Souvenance – Pauline Delpech

Delpech-Pauline

Elizabeth n’a plus que quelques jours à vivre. Sa mémoire part en lambeaux, rongée par une tumeur maligne, et dans sa maison de l’île d’Oléron, en compagnie de sa fille Julie, elle tente de profiter des derniers moments qui lui restent pour reconstruire son histoire et tenter de comprendre le malaise qui l’habite. Quelle femme a-t-elle été ? Que laisse-t-elle derrière elle ?

A l’heure des bilans, la vérité surgit, implacable et inattendue.

Il y a des livres, comme celui-ci, dont la lecture est inévitablement troublée ou parasitée par la personnalité ou la biographie de leur auteur : soit que celle-ci fasse partie de l’actualité people, soit qu’elle s’illustre par des provocations répétées et devienne de par ce fait une personnalité controversée. Dans le cas de Pauline Delpech, c’est le côté glamour, et certaines de ses prises de positions (Je vais en choquer plus d’une, mais je suis tout sauf féministe. La femme qui veut être à l’égal de l’homme, c’est très dangereux pour la survie du couple (voir interview Paris-Match).) qui ont accompagné inévitablement ma lecture et dont j’ai tenté à plusieurs reprises de me débarrasser.

Litterama a forcément, lui, son petit côté féministe et forcément moi aussi. Même s’il s’agit d’un féminisme doux, humaniste et non-militant. Je suis plus touchée par les magazines Causette et Muze que par d’autres magazines dits « féminins ». Ce qui ne peut échapper à aucun de ceux qui visitent mon blog. Si vous me lisez, là, maintenant, vous ne pouvez qu’en être d’accord.

Lorsque vous tapez le nom de l’auteure, le moteur de recherche vous propose tout sauf ses livres et c’est bien dommage. Ce seul motif aurait pu me dissuader de la lire mais j’ai voulu me faire une idée par moi-même et éclairer ce « féminin » qui, s’il est loin parfois de l’esprit de Litterama, n’en fait pas moins partie de ce que les femmes écrivent et pensent.

Tout d’abord, la forme : j’ai trouvé le roman bien construit et agréable à lire. On est pris par l’histoire et les rebondissements sont assez nombreux qui cassent la linéarité apparente du récit que fait Julie à sa mère de sa vie passée. Des faits troublants viennent créer un certain suspense et une tension qui dynamise la lecture. Le récit éclaire peu à peu les zones d’ombre de manière assez habile et la fin est bien amenée. Pauline Delpech a quatre romans à son actif et on sent le travail derrière l’écriture.

Quant au fond, l’histoire de cette femme, ce qu’on en apprend, et ce qui est dit des femmes aussi à travers elle, il est pour moi plus problématique parce qu’il véhicule des schémas ou des représentations traditionnelles qui m’ont agacée, mais qui m’ont mieux fait comprendre la prise de position de l’auteure citée plus haut.

Ainsi de nombreux petits conseils que l’on prodigue aux femmes,  « Tu m’as toujours répété que pour garder un homme, il fallait être bonne maîtresse et bonne maîtresse de maison, c’était ton credo. », le soin apporté à la toilette, l’image de la femme inévitablement jolie, voire belle, le mythe de la mère exemplaire et de l’épouse aimante.

Les hommes, au fond, sont les victimes d’une femme égocentrique et infidèle, uniquement préoccupée d’elle-même et le père a le beau rôle, comme l’a relevé également le journaliste qui l’a interviewée dans Paris-Match. Dans un autre moment du roman, une mère violente rejette sa fille, tant elle aurait aimé avoir un garçon, et c’est le père qui apporte de l’amour.

Je dirais que ces personnages ont mal à leur « féminin » et que dans l’histoire des femmes il y a aussi la haine de soi et une profonde culpabilité (à force de vous répéter que c’est vous qui avez fait croquer la pomme, et que c’est une femme qui a ouvert la boîte contenant tous les malheurs de l’humanité) et qu’il s’agit toujours de rester à la bonne place (ne pas être trop égale), ne pas faire de l’ombre, et gagner l’amour de celui qui n’est pas sur le même plan, mais uniquement sur celui du désir, et qu’il faut satisfaire par son élégance et sa beauté (tant pis pour celles qui sont moches et qui sentent des pieds).

          Toutefois il faut voir le sort que l’on fait aussi aux belles femmes (Pauline Delpech est magnifique), et je pense ici à une vidéo d’une interview de l’auteure il y a quelques années par un homme (un vrai ?) qui pour moi, l’a accueillie comme une bête à la foire, en vantant de manière lourdingue les mérites de sa plastique, et chacun bien sûr des invités de relever, tout en balançant des vannes pas du meilleur goût. Et c’est là que moi j’ai eu mal à mon féminin et que je me suis dit que cette femme-là valait mieux que ça. Et qu’on pouvait la lire aussi…

Pauline Delpech est une jeune auteure qui ne manque pas de volonté et qui trace sa route, capable à mon avis d’évoluer et de mûrir. En tout cas, je le lui souhaite, car elle est une auteure qui ne manque pas de qualités.

 

Je remercie l’attachée de presse des éditions Michel Lafon de m’avoir envoyé ce livre.

Le confident – Hélène Grémillon

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Hélène Grémillon Le confident Plon JC Lattès 2010

La mère de Camille vient de mourir. Au milieu des habituelles lettres de condoléances, une enveloppe un peu plus épaisse attire son attention. En lisant ce courrier inattendu, non signé, elle pense que c’est une erreur, que l’expéditeur s’est trompé de destinataire. Mais une étrange confession va suivre qui va bouleverser sa vie, et lui enlever tous les repères qu’elle pensait si stables et immuables.

