Archives pour la catégorie Femmes françaises

Fugue – Anne Delaflotte Mehdevi / L’adieu à la mère

fugue

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Il faut lire ce roman comme un conte qui commencerait par la fin. Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. A défaut de prince et de princesse, vous prenez deux bourgeois trentenaires, à la situation matérielle confortable, dans une grande et belle maison située à la lisière d’une forêt.

Le prince moderne, est pilote de ligne et ressemble à Paul Newman, la princesse est une femme moderne, mère au foyer (Cendrillon ?) avec Bac +5 ou presque. Elle est longue, belle et mince.

Ajoutez à cela qu’elle n’a pas une marraine mais plusieurs… Et qu’elle s’aperçoit dans un murmure qu’elle ne s’éclate pas franchement dans la maternité. Il faut dire que quatre enfants en à peine dix ans ce n’est pas une sinécure !

« Oui, enfin non, je veux dire, je veux être : «  juste quelqu’un ». Pas toujours et seulement cette créature qu’est la mère, qui donne la vie, apprend le langage et la mort, qui tisse des liens qu’elle doit apprendre à défaire. »

 Et puis bien sûr elle attend le prince qui rentre tous les trois jours.

Jusqu’au jour où un cri de désespoir lui fait perdre sa voix. Heureusement, j’allais dire, parce qu’au bout de tant de perfections, la tension de la lectrice monte dangereusement !

Et commence alors ce qui est le plus intéressant dans le roman, l’héroïne devenue muette perd sa queue de sirène pour retrouver ses deux jambes et une certaine indépendance.

Elle y gagnera autre chose de bien plus précieux grâce à la musique et au chant.

Si vous croisez « la Petite Sirène » et « Le vilain petit canard », vous comprendrez la réaction de son entourage qui, au lieu de l’épauler, lui fait subir sarcasmes, bouderies et vexations. Et elle, au lieu de banalement se mettre en colère, tente de les comprendre. Là, une petite touche de « Sœur Thérèse d’Avila » ne ferait pas de mal.

La fugue s’entendra ici dans ses trois sens, la fugue de la fille de Clothilde, l’art de la fugue, figure musicale et la propre fuite de l’héroïne hors de modèles qui ne lui conviennent pas vraiment.

J’ai aimé dans ce roman-conte, la rencontre avec le chant, la musique et la scène, espace sacré où s’opère toute transformation et don total de soi. Une rencontre amoureuse qui illumine sa vie et lui fait prendre un autre sens.

« De l’ombre à la lumière, du corps embarras au corps oublié, Clothilde vocalisait et emplissait la salle d’énergie et de joie. »

Au final, j’ai passé un bon moment de lecture, avec quelques beaux passages qui m’auront véritablement transportée au cœur de cette musique faite toute entière du silence bruissant de l’écriture. Et c’est là le tour de force de l’écriture de se faire murmure, cri pour se transformer en un superbe chant à la condition expresse de prendre ce roman pour ce qu’il n’est pas : un joli conte.

Souvenance – Pauline Delpech

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Elizabeth n’a plus que quelques jours à vivre. Sa mémoire part en lambeaux, rongée par une tumeur maligne, et dans sa maison de l’île d’Oléron, en compagnie de sa fille Julie, elle tente de profiter des derniers moments qui lui restent pour reconstruire son histoire et tenter de comprendre le malaise qui l’habite. Quelle femme a-t-elle été ? Que laisse-t-elle derrière elle ?

A l’heure des bilans, la vérité surgit, implacable et inattendue.

Il y a des livres, comme celui-ci, dont la lecture est inévitablement troublée ou parasitée par la personnalité ou la biographie de leur auteur : soit que celle-ci fasse partie de l’actualité people, soit qu’elle s’illustre par des provocations répétées et devienne de par ce fait une personnalité controversée. Dans le cas de Pauline Delpech, c’est le côté glamour, et certaines de ses prises de positions (Je vais en choquer plus d’une, mais je suis tout sauf féministe. La femme qui veut être à l’égal de l’homme, c’est très dangereux pour la survie du couple (voir interview Paris-Match).) qui ont accompagné inévitablement ma lecture et dont j’ai tenté à plusieurs reprises de me débarrasser.

Litterama a forcément, lui, son petit côté féministe et forcément moi aussi. Même s’il s’agit d’un féminisme doux, humaniste et non-militant. Je suis plus touchée par les magazines Causette et Muze que par d’autres magazines dits « féminins ». Ce qui ne peut échapper à aucun de ceux qui visitent mon blog. Si vous me lisez, là, maintenant, vous ne pouvez qu’en être d’accord.

Lorsque vous tapez le nom de l’auteure, le moteur de recherche vous propose tout sauf ses livres et c’est bien dommage. Ce seul motif aurait pu me dissuader de la lire mais j’ai voulu me faire une idée par moi-même et éclairer ce « féminin » qui, s’il est loin parfois de l’esprit de Litterama, n’en fait pas moins partie de ce que les femmes écrivent et pensent.

Tout d’abord, la forme : j’ai trouvé le roman bien construit et agréable à lire. On est pris par l’histoire et les rebondissements sont assez nombreux qui cassent la linéarité apparente du récit que fait Julie à sa mère de sa vie passée. Des faits troublants viennent créer un certain suspense et une tension qui dynamise la lecture. Le récit éclaire peu à peu les zones d’ombre de manière assez habile et la fin est bien amenée. Pauline Delpech a quatre romans à son actif et on sent le travail derrière l’écriture.

Quant au fond, l’histoire de cette femme, ce qu’on en apprend, et ce qui est dit des femmes aussi à travers elle, il est pour moi plus problématique parce qu’il véhicule des schémas ou des représentations traditionnelles qui m’ont agacée, mais qui m’ont mieux fait comprendre la prise de position de l’auteure citée plus haut.

