Gigliola Cinqueti – Si (1974)

Dolores Prato – Brûlures /Eté 2020 des romancières italiennes

Un Livre Que J'ai Lu (19) : Brûlures (Dolorès Prato) - LE JOURNAL ...

Éditeur : ALLIA (31/08/2000), nouvelle traduite par Monique Bacelli

« Cette nouvelle, que tous les critiques ont définie comme « parfaite », condense un univers poétique élaboré au long de toute une vie, et en même temps le dépasse par la description miraculeuse de l’instant du passage, de l’ouverture au monde, avec sa promesse effrayante de bonheur et de liberté. » Note de l’éditeur

En 1902, l’oncle qui l’avait recueillie, n’ayant pas les moyens de la garder, elle entra au collège des sœurs Visitandines, où elle resta huit ans.

Brûlures est l’évocation des brûlures externes et internes qui firent tant souffrir Dolores Prato.

«Je suis venu apporter le feu sur la terre ; que veux-tu d’autre sinon qu’il flambe ? »

Celle d’abord du mystère de ses origines et de sa mère qui l’abandonna, elle, la bâtarde.

« …un point noir, une tache, une zone d’ombre dans laquelle nous étions confondues elle et moi ; peut-être une terrible brûlure »

De ces années au couvent, où les mystères de la vie terrestre sont évoqués comme de possibles brûlures, le péché de chair, où la philosophie du lieu est de « punir son corps et le réduire en esclavage, non pas mourir mais souffrir », l’autrice évoque des moments symboliques, des moments charnières qui la menèrent vers la liberté.

« Pour la première fois je vis, au-delà des toits, un morceau de mer nocturne ! Il y avait de la lumière même dans le noir : une lumière chargée de nuit que je n’aurais jamais pu imaginer si je ne l’avais pas vue. »

De cette liberté qu’elle entrevoit, elle ne perçoit que des fragments, des promesses, durement conquises. Car on ne lui fait aucun cadeau, tout se paie par d’intenses brûlures, on dit de la honte qu’elle est cuisante, qu’elle vous met le feu aux joues, de la même façon que la chair brûle, elle aussi, et vous met le feu au derrière.

« Et, en effet, on évoquait souvent certaines « brûlures » sans plus de précisions, que le « monde » avait l’habitude d’infliger à ceux qui avaient trop de familiarités avec lui. »

Faire des études, fuir le pensionnat, devient le seul espoir… Échapper à la monotonie, à l’enfermement, à la sécurité mortifère d’une vie où l’on ne risque rien, retenue par l’obéissance de la dette, la reconnaissance de la honte.

« Je voyais toutes ces choses nouvelles sans savoir ce qu’elles étaient : un mystère sans peurs, plus grand que l’océan et moi libre, dans cette ampleur vitale. »

Nous ne sommes pas condamnés à brûler, il suffit juste d’apprendre les usages du monde, de la même façon qu’il faut utiliser de manière raisonnée l’eau et le soleil pour ne pas attraper d’insolation et de coups de soleil.

La brûlure est aussi celle du désir et de l’amour, de la vague qui claque contre une cuisse, de la morsure du soleil sous la peau.

La brûlure de la vie en soi.

Vivre tout simplement …

Dolores Prato – France Culture – Un penchant pour le peuple

France Culture – « Un penchant pour le peuple » – Dolorès Prato

Tout le mystère qu’il y a dans le livre est uniquement basé sur la langue, sur les mots qui composent cette langue, et chaque mot va éclore, s’expliquer et se réexpliquer au fur et à mesure du déroulement du ruban narratif. (Laurent Lombard)

Dans cette écriture, il y a la volonté de la dissidence à tout prix. Puisqu’on ne lui a pas offert le douceur de la vie, elle va l’arracher. (Jean-Paul Manganaro)

Elle joue sur le nom primaire des choses qu’elle entend en tant que petite fille, et qu’elle restitue ensuite avec la langue officielle. (…) Une des difficultés de la traduction a été de recréer les écarts entre ces mots et la sonorité des choses qu’elle percevait quand elle était petite fille. (Laurent Lombard)

Mélanie Traversier lit Dolores Prato, Bas la place y’a personne. Banquet du livre

Photo 1 : capture d’écran.

