontë est morte à 29 ans de la tuberculose. J’ai une très grande admiration pour cette jeune femme, pour sa lucidité et son courage. Elle est pour moi un modèle. Certes, elle n’était pas « romantique », même si elle sacrifiait comme tant d’autres écrivains à l’inévitable « histoire d’amour », mais elle savait analyser finement les rapports sociaux de genre. Elle écrivait pour avoir un autre destin… Mais peut-il vraiment y avoir d’autres raisons pour écrire ?