Ainsi de nombreux petits conseils que l’on prodigue aux femmes,  « Tu m’as toujours répété que pour garder un homme, il fallait être bonne maîtresse et bonne maîtresse de maison, c’était ton credo. », le soin apporté à la toilette, l’image de la femme inévitablement jolie, voire belle, le mythe de la mère exemplaire et de l’épouse aimante.

Les hommes, au fond, sont les victimes d’une femme égocentrique et infidèle, uniquement préoccupée d’elle-même et le père a le beau rôle, comme l’a relevé également le journaliste qui l’a interviewée dans Paris-Match. Dans un autre moment du roman, une mère violente rejette sa fille, tant elle aurait aimé avoir un garçon, et c’est le père qui apporte de l’amour.

Je dirais que ces personnages ont mal à leur « féminin » et que dans l’histoire des femmes il y a aussi la haine de soi et une profonde culpabilité (à force de vous répéter que c’est vous qui avez fait croquer la pomme, et que c’est une femme qui a ouvert la boîte contenant tous les malheurs de l’humanité) et qu’il s’agit toujours de rester à la bonne place (ne pas être trop égale), ne pas faire de l’ombre, et gagner l’amour de celui qui n’est pas sur le même plan, mais uniquement sur celui du désir, et qu’il faut satisfaire par son élégance et sa beauté (tant pis pour celles qui sont moches et qui sentent des pieds).

          Toutefois il faut voir le sort que l’on fait aussi aux belles femmes (Pauline Delpech est magnifique), et je pense ici à une vidéo d’une interview de l’auteure il y a quelques années par un homme (un vrai ?) qui pour moi, l’a accueillie comme une bête à la foire, en vantant de manière lourdingue les mérites de sa plastique, et chacun bien sûr des invités de relever, tout en balançant des vannes pas du meilleur goût. Et c’est là que moi j’ai eu mal à mon féminin et que je me suis dit que cette femme-là valait mieux que ça. Et qu’on pouvait la lire aussi…

Pauline Delpech est une jeune auteure qui ne manque pas de volonté et qui trace sa route, capable à mon avis d’évoluer et de mûrir. En tout cas, je le lui souhaite, car elle est une auteure qui ne manque pas de qualités.

 

Je remercie l’attachée de presse des éditions Michel Lafon de m’avoir envoyé ce livre.

Le confident – Hélène Grémillon

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Hélène Grémillon Le confident Plon JC Lattès 2010

La mère de Camille vient de mourir. Au milieu des habituelles lettres de condoléances, une enveloppe un peu plus épaisse attire son attention. En lisant ce courrier inattendu, non signé, elle pense que c’est une erreur, que l’expéditeur s’est trompé de destinataire. Mais une étrange confession va suivre qui va bouleverser sa vie, et lui enlever tous les repères qu’elle pensait si stables et immuables.

         On ne peut rien dire d’autre de cette histoire au risque de lui enlever tout ce qui en fait le sel. D’ailleurs je vous recommande d’en refuser tout résumé un peu détaillé. Il s’agit ici d’un excellent suspense psychologique, orchestré de main de maître par Hélène Grémillon.

Le lecteur va de surprise en surprise et la fin opère un retournement de situation qui ne peut qu’enchanter le lecteur.

          Il faut quelques dizaines de pages pour s’acclimater à l’univers de Camille et pour saisir tous les enjeux de l’étrange confession dont elle est la destinataire. Une fois que vous serez à la bonne température, décommandez tous vos rendez-vous, préparez-vous un thermos de thé ou de café, quelques sandwichs dans une assiette, laissez un message sur le répondeur de votre employeur, et poursuivez votre découverte. Ce livre vous enchaînera à sa lecture, et jamais vous ne connaîtrez de liens plus étroits et plus doux. Cette tension et cette attente est très proche de l’état amoureux. Son dénouement vous procurera un très grand plaisir et peut-être vous mettrez-vous à ronronner (si cela vous arrive, ou si cela vous est arrivé, dites-le-moi).

Une auteure à suivre…

Ce livre m’a donné envie de découvrir  la vie d’Elizabeth Vigée-Lebrun et quelques ouvrages fort instructifs :

Hygiène et physiologie du mariage. Histoire naturelle et médicale de l’homme et de la femme mariés. Hygiène spéciale de la femme enceinte et du nouvé-né. Ces ouvrages sont censés stimuler la fécondité au XIXe siècle et sont encore utilisés dans les années 30.

Le gouvernement de Vichy avait pris quelques mesures pour relancer la natalité : interdiction de l’avortement, interdiction de la contraception et interdiction de toute information sur la sexualité.

Ablutions, flagellations, urtications, rien n’était épargné aux femmes stériles afin qu’elles puissent concevoir. A cette époque, une femme n’avait guère d’existence en-dehors de ses fonctions reproductrices et le mariage instituait la plus petite unité de base : la famille, qui assurait la solidité et la permanence de la mère patrie, ainsi qu’une main d’œuvre pour ses usines, ses ateliers et ses administrations.

Dans la nuit brune – Agnès Desarthe

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Dans la nuit brune Agnès Desarthe Editions de l’Olivier 2010 Points poche P2686  233 pages

Jérôme est un homme un peu perdu. Il assiste , impuissant, à la douleur et au deuil de sa fille. Il est loin des mots. « Ne pourrait-on, un instant, revenir à une préhistoire du langage, à sa découverte, à son enfance, à l’époque où chaque vocable s’ancrait profondément dans ses racines, les traînait à sa suite, où l’on parlait si peu que chaque déclaration provoquait un effarement ? »

Mais comment apprendre à parler quand on est un homme ? Comment parler aux autres quand les hommes ne se parlent pas ? Où plonger en soi, dans quelle contrée ? Jusqu’où faut-il remonter ou s’enfouir ?