Dolores Prato 1892-1983, « Je suis née sous une petite table »/ L’été 2020 des romancières italiennes

« Je suis née sous une petite table », écrit Dolores Prato dont la naissance illégitime en 1892 à Rome de Maria Prato et d’un avocat de Calabre, marquera à jamais l’existence et aussi les lieux de la mémoire. Abandonnée par ses parents, elle fut recueillie par un oncle et une tante, membres d’une petite noblesse désargentée dans la ville de Treja, dans la région des Marches.

Elevée sans marque d’affection, esseulée et mélancolique, son oncle fut toutefois bienveillant et protecteur. Ce qu’elle ne reconnaîtra que bien plus tard dans son roman autobiographique  » .« Bas la place y’a personne », « Giù la piazza non c’è nessuno »

Elle laissera un récit « Brûlures », en 1967, de ses années de pensionnat pour religieuses au monastère de Santa Chiara puis intégra la faculté du magistère à Rome, en 1918, où elle rédigea sa thèse sur la  correspondance inédite de Prospero Viani et Pietro Fanfani. Une année plus tard, elle obtiendra son diplôme de professeur de littérature italienne. Elle enseigna de 1927 à 1928 en Toscane, et se rapprocha du parti communiste en la personne de Domenico Capocaccia.

Elle dut abandonner l’enseignement, car le régime fasciste en place l’empêcha de se présenter aux examens de titularisation.

En effet, Elle devient institutrice en 1927, sa formation s’appuie sur une pédagogie héritée de Montessori et Freinet, , et elle décourage les jeunes gens d’aller à la guerre pour le fascisme. D’autre part, elle revendique une généalogie juive.

Toutes ces raisons ont dû compter.

«Toujours j’ai vécu dans la lutte, jamais victorieuse, jamais vaincue, toujours résistante.» écrira-t-elle dans son roman autobiographique.

Ses amours sont malheureuses, elle n’aime pas le clergé mais tombe amoureuse de jésuites. ( Laurent Lombard, France Culture)

Elle arriva à Rome en 1930, et se mit à écrire pour la presse communiste (principalement Paese Sera)

En 1948, elle publia « Au pays des cloches » et en 1949 : Calycanthus. Qu’a-t-il à voir, lui ?

Elle entreprit alors « Bas la place y’a personne », « Giù la piazza non c’è nessuno » pendant plus de dix ans, récit autobiographique, dont une version tronquée sera publiée chez Einaudi grâce à Natalia Ginzburg en 1980. La version intégrale sera publiée chez Mondadori (presque 900 pages)

 En 1995 : Le Ore (Les heures), textes relatifs à son adolescence au couvent, et celui inachevé « Paroles » sera publié chez Adelphi et en 2000  Brûlures  chez Allia.

 En 2010, après sa mort, survenue en 1983,  : Sogni (Rêves) chez Quolibet et en 2018,  Verdier chargea son traducteur de la version intégrale de Bas la place y’a personne.

La vie et l’œuvre de Dolores Prato sont significatives de cette génération d’écrivaines, dont l’œuvre fut fortement marquée du sceau de la mémoire, de l’Histoire et de l’émancipation, à côté d’une écriture engagée face au fascisme, de journaliste.

Elle renouvela l’écriture de soi, dans une quête profonde de son identité, et des lieux de sa mémoire.

« Marcher sans halte possible, c’est ça la vie, sans savoir ce qu’il y aura de l’autre côté quand nous tournerons le coin … »

Des critiques élogieuses  ont eu lieu dans la presse française à la sortie de « Bas la place, y’a personne » et elle acquit une certaine renommée dans son pays.

