Que se cache-t-il derrière ce titre apparemment banal « Les filles » ? Une sorte de généralité ? Les filles, les filles en général ? Quelles filles ? Et puis une sorte d’engagement, puisqu’il s’agit de parler des filles et pas d’autre chose, pas des femmes… Une prise de position du côté du féminin et de l’enfance… J’aime bien parfois, savourer un titre, le « mettre en bouche », et me laisser bercer, ou partir dans une sorte de rêverie avant d’entamer la lecture. Parfois un titre cache tout à fait autre chose que ce qu’il promet.
Les filles s‘appellent Cora et Nouk, des petites filles encore, et puis il y a Pauline, une jeune fille en mal d’amour, qui va s’occuper des petites filles, elles aussi en manque d’amour, et d’un bébé qui lui semble au premier abord ne manquer de rien. Sur fond de guerre d’Algérie, d’attentat à la bombe et de corps déchiquetés…
La guerre dehors et la guerre dedans, la guerre secrète que livrent les petites filles qui ne veulent pas d’une gouvernante, une de plus. La guerre, cela permet de s’allier, de s’unir, d’éprouver une sorte de fraternité face à l’adversité, de partager un but, un avenir même incertain. La guerre cela permet aussi de partager l’ivresse jusqu’à la folie …
L’enfance, c’est quand on peut dire « pouce, je ne joue plus », ce que ne peut pas faire le soldat sur le champ de bataille, s’il lève son pouce, il se fait canarder aussitôt.
Mais que se passe-t-il quand l’autre veut jouer quand même, alors qu’on a levé son pouce ostensiblement ? Peut-être se met-il à tourner sur lui-même comme une toupie, en tournant de plus en plus vite, sans pouvoir s’arrêter … Comme ses corps qui s’envolent sous la force d’une explosion.
Nouk fait cette réflexion, alors que sa mère la console, après la tragédie de l’attentat : « On n’est jamais consolé pour le bon motif ». Peut-être est-ce là pour moi la clef de ce roman… Les chagrins de l’enfance sont d’autant plus forts qu’ils sont rarement compris par les adultes, qu’ils restent insoupçonnés…Parfois on pleure devant on film mais ce n’est pas le film qui nous fait pleurer, ni le livre, c’est quelque chose de beaucoup plus profond et de beaucoup plus secret. Quelque chose qui nous a marqué pendant l’enfance, quelque chose de profondément tu et enfoui. Pour moi ce livre parle de cela, ou c’est cela que j’ai entendu.
Sous ce titre apparemment banal, il y a les accents d’une tragédie. Parce qu’il arrive que dans la tête d’un enfant, « une petite fenêtre se ferme pour toujours », drame silencieux et ignoré…D’ailleurs pour beaucoup , parler d’enfance n’est-ce pas perdre son temps, être du côté d’un monde futile, un monde du côté des femmes, un monde ontologiquement déficient ?
Geneviève Brisac nous prouve le contraire, après l’avoir lue, on reste le livre au bout du bras, ballant… Et on se met à penser…






