On reconnaît dans ce personnage des accents woolfiens. Son amour pour la terre est son désir pour la mère, sa quête des origines dont il ne sait rien sinon qu’il fut trouvé dans la forêt par un couple qui l’adopta. La forêt est son ventre maternel, son utérus profond. Pourquoi fut-il laissé là et par qui ?

Agnès Desarthe plonge ici dans le mythe de l’enfant sauvage. Jerôme a vécu une partie de sa vie livré à lui-même et à sa nature profonde et sauvage, avant d’être adopté, de revenir à la vie policée qu’exige la société des Hommes. De cette expérience il garde un lien avec cette sauvagerie que l’on s’applique d’habitude à tuer en nous pour entrer dans la culture.

           Mais en écho à son expérience, une sauvagerie beaucoup plus profonde et cruelle rôde, meurtre, rites sataniques d’une jeunesse désoeuvrée, qui est une constante menace au cœur de toute société humaine. A l’extériorité de la vie sociale, fait écho l’intériorité de nos sentiments et de leur possible violence : le chagrin, et le désespoir qui nous débordent, qui menacent notre fragile équilibre et le mythe tout aussi puissant d’une rationnalité qui nous protègerait de nos instincts.

            Le petit ami de sa famille est mort dans un accident de moto. Accident ou meurtre savamment maquillé ? Nul ne le sait…

Son histoire rejoint l’Histoire et il va devoir replonger dans son passé.

Ce livre a obtenu le Prix Renaudot des lycéens 2010.

On lit ce roman avec plaisir. On plonge en même temps que le personnage principal dans un univers sombre et mystérieux, un tantinnet obsessionnel, dans une nature sauvage et profonde, hantée par nos propres thèmes inconscients. Et puis on sort de ce songe dans les fureurs de l’Histoire et le bruit des bottes. Une sorte de réveil brutal. On suit alors pas à pas l’histoire sombre de la famille de Jérôme. Pour être un homme, Jérôme ne sera pas dispensé d’accoucher de lui-même.

Agnès Desarthe écrit dans un langage bruissant, mêlé de souffles polyphoniques, de râles et de cris. Un langage qui n’oublie rien de ses origines.

Un livre intelligent.

Née en 1966 à Paris, Agnès Desarthe est agrégée d’anglais, romancière et traductrice. Elle a notamment écrit Mangez-moi et le Remplaçant (prix Version Femina-Virgin Megastore). Elle a écrit également de nombreux livres pour la jeunesse, Comment j’ai changé ma vie, Le Monde d’à côté. Elle a également co-écrit avec Geneviève Brisac un livre sur Virginia Woolf.

En lecture commune avec  Evalire    et   Philisine Cave

Pour qui vous prenez-vous ? Geneviève Brisac

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Recueil de onze courts récits qui se font écho, hantés par les mêmes personnages, Max, Gerbert, Fleur, Mélissa Scholtès, les jumeaux, Mélinée et leurs naufrages quotidiens.

  Ces personnages sont tous la proie d’une sourde inquiétude, d’une angoisse permanente et diffuse qui alourdit passablement un quotidien dans lequel il ne se passe véritablement pas grand-chose. Je me suis demandée si au fond, ce n’était pas une façon d’alimenter leur vie, de faire en sorte qu’elle puisse être racontée. Vivre est dangereux, tout nous menace, il n’y a pas d’éternité. Rien ne dure et la mort est tout au bout. N’est-ce pas ce que nous ne nous lassons pas de dire ? Comment ne pas dénoncer un tel scandale ? Pourquoi jouir de cette conscience funeste ?

Anticiper le danger ou la mort, ne revient-il pas à s’en protéger ? Penser l’impensable, dire l’indicible pourrait rompre la malédiction qui nous enchaîne à des corps si fragiles.

« Je faisais cela quand j’étais enfant : j’ouvrais grand la fenêtre, je défaisais ma chemise de nuit et j’essayais d’attraper une mort certaine, une pneumonie, une pleurésie, pour avoir une bonne raison d’être si triste. »

La perte est imminente, en tout cas inéluctable et on ne peut se raccrocher à rien. Ni à l’amour qui la plupart du temps n’est qu’un vaste malentendu, une rencontre indéfiniment ratée ou reportée, ni à l’amitié qui est aussi fragile, et creuse en nous ce vertige :

« Dans l’eau, je me suis mise à pleurer sans crier gare. Des litres de larmes dans des litres d’eau. les larmes faisaient des trous dans la mousse, comme des puits creusés par des puces de sable, par des lombrics. »

            Tout est tellement absurde, nous sommes comme des malades incapables de vivre sans le cancer qui les ronge, un personnage ne dit-il pas : « C’est l’air marin, l’iode, ça peut rendre malade tant c’est sain ». D’ailleurs on peut essayer de se prémunir contre le mauvais sort, mettre un petit savon dans sa poche, serrer une patte de lapin, la pensée magique ne marche pas, il n’y a pas d’échappatoire…

            Virginia Woolf n’est jamais loin, ni Jean Rhys, elles connaissent la fragilité de toute existence mais aussi la voix de la mer. Elles sont hors de la peur qui relève d’une impardonnable confusion…

            « N’importe qui à ta place irait tranquillement à la plage se promènerait sous les palmiers, se ferait des amis. Toi, il faut que tu théorises. Le bruit, la musique, la vulgarité, les odeurs, ma pauvre fille. Pour qui te prends-tu, à la fin ? » admoneste un des personnages . Y aurait-il une aristocratie du malheur ?