         On ne peut rien dire d’autre de cette histoire au risque de lui enlever tout ce qui en fait le sel. D’ailleurs je vous recommande d’en refuser tout résumé un peu détaillé. Il s’agit ici d’un excellent suspense psychologique, orchestré de main de maître par Hélène Grémillon.

Le lecteur va de surprise en surprise et la fin opère un retournement de situation qui ne peut qu’enchanter le lecteur.

          Il faut quelques dizaines de pages pour s’acclimater à l’univers de Camille et pour saisir tous les enjeux de l’étrange confession dont elle est la destinataire. Une fois que vous serez à la bonne température, décommandez tous vos rendez-vous, préparez-vous un thermos de thé ou de café, quelques sandwichs dans une assiette, laissez un message sur le répondeur de votre employeur, et poursuivez votre découverte. Ce livre vous enchaînera à sa lecture, et jamais vous ne connaîtrez de liens plus étroits et plus doux. Cette tension et cette attente est très proche de l’état amoureux. Son dénouement vous procurera un très grand plaisir et peut-être vous mettrez-vous à ronronner (si cela vous arrive, ou si cela vous est arrivé, dites-le-moi).

Une auteure à suivre…

Ce livre m’a donné envie de découvrir  la vie d’Elizabeth Vigée-Lebrun et quelques ouvrages fort instructifs :

Hygiène et physiologie du mariage. Histoire naturelle et médicale de l’homme et de la femme mariés. Hygiène spéciale de la femme enceinte et du nouvé-né. Ces ouvrages sont censés stimuler la fécondité au XIXe siècle et sont encore utilisés dans les années 30.

Le gouvernement de Vichy avait pris quelques mesures pour relancer la natalité : interdiction de l’avortement, interdiction de la contraception et interdiction de toute information sur la sexualité.

Ablutions, flagellations, urtications, rien n’était épargné aux femmes stériles afin qu’elles puissent concevoir. A cette époque, une femme n’avait guère d’existence en-dehors de ses fonctions reproductrices et le mariage instituait la plus petite unité de base : la famille, qui assurait la solidité et la permanence de la mère patrie, ainsi qu’une main d’œuvre pour ses usines, ses ateliers et ses administrations.

Albane Gellé – Si je suis de ce monde

Tenir journal de ses jours
combats livrés ou siestes
sable de rivière noter bruis-
sements agitations en dehors
de la maison inventorier les
nuits sans lune tous les
étourdissements debout

Tenir en respect monstres
épines malgré nos tailles
minuscules boiteries panse-
ments chaque coin de rue
les jambes en attendant
debout.

Tenir boutique de nos im-
pacts reçus visage autour
des yeux troupeaux de
bouches couvrant la bouche
trous noirs milliers comme
une mémoire levée debout

Tenir chapelle de nos secrets
nos embarras à tout bout
de champ armoires en bois
et poids massifs à trimbal-
ler courbés debout

[…]

Tenir conseil devant per-
sonne avec poumons cœur
pieds genoux dans une mais-
son aux plafonds hauts
hésitant heures et semaines
pour un gros embarras du
choix faut-il des décisions
debout

Tenir la porte à n’importe
quel homme ou femme
mains nues vitesse de la
lumière et dans la bouche à
peine un mot secrets gardés
volets d’hiver on se sépare
vite et debout

Tenir enfant un héron mort
porté dimanche intermina-
blement et pour des siècles mais
aujourd’hui le déposer des-
sus de nous perché là-haut
ressuscité vivant debout

Albane Gellé, Si je suis de ce monde, Cheyne éditeur, 2012, pp. 11 à 14 et 46 à 48

 
Albane Gellé – Si je suis de ce monde
Cheyne éditeur, 62 pages, 16€
Albane Gellé – Pointe des pieds sur le balcon
Ed. La Porte ; par abonnement,  6 numéros, 18 €

 
Albane

Source photo : Printemps des poètes

 

Albane Gellé est née en 1971 à Guérande (44). Elle vit maintenant à Saumur (49) où elle dirige la structure associative Littérature & Poétiques (lectures-rencontres avec des écrivains et des éditeurs, ateliers de lecture et d’écriture, résidence d’auteur, salon Les Poétiques de Saumur…)

La semaine dernière, AnneFlorence et Marilyne, Martine (organisatrice)

  poetisons-Martineont participé à cette rencontre poétique.
La règle du jeu est ici.

La poésie derrière le mur (2)

la poésie derrière le mur

Pourquoi un tel engouement pour la poésie en Roumanie alors qu’elle semble marginale aujourd’hui dans le reste de l’Europe ?

 Mircea Dinescu l’explique  par l’importance qu’elle a eu comme média, par la pauvreté, voire la quasi inexistence des autres moyens d’expression indépendant. Il raconte qu’il n’y avait qu’une chaîne de télévision soumise au parti :

«  Tout le monde cherchait dans la fiction, une allusion à la réalité que chacun vivait. C’est pour cela qu’en Roumanie, il n’y avait pas seulement des files d’attente pour les denrées alimentaires mais également lors de présentations de livres. Les roumains étaient affamés de poésie. On ne se cachait pas dans l’ombre, derrière les murs, comme des lézards, au contraire les poètes étaient vus comme des personnes importantes dans ce monde bizarre. Ils cherchaient des allusions à la réalité, ces lézards qui se cachaient dans l’ombre, qui se nichaient dans la poésie. Ainsi certains d’entre nous sont devenus des héros, des vedettes presque aussi connues que les footballeurs roumains. »

 

Selon lui, les poètes vivaient relativement bien puisqu’ils pouvaient publier leurs vers.