Sources, éditions Verdier, journal Libération, émission France Culture

L’été 2020 des romancières italiennes sur Litterama

Fichier:Livre italien 00.png — Wikipédia

Milena AgusSibilla Aleramo -Isabella Andreini (XVIe siècle) –Silvia Avallone – Cristina Caboni – Paola Capriolo – Luciano Castellina – Fausta Cialente – Antonella Cilento – Marquesa Colombi – Cristina Comencini – Cristina di Belgiojoso – Teresa Cremisi (Keisha)- Grazzia Deledda -Francesca D’Aloja – Luce d’Eramo – Isabelle d’Este – Caterina di Siena – Regina di Luanto – Valentina d’Urbano – Silvia Di Natale – Paola Drigo –

File:Sibilla-aleramo-350x418.jpg - Wikimedia Commons
Fichier:Grazia Deledda 1926.jpg — Wikipédia
Grazzia Deledda – wikipedia – Prix Nobel

Elena Ferrante – Silvia Ferreri – Elda Gianelli – Natalia Ginsburg -Amara Grazia –Simonetta Greggio – Ilaria Gremizi (Keisha) – Amalia Guglielminetti – – Fleur Jaeggy – Contessa Lara – Antonella Lattanzi – Lakhous Livi – Rosetta Loy – Liliana Magrini- Paola Masino –Margaret Mazzantini (Philisine) – Dacia Maraini (Le livre d’après) Francesca Melandri – Maria Messina – Rosa Mogliasso – Elsa Morante -Marta Morazzoni – Michela Murgia – Neera – Anna Maria Ortese – Valeria Parrella -Pia Pera – Caterina Percoto – Gilda Piersanti (Le livre d’après) – Rosella Postorino –

Soubor:Elsa morante gatti.jpg – Wikipedie
Elsa Morante et ses chats – Wikipedia

Dolores PratoElisabetta Rasy (Le livre d’après) – Lalla Romano – Goliarda Sapienza– Maria Schiavo – Bruno Sperani – Gaspara Stampa – Laura Ulonati –  Maria Rosaria ValentiniRosa Ventrella – Simona Vinci – Serena Vitale – Ornella Vorpi – Silvia Zucca

File:Goliarda Sapienza.jpg - Wikipedia
Goliarda Sapienza Wikipedia

 

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Ma liste s’est bien étoffée ! Si vous avez lu ces romancières, vous pouvez faire des liens en commentaire !

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Sibilla Aleramo – Caterina Bonvicini – Cristina Caboni – Paola Capriolo – Luciana Castellina – Paola Cereda – Fausta Cialente – Antonella Cilento –  Marquesa Colombi – Cristina Comencini – Cristina di Belgiojoso – Teresa Cremisi (Keisha)- Grazzia Deledda -Francesca D’Aloja – Luce d’Eramo – Isabelle d’Este – Catherine de Sienne – Regina di Luanto – Valentina d’Urbano – Silvia Di Natale – Paola Drigo –
Fichier:Grazia Deledda 1926.jpg — Wikipédia
Grazzia Deledda – wikipedia – Prix Nobel

Elena Ferrante – Silvia Ferreri – Elda Gianelli – Natalia Ginsburg -Amara Grazia –Simonetta Greggio – Ilaria Gremizi (Keisha) – Amalia Guglielminetti – – Fleur Jaeggy – Contessa Lara – Antonella Lattanzi – Lakhous Livi – Rosetta Loy – Liliana Magrini –Margaret Mazzantini (Philisine) – Dacia Maraini (Le livre d’après) Francesca Melandri – Maria Messina – Rosa Mogliasso – Elsa Morante -Marta Morazzoni – Michela Murgia – Neera – Anna Maria Ortese – Valeria Parrella -Pia Pera – Caterina Percoto – Gilda Piersanti (Le livre d’après) – Rosella Postorino –

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Elsa Morante et ses chats – Wikipedia

Dolores PratoElisabetta Rasy (Le livre d’après) – Lalla Romano – Goliarda Sapienza– Maria Schiavo – Bruno Sperani – Gaspara Stampa – Laura Ulonati –  Maria Rosaria ValentiniRosa Ventrella – Simona Vinci – Serena Vitale – Ornella Vorpi – Silvia Zucca

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La saga « L’amie prodigieuse » sur France 2

A partir du mercredi 1er juillet 2020 en 8 épisodes (2 épisodes par soirée), disponible en replay.