Cet air vague et ennuyé que nous prenons parfois ne voudrait-il pas dire que nous souffrons d’un orgueil démesuré, face à cette comédie, cette trivialité de l’existence qui  n’est pas digne de nous ? Au fond vaudrait-on beaucoup mieux que cela ? Oui, forcément nous valons beaucoup mieux que cette fin ridicule clouée entre quatre planches ! 

  Il y a un ton, alerte et vif, un humour un peu cruel que j’aime beaucoup dans les livres de Geneviève Brisac. Cela me fait penser à pas mal de choses à chaque fois, cela fait écho en quelque sorte… J’ai toujours ce sentiment que l’on m’a dit quelque chose, à moi seule ! Non mais, pour qui se prend-on ?

Nos pleines lunes – Sophie Krebs

Nos pleines lunes

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Médaillée du conservatoire de Pari, Sophie Krebs est professeur de formation musicale. Passionnée de pédagogie, elle invente en 2003 la méthode rythmo, une méthode d’apprentissage du rythme au travers des mots. Les jeux de société Rythmo ont obtenu une médaille d’Or au Concours Lépine International.

  Le livre de Sophie Krebs est un chant d’amour à deux voix. Chant d’amour et parfois de désespoir. J’ai eu cette image d’une écriture tendue comme un fil entre deux êtres, qui vibre à chaque émotion de l’un ou de l’autre. Le tempo est vif, presque trop parfois, car les chapitres alternent rapidement les deux voix , l’une faisant écho à l’autre, dans des registres différents.

La douceur de l’une : « Il fait doux ce matin. Giroflées. Romarin. », l’âpreté de l’autre, « La colle ça poisse. J’aime pas quand ça poisse ».

Lucas attend Lolita ; elle doit venir le voir à Noël. Il prépare le sapin en son honneur. Ses journées sont suspendues à l’attente et les événements qui la rythment, bonheurs minuscules ou tragédies, nous apprennent peu à peu son histoire.

Laetitia est photographe : « Capter l’instant m’a toujours soulevé de terre. Un grand mystère venu d’ailleurs ! C’était comme des ailes. De belles grandes ailes qui m’auraient prise par magie. » Sa vie a le tempo rapide d’une valse, d’une danse, puisque parfois danse et musique se confondent. C’est étonnant : « Rue Mouffetard (3). Le fleuriste (3). Une nouvelle jacinthe (5). Une blanche aujourd’hui.(6) ».

L’intrigue se construit par petites touches et on est pris par l’énigme de ces destins dont les fils se croisent et s’entrecroisent jusqu’à nous donner la trame. Le suspense est poétique et il est parfois difficile de laisser le livre. Ce n’est qu’à la fin que le motif apparaît enfin et l’on n’est pas déçu.

Souvent, l’écriture alterne des phrases longues et brèves et on a l’impression d’écouter le bruit des vagues.

            L’écriture de Sophie Krebs est très travaillée, ourlée parfois dans de la soie, ou dans la déchirure. Elle demande une écoute intérieure.

Il faut lire « Pleines lunes », c’est un très beau texte.

Cinq questions à Sophie Krebs

Sophie-Krebs litteramaAnis : Comment écrivez-vous? Avez-vous des rituels ?
Sophie Krebs :  J’écris dans le silence le plus pur que je puisse trouver (aucune musique et personne autour de moi excepté mes chats et chiens). Jamais assise à un bureau ni à une table, toujours allongée soit sur un lit, soit dans un canapé. Le plus souvent seule dans ma ferme perdue au milieu de 10 hectares…Toujours avec un crayon noir et une gomme, dans des cahiers choisis avec grand soin…Sinon plus basiquement : quand je trouve le temps…car malheureusement comme nombre d’entre  nous, je ne sais pas encore faire autrement… Ah ! j’oubliais…j’écris bien sûr à haute voix… pour mieux entendre comment sonne la phrase, puis la strophe, puis le  chapitre… 

  Anis : Pourquoi écrivez-vous ?
Sophie Krebs :  L’envie d’écrire s’est imposée à moi très naturellement et j’avoue que le bébé n’était pas programmé !…mais comme j’écrivais déjà depuis plus de 10 ans pour les  enfants de la musique verbale (textes parlés écrits rythmiquement) je pense que j’ai juste lâché la transcription rythmique pour ne garder que les mots…Le rythme est bien sûr toujours là, mais il n’est pas transcrit. J’ai conscience que mon cheminement vers l’écriture est donc très spécial; ceci explique aussi le fait que j’écrive obligatoirement à haute voix… Je ne me suis jamais dit « Je vais écrire »…Je n’aurais jamais osé !

  Anis : Quels sont es auteurs qui vous ont marqué ou ceux (ou celui) qui vous a donné envie d’écrire ?
 Sophie Krebs : Je vais sûrement vous décevoir, mais mon envie d’écrire ne s’est absolument pas faite au travers d’un (ou plusieurs) écrivain. J’adore lire bien-sûr et ce depuis  toujours. Je lis actuellement 6 ou 7 romans par mois…et j’ai mes écrivains chouchous, mais ils sont très nombreux : Proust, Duras, Simone De Beauvoir… etc

Plus proche de nous et très actuel pour moi Claudie Gallay… Mais ils sont vraiment trop nombreux pour en sortir « un » du « tout »… Et j’avoue que je serais plus à

 l’aise de vous parler de compositeurs…Si cela peut vous intéresser, je ne me lasse pas de Chopin (en ce moment ses Ballades pour piano) et de Schumann…

Par contre voici mes dernières lectures adorées :

 -« Le petit tailleur de shorts » d’Yvon Le Men

– « L’Arpenteuse »d’Isabelle Mestre

– « Enregistrements pirates » de Philippe Delerm

 – « Seule Venise » de Claudie Gallay

 « Le déferlantes » de Claudie Gallay (que je relis régulièrement chaque année)

Anis : Pensez-vous qu’il existe encore aujourd’hui un « plafond de verre » pour les femmes qui écrivent ?
SK : Le jour où le plafond de verre disparaîtra, nous devrons fêter ça ensemble !!! 🙂

Anis: Quels sont pour vous les grands textes de femmes qui ont marqué l’histoire littéraire?
SK : Quitte à choquer : les textes des chansons de Barbara… et Piaf !