« En général, le scandale était après la publication d’un livre, il faisait des vagues à son tour. Ana Blandiana, on a interdit ses œuvres après la publication de ses œuvres importantes. » 

Les livres se vendaient sous la table , de manière illégale. Ils contenaient des allusions à Caucescu et c’est cela qui intéressait les lecteurs. Tous ces livres sont parus entre les murs desquels tous ces poètes ont vécu.

« Mais ce que je veux dire, c’est que nous avons vécu libres, sans avoir l’obsession des murs, car nous avons pu écrire et nous sentir libres en écrivant. Et pour les auteurs importants, leurs œuvres pouvaient être visibles, malgré la censure, malgré l’oppression et tout le stress qui était engendré par la censure. Avant de publier un livre en Roumanie, il fallait rencontrer quelqu’un, qui était un représentant du centre de la Culture et de l’Education socialistes avec lequel on devait négocier le contenu du livre. Il s essayaient de traquer certains mots clefs, comme obscurité, faim, cul, et toutes les allusions sexuelles évidemment, mais elles subsistaient dans le souterrain de notre littérature. Ces censeurs étaient eux aussi des poètes, des critiques littéraires et ils aimaient l’idée de cette poésie vivante. Même les représentants de la police secrète, de la Securitate, sont devenus des poètes plus tard, il y a des cas célèbres.  Bourreaux et victimes sont devenus collègues de l’Union des écrivains. »

Dinu Flamand a choisi, lui, la voie et le déchirement de l’exil. :

 « Le censeur en chef parlait trois ou quatre langues. Il s’est octroyé l’exclusivité des traductions d’Henri Michaud. et aussi Sylvia Plath. C’est à dire ce n‘était pas des imbéciles mais des salauds, parce qu’ils savaient quelle était la vraie poésie. Mais quand il te censurait toi, il ne te donnait pas le droit de t’exprimer à la manière de Michaud ou d’expérimenter à la manière de Sylvia Plath. D’où la perfidie mais surtout la schizophrénie de ce système-là. Il faisait un sale boulot payé par le Parti mais sa conscience ne lui posait pas de problèmes. Mais à partir d’un certain moment on ne pouvait plus négocier avec eux. Il y avait des mots, il y avait des expressions qui ne passaient pas. La dictature c’est la mère de la métaphore. C’est vrai nous avons réussi à être très intelligents et à élaborer des systèmes métaphoriques qui dépassaient la vigilance et parfois la somnolence de la censure. Mais en même temps la liberté était très amère. C’était cher payé. A partir d’un moment on était interdit de publication. Ana a été interdite trois fois. Les poèmes se passaient de poche en poche. On était contents que la poésie se diffuse mais en même temps à quel prix. C’était pas une vie pour la littérature. On paye maintenant dans notre cœur, dans notre âme, cette période, toute cette lutte inutile avec les crétins qui nous conduisaient. Ce qui m’a toujours révolté c’est d’être soumis à une couche épaisse d’imbéciles prétentieux et qui ont accaparé le pouvoir pendant des décennies et des décennies. Parfois je me juge moi-même avec une grande sévérité tout en sachant qu’il n’y avait rien à faire. On publie effectivement la poésie qui date de cette époque-là mais à quel prix. »

La poésie derrière le mur. Ecrire sous la dictature communiste (1)… Ana Blandiana, Dinu Flamand, Ion Muresan et Mircea Dinescu témoignent…

  salon-du-livre-de-Paris

La poésie derrière le Mur  Samedi 23 Mars 2013 de 14:00 à 15:00 

Grand Public Pavillon Roumanie (R78) Lettres roumaines

Modérateur Jean-Pierre SIMEON (Directeur Printemps des Poètes)

Participants: Ana BLANDIANA(une poétesse, essayiste et figure politique roumaine), Dinu FLAMAND, Ion MURESAN  Salondulivredeparis.com 

Le journal de Frankie Pratt – Caroline Preston

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Le journal de Frankie Pratt –Caroline Preston –NiL éditions – traduit de l’anglais par Katel Le Fur / genre : roman graphique 234 pages

Ce livre est d’abord un magnifique objet : couverture cartonnée, illustrations à la façon d’un scrapbook mêlant photos, dessins, peintures, coupures de presse, photographies d’objets et texte. Les cartes postales, articles et dessins de presse, gravures de modes, tickets de trains ou de paquebots, échantillons de tissus… Six cent pièces d’époque ont été glanées chez les antiquaires ou sur Internet pour illustrer ce livre.

Caroline Preston s’est inspirée de l’amitié qui a lié sa grand-mère à Sylvia Beach, la libraire et éditrice du Saint-Germain-des-Prés des années 1920. Sylvia Beach fut célèbre pour avoir traduit l’Ulysse de Joyce et sa librairie « Shakespeare et Cie »  était le refuge de tous les écrivains expatriés à Paris : elle gardait leur courrier et leur prêtait de l’argent..

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Frankie Pratt décide de tenir un journal. Elle a 18 ans, est une élève brillante au lycée et rêve de devenir écrivain. A 15 ans, elle est devenue une lectrice avertie; elle a lu tous les livres de la bibliothèque de son père et a acquis une solide culture littéraire. Pourquoi, à son tour, ne pas tenter l’aventure ?

            Mais d’abord des études au Vassar College , où elle deviendra rédactrice au Journal de l’Ecole, boursière parmi des jeunes filles riches qui ne sont à l’université que pour passer le temps avant de se marier, rédactrice de potins à grand tirage, puis secrétaire d’édition de James Joyce devenu presque aveugle, Frankie nous entraîne de New York à Paris. Des hommes aussi vont traverser sa vie bien que dit-elle, féministe, elle n’ait pas besoin de se marier pour s‘épanouir.