Arrêter la vie pour qu’elle ne s’échappe pas, Milena Agus

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-culture/milena-agus

J’écris tout le temps, oui tout le temps, j’ai un cahier dans mon sac, j’écris aux arrêts de bus, et surtout j’écris le matin, très tôt, parce que je me réveille très tôt, même à quatre heures du matin, et en fait je remets ensemble tous les morceaux que j’ai écrits. in France Culture

Mélancolie ouvrière – la belle figure de Lucie Baud, une des premières femmes syndicalistes françaises

Vendredi 10 juillet à 20h55 sur Arte. Téléfilm français de Gérard Mordillat (2018). Avec Virginie Ledoyen. 1h30. (Disponible en replay jusqu’au 11 août sur Arte.tv).

Une grande figure des luttes de femmes !

Mélancolie ouvrière, Michelle Perrot, Le Seuil, 2014

J’ai regardé ce soir ce beau film de Gérard Mordillat adapté d’un livre de Michelle Perrot, « Mélancolie ouvrière » qui a tenté de retracer la lutte mais aussi l’histoire de cette femme, ouvrière en soie du Dauphiné. Femme rebelle, courageuse, et qui paya très cher ses engagements. Elle organisa et soutint les grèves des ouvrières dans les usines de la soie dans lesquelles les femmes étaient exploitées, et où des fillettes de 10 à 12 ans travaillaient 12 heures par jour, quand ce n’était pas plus.

Les patrons, scandalisés, clament qu’augmenter les ouvrières les conduira à la faillite. Inutile de dire que cela n’est pas arrivé…Mais je crois qu’on entend encore certaines de ces diatribes encore de nos jours.

Elle aida les ouvrières italiennes, recrutées en grande partie dans le Piémont, et réduites pratiquement en esclavage, non seulement elles étaient payées encore moins que les ouvrières françaises mais on ne changeait leurs draps qu’une fois par an. de très belles scènes dans le film où ces femmes chantent.

Le choeur des esclaves…

« Je suis entrée comme apprentie chez MM. Durand frères. J’avais alors douze ans. » Ainsi commence le témoignage de Lucie Baud (1870-1913)…

Dans son livre, Michelle Perrot tente de comprendre son histoire, ses;luttes, ses souffrances et ses échecs mais aussi la singularité qui fait d’elle une personnalité forte, une meneuse, une femme révoltée.Ses échecs, ses chagrins qui durent être immenses. Sa mélancolie…Ce qui la brisa…

Ces femmes à qui l’on doit tant…

La parthénogenèse – Anne-Laure Julien Des filles, rien que des filles ?

LA PARTHÉNOGENÈSE
Un roman jubilatoire !

La parthénogenèse – Anne-Laure Julien – La P’tite Hélène Editions – 2019

Le titre du livre m’a d’abord fait penser à l’utopie féministe « Herland » dans laquelle les femmes se reproduisent uniquement par parthénogenèse et ne donnent naissance qu’à des filles.

C’est aussi le cas, en quelque sorte, dans ce livre, mais « La parthenogenèse » est plutôt une métaphore qu’une réalité biologique.

En 2003, Sophie mène sa vie comme elle l’entend, elle élève ses filles seule, comme sa mère avant elle et brosse des portraits sans concession des hommes et des femmes autour d’elle. Car tout le monde en prend pour son grade, mais joyeusement. Le ton est frondeur et impertinent, et la malicieuse Sophie mène sa vie tambour battant croquant les situations avec beaucoup d’humour.