 Sinon bien sûr Simone de Beauvoir et Marguerite Duras…

Les filles de Geneviève Brisac

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Que se cache-t-il derrière ce titre apparemment banal « Les filles » ? Une sorte de généralité ? Les filles, les filles en général ? Quelles filles ? Et puis une sorte d’engagement, puisqu’il s’agit de parler des filles et pas d’autre chose, pas des femmes… Une prise de position du côté du féminin et de l’enfance… J’aime bien parfois, savourer un titre, le « mettre en bouche », et me laisser bercer, ou partir dans une sorte de rêverie avant d’entamer la lecture. Parfois un titre cache tout à fait autre chose que ce qu’il promet.

Les filles s‘appellent Cora et Nouk, des petites filles encore, et puis il y a Pauline, une jeune fille en mal d’amour, qui va s’occuper des petites filles, elles aussi en manque d’amour, et d’un bébé qui lui semble au premier abord ne manquer de rien. Sur fond de guerre d’Algérie, d’attentat à la bombe et de corps déchiquetés…

La guerre dehors et la guerre dedans, la guerre secrète que livrent les petites filles qui ne veulent pas d’une gouvernante, une de plus. La guerre, cela permet de s’allier, de s’unir, d’éprouver une sorte de fraternité face à l’adversité, de partager un but, un avenir même incertain. La guerre cela permet aussi de partager l’ivresse jusqu’à la folie …

L’enfance, c’est quand on peut dire « pouce, je ne joue plus », ce que ne peut pas faire le soldat sur le champ de bataille, s’il lève son pouce, il se fait canarder aussitôt.

 Mais que se passe-t-il quand l’autre veut jouer quand même, alors qu’on a levé son pouce ostensiblement ? Peut-être se met-il à tourner sur lui-même comme une toupie, en tournant de plus en plus vite, sans pouvoir s’arrêter … Comme ses corps qui s’envolent sous la force d’une explosion.

            Nouk fait cette réflexion,  alors que sa mère la console, après la tragédie de l’attentat : « On n’est jamais consolé pour le bon motif ». Peut-être est-ce là pour moi la clef de ce roman… Les chagrins de l’enfance sont d’autant plus forts qu’ils sont rarement compris par les adultes, qu’ils restent insoupçonnés…Parfois on pleure devant on film mais ce n’est pas le film qui nous fait pleurer, ni le livre, c’est quelque chose de beaucoup plus profond et de beaucoup plus secret. Quelque chose qui nous a marqué pendant l’enfance, quelque chose de profondément tu et enfoui. Pour moi ce livre parle de cela, ou c’est cela que j’ai entendu.

            Sous ce titre apparemment banal, il y a les accents d’une tragédie. Parce qu’il arrive que dans la tête d’un enfant, « une petite fenêtre se ferme pour toujours », drame silencieux et ignoré…D’ailleurs pour beaucoup , parler d’enfance n’est-ce pas perdre son temps, être du côté d’un monde futile, un monde du côté des femmes, un monde ontologiquement déficient ?

Geneviève Brisac nous prouve le contraire, après l’avoir lue, on reste le livre au bout du bras, ballant… Et on se met à penser…

Le chef est une femme – Valérie Gans

le-chef-est-une-femme

Je cherchais pour mon thème autour de la cuisine des romans dont l’héroïne exerce ses talents ou un métier en rapport avec ce thème. Alors bien sûr, j’ai lu déjà de très beaux romans sur le thème, Le goût des papayes vertes, et le magnifique Chocolat amer. J’ai pris celui-ci à la bibliothèque sur son seul titre et j’ai découvert un roman dans la plus pure tradition de la chick-lit.

 

Les ingrédients ? Graciane une femme encore jeune, aux formes appétissantes, un concours pour représenter la France Gastronomique, un beau brun un tantinet macho, et l’inévitable histoire d’amour.

Faites mariner une trentenaire séduisante et divorcée pendant quelques années.

Ajouter pour pimenter le tout une belle carrière de chef dans son propre restaurant, dans un milieu un tantinet misogyne où elle a gagné sa première étoile grâce à son talent et sa ténacité.

Délayer dans une dose d’ennui, car si Graciane a des recettes pour presque tout, elle n’en a pas pour l’amour (ce qu’on nous dit sur la jaquette).

Réserver un beau brun aux yeux d’océan, un brin goujat  (il lui vole ses merlans au marché, ou un truc comme ça).

Frapper légèrement leur relation au congélateur. En effet un concours pour représenter la France gastronomique à l’étranger va les opposer et attiser leur désir naissant.

Mélanger leurs deux destins grâce à l’amour.

Enfourner dans la chaleur de la passion et laisser gratiner.

Le plat n’est pas mauvais mais les ingrédients manquent d’originalité même si la Chick-lit fait de notables efforts pour présenter des femmes indépendantes, qui maîtrisent leur destin et leur carrière sans devoir rien à personne. Il leur manque une chose, une seule : l’amour. Et même la plus belle réussite ne peut leur faire oublier ce creux, ce vide au cœur de leur existence.

Oui, il n’est pas mauvais, mais il sent malgré tout le réchauffé. Et tout est expédié un peu rapidement, un peu facilement. Décidément on reste sur sa faim…

Les débutants – Anne Serre

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Anne Serre – Les débutants Mercure de France, 2011

Le schéma classique du roman d’amour repose la plupart du temps sur le schéma du manque que l’amour vient combler.