On apprend aussi des tas de choses sur l’époque : que Femmes amoureuses de DH Lawrence était interdit par la censure, que 85 % des diplômées de l’Université de la promotion de 1924 déclarent que leur ambition professionnelle est d’être épouse et mère, et bien d’autres choses sur ce qu’était être une jeune fille à l’époque.

  Un livre à découvrir, à parcourir, à toucher, à humer ( il a une belle odeur poivrée et citronnée en même temps), à lire, à caresser (le papier est d’une douceur exquise), à lire… Un livre pour illuminer des journées qui restent grises mais qui pourrait aussi parfaitement s’accorder à un magnifique coucher de soleil, ou à la lumière d’un après-midi d’été qui filtre à travers des persiennes.

  Une figure des lettres américaines, la première à recevoir le prix Pullitzer en poésie : Edna St Vincent Millay dont je parlerai plus tard.

Prix de la Closerie des Lilas 2013

prix closerie 1

LE PRIX DE LA CLOSERIE DES LILAS

Le prix de la Closerie des Lilas a pour originalité d’être un jury tournant et de couronner une romancière de langue française dont le livre paraît à la rentrée de janvier. Sa vocation : promouvoir la littérature féminine.

Ce prix a été décerné pour la première fois le 7 mars 2007, veille de la journée mondiale de la femme, à la Closerie des Lilas.

Il a pour originalité de couronner une romancière de langue française dont l’ouvrage paraît à la rentrée de janvier. La vocation de ce nouveau prix est de promouvoir la littérature féminine, à l’exemple du prix anglo-saxon : Orange Prize.


Présidé par Emmanuelle de Boysson, le jury se compose en majorité de journalistes et de romancières. Il est constitué d’un bureau de six membres permanents : Tatiana de Rosnay (vice-présidente, Psychologies), Jessica Nelson (Au Field de la Nuit), Carole Chrétiennot, (responsable de la communication du Café de Flore et de la Closerie des Lilas), Stéphanie Janicot (Muze), Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Point de Vue) et Emmanuelle de Boysson (Marie Claire) complété d’un jury tournant.

Le jury invité en 2013 : Lydia Bacrie, France Cavalié, Anne-Claire Coudray, Sophie Davant, Arielle Dombasle, Françoise Héritier, Nathalie Rykiel, Delphine de Vigan. Le jury permanent : Emmanuelle de Boysson (présidente), Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Carole Chrétiennot, Stéphanie Janicot, Jessica Nelson, Tatiana de Rosnay.

Le Prix de la Closerie des Lilas a été attribué à la majorité absolue le 09 avril 2013 à Alice Zeniter pour Sombre dimanche paru aux éditions Albin Michel, contre deux voix à Emmanuelle Bernheim pour Tout s’est bien passé paru aux éditions Gallimard, deux voix à Fanny Chiarello pour Une faiblesse de Carlotta Delmont paru aux éditions de l’Olivier, deux voix à Oriane Jeancourt Galignani pour Mourir est un art, comme tout le reste paru aux éditons Albin Michel.

prix closerie 2

La seule voix enregistrée connue de Virginia Woolf

Les mots, les mots anglais, sont pleins d’échos, de souvenirs, d’associations. Ils émergent et racontent sur les lèvres des gens ce qu’ils vivent. Ils sont dans les maisons,  les rues,  les champs, depuis des siècles. Et une des difficultés majeures pour l’écrivain c’est de les confronter à la mémoire et aux autres vies, car elles ne sont pas seulement les siennes ; elles ont contracté tant d’autres alliances par le passé.

Itinéraire d’une blogueuse (8)

john-manthaVous avez remarqué, un livre vous mène toujours à un autre, c’est comme un jeu de piste ou un chemin qui au lieu d’aller droit au but, irait de ramifications en ramifications, une sorte de dédale en fait. Les livres nous perdent-ils ou se perd-on dans les livres ? Nos piles sont autant de constructions hasardeuses, dont l’équilibre n’est jamais garanti, tout comme nos vies. Tout comme nos affections. Où nous mènent-ils donc tous ces livres ? A ce pays où l’on n’arrive jamais ? Au creux, au plus profond de nous mêmes ? Au fond, peut-être nous racontent-ils tous la même histoire ? Celle qu’ils ne peuvent jamais vraiment nous raconter… On ouvre un livre et on croit avoir trouvé, enfin, une des clefs du mystère. Et puis, sitôt refermé, la même faim nous saisit, et on en ouvre un autre avec le même espoir. Cette fois-ci peut-être… On a souvent parlé du lien qui nous unit nous lecteurs à ceux qui osent écrire, de son étrangeté, de sa force et de sa clairvoyance. L’univers des blogs rend ce lien encore plus tangible. Chacun donne à l’autre tant de soi, on ne peut même pas compter. Nous sommes si proches, et si anonymes, tellement autre qu’il nous en faudrait beaucoup pour vraiment nous approcher. Je te prie étranger de te tourner vers moi. Nous partageons les défaites et les victoires, le courage et le renoncement, la joie de trouver l’autre au détour d’une phrase, à l’abri d’un chapitre, entre les lignes. L’écriture est un don, toute écriture. Quelque chose se joue d’essentiel. Ce qui est dit ne sera pas pour autant contredit, car la lecture est un pacte qui est loin d’être scellé. On pourrait même s’envoler si on voulait sur les pages de nos livres. Mais nous savons le poids de toute gravité. Et son implacable nécessité. wajda