Elle me fait penser à cette formule de Marguerite Duras « le gai désespoir ». Je la soupçonnerais presque d’avoir des rêves de midinette les soirs de solitude, mais elle se reprend bien vite et mord la vie à pleine dents. Elle prend ce qu’elle peut mais tout ce qu’elle peut.

Bien sûr, Sophie se défend, avec ses armes. Elle souligne les relations ambigües des hommes avec leur mère, et aussi des femmes entre elles, qui ont permis d’asseoir le patriarcat. Dans ce roman, j’ai eu parfois l’impression que celui qui se dérobe, celui qui est absent est aussi celui que l’on convoite avec une certaine rage et beaucoup de gourmandise.

Allez, la guerre des sexes n’aura pas lieu…

Annie Besant (1848-1933), écrivaine et libre-penseuse britannique

Annie Besant (1847-1933)

Quelle curieuse personnalité et quel tempérament que ceux d’Annie Besant, née Wood !

Orpheline de père, elle fut élevée dans un milieu  très mystique, dans lequel se mêlaient de manière très originale, les récits religieux irlandais et les histoires merveilleuses des contes de fée.  Cette manière non conventionnelle de pratiquer la spiritualité explique certainement pour une part sa façon très personnelle de concevoir la vie religieuse et aussi les luttes qu’elle engagea plus tard.

En 1855, sa mère, alors sans ressources à la mort de son mari,  l’envoya dans le Devon, « chez Ellen Marryat, sœur de l’officier de marine et romancier Frederick Marryat (1792–1848). Cette dernière, riche et célibatiaire[1], offrit à Annie l’éducation classique d’une jeune lady, mais aussi le goût de l’étude. »

Elle eut la chance de recevoir une solide éducation, et  fut une des premières femmes admises à la prestigieuse à la prestigieuse University College de Londres.

Mais tout d’abord, comme beaucoup de femmes à l’époque, elle fut mariée contre son gré à un pasteur anglican,  qu’elle quitta au bout de six ans  pour s’installer à Londres avec sa fille. Mère de deux enfants, un garçon et une fille, elle obtint une séparation légale et la garde de sa fille dans un premier temps.

Mais victime des lois injustes qui briment les épouses, elle perdra la garde en 1878. Les deux enfants retrouvèrent leur mère à leur majorité.

Mais, au fond, pourquoi ?  Car si son père gagna son procès , Mabel Besant-Scott le vit à peine les dix années suivantes puisqu’il l’avait placée en pension et elle ne revit pas sa mère que bien plus tard.

Annie Besant devint athée militante, se lia à Charles Voysey et aux libre-penseurs et eut une vie assez agitée au cours de laquelle elle fut couturière, garde-malade et journaliste. Sur le plan intellectuel , elle n’eut peur des contradictions, et ses engagements ne cessèrent de susciter la polémique , voire l’hostilité.

(sécularisme,monisme, positivisme, maçonnerie entre autres !)

C’est à université de Londres qu’elle rencontra des intellectuels philantropes socialisants de la Fabian Society (Why I am a Socialist, 1886).

Elle rencontra Charles Bradlough, libre penseur et journaliste anglais avec lequel elle provoqua le scandale en raison de la campagne qu’ils menèrent pour la limitation des naissances. Ils publièrent en 1877  The fruits of Philosophy de l’américain Charles Knowlton qui contenaient des illustrations d’organes génitaux ! Il n’en fallait pas plus pour la société pudibonde de l’époque, ils furent condamnés pour obscénité !

Cela l’amena à fonder une ligue néo-malthusienne (1887) (Law of Population : Its Consequences, and its Bearing upon Huan Conduct and Morals, 1877).