D’ailleurs il n’y a qu’à interroger le mythe, Dans le dialoque (Le Banquet), Aristophane raconte en effet que l’être humain primitif (ni mâle, ni femelle) «avait la forme d’une boule, avec un dos et des flancs arrondis. Chacun avait quatre mains, un nombre de jambes égal à celui des mains, deux visages sur un cou rond (…) Chacun avait deux sexes… ». Zeus, pour punir l’orgueil de cet être primitif le coupa en deux. Depuis ce temps, chaque être humain est à la recherche de sa moitié perdue. Aimer c’est combler un manque originel, une incomplétude première.

Dans ses avatars les plus populaires, on retrouve la rencontre, la confrontation polémique, la séduction, la révélation de l’amour, le mariage.(Juliette Bettinoti).

Les romans Harlequin sont souvent construits à partir de ces invariants.

Le roman d’amour qui n’est pas qu’une simple romance, complexifie le schéma de base. Et c’est ce que fait à merveille Anne Serre.

Alors bien sûr, il y a la rencontre, à quarante-trois ans, Anne Lore rencontre Thomas, et c’est le coup de foudre. Il suffirait qu’elle quitte son compagnon qu’elle n’aime plus, la relation étant définitivement usée par le quotidien et l’habitude ! Que nenni. Anne Lore aime son compagnon, ils forment d’ailleurs un couple uni et elle est heureuse.

« Leur vie était heureuse et ne s’était jamais heurtée au poids de la routine ni de l’ennui, ils faisaient toujours l’amour et avec beaucoup de fougue, voyageaient parfois, se chamaillaient rarement, il était architecte, elle écrivait pour des magazines d’art, elle avait en lui une confiance d’enfant, il la considérait comme une merveille ».

L’auteure renoue avec le thème du trio amoureux, une femme aime deux hommes, et se retrouve confrontée au problème du choix.  Le dilemme est souvent au cœur du roman d’amour, et le problème de l’élection. L’aspect tragique de cette histoire, est la gratuité de cette passion, qui survient alors qu’Anna est une femme équilibrée et heureuse.

« Elle les aurait voulu tous les deux car c’était comme s’ils se partageaient les heures en elle : à l’un le jour et le soleil, à l’autre la nuit et le sommeil. »

On est toujours des débutants en matière d’amour, nous disent Guillaume, Thomas et Anna, il peut vous tomber dessus quand vous vous y attendez le moins, à n’importe quel âge.

«  J’avais fait une croix sur l’amour, je t’assure, vraiment je n’avais plus envie d’amour. Je m’imaginais une vie tranquille faite d’amitiés, de sérénité, d’une sorte de tristesse que j’avais fini par aimer bien », avoue Thomas.

 Ce livre est le récit d’une passion au jour le jour, une archéologie du désir,  et l’analyse minutieuse du sentiment amoureux. On se laisse à son tour emporter par la passion d’Anna.

Le premier amour – Véronique Olmi

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Le Premier amour de Véronique Olmi Le livre de poche Editions Grasset&Fasquelle 2009

  Une femme quitte son mari sur un coup de tête le jour de leur anniversaire de mariage. Sur le papier journal qui enveloppait une bouteille de vin qu’elle était descendue à la cave pour fêter l’occasion, une petite annonce attire son attention rédigée par un homme qui fut son premier amour…

C’est l’occasion pour la narratrice de replonger au cœur de son adolescence, de réfléchir aux relations avec ses parents, à leur vie conjugale si morne et triste, à ses relations avec ses propres enfants. Cette relation ambivalente, « Cet amour fou que l’on a pour ses enfants et puis soudain ce besoin viscéral d’être détaché d’eux », mais dont la force vient d’un attachement irrationnel. Ce moment où l’on devient mère et où soudain la perspective change, « J’ai détesté ma mère jusqu’au jour où j’ai donné naissance à mon premier enfant », avoue-t-elle.

 

Le premier amour est la relation fondatrice pour toute une vie amoureuse qui y prendra sa source et sa vitalité. Passé et présent à la fois, fantasmé comme tout retour vers l’origine, il permet à la narratrice de faire le bilan de sa vie passée. Notre premier amour est le mythe fondateur autour duquel nous organisons nos émois amoureux, et permet de poser encore et toujours la question : « Qu’est-ce qu’aimer ? ». Hors du temps, cette première expérience n’a pas eu à pâtir des méfaits de la conjugalité, elle est comme nimbée de l’aura de l’amour absolu.

Peut-on aimer à nouveau son premier amour ? Le temps passé loin de l’autre ne nous en a-t-il pas irrémédiablement détourné ? Telle est la question au fond de ce livre pas désagréable mais qui aura été loin de m’enthousiasmer.