On écrit avec des mots et avec des images aussi. Peut-être qui n’a pas vu « Wadjda » n’a encore rien vu. Vous savez que tout, toujours, est à recommencer. L’écriture n’est jamais définitive même pas dans les livres saints. La lecture aussi ne se clôt jamais sur elle-même. Nous le savons, nous, qui avons déjà perdu, un ami, un amant, un frère. Nous qui sommes condamnés à nous perdre nous mêmes et à fermer les yeux de nos proches. Dans ce film, la tendresse n’est pas absente, et les liens entre hommes et femmes ne sont pas rompus. Un petit garçon est même prêt à donner son vélo pour elle. On ne sait pas si Wadjda aura le vélo qu’elle désire tant, cela a l’air là-bas si compliqué. On ne peut savoir non plus quelle sera la réaction du petit garçon si son amie le « gagne » à la course. On peut compter sur elle je crois pour essayer. Nous le savons, tout est toujours à recommencer…

Alicia Giménez Bartlett – Des serpents au paradis

Gimenez-Bartlett

Alicia Giménez Bartlett – Des serpents au paradis – 2002, Alicia Giménez Bartlett – 2007, Editions Payot&Rivages, traduit par Alice Déon  ♥♥♥

  Vignette Les femmes mènent lenquèteL’inspectrice Delicado, dans cette cinquième aventure, doit résoudre avec son adjoint Garzón une nouvelle affaire : un homme a été découvert noyé dans la piscine de sa résidence après une soirée bien arrosée. La résidence El Paradís semble l’endroit rêvé pour les familles : parc, haies bien taillées, femmes au foyer modernes mais attentives à leur progéniture. Tout semble parfait. Mais n’est pas seulement une façade ? Ne va-t-elle pas commencer à se craqueler de toutes parts ? Que se cache-t-il derrière les visages lisses de ces trentenaires ? Juan Luis Espinet était-il vraiment ce mari séduisant et bon père de famille que même la mort ne parvient pas à défigurer ?

Nos deux policiers sont déterminés à lever le voile…

Casa Milà at dusk in Barcelona, Spain. The bui...
Casa Milà at dusk in Barcelona, Spain.(Photo credit: Wikipedia)

J’avoue avoir trouvé cette histoire cousue de fil blanc. Cent pages avant la fin, j’avais découvert et le coupable et le mobile et je piaffais d’impatience face à ces deux enquêteurs qui semblaient ne rien voir du tout, s’engouffrant dans les fausses pistes sans aucun discernement et au mépris de la conscience professionnelle la plus élémentaire. Il ne faut pas grand-chose, me suis-je dit, pour être inculpé d’un meurtre. Ou alors je me suis fait complètement manipuler, parce que peut-être que l’essentiel n’est pas là.

Parce que voilà, j’ai pris un grand plaisir à suivre cette enquête qui n’en est pas vraiment une. L’inspectrice Delicado, Pietra de son prénom, désamorce tous les clichés sur la douceur féminine. Elle a divorcé deux fois, ne déteste pas boire un verre de temps en temps, tient à son indépendance et se défoule dans une bonne bagarre à l’occasion. On pourrait m’objecter qu’elle adopte là des travers plutôt masculins et qu’un siècle de féminisme trouverait difficilement dans ce modèle son aboutissement. C’est vrai, mais, que voulez-vous, c’est jubilatoire.

Ma lecture a été ponctuée de ricanements, gloussements, parfois intempestifs, qui m’attiraient des regards interrogateurs. Oui, je me suis bien amusée dans cette drôle d’enquête…

Alicia Giménez Bartlett pétille d’intelligence, aime les pied-de nez, et prend plaisir à nous balader dans cette histoire trop vraisemblable, aux ressorts passablement éculés.

Elle sait analyser les rapports humains, élabore l’air de rien, une critique sociale, et une radiographie de Barcelone et de ses quartiers.

Je l’ai écouté lors d’une conférence au salon du Livre, et j’ai pu apprécier son humour et sa joie de vivre.

Je suivrais avec plaisir les prochaines aventures de Pietra.

L a religieuse Diderot/Nicloux

film-la-religieuse

20 mars 2013

Réalisé par Guillaume Nicloux

Avec Pauline Etienne, Isabelle Huppert, Louise Bourgoin

Genre:Drame

Nationalité: Français, allemand, belge

Année de production : 2012
Le film : 
« XVIIIe siècle. Suzanne, 16 ans, est contrainte par sa
famille à rentrer dans les ordres, alors qu’elle aspire à  vivre
dans « le monde ». Au couvent, elle est confrontée à l’arbitraire de la
hiérarchie ecclésiastique :  mères supérieures
tour à tour bienveillantes, cruelles ou un peu trop aimantes… La
passion et la force qui l’animent lui permettent de résister à la
barbarie du couvent, poursuivant son unique but : lutter par
tous les moyens pour retrouver sa liberté. »

 
Le livre :

Vignette les grandes héroïnesLa Religieuse est un roman-mémoires achevé vers 1780 par Denis Diderot et publié à titreposthume, en 1796.

Au XVIIIe siècle,une jeune fille nommée Suzanne Simonin, »contrainte par ses parents de
prononcer ses vœux au termede son noviciat, entre dans la communauté des clarisses deLongchamp. Après la mort de la supérieure avec laquelle elle s’étaitliée d’amitié, la nouvelle supérieure Sainte-Christine, pour briserla désobéissance de la jeune fille (elle ne veut pas porter lesilice), l’accable d’humiliations physiques et morales, redoublées
lorsqu’elle demande à quitter le couvent…

J’ai lu que la propre sœur de
Diderot était morte au couvent. Il semble d’ailleurs que Diderot-la-religieusecette œuvre
contienne des faits historiques puisqu’une histoire
similaire avait défrayé la chronique de l’époque.