Mais son engagement le plus marquant fut peut-être la thésophie, qui réconcilia en elle certainement des aspirations qui pouvaient apparaître opposées, et notamment son goût pour les interrogations métaphysiques et ses opinions républicaines. En 1889, elle se convertit à la doctrine d’Helena Blavatstky après la lecture de « La doctrine secrète ». En 1907, elle lui succèdera à la tête de la Société de théosophie.

Elle fut une grande oratrice populaire et assista aux manifestations du « Bloody Sunday » du 13 novembre 1887.

Activiste infatigable, elle effectua de très nombreux voyages en Inde, et créa, à Madras, en 1914 le journal New India, pour réveiller les consciences, participa à la fondation de L’Indian Home Rule League,  et présida à l’Indian National Congress.

Elle milita aux côtés de Ghandi, fut internée trois mois par les anglais en 1917. Elle tenta de créer un mouvement plus modéré sans succès.

Au final, elle participa à la vie intellectuelle de son temps, fut l’amie de Henry Hindman, William Morris, George Bernard Shaw.

Références : A.H Nethercot, The First Five Lives of Annie Besant, Londres 1961,  et The Last Four Lives of Annie Besant,Dictionnaire des Femmes Célèbres , Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont , Londres 1963, Martine Monacelli, Dictionnaire Universel des Créatrices,Des femmes Antoinette Fouque S.R. Balshi, Home Rule Movement, New Delhi, 1984, Notice Anne Besant, Le Maitron

Quelques oeuvres : On the Nature and Existence of God, 1875

Law of Population : Its Consequences, and Its Bearing upon Human Conduct and Morals, 1877

Why I Am a Socialist, 1886

Consultez l’excellente biographie du Maitron , ici

https://maitron.fr/spip.php?article75315, notice BESANT Annie [née WOOD Annie] par Muriel Pécastaing-Boissière (nouvelle version, janvier 2011), version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 5 août 2016..


[1] https://maitron.fr/spip.php?article75315

Grand Corps Malade – Mesdames

Que peut-on en penser ?

Dix Petites Anarchistes – Daniel de Roulet – « Ni Dieu, ni patron, ni mari »

Dix Petites Anarchistes – Daniel de Roulet – Ni Dieu, ni patron, ni mari

Libretto – Editions Bûchet/Chastel, Libella, Paris, 2018

Dix petites anarchistes

A l’instar des « Dix Petits Nègres » d’ Agatha Christie, nos Dix Petites Anarchistes, ouvrières horlogères, émigrant de Suisse à la fin du XIXe siècle vers la lointaine Patagonie pour y bâtir une société anarchiste, « à la vie, à la mort » vont chacune vivre une histoire singulière, tout au long d’un périple qui va les mener de la Suisse à Buenos Aires, en passant par les terres australes, inhospitalières et battues par des vents incessants. La dernière d’entre elles, Valentine, tiendra le récit de leurs aventures dans un carnet vert.

Ces horlogères qui émigrent sont ouvrières et développent une forte conscience politique en cette deuxième moitié du XIXe siècle. Elles souhaitent inventer un monde meilleur et n’ont pour toute richesse que de petites montres, des « oignons », qu’elles vont céder ou conserver et qui rythment leurs péripéties, la façon dont ils ont été perdus, retrouvés et ont servi à la cause anarchiste.

En effet, on ne retient souvent de l’Histoire, que les succès, les découvertes et les accomplissements. L’émigration est toujours, plus ou moins, la route vers la fortune, et on tait les échecs migratoires. Ici pas d’Eldorado ou de Terre promise, mais une époque où la puissance de l’argent et une société patriarcale broient les femmes qui souhaitent s’émanciper. Les femmes qui vivent seules sont, au mieux, des prostituées.

A Saint Imier, dans une Suisse pauvre où l’industrie horlogère est encore balbutiante, elles ont entendu les discours anarchistes de Bakounine, et réalisé qu’un autre monde est possible.