Des corps en silence – Valentine Goby

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Valentine Goby – Des corps en silence – Editions Gallimard 2010 – Folio n° 5281
Ce roman offre le récit de deux femmes,  à des années de distance, dont l’un est le contrepoint de l’autre puisque ces deux narrations offrent une version différente de la fin d’un amour. Claire se laisse emporter par « la lente érosion de l’amour » tandis qu’Henriette lutte sauvagement pour reconquérir l’amour et le désir de son mari.
Pourquoi le désir nous quitte-t-il, quelle raison fait que le corps devient soudain silencieux et indifférent, peut-on s’en arranger ? La réponse est claire, on ne peut se satisfaire d’un amour sans désir, qu’on en accepte la fin ou qu’on la refuse. L’amour ne peut être platonique, il se tisse de la jouissance des corps et s’alimente du plaisir donné et reçu. Pourtant le désir est tragique car il est condamné à mourir, voué à s’éteindre dans la « fadeur » et le « rien ». Comment le conserver alors, le faire durer ? Est-ce à la manière d’Henriette, qui est « prête à faire sa fille des rues, sa prostituée, sa courtisane » ou faut-il, comme Claire, en accepter la fin inéluctable, sans révolte, car « l’amour comme la peau, comme les plantes, comme les utopies, comme les chiens, promis au pourrissement, crevés au bout du compte. » ? Serions-nous condamnés à l’errance de corps en corps, à la quête éperdue et toujours recommencée de l’embrasement des sens, de cet émerveillement de la peau d’un ou d’une autre, ce miracle de l’attente ?  Le désir creuse le manque, attise la souffrance autant qu’il promet la jouissance. Comment s’en passer ?
Autant de questions dans ce roman assez pessimiste ou suffisamment lucide selon le point de vue que l’on adopte, qui ne fait pas de différence entre le désir masculin et féminin en ce que tous deux sont voués à une disparition plus ou moins lente. Désir asymétrique, car il ne disparaît pas au même moment chez les deux amants,  infiniment  problématique  et source de désordre pour les grandes institutions que sont le mariage et la famille. Car c’est bien cette nouveauté au XXe siècle qui pose problème. La famille devient infiniment fragile et  lieu de tous les conflits. Comment bâtir une union solide sur le désir infiniment volatile ? Peut-il se régénérer ou s’alimenter à d’autres sources ? Telles sont les ouvertures possibles de ce roman, que chacun peut creuser seul …
En ce qui me concerne, des philosophes m’ont beaucoup intéressée, notamment Emmanuel Levinas ou Vladimir Jankélévitch. Il peut exister une éducation du désir selon ce qu’il pointe, ou la source à laquelle il s’alimente. Le désir, s’il vise l’inconnaissable de l’autre, peut n’être jamais rassasié et se renouveler sans cesse ; il est alors inépuisable. Dis-moi comment tu désires et je te dirai qui tu es ! Il y a une grande différence entre le désir qui n’est qu’un simple appétit sexuel et qui se satisfait de la matérialité des corps et un désir qui est approche toujours différée du mystère de l’autre. L’amour, en fin de compte. Quant à la sexualité, l’Occident judéo-chrétien, occupé à scinder l’âme et le corps, a négligé son éducation possible quand l’Orient en a fait un art.
D’autres voies sont possibles peut-être pour éviter ou repousser le plus longtemps possible la « glaciation » inévitable des corps. Vaste débat…
Article programmé et …
Lecture commune avec Malika ;Fransoaz; Philisine Cave- Miss Leo dont je lirai avec grand intérêt les avis à mon retour de vacances.

Chochana Boukhobza et Rula Jebreal

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Chochana Boukhobza, française. A vécu plusieurs années en Israël.

J’ai choisi de rapprocher ces deux auteures (Chochana Boukhobza et Rula Jebreal) car toutes deux vivent en dehors d’Israël, la France ou l’Italie. Toutes deux également prennent Jerusalem comme véritable personnage de leur roman, en des descriptions véritablement éblouissantes en ce qui concerne Rula Jebreal.

20% de la population Israélienne est Arabe (source France Inter, émission mai 2012)

Palestiniens de l’intérieur ou réfugiés de l’intérieur sont des Palestiniens détenteurs de la nationalité israélienne. Palestiniens ou Arabes en Israël . « Selon les principes fondamentaux de la démocratie israélienne, ces citoyens ont les mêmes droits que les autres Israéliens. Toutefois, des discriminations sont dénoncées contre ces populations, parfois soupçonnées par leurs concitoyens de soutenir la cause palestinienne aux dépens de l’existence de l’État d’Israël. La majorité des Arabes israéliens ne sont pas appelés à servir l’armée de défense israélienne »

Chochana Boukhobza (hébreu: שושנה בוקובזה  ), née le 2 mars 1959 à Sfax en Tunisie est un écrivain français. Elle a quitté la Tunisie pour Paris à l’âge de 4 ans, puis émigré en Israël à l’âge de 17 ans jusqu’à son retour à Paris à l’âge de 21 ans.1.

Elle a étudié les mathématiques en Israël.

Elle est l’auteur de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le prix Méditerranée en 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Femina en 1987. Elle a aussi écrit de nombreux scénarios. En 2005, elle a co-réalisé un documentaire « Un billet aller-retour » (Paris-Barcelone Films productions).

(source Wikipédia)

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Rula Jebreal

Elle est née en 1973 à Haïfa ; elle est à l’origine de nationalité israélienne (arabe), et a par la suite acquis la nationalité italienne6.

« Suite au suicide de sa mère, elle devient en 1978 élève du Dar al-Tifl ; en 1993, elle part en Italie poursuivre ses études, grâce à une bourse du gouvernement italien. Elle commence à travailler pour la presse en 1997, d’abord dans le domaine social, puis dans celui des affaires internationales, notamment sur le conflit israélo-palestinien. Elle a publié trois livres : les romans Miral et La Promise d’Assouan, et un ouvrages d’entretiens Divieto di soggiorno1concernant les immigrés en Italie.

Relativement au conflit israélo-palestinien, elle assume la position « deux peuples, deux Etats » avec une alliance israélo-palestinienne contre les extrémistes religieux; elle agit aussi pour la réalisation du droit à l’éducation des Palestiniennes. (source Wikipédia)

http://www.france24.com/fr/20100522-journalisme-italie-palestine-femmes-droits-humains

Soeurs Chocolat – Catherine Velle

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Sœurs Chocolat- Catherine Velle Editions Anne Carrière, 2007

Ne vous imaginez surtout pas deux plantureuses gourmandes, bruissantes d’étoffes, tenant un de ces fameux salon où l’on servait ce breuvage délicieux ,non l’ambiance est plus austère, monacale dirais-je.