Ce livre est une dénonciation de la perversion d’un système, et plus particulièrement de la
clôture, qui maintient ensemble, dans la plus
grande promiscuité, en dehors des affections et  de la vie sociale, des
individus en état de carence affective.

Forcément l’oeuvre est polémique
et anticléricale pour l’époque mais de tels faits arrivaient parfois car les jeunes filles dont on ne pouvait assurer la dot, était souvent enfermées au couvent. Comme les femmes de la bourgeoisie n’avaient guère de salut en dehors du mariage, le couvent restait leur seule altternative. Elles vivaient dans un système largement coercitif.

Le film est vraiment très fort,en échappant à tout pathos et le jeu des comédiens est d’une grandejustesse. Moi qui ai parfois un débordement lacrymal au cinéma contre lequel je lutte vainement, j’apprécie beaucoup les films qui sollicite autant le coeur que l’intelligence. On est suspendu au destin de la jeune fille et la tension ne se relâche
qu’à la fin dans une détente bienheureuse. Enfin, on peut la laisser
et rentrer chez soi.

Paroles de femmes : Marta Petreu

Marta Petreu

« Si je n’avais pas écrit de la poésie, je serais morte. A chaque poème que j’ai réussi à écrire, j’ai obtenu une libération qui, même si elle est partielle, est un nouveau délai. Le fait que j’ai réussi à écrire, c’est sûr, ça m’a fait du mal, ça m’a mis en contact avec le mal qui est en moi, mais en même temps, comme dire, ça m’a apporté une extase noire, une révélation, un orgueil, qui m’a fait avancer jusqu’au lendemain, puis au jour suivant, puis au jour d’après et m’a permis de rester en vie. »

Entretien Belles Etrangères 1985

A paraître Avril 2013, Chez nous, comme dans la plaine de l’Armageddon. Editions l’Age d’Homme

« Présentation de l’éditeur : collection « Au cœur du monde »

Roman autobiographique racontant l’histoire d’une femme de Transylvanie issue d’un milieu modeste, portée par une volonté de fer, Chez nous comme dans la plaine de l’Armageddon est une peinture sociale de cette région aux confins de l’Europe au moment de la chute du communisme. Assistant à l’enterrement de son père, l’héroïne se remémore toute sa vie, faite de luttes, de malheur conjugal (résolu de manière expéditive, l’héroïne possédant le don de faire mourir les gens par la simple pensée …), de combats incessants pour accéder à la reconnaissance sociale. Un livre d’époque qui permet de comprendre cette autre Europe ignorée de l’Occident.

Marta Petreu (née le 15 mars 1955 à Jucu, Roumanie) critique littéraire, essayiste, romancière et poète. Professeur de philosophie à l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca, a publié plus de vingt ouvrages.

Celle qui mangeait le riz froid – Moon Chung-hee

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«Auteure d’une dizaine de recueils, de pièces de théâtre et d’essais d’inspiration féministe qui ont fait d’elle une des grandes voix de la poésie coréenne, Moon Chung-hee est née en 1947 à Boseong en Corée du Sud., trois ans seulement après la fin de l’occupation du Japon et six avant la division Nord/Sud. Elle fait partie de la première génération à réécrire en coréen. Elle part faire des études très tôt (bien qu’elle soit une fille) et est très rapidement récompensée pour les poèmes qu’elle écrit.
Elle est maintenant.

Reconnue dans son pays elle reçoit de nombreux prix littéraires et participe activement à des manifestations culturelles pour représenter la Corée, où la poésie reste un genre littéraire très vivace. Ses poèmes, traduits et réunis dans une anthologie, sont publiés en 2012 par les Éditions Bruno Doucey sous le titre « Celle qui mangeait le riz froid » » 

3 avril 2013

19 h 00 – 20 h 00 Lectures croisées de Moon Chung-hee et Aurélia Lassaque
Université Paris 1 / PANTHEON-SORBONNE, Paris

4 avril 2013

Soirée « Littérature féminine » en Corée du sud : modernité(s) et changement social, avec Moon Chung-hee, sa traductrice Kim Hyun-jha et Bruno Doucey et avec Benjamin Joinau et Jean-claude de Crescenzo 

18H30-20H00

Auditorium du Pôle des langues et civilisations

65, rue des Grands Moulins

75 013 Paris (Métro Bibliothèque François Mitterand

Ce qui frappe tout d’abord dans la poésie de Moon Chung-hee est la force de transmission entre femmes, entre mère et fille :

« Si ma mère m’a emmenée à la mer quand j’étais enfant

ce n’était pas pour me montrer les eaux bleues très salées

c’était pour me montrer la force des choses

qui frétillaient dans l’estran malgré le danger

Mais dans nos sociétés patriarcales, les femmes sont « rejetées de-ci de-là comme un gland tombé dans le repas du chien », « sans pouvoir prendre part au monde grand et large ».
De ce mépris qu’endure les femmes, elle dit « je ne fais que pleurer comme la cataracte qui frappe la falaise »

« Avec l’eye-liner de chez Estée Lauder

à grand peine je cerne mes yeux d’une clôture noire

La femme du pays assujetti enfin prête pour sortir

Se lève lentement comme l’héroïne d’une tragédie »

« Mais grâce à mes poèmes j’ai réussi à chanter avec courage la vie de la femme, son monde, son rôle. En 1982, j’ai passé deux ans à étudier à l’université de New York et j’ai pu finalement apprécier, pour la première fois, la liberté, la liberté d’une femme. Mais aussi la liberté de trouver des nouvelles lectures qui ne se limitent pas simplement à la poésie et à la littérature, mais qui permettent d’élargir ses horizons. », confie-t-elle au magazine Keulmadang (éditorial n°19 février 2013) 

ce combat n’est pas vain, puisque l’écriture permet de reprendre possession de soi :

Je prendrai tout simplement possession de mon corps

Sous le ciel

Au pays de la poésie

Je suis fleurie

  une analyse ici

  Moon-Chung-Hee-1_web-e1347210187133source : éditions Bruno Doucey, printemps des poètes, magazine Keulmadang

J’ai découvert au salon du Livre les éditions Bernard Doucey pour lesquelles j’ai eu un véritable coup de coeur ! Je vous invite à découvrir leur catalogue qui est d’une grande richesse.