De ces émigrations souvent forcées, on ne connaît qu’une histoire fragmentaire, quelques lettres et de rares survivants. L’auteur tente ici de redonner une voix à toutes ces oubliées.

On ne peut pas dire qu’elles ont froid aux yeux ces femmes, elles sont fortes et revendiquent ne vouloir « Ni Dieu, ni patron, ni mari ». Elles vivent leurs amours librement, sont entreprenantes et luttent pour l’égalité.  Leur utopie est un principe de vie, et si elles ne posent pas de bombes, elles offrent vaillamment leur poitrine aux balles dans les manifestations.

En France, c’est la fin de la Commune et son lot de déporté.e.s, de violence, d’iniquités, dans une société cruelle où les inégalités sont criantes. Mais c’est aussi le début de la révolte.

Les anarchistes se démarquent des autres mouvements politiques et contestataires : « pas d’avant-gardisme, abolir tous les pouvoirs, la démocratie n’est pas le vote mais la recherche du consensus ».

En effet, l’Anarchie n’a pas pour vocation de prendre le pouvoir, au contraire, elle cherche à s’en tenir éloignée.

On croise dans ce roman Malatesta, Bakounine, Nathalie Le Mel et quelques autres, qui vont secouer les consciences et organiser la lutte.

Sur un bateau, elles rencontreront, détenue dans une cage, Louise Michel  en route vers Nouméa.

Il faut quelques pages pour entrer dans ce livre, ensuite, on se laisse emporter et captiver par ces portraits de femmes fortes,courageuses et intelligentes, parfois émouvantes et aussi par la peinture de toute une époque passionnante par le foisonnement et la force des idées qui vont naître et bouleverser le monde.

Libretto propose encore et toujours de beaux textes. Merci.

Raconte-moi une histoire …

Les histoires nous viennent de toutes parts

Elles arpentent nos mémoires

se font belles pour le temps..

Lhérisson, Farah-Martine. Auteur

Itinéraire zéro – Edité par Ed. Mémoire. Port-au-Prince –

Farah-Martine Lhérisson – Une fois encore

J’ai lu sur « Le temps littéraire » de Jonel Juste auquel je suis abonnée, la nouvelle de l’assassinat de la poétesse haïtienne Farah-Martine Lhérisson. J’ai trouvé la voix magnifique du diseur Pierre Brisson sur l’album A Voix Basse, vol 1 pour la célébrer une fois encore.

« Je remue le silence d’une main ».

Un moment d’émotion profonde que je vous invite à partager.

Angèle Dussaud Bory d’Arnex- Femme de lettres française (1849-1942)

Son portrait par Leon Comerre en 1887 au Musée d’Orsay

Angèle Bory D’arnex, née Angèle Berthe Venem (1849-1942), fut une femme de lettres française, épouse d’un riche banquier. Si elle signa ses articles « Mme Angèle Bory » dans le Revue des Deux Monde à laquelle elle collabora, elle[1] publia sous le pseudonyme de Jacques Vincent une dizaine de romans entre 1878 et 1901.

(Ame d’Artiste, Ce que femme veut, Un bonheur, etc).

Elle tint, avec son mari, un salon littéraire qui rassembla les célébrités littéraires de l’époque, parmi lesquelles Leconte de Lisle, Heredia, Henri de Régnier, Coppée, Camille Flammarion, Renée Vivien, et Edmon Rostand qui avait obtenu le succès avec Cyrano de Bergerac.

Ses œuvres sont disponibles sur le site de la BnF, mais elle est, aujourd’hui, tombée dans l’oubli, car à l’exception d’un prix, ses œuvres ne rencontrèrent pas véritablement le succès.

Elle a publié ses souvenirs de salonnière  dans : Un salon parisien d’avant-guerre, paru en 1929.

1888 Prix Montyon de l’Académie française
Vaillante : ce que femme veut


sources : Femmes de lettres au XIXe siècle : Autour de Louise Collet

Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays – Lucienne Mazenod – Ghislaine Schoeller