 

Communauté au cœur de la France, l’abbaye de Saint-Julien du Vaste-Monde 

Honore la tradition du chocolat en recevant la Cabosse d’or. 

Or, pour pouvoir continuer à le produire, les Sœurs doivent se rendre en 

Colombie  pour recevoir la part de fèves qui leur est réservée.

Oublieuses du danger, n’écoutant que leur courage, bravant anacondas, piranhas, et

Les araignées venimeuses, en pleine forêt amazonienne, ou sous un nom d’emprunt,

Anne et Jasmine, les deux sœurs prêtes à tout pour sauver leur communauté,

Trouvent encore la force d’ affronter les bandits qui en veulent à leur cabosse !

Délicieux, futile et revigorant… On ne s’ennuie pas une seconde tant les aventures rocambolesques des soeurs se succèdent à un rythme effréné. Une belle réflexion toutefois en filigrane sur ce qui conduit à l’engagement monastique.

lecture commune avec Hélène Choco

Elan d’elles – Collection d’Elan sud – Muriel Rossi/Les centiments

J’aimerais présenter la collection « Elan d’elles », créée par la maison d’édition Elan Sud et que je trouve particulièrement intéressante dans son projet.

Cette collection est présentée comme résolument « féminine » sans être « féministe », et rassemble des textes intimistes dans lesquelles la voix singulière d’une femme se fait entendre, révélant la difficulté qu’il y a parfois à être « Femme d’ici ou d’ailleurs dans un monde résolument masculin. »

      Son intérêt réside aussi dans le fait qu’il s’agit d’une collection, et non de l’ensemble des publications, comme le font les éditions « Des femmes » ou « Le chèvrefeuille étoilé », qui s’insère ainsi harmonieusement dans une pluralité de démarches et de voix.

 J’ai lu le premier livre de la collection, celui de Mireille Rossi, « Les centiments », « Toute petite unité de mesure à valeur fluctuante ».

Les-centiments

  L’objet « livre » est très soigné, la pagination élégante et la qualité du papier comme de l’impression assurent une lecture confortable.

J’ai lu ce livre d’une traite, en une après-midi. Il s’en émane un charme subtil, une atmosphère feutrée, une lecture à mi-voix, qui ont fait qu’une fois commencé je ne l’ai plus lâché.

On renoue ici avec une tradition liée au féminin en littérature, l’exploration de la sphère de l’intime et des sentiments qui, parce qu’elle n’est pas exclusive et ne cherche pas à être un genre où l’on cantonne l’écriture féminine, trouve sa place  et se réinvente dans notre modernité.

        Mireille Rossi pose la question de l’écriture et de la création et interroge cette nécessité  , cette urgence que ressent celui qui écrit à « contresigner ce que d’autres vivent sans en faire de copie ». Elle l’enracine dans un texte où s’organisent de nombreuses filiations, à la mère, à sa grand-mère mais aussi à l’enfant qui ne naîtra pas. Elle y établit aussi la genèse de son désir d’écrire et de raconter ce qu’elle observe et les gens qu’elle croise, qu’elle devine. Elle prouve si besoin n’était qu’il n’y a pas de création ex-nihilo, mais qu’on crée avec son propre fond au sein d’une histoire singulière dans un réseau de relations et dans un espace déterminé. Elle explore toutes ces figures dans sa relation à l’impossible amant, relation démultipliée à l’infini dans d’autres histoires où la quête est tout aussi problématique.

Si raconter c’est tisser, Mireille Rossi utilise souvent l’image des fils de soie , du cordon qui la relient de tous les endroits d’où elle vient à tous ceux où elle va au fil des saisons qui rythment le récit et le clôt également sur lui-même. Elle raconte et se raconte, se livre et se délivre dans des pages où le ton est aussi parfois celui de la confidence plus que de la confession, le ton celui du murmure, explore les failles et les blessures, les absences et les deuils qui donnent aux sentiments ce goût de cendre et de mélancolie.

L’échappée belle d’Anna Gavalda

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Cet ouvrage est paru hors commerce chez France Loisirs en 2001. C’est la version revue et corrigée par l’auteur

 

          C’est l’histoire de trois frères et sœurs qui se retrouvent lors d’un mariage et décident de s’en échapper pour retrouver le petit dernier qui est gardien d’un château en province.

 

          La lecture d’un roman d’Anna Gavalda est toujours une expérience jubilatoire ; on est touchés par l’humanité de ses personnages avec lesquels on sent une étrange empathie, même s’ils sont différents par l’âge et la situation sociale. Ils sont des sortes de kaléidoscopes dans les fragments duquel on se reconnaît, en partie, mais jamais totalement.

 

          L’écriture de Gavalda est pétrie d’humanisme mais dénuée de complaisance. Ses personnes sont toujours un peu décalés, en marge de la société dans laquelle ils vivent ou en dehors de la morale bien-pensante. Est-ce par faiblesse ?

« Pourquoi sommes-nous ainsi tous les quatre ? pourquoi les gens qui crient plus fort que les autres nous impressionnent-ils ? Pourquoi les gens agressifs nous font-ils perdre nos moyens ? »

       C’est ce décalage qui produit des effets poétiques parce qu’il génère une sorte de spleen à la Baudelaire : une telle joue au poker, telle autre vient de divorcer ou est gardien dans un château. Aucun de ses personnages ne cherche à exploiter les autres, non, mais tous sont à la recherche d’un bonheur impossible. C’est une philosophie de la joie et du lien qui court dans ce roman comme dans tous les autres : le lien social, la jouissance du moment présent.

On ressort de la lecture le sourire aux lèvres, même si au fond il ne s’est pas passé grand-chose.