La poésie derrière le mur (1)

la poésie derrière le mur

Comment écrire sous une dictature et pourquoi ? Le poète et plus largement l’écrivain est une menace pour le pouvoir totalitaire qui cherche à contrôler voire endiguer la vie littéraire toujours soupçonnée de subversion. L’écriture en effet, peut vite devenir une arme contre le pouvoir : poèmes distribués clandestinement, parole libre et impertinente qui témoigne des positions de son créateur face à la violence du pouvoir qui cherche à le museler.

  Ana Blandiana, Dinu Flamand, Ion Muresan et Mircea Dinescu , tous nés dans la période de Ceausescu, ont tenté de raconter dans quelle mesure leur parole poétique a été une prise de parole politique dans un débat animé par Jean-pierre Siméon. Pour ceux qui ont vécu et écrit à cette période, la littérature a été un engagement nécessaire et le moyen d’une protestation. Collaborer ou résister, il n’y avait pas d’autre choix.

           « Une histoire qui fait la liaison entre la vie avant le mur et après le mur, en 86, j’étais interdite, je n’avais pas le droit de publier » raconte Ana Blandiana, « En Roumanie, se trouvait en visite un poète anglais, qui à l’époque était le président de l’association des écrivains anglais. Il voulait me rencontrer et on lui a dit  que c’était impossible car c’était interdit. Finalement nous nous sommes rencontrés, il m’a dit à la fin de l’entretien, « Vous ne savez pas combien je peux vous envier ». Je ne comprenais pas, « Moi, je suis un écrivain interdit, alors que vous venez d’un pays libre, », « Oui, mais, a-t-il répondu, je suis vraiment libre, mais tellement libre, que je peux aller à Trafalgar square et faire un discours contre la reine, mais personne ne sera attentif, ni la police, ni personne, tandis que vous, tout le monde copie les poèmes qui viennent de vous, il y autour de vous, les poètes qui souffrent de la censure, comme un mur protecteur. Alors que nous faisons face à l’indifférence de la liberté. »

           La poésie sous la dictature avait un rôle très important, elle symbolisait la résistance à l’oppression ; ce qui lui donnait une légitimité d’autant plus forte que toute autre forme d’expression était interdite, comme la philosophie ou la religion. La liberté et la démocratie lui ont enlevé cette suprématie que lui avait donné la lutte contre la dictature.

 

          La lutte contre l’oppresseur commun avait créé aussi une forme de solidarité entre les poètes qui s’échangeaient leurs livres, communiquaient entre eux :

« Après la révolution ce mur est tombé, et nous sommes arrivés devant le néant, la poésie devant la liberté », ajoute Mircea Denescu, «  et pour la génération suivante, la solidarité a disparu. Ils ne se connaissent plus entre eux, et ils communiquent difficilement; ils se sont égarés dans la liberté, ils ne se lisent pas entre eux. Les livres se vendent mal, ils ont des tirages minimum, les lecteurs ont perdu l’intérêt pour la culture et la littérature. »

 

          Cette liberté tant rêvée a été source d’amères désillusions, une nouvelle forme d’oppression a pris la place de l’oppression politique : la censure économique a remplacé la censure politique. Les poèmes ne sont plus publiés car ils ne sont pas rentables. La censure, explique JP Siméon, est « une censure du silence. » Etrange paradoxe !

 

(à suivre…)

La poésie derrière le Mur  Samedi 23 Mars 2013 de 14:00 à 15:00 

Grand Public Pavillon Roumanie (R78) Lettres roumaines

Modérateur Jean-Pierre SIMEON (Directeur Printemps des Poètes)

Participants: Ana BLANDIANA(une poétesse, essayiste et figure politique roumaine), Dinu FLAMAND, Ion MURESAN (sous réserve) Salondulivredeparis.com 

Vicki Baum : L’histoire d’une vie

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Vicki Baum (de son vrai nom Hedwig Baum) est une romancière américaine d’origine autrichienne. (1888- 1960) née dans une famille bourgeoise à Vienne.

 

Après des études  musicales approfondies en Autriche, elle quitta Vienne assez vite pour se rendre en Allemagne, à Darmstadt, où elle enseigna la musique à l’École supérieure. En 1915, elle épousa le chef d’orchestre Richard Lert. Puis elle joua comme harpiste dans des orchestres dans toute l’Allemagne. Elle écrivit aussi des romans un qui parurent dans « L’illustration  de Berlin » (le chemin de la scène 1920, Le nain Ulle, un des plus grands romans de Vicki Baum (1924), dans sa veine la plus sombre °). Elle devint rédactrice aux éditions Ullstein, à Berlin, et écrivit Grand Hôtel en 1929. Ce roman remporta un tel succès qu’il fut mis en scène par Max Reinhardt et créé à Broadway dès 1930, pour donner lieu ensuite à une adaptation cinématographique à Hollywood où elle se rendit en 1931.

L’intrigue se noue dans un palace entre des clients désœuvrés et fortunés. Les protagonistes, précipités en un même lieu par les aléas de la vie, vivent leurs destins croisés.

Le lac aux dames remporta le même succès en 1932 et son adaptation au cinéma en fit l’un des classiques du cinéma. Ses romans suivants, « Arrêt de mort (1933) », « La carrière de Doris Hast (1936) » signèrent le début d’une carrière américaine – Vicki Baum-obtint la nationalité américaine en 1938– et écrivit en anglais.

            Ses romans furent considérés comme de la « littérature de consommation » et furent interdits sous le nazisme. Leur succès pourtant ne se démentit pas et furent de véritables best-sellers traduits en plusieurs langues. De nombreux autres romans suivirent dont « Prenez garde aux biches » en1953 ou « Sang et volupté à Bali ». Elle mourut à Hollywood en 1960.

 

Source : encyclopédies diverses, dictionnaire des femmes célèbres, wikipédia, fiches des éditeurs, fiche auteur de l’Express.

Lac aux dames – Vicki Baum

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Lac au Dames, Vicki Baum, Le livre de poche n° 167 (1962 ?), paru en 1932 en langue allemande, rédité en Phébus Libretto en 2008 (240 pages)

Je ne sais pas d’où Vicki Baum tient sa réputation de légèreté, peut-être à sa collaboration avec le cinéma Hollywoodien, aux lieux où elle plante ses décors, Grand Hôtel, plage, endroits exotiques , ou alors aux personnages eux-mêmes dont quelques-uns sont occupés à des vies mondaines sans grand intérêt. En tout cas, cette réputation est fausse, Vicki Baum est loin d’être un auteur superficiel même si certains de ses personnages, eux, le sont.

Dans Lac aux Dames, les drames sont silencieux et passent le plus souvent inaperçus. Les classes sociales se côtoient sans jamais se mélanger, un mur invisible les sépare qui est le souci de la bienséance et l’argent.

Nous sommes en 1930, et sur les rives d’un lac tyrolien se dressent le grand hôtel Petermann et l’établissement de bains où Urbain vient de se faire embaucher comme maître-nageur. Commence alors une vie difficile, soumise aux caprices de la météo, puisque le jeune homme vit uniquement des leçons de natation qu’il donne. Tiraillé presque quotidiennement par la faim, Urbain vit également tous les émois d’une passion naissante avec une jeune fille fortunée qui loge à l’hôtel. Mais leurs amours sont bientôt compromis et la tragédie guette.

Sous-titré Un roman gai d’amour et de disette, (on cherche vainement la gaieté dans ce roman), ce roman montre la virtuosité de l’auteur à analyser les rouages d’une société rigide à l’agonie avant la grande crise des années qui suivront. Elle décrit un monde crispé sur les apparences et d’une extrême cruauté. L’individu ne vaut que par sa position sociale, et doit absolument cacher la moindre faille au risque d’en mourir.

Ce roman est aussi une peinture sociale de l’Europe de l’entre-deux-guerres. Les femmes se débarrassent peu à peu du corset, font de la gymnastique, flirtent et dansent au sein d’une jeunesse avide de plaisirs. Elles commencent à travailler, May revendique ce droit : «  Je travaille mes huit heures par jour comme tout homme qui se respecte […] ». Les relations entre les sexes évoluent elles aussi ; les femmes deviennent camarades et compagnes. Toute une société semble en mouvement pour sombrer à nouveau quelques années plus tard dans l’holocauste.

J’ai lu ce roman parfois dans une tension extrême, tellement j’étais prise par l’histoire, dans les affres de ce jeune homme. J’ai découvert une auteure talentueuse, qui manie l’ironie et la satire sociale avec beaucoup de virtuosité. Vicki Baum est à redécouvrir !

Itinéraire d’une blogueuse (7)

john-manthaLe salon du livre de Paris était encore une belle aventure cette année ! J’attends toujours ces quelques jours avec impatience ! Ils sont toujours promesse de découvertes et de rencontres.

Cette année, j’ai eu le plaisir d’être blog partenaire du Salon en ce qui concerne toutes les thématiques autour de la littérature et des femmes. En effet, chaque année, des conférences ou des animations sont organisées autour de ce thème et des écrivaines mises à l’honneur.Le-salon            L’équipe du salon prouve autant son attention à l’évolution du marché du livre qu’aux idées d’avant-garde : que ce soit la nouvelle « romance », ou la réflexion autour de l’écriture des femmes (Y a-t-il ou non une écriture féminine ?), la relation entre les femmes et la littérature est patiemment analysée autant dans ses enjeux économiques –puisque les lectrices sont les plus nombreuses – que dans sa dimension d’histoire et de sociologie littéraire.

Les écrivaines étaient bien présentes encore cette année. J’ai assisté à plusieurs conférences absolument passionnantes dont je ferai le compte-rendu plus tard. Mais celle que j’ai le plus passionnément écoutée, est Ana Blandiana, poétesse roumaine.

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Son parcours, ses luttes au sein de la Roumanie de Ceausescu, mais surtout la beauté de ses poèmes en font l’icône de toute une génération d’écrivains. De plus c’est une femme très attachante, dont la sincérité et la force intérieure, alliée à une œuvre d’une grande authenticité, m’ont complètement subjuguée. Je me suis immergée totalement dans ses poèmes, émerveillée, toute à ma découverte, dans cet état d’esprit très particulier où nous plongent les mots d’un autre lorsqu’ils traduisent, mieux que nous ne le ferions jamais nous mêmes,  nos émotions les plus profondes ou nos chagrins les plus profondément enfouis. La littérature comme lieu d’une rencontre…qui parfois nous révèle à nous-mêmes.

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